L’écran fatigue notre capacité d’attention

L’être humain n’est pas fait pour une stimulation continue. Le sommeil rappelle chaque jour cette limite. En effet nous avons besoin de rythmes discontinus, de seuils d’intolérance  déclarée, de baisse d’intensité. Or, une partie croissante de notre environnement numérique est pensée à l’inverse : sans fin claire, sans véritable point d’arrêt, avec pour horizon implicite la poursuite de l’usage.

Collectif : Depuis des années, une partie de l’économie numérique repose sur une logique simple : capter l’attention, prolonger le temps passé, multiplier les interactions, puis transformer cette intensité d’usage en revenus. Le défilement infini, la lecture automatique, les notifications de réengagement ou certains systèmes de recommandation ne sont pas de simples détails ergonomiques. Ce sont des choix de conception délibérés. Les algorithmes doivent être nommés pour ce qu’ils sont : des mécanismes de captation.

Or l’attention humaine n’est pas une ressource comme une autre. Pour les neurosciences, elle est une fonction limitée, précieuse, continuellement sollicitée, qui conditionne notre capacité à apprendre, à mémoriser, à discerner, à travailler et à entrer en relation. Un service numérique n’est jamais neutre : il organise des parcours, hiérarchise des choix, encourage certains comportements et en décourage d’autres. Quand l’environnement technique fragmente sans cesse nos focalisations, ne prévoit pas de fin d’usage naturelle et relance l’usage au moment même où il devrait s’interrompre, il ne se contente pas d’accompagner nos habitudes : il les façonne en profondeur. Dès lors, on ne peut pas faire reposer sur la seule discipline individuelle la charge de résister à des mécanismes pensés pour prolonger l’usage.

Il revient donc aux concepteurs et aux pouvoirs publics de fixer des règles du jeu plus respectueuses des personnes les plus vulnérables. Le 6 février 2026, la Commission européenne a estimé que TikTok enfreignait le règlement sur les services numériques en raison de caractéristiques de « design addictif », citant notamment le scroll infini (affichage automatique de nouveaux contenus), l’autoplay (lance automatiquement le contenu suivant d’un flux de vidéos), les notifications push (messages que les abonnés reçoivent en fonction des actions précédentes effectuées)…

Le point de vue des écologistes anti-drogue

Rien de nouveau sous le soleil. Une enquête d’Himmelweit, Oppenheim et Vince en GB (Television in the lives of our children – 1961) montre déjà que regarder la télévision est une activité mentale passive. Elle « sollicite les facultés sensorielles de l’affectivité plutôt que l’intelligence… La télé provoque chez l’enfant une perte d’initiative, rend blasé et émousse l’imagination… L’idéologie des moyens de communication de masse tendrait à décourager les activités militantes, surtout celles qui tendent à modifier l’état actuel de la société… La puissance de la communication de masse procède de sa mollesse même… Il y a massage plus que message. »

Un numéro d’Historia enfonce le clou dans les années 1970. Selon une enquête faite en Tarn et Garonne dans un groupe scolaire, les enfants de 9 à 16 ans passent près de 1000 heures par an devant l’écran alors qu’ils n’ont que 800 heures de cours. L’attention des élèves est de plus en plus difficile à fixer. Ils ont de moins en moins le goût de l’effort. Ils attendent du professeur un spectacle !  L’objet technique n’est pas neutre sur la conscience des gens. Si nous restons simple consommateur, impossible de s’apercevoir de notre aliénation par l’objet.

Dire qu’en 2026, les écrans ont envahi toutes les existences ou presque !

Il n’y a pas débat

– Tous les médias cherchent à fidéliser leur audience. Plus l’audience est grande et assidue, plus les revenus publicitaires seront importants. Même LE MONDE recherche le Graal d’avoir beaucoup de clients au détriment de ses concurrents?

Les addictions génèrent énormément de profits, que cela soit de la drogue chimique ou numérique. A ce titre, pourquoi pas considérer les producteurs des applis addictives comme de narcotrafiquants ?

– Je parie que certains vont dire que c’est aux parents et uniquement aux parents d’agir. Ils vont également dire qu’il s’agit ici de responsabilité individuelle et que la collectivité ne doit pas mettre en place des empêchements éthiques à la technique.

– Concrètement comment on fait ? À moins de retirer leur portable à nos adolescents, ils trouveront toutes sortes de moyens pour contourner les garde-fous.

– Il n’y a pas de « contrat ado » proposé par les opérateurs de télécommunications, et il est impossible de raisonner un ado, surtout quand on est ses parents.

– Une seule solution, interdire les écrans aux enfants… tout comme aux adultes.

12 réflexions sur “L’écran fatigue notre capacité d’attention”

  1. Mattea Battaglia

    Lire ses textos en donnant le biberon, de plus en plus de parents “collés” à leur téléphone ratent leur bébé. Nombre de professionnels de l’enfance se réfèrent à l’expérience dans les années 1970 du still face (« visage impassible ») : on demande d’abord à la mère d’interagir avec son bébé d’environ 1 an (sourires, babillages…), puis, au signal, de se détourner, avant de revenir vers lui sans expression, et de rester ainsi pendant deux minutes. « Le bébé essaie de relancer l’attention de sa mère, puis on le voit désorienté et, finalement, de plus en plus angoissé. Alors imaginez le résultat si cela se rejoue continuellement dans la journée… 
    Un terme a émergé parmi les professionnels de santé : celui de « techno-férence », contraction de technologie et d’interférences.

    1. Technoférence

      Merci Mattea de me faire découvrir un nouveau mot.
      – « Connaissez-vous le mot « technoférence » ? Non ? Et pourtant, ni le mot, ni le phénomène qu’il désigne, ne sont nouveaux. Le phénomène, la plupart d’entre nous le connaissent bien parce qu’on le vit plusieurs fois par jour. [etc.] » (La technoférence, le nouveau mal du siècle ? radiofrance.fr 6 février 2025)

      Cette nouvelle attitude, apparue avec ce put. de Portable, est en effet insupportable !
      Alors que vous êtes en train de discuter avec quelqu’un, voilà qu’il vous dit, et encore pas toujours… « excuse-moi ! ». Et voilà donc qu’il vous plante, pour discuter avec quelqu’un d’autre. Comme si cet autre… était donc bien plus important que vous. Comme si celui qui vient de vous planter là… attendait cet appel de la plus haute importance…
      Mais pour qui se prennent-ils, tous ces branchés mal élevés ?

  2. Pour résoudre tous les problèmes relationnels, nous avons enfin de nouveaux outils merveilleux : l’IA (Intelligence Artificielle), le LA (Langage Artificiel), le SA (Sentiment Artificiel), l’AA (Amour Artificiel), le tout régi par la reconnaissance vocale et faciale. Les interactions parentales pesantes seront un lointain souvenir. Vive le nouveau monde Artificiel ! Oublions l’impératif ridicule de cultiver son jardin pour être en paix avec soi-même.

  3. statisticon

    En 2023, 936 000 jeunes de 12 à 25 ans ont été remboursés au minimum une fois pour au moins un psychotrope.

    1. Tout le monde le sait, mais....

      – « La dépression chez les adolescents est un problème de santé publique de plus en plus préoccupant. En France, les épisodes de dépression ont fortement augmenté depuis 2021, ayant quasiment doublé chez les jeunes entre 18-24 ans. » (Comprendre l’évolution de la dépression chez les adolescents – sante-sur-le-net.com 23 oct 2024)

      – « L’impact des réseaux sociaux sur la santé des jeunes.
      Une étude publiée en février 2025 démontre que les réseaux sociaux sont désormais la première source d’information pour les jeunes dans l’UE, dépassant la télévision et les médias imprimés. » (Que disent les chiffres sur la santé mentale des jeunes en France ?
      sante-sur-le-net.com 30 mai 2025)

      – etc. etc. etc. !!!

  4. esprit critique

    – « Dans son livre Réinventez vos formations avec les neurosciences, Aurélie Van Dijk rappelle qu’il est possible d’expliquer comment l’attention fonctionne aux élèves et comment la maîtriser en classe. […] 6 idées pratiques pour l’attention en classe […] 6.Utiliser le levier émotionnel (cultiver des émotions agréables et éviter le stress élevé) […] l’attention et la motivation mobilisées grâce à l’émotion agréable vont permettre d’amplifier l’apprentissage et la mémorisation. [etc.] »
    ( Capter et maintenir l’attention des élèves en classe – apprendre-reviser-memoriser.fr )

    Ce point 6 rejoint donc ce que je dis dans mon commentaire précédent à 10:21.
    Pour capter l’attention de nos chers bambins, de 7 à 77 ans, il faut les faire rigoler !
    Alors YAKA !

    1. Parti d'en rire

      – Le déficit d’attention des élèves, comment agir ? (eduscol.education.gouv.fr)
      Réponse : en accélérant la Transition Numérique de l’École !

      Et là encore ça rejoint ce que je ne cesse de rabâcher : Hypocrisie totale !
      Tout le monde le sait … mais tout le monde s’en fout !
      Autrement dit , ânarien à foot !

  5. Didier BARTHES

    Tout à fait, et c’est une chose terrible d’autant qu’elle se marie à la perfection avec le raccourcissement des séquences, textes courts, vidéos courtes et rapides, ne laissant pas au cerveau le temps d’assimiler, de comprendre, de se faire sa propre opinion, ne laissant pas de manière générale le temps au recul pourtant nécessaire.
    Bref, ces mécanismes sont les supports d’une marche vers la stupidité, les gens ne lisent plus ne se donnent plus le temps de réfléchir, l’immédiateté nous tue.

    1. – « L’attention des élèves est de plus en plus difficile à fixer. Ils ont de moins en moins le goût de l’effort. Ils attendent du professeur un spectacle ! »

      La première phrase est un fait, irréfutable. Sur lequel il n’y a donc même pas à discuter.
      Si ce n’est pour dire, qu’hélas, c’est comme ça. Pareil pour la seconde. La troisième est quelque peu différente, et c’est pour ça que je la trouve particulièrement intéressante.
      Je me souviens, en effet, que certains professeurs nous faisaient passer de bons moments. Tout connement parce qu’ils étaient différents des autres. En ce sens qu’ils nous faisaient rigoler. Généralement à l’insu de leur plein gré. Avec ceux-là ON ne s’ennuyait pas.
      C’était comme au cinéma, ou au cirque. Le théâtre n’en parlons pas. 😉
      (à suivre)

      1. (suite 1) Et ça c’était dans les années 1970 ! Dans ces années là, ce n’était pas tous les jours que nous avions l’occasion, et la joie, d’aller au cirque. Notamment dans les petits villages, dans lesquels les Pinder et autres Amar ne venaient pas planter leur grand chapiteau. Pareil pour le cinéma, et le théâtre n’en parlons pas. Toutefois nous, petits et grands… commencions à être bercés par les écrans.
        Plus précisément alors, la Télévision.

        – « Dire qu’en 2026, les écrans ont envahi toutes les existences ou presque ! »

        Eh oui ! Et là aussi c’est comme ça. Avec les écrans ON ne s’ennuie pas !
        Les écrans sont là pour nous distraire, nous endormir, nous faire rêver, bref nous déconnecter du réel. Et en même temps nous rendre cons, toujours plus.
        Si les écrans captent notre attention, c’est pour mieux la détourner.
        (à suivre)

      2. (suite 2)
        Et tout ça, d’une manière ou d’une autre… ça été dit il y a un bon moment déjà.
        – La Société du spectacle (Guy Debord 1967)
        – Sur la télévision (Pierre Bourdieu 1996)
        – « Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible » ( Patrick Le Lay 2004)

        Quant aux dégâts sur les cerveaux, notamment des plus jeunes, les études se suivent et se ressemblent. Mais qu’à cela ne tienne, pas question bien sûr de ralentir, et d’arrêter n’y pensons même pas. Après la Télévision, les écrans géants, le home cinéma. Après la 3D, et la stéréo, les tablettes et j’en passe de toutes ces innovations à la con, bonjour le Casque. (à suivre)

        1. (et fin) Résultat, nous passons notre vie au Spectacle.
          Bien vautrés dans le Canapé, nous vivons la Guerre en direct.
          En nous gavant de Coca Cola. Pour le Foot c’est mieux la bière.
          Delphine de Sébastien (sa dernière chanson), ça c’est de la Grande Culture !
          Et là ce sera donc champagne. Misère misère !
          Bref, comme des cons, nous assistons à notre anéantissement en direct (Biosphère 18 avril 2026).
          Mais qu’à cela ne tienne, vu qu’ON ânarien à foot !
          Et qu’en attendant… The Show Must Go On !

          PS : Désolé Monsieur Barthès, j’ai fait une fausse manip.
          Je ne voulais pas mettre tout ça à la suite de votre commentaire.

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