Les gaz à effet de serre, c’est aussi notre affaire

Voici le témoignage de Brig* qui résume bien ce que devrait être la mentalité de tout un chacun pour réduire nos émissions de gaz à effet de serre. Certains le font déjà, ils nous montrent l’exemple. L’action exige des efforts, une limitation de nos besoins. L’action part d’en-bas, de l’individu. Il s’agit d’aller à l’inverse de la société de consommation.

La décroissance : Concrètement, de quoi vous passez-vous ?

Je gagne mon argent en ne le dépensant pas. Ce que je veux, c’est gagner du temps. Aujourd’hui je touche 400 euros par mois environ. C’est formidable, je n’ai jamais eu autant ! Ça me suffit largement. Je n’ai pas de frais de transport puisque je fais tout à vélo, pas de chauffe-eau, pas de chauffage central. J’ai enlevé tous les radiateurs électriques, ils ne me servaient pas. C’est absurde de chauffer l’air pour chauffer le corps. Quand j’ai froid, je mets un pull ou une couverture en plus, et voilà.

Pour vous, en quoi consiste la simplicité volontaire ?

C’est résister à la robotisation, à l’agression publicitaire. C’est maîtriser ses besoins pour avoir plus de liberté. C’est refuser le confort aliénant. La plupart des salariés seraient incapables de mener une grève générale sur un mois : « Ah ben oui, mais tu comprends, nous si on perd une journée de travail, on à moins d’argent… » Je pense que tout commence par l’action individuelle. Je crois à la stratégie de la masse critique : plus on est nombreux à circuler à vélo, plus on reprend de l’espace aux automobiles. Finalement, la simplicité volontaire, c’est comprendre qu’on fait tout en trop : on mange trop, on regarde trop la télé, on est trop encombré d’un tas de trucs inutiles… et à côté, il y a plein de choses qu’on ne fait pas assez : on ne marche pas assez, on ne rigole pas assez, on ne baise pas assez, on ne chante pas assez…

Qu’est-ce qui vous a poussée à choisir la simplicité volontaire ?

J’ai grandi à Caen, après la seconde guerre mondiale. Ma génération a connu la pénurie, les tickets de rationnement. Je me souviens que vers 11-12 ans, mes parents voulaient m’acheter une chambre à coucher. Je leur ai dit : « Je voudrais un lit de feuille sèche dans la brousse », ça avait fait rire tout le monde. Il y avait cet état d’esprit dans ma famille. Quand on partait en vacances, on faisait du camping sauvage. Mes parents nous ont transmis cette simplicité. Ils ne cherchaient pas à avoir une grosse bagnole, dans la famille tout le monde faisait du vélo. Aujourd’hui les gens ne font pas de vélo, mais ils pédalent à l’intérieur de salles de gym… Ils n’ont pas peur du ridicule.

Comment sortir de la servitude volontaire ?

Je rêve que les réseaux technologiques tombent en panne. Qu’il y ait une panne d’électricité mondiale. On comprendra à quel point on est dépendant. Sans l’électricité, les citadins ne pourraient même plus cuisiner leurs plats du congélateur, ni même laver leur linge, se chauffer… On se complique énormément la vie. Il y a des actions faciles pour retrouver un peu de liberté : ne serait-ce que de ne pas prendre son porte-monnaie quand on sort. Dans mon immeuble, je suis la seule à ne pas fermer la porte à clé. Et je suis la seule qui ne s’est jamais fait cambrioler. Parce qu’il n’y a rien à prendre.

Est-ce que vous êtes engagée dans des mouvements militants ?

Je participe à des luttes, contre le TAFTA par exemple, contre le gaz de schiste, contre le nucléaire, pour soutenir les communautés péruviennes contre l’extractivisme. Aujourd’hui je suis assez admirative des jeunes qui luttent sur les ZAD, en étant présents physiquement, en opposant leur corps.

* La décroissance, novembre 2015, page 7 et 13, rubrique simplicité volontaire

Pour compléter ce témoignage, lire Vivre la simplicité volontaire (Histoire et témoignages) aux éditions de l’Echappée 2014, 280 pages, 20 euros

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1 réflexion sur “Les gaz à effet de serre, c’est aussi notre affaire”

  1. Il faut noter que le mode de vie de Brig n’est guère généralisable à l’ensemble de la population.
    Pour le transport, bien des gens ne peuvent pas faire tous leurs trajets en vélo car trop éloignés de leur lieu de travail.
    Pour le chauffage, les pulls ne sont pas aussi efficace de les appareils électrique et au gaz. Le réchauffement des citoyens passent donc par des logements avec une isolation bien meilleurs que ce qui existe actuellement, ce qui requiert des moyens financiers que pas plus d’une infime minorité du peuple n’a.
    Et si les Français venaient à ne plus avoir de revenu supérieur à 400 euros par mois, cela réduirait davantage leurs maigres chances de pouvoir remplacer leur consommation de bouffe industrielle ultra-polluante par de la nourriture bio.
    C’est sans aucune ironie que je déclare respecter le choix de sobriété fait par cette personne et me dit satisfait(e) qu’elle en soit épanouie. Mais on ne peut pas dire aux autres individus « pour sauvegarder la biosphère, pas besoin de révoltes collectives, pas besoin qu’on vous aide financièrement pour mener un mode de vie plus vert, rien d’autre que le fait que vous tous suiviez l’exemple de Brig n’est nécessaire ».
    Frapper au pouvoir d’achat des classes moyennes et populaires serait contreproductif, car cela inciterait les gens à croire au mensonge selon lequel l’écologisme serait intrinsèquement une idéologie antisociale. Ce qu’il faut, c’est arrêter de faire des cadeaux aux grands patrons milliardaires et reprendre ceux qui ont déjà été versés, afin de permettre une décroissance qui soit fait sans que ce soit au détriment des petites gens.

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