L’homme, despote, intendant de la nature, petite partie ?

Dans son livre Genèse (la Bible et l’écologie) John Baird Callicott estime qu’il y a trois interprétations des relations entre les humains et la nature. La première, c’est l’homme « despote », qui domine toutes les formes de vie ; c’est la conception traditionnelle, quasiment la seule jusqu’à récemment. Une deuxième interprétation est cependant possible, c’est l’homme « intendant », gestionnaire de la nature. Le pape François travaille à la rédaction d’une encyclique consacrée à la relation entre l’homme et la nature, il y a à notre avis de fortes chances que ce soit cette deuxième vision de la bible qui dominera. Car la dernière interprétation, l’homme comme « petite partie du grand Tout de la création », n’est pas dans le logiciel de l’Eglise catholique alors que des éthiques de la Terre, laïques, commencent  à se diffuser. Voici quelques extraits du livre de Callicott, professeur qui a donné le premier cours d’éthique environnementale du monde en 1971.

« Lynn White imputait en 1967 les racines historiques de notre crise écologique à la vision du monde judéo-chrétienne. Selon la Genèse les êtres humains, seuls de toutes les créatures, furent créés à l’image de Dieu. Il leur fut donc donné d’exercer leur supériorité sur la nature et de l’assujettir. Deux mille ans de mise en œuvre toujours plus efficace de cette vision de la relation homme/nature ont abouti aux merveilles technologiques et à la crise environnementale du XXe siècle. Ce n’est qu’une interprétation de la Bible. D’un autre point de vue, le statut singulier des êtres humains, entre toutes les créatures de Dieu, leur confère des responsabilités singulières. L’une est de prendre soin du reste de la création et de le transmettre aux générations futures dans le même état, voire en meilleur état qu’ils ne l’ont reçu. Nous sommes les « intendants » de Dieu sur la création – nous sommes chargés d’en prendre soin – et non ses nouveaux propriétaires. Mais qu’on souscrive à l’interprétation despotique ou à celle de l’intendance, on se place dans les deux cas dans la perspective d’une position dominante de l’homme à l’égard de la nature. »

John Baird Callicott propose une troisième interprétation des textes controversés, interprétation suggérée par les remarques de John Muir. Dans la lecture de la Genèse qu’il suggère, les êtres humains sont conçus comme des membres à part entière de la nature et non plus comme ses maîtres tyranniques ou comme ses gestionnaires bienveillants.

John Muir commence par une parodie agressive de la lecture despotique de la Bible : « Le monde, nous dit-on, a été formé spécialement pour l’homme – présomption que les faits ne corroborent pas toujours. Beaucoup de gens se font une idée tranchée des intentions du Créateur : il est considéré comme un homme à la fois civilisé et respectueux de la loi, adepte soit d’une monarchie limitée soit d’un gouvernement républicain ; c’est un chaud partisan des sociétés missionnaires ; c’est enfin purement et simplement un article manufacturé comme n’importe quel pantin d’un théâtre à deux sous. Avec de pareilles idées du Créateur, il n’est bien sûr pas surprenant qu’on ait une conception erronée de la création. Pour les gens « comme il faut », les moutons sont faits pour nous nourrir et pour nous vêtir. Les baleines sont des dépôts d’huile, instaurés à notre intention pour aider les étoiles à éclairer nos voies obscures en attendant la découverte des puits de pétrole de Pennsylvanie. Le chanvre est un exemple évident de destination dans le domaine de l’emballage, du gréement des navires et de la pendaison des scélérats. Mais qu’en est-il donc des animaux qui mangent l’homme tout cru ? Et ces myriades d’insectes malfaisants qui ruinent son travail, qui boivent son sang ? Ne fait-il aucun doute que l’homme ait été destiné à leur servir de nourriture et de boisson ? » Il poursuit : « Il semble bien, du reste, ne jamais venir à l’esprit de ces professeurs avisés qu’en faisant plantes et animaux, la nature puisse avoir pour objet le bonheur de chacun d’entre eux, et non pas que la création de tous ne vise que le bonheur d’un seul. Pourquoi l’homme se considérerait-il autrement que comme une petite partie du grand Tout de la création ? Sans l’homme, l’univers serait incomplet ; mais il le serait également sans la plus petite créature microscopique vivant hors de la portée de nos yeux et de notre savoir présomptueux. » »

NB : nous reviendrons plus tard sur la pensée de John Muir qui mérite d’être bien connue des écologistes.

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