L’énergie sous la pression de Trump

Un travail d’expertise autant qu’un objet politique, ainsi apparaît le « World Energy Outlook » de l’Agence internationale de l’énergie (AIE). C’est un vaste tableau de bord mêlant hypothèses sur l’avenir de la demande, analyses régionales et passage en revue des leviers d’action pour la décarbonation. L’AIE est une organisation créée dans la foulée du choc pétrolier de 1973 pour sécuriser l’approvisionnement énergétique des pays riches. Contrairement à ses précédents scénarios, l’AIE prédit sous la pression de Trump. une augmentation massive de la demande dans les prochaines décennies

Marie de Vergès : « World Energy Outlook 2025 », cette bible du secteur de l’énergie est dénaturée par le virage « tout fossiles » de l’administration Trump. Au centre de la controverse, le troisième scénario présente les voies à emprunter pour atteindre la neutralité carbone. Une approche incompatible avec le credo « drill, baby, drill » (« fore, bébé, fore ») d’un Donald Trump, héraut autoproclamé de l’industrie fossile américaine. « Nous réformerons le fonctionnement de l’AIE ou nous nous retirerons », mettait en garde le secrétaire américain à l’énergie, Chris Wright, un ancien entrepreneur qui s’est enrichi grâce au pétrole et au gaz de schiste. L’AIE commence donc à se « repétroliser »…

Marie de Vergès : Le rapport annuel de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) est publié le 12 novembre 2025. Trois scénarios sont proposés. Le premier se base uniquement sur les régulations déjà en place ; le deuxième inclut une partie des objectifs que se fixent les Etats dans le déploiement des technologies bas-carbone ; le troisième est construit à l’envers, détaillant la voie qu’il faudrait emprunter pour atteindre la neutralité carbone en 2050. Le premier envisage que la consommation de pétrole et de gaz naturel continue d’augmenter pendant les vingt-cinq prochaines années. Le deuxième scénario projette une consommation de gaz en hausse jusqu’en 2035. Un cap très éloigné de celui figurant dans les précédentes éditions du « World Energy Outlook », qui voyaient la demande en combustibles fossiles culminer d’ici la fin de la décennie.

L’envolée de la demande énergétique va de pair avec une multiplication des risques. Parmi eux, la faiblesse de l’investissement dans les réseaux électriques, la montée des tensions géopolitiques affectant les marchés pétroliers et gaziers ou encore l’apparition de nouvelles vulnérabilités dans les chaînes d’approvisionnement en métaux critiques.

Le point de vue des écologistes

La science démontre le danger et les experts proposent aux décideurs des scénarios pour y échapper mais le sujet est dévoyé par des considérations purement politiques. Trump et ses copains s’acharnent à vouloir vivre au XXeme siècle. Donc demain, on ne sait plus de quoi il sera fait…

Pour en savoir plus grâce à notre blog biosphere

COP28 et AIE, sobriété énergétique tabou ! (2023)

extraits : La demande d’énergies fossiles devrait rester « trop élevée » pour respecter les objectifs les plus ambitieux de limitation du réchauffement planétaire, insiste l’Agence internationale de l’énergie (AIE) à un mois de la COP28 à Dubaï, du 30 novembre au 12 décembre. Mais rien dans son rapport sur la nécessaire, indispensable, obligatoire et incontournable économie d’énergie dans le sens « sobriété partagée ». A l’horizon 2030, l’AIE estime seulement qu’il devrait y avoir dans le monde 10 fois plus de véhicules électriques sur la route qu’aujourd’hui, tandis que la part des énergies renouvelables dans le mix énergétique mondial devrait approcher de 50 %….

World Energy Outlook 2021, le chaos en vue

extraits : Fatih Birol, directeur exécutif de l’AIE : « En ce qui concerne les émissions de gaz à effet de serre, les engagements déjà pris par les Etats ne couvrent malheureusement que 20 % des réductions nécessaires d’ici à 2030 pour être sur la voie d’une limitation du réchauffement à 1,5 °C à la fin du siècle [par rapport à l’ère préindustrielle]. C’est inquiétant… Si nous ne parvenons pas à lancer un message clair en faveur de la transition énergétique lors de la COP26, nous devrions dire au revoir à la planète telle que nous la connaissons et nous préparer à la multiplication d’événements climatiques extrêmes et plus intenses. …..

World Energy Outlook, l’avenir énergétique ! (2019)

extraits : Rien dans le WEO 2019 sur la nécessaire réduction de nos besoins en énergie, rien sur le fait qu’il faudrait laisser la majorité des ressources fossiles connes sous terre pour lutter contre le réchauffement climatique, rien sur le coût financier et environnemental de la fracturation hydraulique, rien sur l’incapacité de la technologie à faire face aux crises ; rien sur l’imbécillité du recours aux climatiseurs, et bien sûr rien sur l’urgence de réguler la fécondité humaine, et ce pas seulement en Afrique ! On prend pour acquis le prolongement des tendances actuelles, l’action volontariste est complètement absente de ce énième rapport…..

Pour en savoir encore plus grâce à notre blog biosphere

World Energy Outlook 2013, Fatih Birol, prévisionniste déjanté d’un infini pétrole

2012. Fatih Birol et l’AIE contre la démarche Négawatt

World Energy Outlook 2011, Le quadruplement du prix du baril, une bonne nouvelle

World Energy Outlook 2010, L’AIE, une officine des basses œuvres pétrolières

World Energy Outlook 2007, en panne d’énergie

5 réflexions sur “L’énergie sous la pression de Trump”

  1. esprit critique

    – Selon des conseillers, une seconde présidence Trump s’attaquerait à l’orientation écologique de l’AIE (zonebourse.com 16/05/2024)

    Comme nous l’avait prédit notre Nostradamus, Trump a été réélu le 5 novembre 2024. Et donc il n’y a rien d’étonnant au fait qu’il continue à nous enfumer comme il sait si bien le faire.
    Mais Trump a t-il vraiment le pouvoir de faire la pluie et le beau temps ? Peut-il jouer avec la réalité, la Vérité, la Science, et finalement avec tout et n’importe quoi ? Vu que ce type ne tourne pas rond, c’est peut-être ce qu’il croit. En tous cas ce canard n’est plus à un fantasme près.

    – « Dans une entreprise occidentale de l’énergie, on relativise : « Il ne faut pas non plus fantasmer la soi-disante influence pro-pétrole et gaz de l’administration Trump au sein de l’AIE qui reste une institution indépendante et sérieuse. » » (Pétrole : l’Agence internationale de l’énergie fait-elle « volte-face » face à Trump ? connaissancedesenergies.org)

  2. esprit critique

    – « Contrairement à ses précédents scénarios, l’AIE prédit sous la pression de Trump une augmentation massive de la demande dans les prochaines décennies. »

    Pas vraiment. En fait, rien de nouveau sous le soleil. Déjà, cette augmentation massive de la Demande (d’énergie) dans les prochaines décennies a été prédite depuis longtemps.
    – « Depuis plus de cinquante ans, la demande mondiale d’énergie est satisfaite par une offre à plus de 80 % d’origine fossile. Qui plus est, les prévisions montrent que, sauf changement radical de gouvernance mondiale imposé par les impératifs de la contrainte carbone, ce ratio ne sera guère différent dans 25 ans. » (Géoéconomie de la demande et de l’offre énergétique mondiale – Jean-Michel Gauthier 2009 – cairn.info)
    (à suivre)

    1. esprit critique

      (suite) Et bien sûr, Croissance (Croâssance) oblige… tout est fait pour ça.
      En 2024 la Consommation mondiale d’énergie a augmenté de 2,2%, soit quasiment le double de la moyenne de la décennie précédente.
      Transition (à la con) et Croâssance Verte obligent… en fait c’est la Demande d’électricité qui explose. Ces 10 dernières années la Conso d’électricité a augmenté 2 fois plus vite que «la demande énergétique globale». Nos «experts» nous expliquent très bien tout ça, le pourquoi du comment, la Chine et patati et patata. Et ils nous (pré)disent que ça va continuer (pour des siècles et des siècles amen), et que la Croâssance de la Demande Électrique devrait donc continuer de s’accélérer dans les années à venir (et comment pourrait-il en être autrement…) Voilà donc ce qu’ON nous raconte.
      (à suivre)

    2. esprit Business

      (suite) Dit en passant… l’Offre et la Demande, la Poule et l’Oeuf, les fumeuses «lois» de l’Économie, pour ne pas dire de la Finance… c’est bon, tout ça ON connaît !

      – « D’après l’AIE, l’offre croît bien plus vite que la demande »
      (Le marché mondial du pétrole fait face à un excédent croissant après la hausse de l’OPEP+, selon l’AIE – zonebourse.com)
      Et voilà donc que la Main Invisible veut qu’ON se retrouve avec des tas de Barils sur les bras. Et donc, tout ce Pétrole il faut le fourguer, à tout prix.
      Quitte à le brader, au Black-Friday. Business as usual !

      « Les analyses de l’agence indiquent que la consommation pourrait atteindre 113 millions de barils par jour à mi-siècle, soit environ 13 % de plus que les niveaux de 2024. » (Énergie : L’AIE alerte sur une demande en forte hausse jusqu’en 2050 – economiematin.fr)
      (à suivre)

      1. (et fin) Quant à l’autre… Là encore rien de nouveau sous le soleil.
        Comme tout le monde le sait… il adoooore le Pétrole. Tout autant que le Capitalisme et la Croâssance. L’Ordre et la Sécurité, la Paix et en même temps.
        Bref, il a fait du Pétrole son arme stratégique. Sans parler bien sûr de toutes les autres, armes, qu’il affectionne. Et pour couronner le tout, ce pauvre type ne croit pas du tout à ce fumeux «canular». Maintenant va savoir pourquoi… a t-il des intérêts personnels dans ce secteur… est-il malade de la tête… qui peut le dire ?

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *