L’économie circulaire, une vraie entourloupe

« Une grosse partie des déchets n’est pas recyclable. Prenons une simple canette : il y en a en acier, en alu, d’autres qui ont la paroi en alu et le culot en alliage. En tant qu’ayant fondée une start-up de l’économie circulaire pour recyclage des canettes, La Boucle verte, je me suis rendu compte qui’il y avait une telle complexité des modes de consommation, des matériaux, des filières de tri, de revalorisation, que c’était impossible d’arriver à l’objectif utopique de tout recycler. Par exemple 22 % des canettes finissent comme sous-couche routière à l’issue de leur incinération. De plus la canette consommée à Marseille doit partir à Strasbourg pour être refondue, ce n’est pas viable. Quand on voit qu’on n’est même pas capable de recycler parfaitement un emballage aussi basique, et que cela nécessite des filières lourdes à forte empreinte écologique, on se demande comment ce serait possible pour tous les objets bien plus complexes qui nous entourent. Un téléphone est composé de dizaines de métaux et de différents plastiques. Le recyclage d’une quantité toujours plus grande de déchets est une équation qu’on ne peut pas résoudre. Il faut arrêter de se mentir en se disant qu’on va trouver une énième solution qui va sauver la planète. Vouloir résoudre un problème qui a trouvé sa source dans la technologie par une nouvelle technologie, c’est une complexification sans fin du système. On devra détechnologiser progressivement pour utiliser des techniques simples, déjà éprouvées, avec de faibles impacts sur l’environnement. Chacun devra faire des efforts, mais c’est vital. Sinon le confort, on le perdra quand on se prendre un effondrement écologique.J ’ai perdu la foi en une croissance verte, maintenant je suis partisan d’une décroissance choisie ; c’est la seule manière de faire de la vraie écologie. » (Charles Dauzet, interviewé par le mensuel La Décroissance de juin 2020, extraits)

Bibliographie

2010 2010 Quel futur pour les métaux ? Sous la direction de Philippe Bihouix et Benoît de Guillebon

2011 Cradle to cradle (du berceau au berceau ou créer et recycler à l’infini) de William McDonough et Michael Braungart

2014 L’âge des Low tech (Philippe Bihouix)

Pour en savoir plus sur l’économie circulaire grâce à notre blog biosphere :

24 septembre 2013, économie circulaire, écologie industrielle, un leurre

Dans leur livre Cradle to cradle (du berceau au berceau ou créer et recycler à l’infini), les auteurs espèrent qu’un jour tout ce que l’humain peut produire pourra littéralement être mangé ou tout au moins digéré sous forme d’humus, éliminant ainsi jusqu’à la notion même de déchets. C’est l’économie circulaire de « l’écologie industrielle ». Notons pourtant que William McDonough et Michael Braungart définissent une éco-bénéficience sans jamais donner de moyens sérieux pour la réaliser… Ils travaillent pour les grandes entreprises et rêvent de moquettes et de pérennité de la voiture individuelle !

2 mars 2016, Pour une stratégie industrielle circulaire et fonctionnelle

Nicolas l’a dit : « En lieu et place d’une économie « linéaire » qui, d’un même mouvement épuise les ressources et accumule les déchets, c’est vers une économie « circulaire » (selon l’appellation germanique) qu’il faut s’orienter, en cherchant à rapprocher nos écosystèmes industriels du fonctionnement quasi cyclique des écosystèmes naturels. L’ambition industrielle s’inverse : elle ne consiste pas à produire pour produire, mais à réduire, récupérer, réutiliser, re-fabriquer et recycler les productions. Il y a transformation des déchets en ressources et les matières utilisées en matières premières. Il faut sortir de l’ère du jetable et du gâchis… Ouvrir ce chantier, l’encadrer, le planifier et le mener à son terme n’ira pas sans imposer des contraintes réglementaires. (Le pacte écologique de Nicolas Hulot, 2006 »

24 avril 2018, Économie circulaire, on en parle, on le fera peut-être

Nicolas Hulot l’a (presque) fait, douze ans plus tard ! C’est le premier ministre en personne, accompagné de Brune Poirson, secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’écologie Nicolas Hulot, qui a présenté la feuille de route de ce modèle économique qui veut rompre avec l’ère du « fabriquer, consommer, jeter ». Les cinquante mesures reprennent les anciennes, tendre vers 100 % de plastiques recyclés en 2025 », réduire de 30 % la consommation de ressources ou encore créer jusqu’à « 300 000 emplois supplémentaires » dans l’économie circulaire… JEROME GONSOLIN sur lemonde.fr : « Je vois mal comment ces mesures peuvent produire les objectifs affichés: « mieux informer », « valoriser les déchets », « simplifier les règles de tri »…, tout ça n’agit en rien sur le volume de déchets ! J’étais à McDo ce midi, pour un menu à 5,3 € on produit un emballage de hamburger, un gobelet avec couvercle+paille, un sachet pour frites, un set de table, et avec les divorces tous les parents qui ont la garde de leurs enfants et la flemme de faire à manger sont venus polluer… et moi aussi !« 

14 décembre 2009, Économie, l’art de réduire les dépenses

La fable de l’économie telle que l’expose la quasi-totalité des manuels de sciences économiques en fait un système circulaire d’échanges de valeurs entre la sphère des entreprises et la sphère des ménages. C’est un système conceptuellement clos, une sorte de machine intellectuelle réalisant le mouvement perpétuel à l’intérieur d’un grand parc aménagé pour la satisfaction à court terme des plus riches, et pour le plus grand malheur de tous à moyen terme. Mon petit Larousse me dit : «  Economie, Art de réduire les dépenses » ou « ce que l’on ne dépense pas ». Ce sens traditionnel a malheureusement  été bien oublié au profit d’une économie de croissance qui a épuisé la biosphère.

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2 réflexions sur “L’économie circulaire, une vraie entourloupe”

  1. Bah oui, il n’y aura JAMAIS d’économie circulaire ! En effet, le seul moyen qu’il existe en Théorie, mais qui n’existe pas en pratique (et très fort probablement n’existera jamais en pratique), ce serait l’énergie nucléaire à fusion pour pouvoir être en capacité de séparer tous les atomes de tous les éléments du tableau de Mendeleïev….. Bref, tous les métaux qu’on utilise sous forme d’alliage exige une température si élevée si hors-norme et si hors de portée, qu’on en verra jamais le recyclage…. Seuls les métaux simples, bref qui ne soient pas des alliages peuvent être recyclés et encore à un prix énergétique qui reste vraiment élevé, encore trop élevé….

    MAIS les zinzins scientistes du l’économie circulaire, font croire par la propagande, qu’il est déjà acquis qu’on pourra utiliser l’énergie nucléaire à fusion de manière fiable et rentable, ce qui est faux évidemment, mais ceux qui travaillent sur ce projet bidon font croire que oui pour continuer de percevoir des budgets…. MAIS si on creuse derrière toute cette propagande, on est très loin et vraiment très loin de la réalité,…

  2. – « Il faut arrêter de se mentir […] J’ai perdu la foi en une croissance verte […]»
    Le jeune startupeur Charles Dauzet a fini par tomber de la lune, le voilà maintenant repenti, prêt à se battre pour la Bonne Cause, la Vraie, la Profonde. J’ai souvent remarqué que les convertis (ou cons verdis) de la dernière heure étaient les plus remontés, comme s’ils se devaient ensuite de rattraper le temps perdu. En attendant c’est quand même malheureux à notre époque de croire encore au mouvement perpétuel. Et tout aussi triste de devoir passer son temps à essayer de faire entendre à de pauvres malheureux qui n’ont jamais entendu parler de l’entropie, que ça ne peut pas marcher. En attendant mieux vaut en rire qu’en pleurer.
    L’économie circulaire c’est parfait pour tourner en rond, il eut été vraiment dommage de ne pas l’inventer, elle en aura fait tourner des têtes depuis le fameux Grenelle de 2007. Merci qui ? Et quand on voit que le «développement durable» se développe depuis 30 ans déjà, on se dit qu’elles n’ont pas fini de tourner, les pauvres petites têtes.
    Pas mal non plus, l’écologie circulaire ! Celle qui tel un vieux disque rayé repasse toujours les mêmes choses, celle qui aime se faire croire qu’à force de répétitions ça finira par le faire, celle qui tourne en rond mais n’avance pas d’un pouce. Un pas en avant et deux en arrière. Si nous cessions déjà de nous leurrer nous même, peut-être aurions-nous alors une chance de ne pas nous laisser abuser par ce genre d’entourloupes. En attendant mieux vaut nous en amuser 🙂

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