Les géants du pétrole, amoureux des arbres !

Petit calcul sur la compensation carbone. Le PDG de Total, Patrick Pouyanné, a décidé de planter des acacias sur les plateaux Batéké en République du Congo. Cette forêt de 40 000 hectares piégera 10 millions de tonnes de CO2 sur une vingtaine d’années, soit environ 1370 tonnes par jour. Quelque 2 000 kilomètres plus à l’est, la compagnie va lancer sur les bords du lac Albert un des plus grands projets pétroliers au monde pour pomper chaque jour 230 000 barils de brut. Mais un baril de pétrole pèse 136 kg et le taux de pollution au carbone du pétrole brut est de 400 kg de CO2 par baril. Le groupe pétrolier va donc émettre chaque jour avec ce projet de pompage 92 000 tonnes de CO2. D’un côté 1370 tonnes pour compensation, de l’autre 92 000 tonnes supplémentaires émises. On est loin de la neutralité carbone, un objectif de toute façon insuffisant pour sauver le climat. Les multinationales du pétrole veulent nous faire croire que le pétrole est propre, il suffit de planter des arbres et leurs méfaits environnementaux seront oubliés.

Nous pensons bien mieux que Jean-Michel Bezat : Planter des arbres et des éoliennes, c’est une illusion ; fermer des puits, c’est absolument nécessaire… Car ce journaliste du MONDE, le cul entre trois chaises, ne sait plus quoi privilégier entre son amour du pétrole, la défense du business as usual et les impacts climatiques des gaz à effet de serre :

« Patrick Pouyanné assume ses choix : porter la production quotidienne d’hydrocarbures de trois à quatre millions de barils en 2030 pour répondre à la demande ; compenser en partie ses émissions de CO2 et multiplier par cinq ses investissements dans les énergies renouvelables d’ici à 2025. Avec un objectif « zéro carbone » au milieu du siècle. Le vert et le noir… La coalition d’investisseurs Climate Action 100+, qui regroupe des entreprises pesant 54 000 milliards de dollars d’actifs, vient d’admettre que les engagements de 95 % de ses entreprises adhérentes, toutes très émettrices de gaz à effet de serre, ne permettront pas de respecter l’accord de Paris… En 2016, lasse du refus d’ExxonMobil de « verdir » ses activités et ulcérée par son négationnisme climatique, la famille Rockefeller s’était débarrassée de ses actions. Tout un symbole, puisque la révolte venait des héritiers de John D. Rockefeller, fondateur de la Standard Oil… Activiste à sa façon, Bill Gates invite à tarir le carbone « à la source », la seule façon de passer de 51 milliards de tonnes de CO2 rejetés aujourd’hui à zéro au milieu du siècle… Planter des arbres et des éoliennes, c’est bien ; fermer des puits, c’est mieux. »

Il est vrai que demander à des actionnaires enrichis par les énergies fossiles de militer pour le zéro carbone c’est comme demander au renard de manger de la salade pour préserver les lapins. Mais si on est logique et précis, la main mise de Total sur les ressources congolaises est une catastrophe à la fois sociale et écologique. Bien sûr dans la région du Lac Albert, mais aussi sur le plateau Batéké. Car là bas, ce seront 40 000 hectares qui vont être enlevés à des populations qui les occupaient et les géraient depuis la nuit des temps. Ces reboisements « greenwashing » sont de véritables dépossessions. Ces terres que les intérêts étrangers acquièrent pour se donner le droit de polluer ailleurs ne sont JAMAIS vides et inoccupées. Ce sont des jachères (donc intégrées à un important système de régénération de la fertilité), des parcours pour les animaux, des zones de chasse, pour la récolte du bois mort, des réserves de terres pour les générations suivantes, … Ce sont aussi des terres très importantes pour le respect du culte des ancêtres. C’est une nouvelle dépossession à grande échelle qui est orchestrée par Total avec la complicité des autorités !

Sur le monde.fr, Izy n’y va pas par 4 chemins : « Le totalitarisme actionnarial doit être combattu. Si les gouvernements ne s’emploient pas à le réduire, ce sont les simples citoyens qui le feront en passant à l’action pour s’occuper directement de détruire les infrastructures permettant qu’il prospère. » Cela veut dire qu’on peut considérer la destruction de biens nuisibles à environnement comme légitime, c’est une défense du droit des générations futures à recevoir en héritage une planète vivable et durable. La non-violence, ce n’est pas se contenter de manifester dans la rue, c’est prendre les moyens de son objectif, réduire drastiquement les émissions de gaz à effet de serre.

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8 réflexions sur “Les géants du pétrole, amoureux des arbres !”

  1. Le vieux chêne

    On peut être un géant du pétrole et aimer les arbres. Total aime les accacias autant qu’il aime les forêts. Quant aux palmiers (à huile) il en raffole, ce n’est d’ailleurs pas pour rien que Total détient la Palme du greenwashing.
    Voir l’article «Total et les forêts» d’Alain Karsenty (2 septembre 2019) sur telos-eu.com

  2. L’AIE vient de le reconnaître : la seule option pour sauver la planète est de renoncer à tout nouveau projet pétrolier ou gazier, immédiatement. Nous « 350.orga » allons justement à la rencontre du ministre de l’Économie CE MATIN pour l’appeler à renoncer à soutenir les nouvelles opérations de forage de Total en Arctique. Bien que Total ait essayé de conduire les négociations dans l’ombre, nous avons déjà été plus de 190 000 à l’interpeller !
    Interpeller le ministre sur Twitter
    Bruno Lemaire vient de fêter ses 4 ans à Bercy ! Postez votre commentaire sur son mur ici :
    Écrire au ministre sur Facebook
    Si vous n’avez pas encore signé la pétition, il est encore temps !
    Je signe pour appeler Bruno Lemaire à refuser tout soutien pour le nouveau projet catastrophique de Total en Arctique.

    1. Comme toutes sortes de machins, l’AIE recommande, appelle, claironne etc. C’est son job.
      L’édition 2019 du World Energy Outlook recommandait aux gouvernements de changer de politique. Rien que ça. En 2020 l’AIE appelait à plus d’efforts à des «changements structurels», rien que ça.
      – «Seuls des changements structurels dans la manière dont nous produisons et nous consommons peuvent casser la tendance des émissions pour de bon. […] L’électrification, les gains d’efficacité énergétique massifs et les changements de comportements ont tous des rôles à jouer, ainsi qu’une accélération de l’innovation concernant un large choix de technologies comme les électrolyseurs pour produire de l’hydrogène ou les petits réacteurs (nucléaires) modulaires.» (Fatih Birol)

      1. Cette année l’AIE recommande de renoncer à tout nouveau projet pétrolier ou gazier, et ce dès «maintenant», rien que ça ! Il ne manque plus que le «quoi qu’il en coûte». On peut toujours le dire, et même le signer, ça ne mange pas de pain comme on dit. Bref, le pétrole ça pue ça pollue et ça rend con, en plus c’est fini, alors en avant toutes sur l’hydrogène, le nuke etc. Autrement dit, vite et vive la Transition (piège à cons).
        Et voilà qu’on nous appelle à signer des pétitions. En ligne SVP ! («à signé ! hi-han !») Et d’interpeller Bruno sur Twitter. De mieux en mieux. Et tant qu’à bien faire… de lui écrire sur FacedeBouc. N’importe quoi, va être content le Bruno. Et l’AIE n’en parlons pas. En attendant c’est bien ce que je dis, the Show must go on !

        1. Bonjour Michel
          si vous êtes personnelle allergique aux pétitions et autres manifestations d’un désaccord par rapport à la société thermo-indutrielle, libre à vous mais n’en dégoûtez pas les autres. Merci.
          Nous croyons sur ce blog biosphere que chaque geste dans la bonne direction compte. Nous constatons aussi que refuser d’en faire, c’est accepter la société telle qu’elle est.

          1. Bonjour Rapporterre
            Je vous rassure, loin de moi d’essayer de dégoûter quiconque. Comme je ne fais que le répéter, des goûts et des couleurs on ne discute pas. Quant à l’«argument» selon lequel refuser de signer la pétition (en ligne SVP ! Signature = petit geste dans la bonne direction) c’est accepter la société telle qu’elle est, je le trouve un peu gros. Celui là (ou celle-là) je l’entends comme «qui ne dit mot consent».
            Faut pas croire tout ce qu’ON nous chante, comme par exemple quand ON nous dit que «vouloir comprendre c’est excuser». ON est un con ! Mieux vaut encore croire les vieux dictons, «Neige en novembre, Noël en décembre ; en avril te découvre pas d’un fil, en mai fais ce qu’il te plait ! » et autres conneries de ce genre. 🙂

          2. Esprit critique

            Au sujet des petits gestes, fermer le robinet en me lavant les dents, trier mes déchets, je fais depuis longtemps. Compenser je fais aussi, même si je ne prends jamais l’Avion. Quand je ne signe pas une pétition, je ne me lave pas de 8 jours. J’économise ainsi plein d’eau, c’est bon pour la planète.
            Plus sérieusement, je vois ces pétitions comme le Vaccin. Ce n’est pas moi qui vais dire de ne pas signer, ou de ne pas se faire vacciner, si vous pensez que le rapport bénéfice-risque est favorable, allez-y signez ! En ce qui me concerne j’ai quelques doutes, j’ai le droit non ? Maintenant si vous pensez que ça va dans le bon sens, si ça peut vous permettre d’être paix avec votre conscience, bref si ça peut vous faire du bien alors n’hésitez pas signez ! Et tant qu’à bien faire n’oubliez pas le gazouilli (tweet) à Bruno.

  3. 40 000 hectares d’acacias… eh ben j’en connais qui vont être contentes ! Et du coup les écolos eux aussi devraient l’être, contents. Les girafes de la République démocratique du Congo sont sauvées. Merci Total. 40 000 hectares d’arbres… eh ben ça nous fait un gros tas de bois en perspective ! De quoi alimenter quelques gazogènes, quand y’aura plus de pétrole. À raison de 100kg de bois aux 100km je vous laisse calculer. En attendant, 10 millions de tonnes de CO2… nom de dieu !!! Avouez qu’il faut se lever tôt pour faire mieux.
    Après ça faudra peut-être arrêter de dire que «Les géants du pétrole restent sourds aux discours des gouvernements et des écologistes» et que «Seul l’avis des actionnaires compte» et patati et patata. Mauvaises langues va ! 🙂

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