L’écologisme contre le populisme, qui va gagner ?

Le populisme et l’écologisme sont deux axes de la pensée humaine incompatibles, si ce n’est complètement opposés. Le mouvement des « Gilets jaunes » en est un exemple frappant : mieux vaut épuiser le pétrole qu’accepter une taxe carbone. Précisons :

LE MONDE* expose des définitions simplistes du populisme : « idéologie peu substantielle qui considère que la société se divise en deux camps homogènes et antagonistes, le “peuple pur” et “l’élite corrompue” et qui affirme que la politique devrait être l’expression générale de la volonté du peuple »… « le populisme est une stratégie de construction de la frontière politique sur le mode “ceux d’en bas contre ceux d’en haut” ». Le populisme n’a pas de contenu programmatique spécifique, il s’agit de revendication diverses, pour le pouvoir d’achat et pour l’emploi, contre les immigrés, contre les élites, contre le « pouvoir ». Le populisme est en fait l’art de se servir des sentiments du peuple pour prendre le pouvoir, et de manière annexe le lui confisquer. En effet la colère est mauvaise conseillère, elle fait le jeu de quelques leaders autoproclamés. Si le mot « populisme » est souvent utilisé en politique pour disqualifier un adversaire, trop de dirigeants se révèlent populistes. Extrême droite et ultragauche se rejoignent. « Contre la droite du fric, la gauche du fric, je suis la candidate de la France du peuple », affirmait Marine Le Pen lors du lancement de sa campagne présidentielle de 2017. L’affiche électorale de Jean-Luc Mélenchon était du même tonneau : un portrait de lui-même surmonté du slogan « La force du peuple ». Ils disent qu’ils sont à l’écoute du peuple, ils vont le faire parler par l’intermédiaire d’un référendum ou de la démocratie participative, ils en reviennent toujours à leur point de départ, la voix du peuple s’expriment par leur propre bouche. Illusion, illusionnistes. Le « peuple » est en réalité un ensemble hétérogène de voix dissemblables et dissonantes, qui peut dire oui un jour et non le lendemain, qui cherche surtout à voter selon son propre intérêt, qui cherche le plus souvent à satisfaire ses avantages catégoriels et non à promouvoir le bien commun, qui soutient en fin de compte un dictateur. Au niveau international, les populistes profitent du malaise socio-économique pour se multiplier, Chavez/Maduro, Trump, Bolsonaro, etc.

Le populisme actuel des « Gilets jaunes » se nourrit à la fois du rejet des grandes vagues migratoires, ainsi que des bouleversements induits par la société thermo-industrielle, par exemple la nécessité de la bagnole. Les atteintes constamment portées aux règles en vigueur du langage public civilisé deviennent des sources de mobilisation chez ceux “d’en bas”. C’est une manière de se façonner une nouvelle identité, un nouveau sentiment du “nous”. Mais le désir de sortir du sentiment d’exclusion conduit en fin de compte à rechercher une contrainte imposée de l’extérieur par une instance autoritaire. Les leaders d’extrême droite ou d’extrême gauche inventent alors des coupables désignés, des boucs émissaires venus de l’étranger ou issus du capitalisme. Eux, ils vont « représenter » le peuple, le populisme a gagné contre l’écologisme. En agrégeant toutes les crises à un niveau inouï, en combinant inégalités des richesses et pénurie des ressources, le drame écologique a une capacité de nuisance sans précédent : celle de nous ramener au pire de l’homme et de la barbarie. On pourrait espérer qu’il en soit autrement car toute dictature, même exercée au nom du peuple ou de l’écologie, mène irrémédiablement au désastre : les manipulations des foules ne sont jamais porteurs de bonne nouvelle. Il reste donc à mettre en œuvre ce que Hans Jonas envisageait incidemment : « Naturellement il serait préférable qu’on puisse confier la cause de l’humanité à une conscience authentique qui se propagerait. »

Pour en savoir plus sur notre blog biosphere :

Le peuple n’existe pas, c’est une abstraction construite

Ochlocratie : les peuples contre la démocratie

Pourquoi l’inéluctable montée des populismes ?

BIOSPHERE-INFO, L’écologie sans dictature

LE MONDE du 13 février 2019, Des essais pour comprendre ce qu’est le populisme

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8 réflexions sur “L’écologisme contre le populisme, qui va gagner ?”

  1. L’extrême-gauche nous bassine avec ses migrants, migrants dont ces extrême-gauchos ne veulent pas en prendre la charge par eux-mêmes, ces gauchos veulent des toujours plus de migrants mais qui soient financés par les efforts des autres ! Efforts aussi bien en temps qu’en argent !

  2. Je ne trouve pas qu’il faille opposer écologisme contre le populisme.
    En fin de compte je trouve que c’est notre système de représentation qui doit évoluer.
    On a plus à confier les clefs de la maison à une élite ou classe supérieur éduqué.
    Avec la généralisation de l’éducation et surtout avec l’arrivé d’internet il faut inventer un système de représentation collaboratif.
    Maintenant je pense que la sagesse populaire ne souhaite pas exploiter la planète à outrance.
    Et il me semble que beaucoup de dérive écologique sont mis en place par des éduqués supérieurs pour soi-disant le bien de tous mais plus avide par des gains pécuniers.

  3. « car toute dictature, même exercée au nom du peuple ou de l’écologie, mène irrémédiablement au désastre »
    Pas faux , mais toute démocrassouille ( fausse démocratie à la Française) mène à un plus grand désastre encore : voir l’ invasion démographique immigratoire ,le faux humanisme mais vrai esclavagisme …

  4. Fratern sur lemonde.fr : Un aspect nouveau du « peuple », c’est son côté individualiste : chacun est dans la toute-puissance de sa personne, connaît la vraie réalité, sait les solutions en pensant que le peuple pense comme soi–même. Chacun est sacré, « je suis la République ». Les élus, élites et médias ne sont pas en mesure de comprendre, tout ce qui constitue une représentation démocratique ou un débat dialectique est un enfumage. Ce « peuple » n’admet plus la différence, la nuance, un peu comme l’identité nationale.

  5. Bolzano sur lemonde.fr: Distinguons populisme et démagogie, le premier vise à faire ce que veut le peuple (sous réserve qu’il y ait une réponse unique, le mouvement des GJ a montré que ce n’est pas gagné), le deuxième à gagner des suffrages avec des arguments fallacieux.
    Lo @ Bolzano : Justement, il n’y a pas de réponse unique. « La volonté du peuple » (au singulier) est un mythe si elle est conçue comme unitaire et homogène.

  6. Citizen Kane sur lemonde.fr : Il y a une confusion dans beaucoup de commentaires, on assimile le populisme aux aspirations du peuple. Le populisme ce n’est pas gouverner ou parler au nom du peuple, c’est se servir des bas instincts du peuple, de la démagogie pour en faire son fonds de commerce et de dire que tout les malheurs du peuple proviennent des élites, de l’Europe des experts etc..

  7. A la faveur du mouvement des « gilets jaunes », la question du peuple est revenue au cœur du débat politique. Jusqu’à présent, le RN de Marine Le Pen en assumait seul l’héritage. Mais désormais, Mélenchon, Ruffin, Macron veulent tous être porte-parole « du peuple ». Le populisme est de retour. Au fond, la nouveauté se situe surtout à gauche ; Jean-Luc Mélenchon a théorisé le populisme comme une arme dans ses livres Qu’ils s’en aillent tous ! et L’Ere du peuple. En mars 2017, le candidat Macron ne rejetait pas l’étiquette : « Si être populiste, c’est parler au peuple de manière compréhensible sans passer par le truchement des appareils, je veux bien être populiste. » La question n’est donc pas “est-ce que Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon et Emmanuel Macron sont populistes”… mais “est-ce que la société française a complètement basculé là-dedans” !La bataille entre populisme de droite et populisme de gauche a déjà commencé.
    (LE MONDE du 13 février 2019, Le populisme, nouvelle grammaire politique)

  8. A la faveur du mouvement des « gilets jaunes », la question du peuple est revenue au cœur du débat politique. Jusqu’à présent, le RN de Marine Le Pen en assumait seul l’héritage. Mais désormais, Mélenchon, Ruffin, Macron veulent tous être porte-parole « du peuple ». Le populisme est de retour. Au fond, la nouveauté se situe surtout à gauche ; Jean-Luc Mélenchon a théorisé le populisme comme une arme dans ses livres Qu’ils s’en aillent tous ! et L’Ere du peuple. En mars 2017, le candidat Macron ne rejetait pas l’étiquette : « Si être populiste, c’est parler au peuple de manière compréhensible sans passer par le truchement des appareils, je veux bien être populiste. » La question n’est donc pas “est-ce que Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon et Emmanuel Macron sont populistes”… mais “est-ce que la société française a complètement basculé là-dedans” !La bataille entre populisme de droite et populisme de gauche a déjà commencé.
    (LE MONDE du 13 février 2019, Le populisme, nouvelle grammaire politique)

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