L’écologie pousse forcément au militantisme

Un écologiste, qu’il soit journaliste ou politique, est forcément « engagé », facilement « dégagé »

1/2) Hervé Kempf, ex-journaliste écolo du MONDE pendant quinze ans

Etes-vous un journaliste engagé ?

Non, pour l’instant je suis un journaliste dégagé.

Quand on vous dit «trop marqué», est-ce vrai ? Et est-ce compatible avec le métier de journaliste ?

Je produis des informations, nouvelles, exactes, en faisant un travail d’enquête et d’interrogation des parties en présence. Je fais ce que tâchent de faire des milliers de journalistes. J’attends que l’on qualifie tous les éditorialistes, rédacteurs en chef et chroniqueurs de «journalistes engagés» parce que jour après jour, ils répandent une vision du monde dans laquelle la croissance est absolument indispensable. Ils présentent comme une évidence que la dette est un problème énorme, sans jamais poser la question des inégalités, par exemple. Personne ne dit que The Economist, c’est du mauvais journalisme, alors que c’est un journal très engagé. Après, il faut qu’on assume qu’il y a des visions du monde différentes : le souci de toujours donner la priorité à l’économie et la croissance d’un côté, et de l’autre, la nécessité d’accorder la priorité à la préservation de l’équilibre écologique de la planète. Ce sont deux visions différentes, il faut les assumer. Et on peut faire du bon journalisme dans un cas comme dans l’autre.

Est-ce qu’un journaliste qui suit l’écologie devient forcément militant ?

La question écologique oblige, si on la prend au sérieux, à remettre en cause le système en place. Quand on suit attentivement l’actualité des questions d’environnement, on finit par se rendre compte que la gravité de la crise écologique est telle que la poursuite du système de production actuel, qui contribue très largement à cette crise écologique, est insupportable.

* http://www.liberation.fr/medias/2013/09/05/l-ecologie-remet-en-cause-le-systeme_929759

2/2) Chantal Jouanno, secrétaire d’Etat chargée de l’écologie en 2009

Quand on a des convictions, qu’on est ministre, mais que le gouvernement prend une décision avec laquelle on n’est pas d’accord, que faire ? Quand on doit expliquer que les restrictions budgétaires pour l’environnement, c’est normal, alors qu’on n’en pense pas un mot ? On m’a fait venir au gouvernement en me disant « on veut une écolo moderne ». En fait, ils voulaient l’image, mais pas le son. Et moi, j’ai produit du son ! J’étais en désaccord avec le premier ministre François Fillon sur la construction du circuit de formule 1 dans les Yvelines, ou la taxe carbone, je l’ai dit. On me l’a reproché. « Maintenant que tu es ministre, tu n’es plus une militante, mais une politique » m’a dit François Fillon. Sous-entendu : tu dois savoir taire tes convictions. C’est castrateur d’être au gouvernement. on a le choix entre se taire, pour espérer faire avancer ses dossiers, ou dire ce qu’on pense et abandonner l’idée de peser dans l’action gouvernementale.

Télérama (7 août 2013)

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