L’éducation, nourrir, conduire vers, élever

L’éducation aujourd’hui échappe au système scolaire. La socialisation se fait maintenant de préférence par l’échange entre pairs, les adultes, y compris les parents, deviennent marginaux dans la transmission des savoirs. Le contenu gobé par les jeunes résulte des réseaux sociaux, là où les fantasmes circulent mieux que l’énoncé des réalités. Pourtant une école sans prise de conscience systémique nous prépare au pire.

Sylvain Wagnon : Sans horizon éducatif partagé, il ne peut y avoir de projet démocratique durable. Tout indique que nous avons basculé dans une nouvelle période historique, marquée par le dérèglement climatique, l’effondrement de la biodiversité, la montée des inégalités, l’accélération numérique et la fragilisation du lien social. Pourtant, nos systèmes éducatifs continuent à fonctionner comme s’ils étaient encore au cœur de l’ère industrielle. Nous persistons à transmettre un rapport au monde fondé sur l’abondance, la croissance infinie, la spécialisation technique et la compétition individuelle. Nous préparons les élèves à entrer dans un monde stable, hiérarchisé et prévisible, alors même que ce monde est déjà derrière nous. Ce décalage, devenu structurel, est l’un des grands impensés de notre époque.

L’éducation constitue aujourd’hui l’angle mort de la transition écologique. Pourtant, aucune transformation structurelle ne pourra réussir si elle n’est ni comprise, ni appropriée, ni portée par les générations actuelles et futures. Il s’agit de permettre aux élèves de comprendre les interdépendances du vivant, d’apprendre à habiter un monde de limites, d’articuler savoirs et engagement, et de réconcilier l’éducation avec le vivant et les territoires. Former à la coopération plutôt qu’à la compétition, former à la pensée complexe plutôt qu’à la simplification, former à la sobriété, à la nuance, à l’esprit critique, à la justice sociale et à la compréhension du monde vivant, et former des citoyens capables de débattre, de décider et d’agir collectivement constituent des choix décisifs pour l’avenir. L’avenir se joue dans les salles de classe autant que dans les Parlements.

Michel Sourrouille : D’accord Sylvain, il faut préparer les élèves à la décroissance économique et démographique, à une consommation où il faudra se contenter de l’essentiel, l’expression  « j’ai envie » deviendra obsolète0 Nous arrivons bientôt à une société où il n’y aura plus du tout de voiture individuelle, la désurbanisation sera au moins aussi importante que l’exode rural antérieur, sans oublier la nécessaire démilitarisation alors qu’on voudrait faire de nos enfants de futurs soldats. Il faut que les générations qui arrivent sachent dès le plus jeune âge que la société d’abondance à crédit est derrière nous… mais qu’il y a de la joie à avoir des relations conviviales avec les copains et les copines en se baladant dans la forêt profonde et en cultivant le jardin collectif.

Tollbine : Nous ne préparons pas du tout les jeunes aux défis de demain, que dis-je, d’aujourd’hui. Quand il y avait le mouvement Fridays for Future, j’avais un moment d’espoir. Plus maintenant. Certes, les programmes abordent des questions écologiques mais quasiment toujours sous l’angle d’hypothétiques solutions techniques. L’éducation nationale se contente d’actions purement symboliques (faire une vidéo sur le cycle de l’eau…). Dans ce contexte, mon métier de prof s’est vidé de son sens. J’ai l’impression de faire de la figuration. Je regarde cette génération qui avance aveuglément vers un avenir plus qu’un incertain avec compassion et inquiétude.

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Une autre éducation des lycéens est possible

extraits : Selon le cardinal de Richelieu, apprendre à lire, écrire et compter « remplit le pays de chicaneurs propres à ruiner les familles et troubler l’ordre public, plutôt qu’à procurer aucun bien ». Les jeunes d’aujourd’hui ont pourtant appris à lire, écrire ou compter, mais ce fut seulement pour se mettre au service de la révolution industrielle. Comment faire autrement ? A ma modeste échelle, j’ai fait ce que je pouvais. Professeur de sciences économiques et sociales (SES) en lycée pendant près de 40 ans, j’ai essayé de montrer ce qu’éduquer veut dire….

L’écologie, axe central de l’éducation scolaire

extraits : Nous sommes tous écolos même si nous n’en avons pas encore conscience. Nous devons en effet apprendre notre dépendance à l’égard des écosystèmes et devenir les sages garants de notre mère Nature. Mais l’école officielle se contente du « lire-écrire-compter » et de l’accumulation des diplômes.la pensée illichienne est plus que jamais d’actualité. Les questions d’éducation sont posées d’une manière qui reflète fidèlement le fonctionnement social et économique que l’écologie dénonce : plus, c’est forcément mieux, avec à la clé une « politique de l’indice » (50 % d’une classe d’âge diplômée du supérieur par exemple) sans retour réflexif sur une mise en avant des bénéfices individuels… L’école est victime d’une logique de compétition….

Scolarité, l’éducation à l’écologie absente

extraits : Surtout pas de catastrophisme dans l’éducation nationale : « La prise de conscience des questions environnementales, économiques, socioculturelles doit, sans catastrophisme mais avec lucidité, aider les élèves à mieux percevoir l’interdépendance des sociétés humaines avec l’ensemble du système planétaire et la nécessité pour tous d’adopter des comportements propices à la gestion durable de celui-ci (circulaire de juillet 2004, rubrique EEDD, éducation à l’environnement et au développement durable). » Un adepte de la pédagogie de la catastrophe fait-il preuve de lucidité ? Ce n’est pas faire du catastrophisme (termes du texte officiel) que de montrer la réalité aux jeunes que nous éduquons (épuisement des ressources fossiles, choc climatique, stress hydrique, perte de biodiversité… sans compter le poids des dettes que nous léguons en France aux générations futures. La catastrophe va bientôt sonner à notre porte parce que nous aurons été beaucoup trop mous pour s’engager dans une autre voie qu’un croissancisme mortifère. Mais chut, il ne faut pas le dire aux élèves. L’histoire des textes officiels en dit long sur la difficulté de l’école à enseigner la transition écologique….

5 réflexions sur “L’éducation, nourrir, conduire vers, élever”

  1. Le premier article de notre blog « biosphere » a été posté le 13 janvier 2005, il propose chaque jour un « point de vue des écologistes ». Hébergé par le serveur ouvaton.org, c’est un Journal indépendant sur l’actualité, nous ne sommes alignés sur aucune chapelle.
    https://biosphere.ouvaton.org/blog/
    Ce blog est directement relié à un site, on peut aller de l’un à l’autre rapidement.
    https://biosphere.ouvaton.org/
    Notre site « biosphere » est relativement statique, les contenus y sont organisés par pages pour la plupart anciennes. Mais c’est un « réseau de documentation des écologistes » qui fournit à peu près toute la culture que devrait avoir un écologiste militant. Nous avons une volonté de formation des citoyens. Nous ne sommes pas un réseau social qui met en contact n’importe qui pour n’importe quoi grâce à Facebook, TikTok, Twitter (X)…
    Prière par vos commentaires de faire en sorte d’améliorer l’intelligence collective, merci.

  2. – « Former à la coopération plutôt qu’à la compétition, former à la pensée complexe plutôt qu’à la simplification, former à la sobriété, à la nuance, à l’esprit critique, à la justice sociale et à la compréhension du monde vivant, et former des citoyens capables de débattre, de décider et d’agir collectivement constituent des choix décisifs pour l’avenir. » (Sylvain Wagnon)

    Pour moi c’est tellement évident, que je demande comment j’en suis arrivé là. Mais nom de dieu comment ai-je pu arriver à la conviction que la coopération valait mille fois mieux que la compétition !!?? Et que le rôle de l’école était de former des citoyens dignes de ce nom, c’est à dire capables de réfléchir, débattre etc. etc. C’est quand même pas au catéchisme qu’ON m’a refilé ce genre d’idées, si ? Quoique… 🙂

    1. esprit critique

      L’avenir se joue (ou se prépare) dans les salles de classe. OK.
      Toutefois n’oublions pas que l’éducation est un droit fondamental… inscrit noir sur blanc dans la Déclaration universelle des droits de l’homme.
      Un droit qui ne se limite pas aux enfants (jeunes), c’est tout le long de sa vie que le Citoyen (je dirais même tout être humain) doit… s’instruire. ON appelle ça l’éducation populaire.
      Non seulement il doit avoir accès à cette éducation, mais il s’agit là pour lui d’un… devoir.
      Le devoir de s’instruire, de se former, et non pas de se laisser déformer.
      S’instruire, s’informer, apprendre, toujours plus, dans le but de s’élever. Et pas s’enfoncer ! Tirer (conduire) son espèce vers le haut, vers ce Sapiens enfin digne de ce nom.
      Et se libérer. Et non pas s’enchaîner. Éduquer doit être entendu comme élever et libérer.
      Bref, l’avenir passe bien évidemment par l’instruction et l’éducation.

      1. – « Tant qu’il y aura des hommes qui n’obéiront pas à leur raison seule, qui recevront leurs opinions d’une opinion étrangère, en vain toutes les chaînes auraient été brisées, en vain ces opinions de commandes seraient d’utiles vérités ; le genre humain n’en resterait pas moins partagé entre deux classes : celle des hommes qui raisonnent, et celle des hommes qui croient. Celle des maîtres et celle des esclaves »
        ( L’Organisation générale de l’instruction publique – 1792 )

        1. Cultivons la culture

          Culture vivante, culture populaire… à ne pas con fondre avec la pop culture. 🙂

          – « Une culture vivante suscite un type d’homme. Elle suppose des méthodes pour transmettre la connaissance et former la personnalité. Enfin, elle entraîne la création d’institutions éducatives. Ainsi la culture populaire a besoin d’un humanisme, d’une technique, d’une organisation propres — faute de quoi, elle risque de rester prisonnière d’un enseignement périmé. »
          ( Peuple et culture, dans son manifeste de 1945 )

          – Éducation populaire en France ( Wikipédia )
          – Éducation nouvelle ( Wikipédia )
          – Éducation libertaire ( Wikipédia )
          – Culture populaire ( Wikipédia )
          – etc. etc.

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