L’écologie politique comme force dominante ?

L’écologie, nouvelle force politique, va être une entreprise de longue haleine tout au cours du XXIe siècle. Elle va en effet à rebours de tous les systèmes socio-économiques que nous avons vécu depuis le néolithique : la Terre subit aujourd’hui au pillage mondialisé, les générations futures vont hériter d’une planète exsangue. Dans les péripéties électoralistes du court terme, nous ne devons jamais oublier notre horizon à long terme, écocentrée et non anthropocentrique, ayant le sens des limites contre une société croissanciste. Comme se rassembler autour de ce message ?

Nous constatons que l’axe droite/gauche de l’échiquier politique a perdu toute crédibilité, que ce soit au niveau national ou international. Il y a désormais trois forces en présence qui se profilent. Celle qui monte est la tentation populiste (de droite ou de gauche) avec personnification par un leader et désignation de boucs émissaires à nos difficultés (les immigrés, les « élites », l’Europe…). Face à cela, un magma qui se dit « progressiste » et rassemble des forces de droite comme de gauche au nom de la démocratie et de la libre entreprise. C’est en fait la perpétuation du système issu de la révolution industrielle, « business as usual ». De son côté le mouvement écologique, divers et éclaté comme toute force émergente, porte cependant un projet de société durable, en équilibre avec les possibilité biophysiques de la planète : c’est le seul mouvement réaliste possible. Certains prônent une écologie superficielle, d’autres pensent approfondir les fondements de cette écologie, mais c’est toujours le mot « écologique » qui rassemble, pas les vieilles étiquettes gauche ou droite. La stratégie, ce qui structure fondamentalement l’écologie politique, c’est son message reposant sur les résultats de l’écologie scientifique, réchauffement climatique, extinction des espèces, pic pétrolier ou des métaux, état des ressource renouvelables, etc. Elle repose sur l’idée que les contraintes naturelles conditionnent l’état d’une société, la délibération démocratique déterminant normalement le fonctionnement de l’économie. Il ne s’agit plus d’une lutte travailleurs (option de gauche) contre le capital (défendu par la droite), il s’agit de prendre en considération le facteur Terre. Le problème, c’est de passer de la vision du long terme au programme électoral présent et à la cuisine électorale.

Pour les programmes, leur contenu a amplement montré la diversité des écologismes pratiqués par les différentes tendances de l’échiquier politique français. Pour simplifier, il y a des fragments d’écologie profonde (une éthique de la Terre) chez certains et des variétés infinies d’écologie superficielle chez la plupart, axée sur la croissance verte, le moteur propre, etc. Ces tendances souvent contradictoires traversent le parti EELV lui-même, ce sera un débat permanent. Ajoutons que même l’extrême droite se targue aujourd’hui de considérations écologiques. Pour la petite histoire, l’extrême-droite récuse officiellement cette différenciation droite/gauche puisqu’elle dit représenter « le peuple ». A chacun son vernis écolo, mais notons que c’est toujours l’écologie qui fait le socle commun, pas l’étiquette droite ou gauche. Cette démarcation n’a d’ailleurs plus d’importance pour la grande majorité des électeurs. Mais chaque force politique en présence aura son propre programme social-écologique, les tribunes et analyses ici ou là ne déterminent pas l’évolution des différents groupes politiques institutionnalisés qui possèdent leur propre logique interne. Le rassemblement de ces mouvements disparates paraît pour l’instant impossible.

Quant à la tactique électorale, les événements depuis la présidentielle 2017 montre que l’arrimage à la gauche socialiste voulue par Voynet puis par Duflot a abouti à un véritable échec pour EELV. Avec le positionnement de Yannick Jadot aux européennes 2019, les Verts reviennent à leur fondement historique depuis René Dumont (1974) et surtout Waechter : « l’écologie n’est pas à marier », elle se suffit à elle-même. L’urgence écologique est en effet devenue de nos jours un cri de ralliement, que ce soit pour une jeunesse qui s’était dépolitisée, une gauche sans repères ou des conservateurs qui se diraient de droite. L’écologie politique peut-elle devenir un parti de gouvernement ? Les soubresauts de la planète l’exige…

Michel Sourrouille, coopérateur EELV

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1 réflexion sur “L’écologie politique comme force dominante ?”

  1. –  » Il y a désormais trois forces en présence qui se profilent. Celle qui monte est la tentation populiste […]  »
    Trois forces… sans compter le PRAF (Plus rien à faire, plus rien à foutre) qui ne se mesure pas seulement avec l’abstentionnisme. Ceci dit c’est vrai, la force qui monte sent très mauvais. Quant à ce que pèse l’écologie comme force politique, j’ai déjà longuement développé. Ce qui est vrai également, c’est que l’écologie dite profonde ne pèse quasiment rien.

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