L’homme est aussi un monstre doté parfois d’empathie

Le Parlement a reconnu aux animaux la qualité symbolique d’« êtres vivants doués de sensibilité » dans un projet de loi de modernisation et de simplification du droit adopté définitivement mercredi 28 janvier. Le problème, c’est que cette très légère avancée du statut de animaux n’est pas reconnu comme tel par une bonne moitié des intervenants sur lemonde.fr*. L’anthropocentrisme domine encore les esprits. Voici un florilège des commentaires :
Philémon Frog : L’analyse de l’opposition : après la reconnaissance de l’animal comme être vivant doué de sensibilité, la prochaine étape sera la remise en cause de l’élevage, au moins dans ses conditions actuelles. Mais on croirait là entendre les esclavagistes du 18ème niant l’humanité des Africains pour en faire des bêtes de somme ! Il est vain de nier une réalité : nous bouffons des êtres sensibles et ça pose un problème éthique. Pour ma part, je l’ai réglé pour les mammifères (exclus de ma table).
Paix verte : Tout ça c’est n’importe quoi. Ici « animaux » ne veut rien dire. Nous sommes des animaux. Et par ailleurs comment comparer un chimpanzé, un dauphin ou un éléphant avec un moucheron par exemple ?
Philippe Fritsch : Les Amérindiens s’excusent auprès du bouleau dont ils prélèvent l’écorce pour construire leur canoë. Que feraient-ils sans le canoë ?
Annie C : Manifestement les Députés de gauche n’ont rien d’autre à faire! Et les chômeurs, ils sont dotés de sensibilité ? A quand le droit de vote pour ma chatte?
Taxalot : Annie, avez-vous conscience que l’on peut s’occuper à la fois du chômage, de la police, et du droit des animaux ? Avez-vous simplement en tête que le personnel s’occupant de l’un et de l’autre est généralement différent ? Peut-être faut-il effectivement le droit de vote à certaines bêtes, et le retirer à certains humains. Le résultat serait sensiblement équivalent, voire meilleur.
L’Ami Fritz : Par conséquent mes vaches et mes brebis deviennent des êtres vivants et sensibles, et bien entendu aussi le loup et l’ours, non moins sensibles car non domestiqués. Il reste cependant à nos parlementaires à se prononcer rapidement sur les géraniums, il y a urgence à les protéger des nombreux traitements « inhumains » qu’on leur inflige.
Philippe Fritsch : Les humains ne sont pas seuls au monde. Il fallait de toute évidence le rappeler.
Képhalos : J’adore l’expression “officiellement » doués de sensibilité. Cela dit bien à quel point cela relève d’une décision purement factice et conventionnelle, soumise aux exigences d’une société civile qui ne sait plus où donner de la sensiblerie. En tout cas je ne manquerai pas de notifier leur nouveau statut officiel à mes souris domestiques par voie d’affichettes placées à côté des pièges. Elles mourront en jouissant de leur nouvelle dignité.
Sergio : Les animaux sont assurément « doués de sensibilité ». Ce qui est surtout extraordinaire est plutôt qu’ils aient été considérés comme des « biens meubles » jusqu’à présent, et qu’il ait fallu attendre 2015 pour qu’un fait indéniable soit reconnu par l’Etat.
Lolodu76 : Ah c’est une bonne nouvelle, je vais enfin arrêter de ranger mon chat au placard quand je ne m’en sers pas. Quand leur reconnaîtra-t-on la capacité d’intelligence ? Elle est par exemple absolument criante chez certains oiseaux comme le corbeau.
Uchronik451 : Même le ver de terre est intelligent d’après un livre édifiant de Darwin. La seule certitude est que l’Homme est un monstre doué d’empathie…
Luky : Les animaux sont des choses. Point barre.
Raphaël C : Ah, le « point barre », par lequel les non-pensants tentent de clore un débat qu’ils sont incapables de tenir…
* Le Monde.fr | 28.01.2015, Les animaux sont désormais officiellement « doués de sensibilité »

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2 réflexions sur “L’homme est aussi un monstre doté parfois d’empathie”

  1. « La cruauté envers les bêtes est la violation d’un devoir de l’homme envers lui-même. ». Emmanuel Kant
    « Une société n’est vraiment juste, sociale et civilisée que si elle respecte l’animal. » Alfred Kessler
    « On n’a pas deux cœurs, l’un pour les hommes l’autre pour les animaux, on a du cœur ou on n’en a pas » Lamartine
    « Les problèmes posés par les préjugés raciaux reflètent à l’échelle humaine un problème beaucoup plus vaste et dont la solution est encore plus urgente : celui des rapports de l’homme avec les autres espèces vivantes… Le respect que nous souhaitons obtenir de l’homme envers ses semblables n’est qu’un cas particulier du respect qu’il faudrait ressentir pour toutes les formes de vie… ». Claude Lévi-Strauss
    « Entre la pitié envers les bête et la bonté d’âme, il y a un lien étroit. » Schopenhauer
    « Il a pour moi une pierre commune des morales, des religions, des moeurs, l’attitudes prise devant la souffrance des animaux. » Théodore Monod
    « Pour les animaux c’est tous les jours Treblinka. » Isaak Singer
    « L’homme a peu de chance de cesser d’être un tortionnaire pour l’homme tant qu’il continuera à apprendre sur la bête son métier de bourreau. » Marguerite Yourcenar
    « Pourquoi la souffrance d’une bête me bouleverse-t-elle ainsi ? Pourquoi ne puis-je supporter l’idée qu’une bête souffre, au point de me relever la nuit, l’hiver, pour m’assurer que mon chat a bien sa tasse d’eau ? [..] Pour moi, je crois bien que ma charité pour les bêtes est faite de ce qu’elles ne peuvent parler, expliquer leurs besoins, indiquer leurs maux. Une créature qui souffre et qui n’a aucune moyen de nous faire entendre comment et pourquoi elle souffre, n’est-ce pas affreux, n’est-ce pas angoissant ? » Emile Zola, (Le Figaro 1896)

  2. Jean-Marc Neumann
    Ce « cavalier législatif », sans lien direct avec le projet de loi global dans lequel il s’insère, ne changera pas les comportements envers les animaux, qui pourront toujours être vendus, loués, exploités… Les pratiques les plus cruelles, comme la corrida, la chasse à courre, les combats de coqs, l’abattage rituel ou certaines formes de pêche ou d’élevage, ne sont pas du tout remises en cause. L’idéal serait une grande loi de protection de l’animal, qui remettrait tout à plat. Par exemple le Code civil continue d’exclure de son domaine les animaux sauvages. Ceux-ci sont pris en compte par le code de l’environnement. Or ce Code ne reconnaît pas leur sensibilité. Quant aux animaux d’élevage, ils sont régis par le Code rural, qui est le véritable code animalier, celui qui détermine la façon de les entretenir, de les élever, de les soigner, etc.
    http://abonnes.lemonde.fr/planete/article/2014/04/16/les-animaux-reconnus-comme-des-etres-sensibles-un-pas-totalement-symbolique_4402541_3244.html

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