Les préjugés du journal « La décroissance »

Nous aimons ce mensuel iconoclaste qui porte la seule parole d’avenir aujourd’hui : « Il nous faut maîtriser la décroissance de notre système thermo-industriel, sinon le choc sera très brutal ». Il nous semble cependant que Vincent Cheynet, son rédacteur en chef, ne réfléchit pas toujours comme il faudrait.

Par exemple les colonnes de son journal sont interdites à tous ceux qui analysent la décroissance démographique. On ne jure que par la décroissance économique, la maîtrise de la fécondité humaine, c‘est tabou. Le mot « malthusien » est même interdit de séjour. On préfère louer les ventres qui s’arrondissent. C’est pourquoi ce journal en reste à des superficialités. Ainsi dans le numéro de mai 2021, la comédienne Audrey Vernon : « J’ai envie qu’on arrête de fabriquer des smartphones, des SUV, mais pas des bébés. » Commentaire du journal : « On rêve d’un monde du spectacle qui devienne aussi subversif ». Après ce commentaire abrupt, Vincent Cheynet cite le livre d’Audrey, Billion dollar baby : lettre ouverte à mon enfant à naître. Il faut s’en contenter alors que la pensée d’Audrey est bien plus ouverte : « La littérature écologiste radicale est passionnante, stimulante… Notre civilisation ressemble de plus en plus à la grande barrière de corail, blanchie, fantomatique, sale… J’ai envie qu’on arrête de fabriquer des produits, de transformer l’animé en inanimé.. Je propose la décroissance, le retour à la réalité, la fin du décalage prométhéen entre nos techniques et notre incapacité qui fait qu’on n’arrive pas à imaginer les conséquences de nos actes et de l’utilisation de ce « progrès »… Il faut revenir à la réalité biologique et partir de ça pour reconstruire des techniques adaptées à la vie et qui ne détruisent pas tout ce qu’elles touchent. On ne devrait fabriquer que des choses biodégradables, retrouver cette osmose avec les êtres vivants dont nous co-dépendons. Se souvenir que l’océan avant d’être une décharge est notre oxygène, que la terre avant d’être une source de profit est la condition de notre vie biologique… Et aussi laisser les milliardaires aller sur Mars… tout seuls. Les périls sont immenses, on parle quand même de 6ème extinction de masse. De génocides en cours et à venir. Des enfants meurent tous les jours de notre confort, je rêve qu’appuyer sur un interrupteur n’ait pas pour conséquences l’expulsion de populations, la famine, la vie dans des bidonvilles…» Après ces fortes paroles, on ne voit pas pourquoi Audrey n’a pas intitulé son opuscule « lettre à l’enfant que je n’aurai jamais».

Le débat sur le malthusianisme mériterait d’être ouvert par Vincent Cheynet.

Notre synthèse, MALTHUS, décroissant nié par les décroissants (27 août 2020)

Deuxième exemple d’ostracisme, la manie de Vincent Cheynet d’attaquer tout ce qui bouge en matière d’écologisme, celles et ceux qu’il appelle écotartuffes. Cyril Dion est emblématique des préjugés du journal envers les personnes et leurs idées. Dans le numéro de mai 2021, on fait une longue citation des propos de Cyril : « Y’a un livre passionnant qui s’appelle Comment saboter un pipeline d’Andreas Malm… Finalement, dans l’histoire, que ce soit pour les droits civiques, que ce soit pour les suffragettes, que ce soit pour indépendance de l’Inde, en réalité il y a à la fois des mouvements non-violents, ce que l’histoire a gardé dans ses tablettes, mais aussi des mouvements d’action directe qui faisaient toujours attention à ne pas faire de victimes humaines mais où y’avait des sabotages, ou y’avait des attentats : les suffragettes faisaient péter des bombes, et cette action instaurait une épreuve de force avec le pouvoir qui a permis à la fraction non-violente de pouvoir avancer ses pions, et de pouvoir transformer les lois et la société…. » Le mensuel en tire le commentaire définitif suivant : « Voilà notre écologiste médiatique qui fait l’apologie de la violence qui, en fait « ouvrirait la voix aux non-violents (sic). »

Là encore le journal La décroissance refuse d’aborder le débat de fond, les modes d’action à envisager dans un contexte d’urgence écologique. Est-ce que la violence contre les biens nuisibles à l’équilibre socio-écologique sont (ou non) une forme de non-violence, le débat méritait d’être ouvert par Vincent Cheynet.

Notre synthèse, Urgence écologique et destructions de biens (11 octobre 2020)

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10 réflexions sur “Les préjugés du journal « La décroissance »”

  1. 205. Le problème est que beaucoup des gens qui ont tendance à se rebeller contre le système industriel sont aussi concernés par les problèmes de population, donc ils choisissent d’avoir peu ou pas d’enfant. De cette façon ils confient peut être le monde au genre de personnes qui supportent ou du moins acceptent le système industriel. Pour assurer la force de la prochaine génération de révolutionnaires la génération présente doit se reproduire abondamment. De cette manière ils n’empireront le problème de population que légèrement. Et le problème le plus important est de se débarrasser du système industriel, parce qu’une fois que le système industriel n’est plus, la population du monde diminuera nécessairement (voir le paragraphe 167); tandis que si le système industriel survit, il continuera à développer de nouvelles techniques de production de nourriture qui peuvent permettre à la population mondiale de continuer à augmenter presque indéfiniment.

  2. 204. Les révolutionnaires devraient avoir autant d’enfants que possible. Il y a une évidence scientifique forte que les attitudes sociales sont héritée dans une mesure significative. Personne ne suggère que l’attitude sociale soit le résultat direct de la constitution génétique d’une personne, mais il apparaît que les traits de personnalité ont tendance, dans le contexte de notre société, à faire une personne avoir plus probablement telle ou telle attitude sociale. Des objections à ces découvertes ont été soulevées, mais ces objections sont faibles et semblent avoir des motifs idéologiques. En tout cas, personne ne nie que les enfants ont tendance en moyenne à avoir des attitudes sociales semblables à celles de leurs parents. De notre point de vue il n’importe pas vraiment que les attitudes soient transmises génétiquement ou par l’éducation. Dans les deux cas elles SONT transmises.

  3. La decroissance est avant tout un journal de boomers bien installés. Ils ne compte pas en son rang de jeune precaire ,mais des profs ou des gens qui par leur position economique ne subissent pas la violence du systeme. C’est depuis cette situation cemfortable qu’ils parlent, aussi si leur constat est parfois correct, ils ne peuvent que proner la non violence. Si ils ressentaient reelement du desespoir alors ils seraient dans l’action et pas dans la dissertation plaisante.
    Quand au malthusianisme si il est evidemment correct pour l’ensemble de l’humanite, il est dangereux de le proner aux ecologiste. L’ecologie est un combat qui ne sera mené que si il y’a des combattants. C’est pour cela que ceux qui veulent mener ce combat doivent faire le plus d’enfant possible, sinon ils desertent le monde et l’abandonne a ceux qui le pillent.
    Le manifeste de Ted Kaczinsky est tres clair sur ce point:
    youtube.com/watch?v=9v5Bn7BwWXY

  4. @ Biosphère (alias la modération) .
    Comment ça mon commentaire ne correspond pas à la thématique «Les préjugés du journal La Décroissance» ? Certes j’ai «un peu» brodé, manière de détendre l’atmosphère, mais j’ai dit (à 9h28) que Vincent Cheynet avait clairement exprimé les raisons pour lesquelles il ne se rangeait pas du côté des malthusiens.
    Le 27 AOÛT 2020 vous titriez «MALTHUS, décroissant nié par les décroissants». Dans cet article vous citiez Cheynet, Latouche, Jarrigue, Wittmann et bien d’autres qui n’ont rien à voir avec ce journal. Vous connaissez donc les raisons pour lesquelles ces décroissants refusent de s’allier aux malthusiens. Ces raisons je les partage, peut-être pas toutes mais la plupart.

    biosphere @ Michel C.
    Merci d’être fidèle à notre blog et souvent perspicace. Mais pour recentrer les débats, nous avons précisé les règles que doivent suivre les commentaires. Elles ont été développées en post le 10 mai 2021: Règles de modération des commentaires
    Pour qu’elles soient publique, elles sont maintenant référencées en page d’accueil avec la présentation du blog : https://biosphere.ouvaton.org/blog/presentation-du-blog/
    Bonne continuation…

    1. Seulement de votre point de vue, tout ça ne serait que des préjugés (opinions préconçues).
      Admettez déjà qu’on peut dire la même chose en ce qui concerne pas mal de malthusiens, et reconnaissez alors que le débat risque d’être difficile.
      Justement, Vincent Cheynet dit que ce débat est «miné». Latouche dit qu’il est «délicat».
      D’autre part Cheynet dit : «En fréquentant les milieux écologistes, nous croisons inévitablement des militants pour la réduction de la population humaine […] Il est particulièrement aisé de percevoir le caractère pathologique de leur démarche.»
      S’agit-il là de préjugés ou bien d’une réalité ? Le 27 AOÛT 2020 j’ai dit ce que j’en pensais.
      Maintenant si je le redis aujourd’hui, vous allez me dire que je suis répétitif. Oui mais, comment voudriez-vous qu’il en soit autrement ?

      biosphere @ Michel C.
      Merci d’être fidèle à notre blog et souvent perspicace. Mais pour recentrer les débats, nous avons précisé les règles que doivent suivre les commentaires. Elles ont été développées en post le 10 mai 2021: Règles de modération des commentaires
      Pour qu’elles soient publique, elles sont maintenant référencées en page d’accueil avec la présentation du blog : https://biosphere.ouvaton.org/blog/presentation-du-blog/
      Bonne continuation…

      1. @ Biosphère
        Même si elle ne répond pas à mes questions, merci toutefois pour cette réponse. Je pense qu’il est inutile d’en rajouter pour démontrer que le débat sur ce sujet est impossible.

  5. Il faut être borné comme un gauchiste ( pas un homme de gauche avec lequel on peut discuter) ou un mondialiste cornucopien pour nier la problématique démographique .
    Le premier va se cacher derrière des considérations pseudo humanistes (ce mot m’ amuse beaucoup car il fleure bon le tartuffisme) et l’ autre va prétendre que le commerce mondial a besoin de toujours plus de consommateurs .
    Proposer une politique équilibrée faite de décroissance consumériste simultanément à une décroissance démographique vigoureuse , me semble la meilleure des choses

  6. Je sais que Biosphère aime beaucoup le journal La Décroissance, moi aussi. Et je sais qu’il aime beaucoup moins son rédacteur en chef. J’imagine là derrière une vieille histoire d’amour qui a mal tourné. «Michel aimait Vincent, et Vincent le lui rendait si bien, qu’à la fin ça ne rendait rien. Les histoires d’A, les histoires d’amour, les histoires d’amour finissent mal, en général.»
    Et puis je pense au dicton, «qui aime bien châtie bien». Finalement je crois que Michel aime encore Vincent, mais que Michel ne le sait pas.

    1. Vouloir que l’autre soit parfait, on connaît. Aux yeux de Michel, Vincent serait parfait s’il réfléchissait comme il faut. De là à dire que Vincent est comme Untel, qu’on connaît ici, pas très futé etc. Au fait c’est quoi réfléchir comme il faut ? Ben c’est réfléchir comme le fait Michel pardi. Ben voyons, imaginons que nous soyons tous câblés comme Michel, ou Pierre Paul et Jacques Vincent et jean Passe. Nous penserions alors tous la même chose, il n’y aurait plus qu’un seul son de cloche, et alors le monde serait terne, pas rigolo quoi. Misère misère !
      Michel voudrait que Vincent réfléchisse à décoloniser son imaginaire afin que son journal n’en reste pas à des superficialités. Oh que c’est gentil ça ! Non seulement il n’est pas futé, le Vincent, mais en plus il est superficiel, le pauvre. En tous cas faut qu’il arrête avec cette manie de sauter sur tout ce qui bouge. Ah oui, ça c’est ben vrai ça. La juste mesure bordel !

      La modération du blog
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      Merci de votre attention.

    2. On sait que Michel et Vincent ne partagent pas l’amour pour Thomas. Michel l’aime passionnément et Vincent pas du tout. Et alors ? C’est comme ça ! Vincent a le droit, il a ses raisons, il les a longuement exprimées etc. Moi non plus je ne l’aime pas, le Thomas, et alors ?
      Maintenant si j’ai une propension à aimer les Michel, et que peu m’importe qu’ils s’appellent Strogoff, Houellebecq, Onfray ou Drucker, c’est peut-être tout connement parce que je m’appelle Michel. En attendant j’aime bien Vincent. Et Didier et en même temps. Mais pas Thomas et c’est comme ça ! Mon dieu que c’est compliqué l’Amour ! 🙂

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