L’imaginaire social change… trop lentement

synthèse : L’imaginaire social désigne l’ensemble des images, des mythes, des croyances et des récits partagés par un groupe humain. Il sert de cadre de référence pour donner un sens au monde et guider nos actions… Pour Serge Latouche, l’imaginaire social est le socle mental et culturel qui fait paraître la croissance économique comme une évidence à nos yeux. Pour sortir de l’impasse écologique, il ne suffit pas de changer de techniques, il faut décoloniser cet imaginaire capitaliste pour lui substituer une société de sobriété et d’abondance frugale.

Michel Houellebecq pendant la pandémie de Covid-19, alors que tout le monde se complaisait encore à imaginer des avenirs radieux : « Le monde d’après, ce sera le même en pire. » La suite lui a donné raison. En plein milieu des canicules et des incendies, on pouvait d’ailleurs observer les bouchons traditionnels des départs en vacances vers le Sud, relâchant une bonne dose de carbone dans l’atmosphère pour avoir le plaisir d’étouffer sur des plages bondées.

Les mutations culturelles ne se font jamais d’un coup. La société de consommation, horizon préféré de notre société croissanciste, ne peut du jour au lendemain laisser sa place à la sobriété généralisée.

Gaspard Koenig : Les responsables politiques, encore profondément ancrés dans l’ère industrielle, brillent par leur déni, en usant de stratagèmes rhétoriques de plus en plus farfelus. Mais je crois en la puissance des idées, la transformation écologique des imaginaires est en cours, et elle est irréversible. Aujourd’hui, les notions d’habitabilité, de renaturation et de cohabitation avec les vivants non humains sont en train de s’imposer. Toutes les avant-gardes, qu’elles soient scientifiques, littéraires ou militantes, vont dans cette direction. On voit très bien le combat de titan qui s’engage entre deux imaginaires, celui de l’intelligence artificielle et celui du vivant.

La transition agroécologique est la clé. Il faut repenser notre rapport à l’humus. Un sol vivant, c’est une réserve de biodiversité, une éponge pour l’eau, un puits de carbone, un paysage diversifié, et même un microbiote assaini. Voilà pourquoi notre siècle devra être physiocratique : la véritable source de richesse, c’est la terre.

Le point de vue des écologistes

– Après des années à plaider pour l’ultra-libéralisme en dirigeant son think tank génération libre, Gaspard Koenig se découvre propriétaire foncier et voit des petites gens s’affairer pour entretenir son jardin.

– La lutte des imaginaires remplace chez lui la lutte des classes, c’est plus dans l’air du temps.

– La puissance des idées n’est rien si l’infrastructure biophysique ne permet pas d’application. Gaspard Koenig rêve hors sol.

– Le taux d’urbanisation démesuré ne permettra un autre « rapport à l’humus » que dans des confrontations sanglantes entre urbains mourant de faim dans les villes et paysans acculés sur leurs terres.

– Nous sommes plus de 8 milliards de parasites, et nous avons déjà dépassé depuis le 30 juillet la capacité des écosystèmes de nous approvisionner.

– Nous mangeons le capital naturel et les générations futures ne survivront que de nos rares restes…

D’ici quelques dizaines de milliers d’année la terre sera débarrassée de nous et de nouveaux équilibres seront en place. D’ici là, cultivez votre jardin…

Lire, Petit traité de la décroissance sereine de Serge Latouche (2007)

extraits : Les combats politiques se déroulent aussi dans l’arène des mots. Le développement est un mot toxique, quel que soit l’adjectif dont on l’affuble. On sait que le développement, concept ethnocentrique et ethnocidaire, s’est imposé par la violence de la colonisation et de l’impérialisme. Il serait temps de décoloniser notre imaginaire social.

En savoir plus grâce à notre blog biosphere

Construisons ensemble un nouvel imaginaire (2025)

extraits : Nous avons certes besoin d’un nouvel imaginaire, peuplé de moins d’enfants et de beaucoup plus de nature. Mais c’est la planète qui nous dictera notre comportement à venir, quand elle fermera tous les robinets de ressources naturelles qu’on croyait inépuisables. L’épuisement des ressources fossiles va nous mener assez rapidement au choc pétrolier ultime, une augmentation vertigineuse du prix du baril qui rendra impossible le fait d’aller au travail en voiture, de conduire des camions avec un gazole hors de prix, de prendre l’avion cloué au sol par le coût du kérosène et de faire vivre des familles nombreuses…

Entre imaginaires contradictoires, que choisir ? (2024)

extraits : Ce qui change à travers les âges, c’est l’objet qui excite l’imagination : un jour un dieu, le lendemain un empereur, le surlendemain une idéologie… Aujourd’hui c’est la planète dont il conviendrait de restaurer le règne injustement interrompu. Tout indique pourtant que la fin du monde n’est pas pour demain. Force est de constater les prodiges accomplis par les penseurs du progrès comme Condorcet et les inventeurs de la filière nucléaire. Nous n’avons plus jamais froid, nous n’avons plus jamais faim, nous nous éclairons à volonté, nous communiquons avec nos proches à tout moment, on craignait l’arracheur de dents, personne n’a peur de son dentiste. Alors que la transformation écologique en Europe nourrit le doute et la montée des contestations, il n’a jamais été aussi utile d’avoir les idées claires sur le chemin à emprunter pour surmonter les défis climatique, énergétique, etc…

Notre imaginaire sur nos besoins se modifie (2023)

extraits : Dans un monde où six des neuf limites planétaires ont déjà été dépassées, nous devons reconsidérer nos priorités. Comment ignorer aussi que l’approvisionnement de l’Europe en pétrole risque de devenir problématique tant certains pays producteurs s’approchent de leur pic de production, voire l’ont dépassé ? Il est urgent de se questionner sur les besoins que nous définirons comme essentiels. Quelle place souhaitons-nous accorder à la 5G, à la 6G, à l’ordinateur quantique ? Doivent-elles être considérées comme nos priorités ?….

Vers un imaginaire partagé décroissanciste (2022)

extraits : Un changement culturel d’ampleur ne peut arriver en un jour, il se forge par étapes successives contre le règne des SUR : surcroissance, surconsommation, suremballage, surabondance, suractivité, surpâturage, surpêche, sur-communications, surendettement, surmondialisation, sur-mobilités, sur-tourisme, suréquipement, surmédicalisation, surpuissance technologique, etc. Le résultat final se conjugue en DÉ : décroissance, démondialisation, désurbanisation, dévoiturage, dépopulation, dé-technicisation, démilitarisation, décentralisation, etc. Bien sûr un tel récit collectif est inaudible actuellement… pourtant quand nous n’aurons plus de pétrole mais le réchauffement climatique en prime, nécessité fera loi…

L’utopie écologique, un imaginaire à vivre (2019)

extraits : L’utopie « techno-libérale » décrit une société hyper-individualiste organisée pour une croissance forte tirée par la science et la technologie, avec le transhumanisme comme point d’horizon. L’Utopie « écologique » dépeint une organisation de l’économie et de la société tendue vers la sobriété, le « moins mais mieux ». L’Utopie « sécuritaire » renvoie à une société nostalgique d’un passé révolu, attachée à la morale et à la tradition, soucieuse de préserver son identité face aux influences étrangères. Notre enquête d’opinion a mesuré le degré d’adhésion des Français à ces trois modèles de société idéale….

Perdre l’imaginaire de la nature nécessite de le retrouver (2014)

extraits : Dans notre imaginaire, le monde naturel bat en retraite. Il s’amenuise et s’appauvrit. Dans l’univers merveilleux de Disney, les décors naturels sont moins présents : ils occupaient en moyenne 80 % du temps dans les films produits dans les années 1940, contre environ 50 % dans les années 2010. De plus, lorsque des environnements naturels sont représentés, il s’agit de plus en plus de paysages anthropisés (zones agricoles, jardins, etc.). Surtout, le nombre d’espèces animales apparaissant dans chaque film baisse continuellement avec les années. Les enfants jouent moins dans la nature et, lorsqu’ils deviennent scénaristes, tendent à moins la représenter dans les histoires qu’ils écrivent… contribuant à leur tour à forger chez les enfants un imaginaire toujours plus éloigné des beautés du vivant….

11 réflexions sur “L’imaginaire social change… trop lentement”

    1. élections pièges à cons !

      Le problème… c’est que de nos deux Marine à Philippe, en passant par Méluche, Attal et Jean Passe.. ielles le sont toustes, écolos.

      1. Bien faire la différence entre verts et verdis car s’ils sont tous verts à l’extérieur, l’intérieur des premiers est vert devenant rouge en murissant alors que l’intérieur des seconds est noir dès le début et il le reste, sans parler de l’odeur.

        1. élections pièges à cons !

          Pas mal BK86, je vois que vous que n’êtes pas daltonien. Et qu’il ne faut pas vous vendre des vessies pour des lanternes. Toutefois je ne vois pas en quoi ça change les choses. Si ce n’est le problème. Notamment le mien.
          Ben oui, ON pense d’abord à soi. Bref, vu que je me soucie de mes enfants, et petits-enfants, et ceux des Autres aussi, pour lequel ou laquelle dois-je voter ? Dites-moi qui est ce Seul ou celle Seule qui vaille !

  1. Puisse déjà cette synthèse biosphérique permettre à plus d’un de comprendre… ce que veut dire « décoloniser l’imaginaire ». ON peut toujours rêver.
    Biosphère pense que les choses sont en train de changer. En effet, rien n’est figé, tout passe, tout lasse, tout casse etc. ON connaît la chanson. Et l’air du temps ne fait évidemment pas exception à la règle.
    Ceci dit il faut voir COMMENT. Autrement dit de quelle manière. Essayons alors de voir si ça change soudainement, brutalement, doucement, véritablement, en profondeur… ou alors seulement en apparence, en surface, ou je ne sais quoi.
    Biosphère, pense que cet imaginaire social, capitaliste… change… trop lentement.
    Autrement dit pas assez vite, à son goût. Pour un adepte de la lenteur, je trouve ça marrant. Des goûts et des couleurs ON ne discute pas !
    En tous cas ON avance ON avance, ça c’est sûr. 🙂 (à suivre)

    1. ON avance ON avance

      (suite à 11:17) Et quand ON aura fini de rigoler, et de déconner, ON pourra enfin passer à l’étape supérieure. Essayer de voir le VERS QUOI. Si ce n’est le VERS OÙ.
      – « Explique-moi, Papa, c’est quand qu’on va où ? » (Renaud)
      – « Le monde après le coronavirus sera le même, en un peu pire » (Houellebecq)

      Un peu ce n’est pas rien. Mais c’est toujours moins que vachement.
      Qu’ON l’aime ou pas (dégoûts et des couleurs ON ne discute pas), Houellebecq n’est finalement pas si noir que ça. En tous cas, force est de constater que sur ce coup il a vu juste. Aussitôt que la Guerre contre ce put’ de Virus fut gagnée, adieu les belles prophéties ! L’air pur, le ciel bleu, les petits oiseaux, l’Essentiel, les Vraies Valeurs et patati et patata, adieu tout ça. Et ON est donc reparti comme en 40. De plus belle.
      Toujours plus haut, plus vite, plus fort ! (à suivre)

    2. Pauvres imaginaires !

      (suite à 14:49) Et aujourd’hui ON mesure le Résultat. Records battus, explosés !
      Canicules, sécheresses, incendies, tornades, etc. etc. Et en même temps Trump, Poutine, MLP à 38% et j’en passe ! Misère misère !!!
      Mais qu’à cela ne tienne ! On ne naît pas écolo, ON le devient… nous dit-ON.
      Maintenant il faut voir le genre d’écolo, nous en avons là un bel exemple.
      – « La transformation écologique des imaginaires est en cours, et elle est irréversible »
      (Gaspard Koenig)
      Ce Gaspard parle d’abord pour lui, et voudrait en faire une généralité. Lui non plus n’est pas né écolo, il l’est devenu. À ce qu’il croit. Comme quand il pense que cette transformation touche tout le monde, ou presque. En tous cas que la machine est lancée, et que rien ne pourra l’arrêter. Puisse t-il avoir raison. ON peut toujours rêver. (à suivre)

    3. Parti d'en rire

      (suite à 08:23) Au diable le Pessimisme, il faut y croire bordel ! Ou se le faire croire peu importe. Pour ça rien de mieux que la méthode Coué. Je vais bien, tout va bien.
      Le Parti d’en Rire c’est bien aussi. Mais peu importe, moi je ne fais pas campagne, c’est vous qui voyez, à chacun sa came. Alors… Houellebecq ou Couéning and Co ?
      Eh ben moi j’ai choisi mon camp. Oui, nous sommes toustes en train de muter !
      Et je prédis que les petits hommes verts finiront tous sur Mars.
      Pour les vertes ON verra ça plus tard, ce n’est pas le plus important.
      N’empêche que je verrais bien la mienne sur Vénus, comme ça j’aurais la paix.
      J’irais la voir de temps en temps, d’un petit coup de fusée.
      Vive la Décolonisation des imaginaires, et vive Positive-Attitude !

      1. D’ailleurs, si ça ce n’est pas la Preuve… que Gaspard a raison …
        – « Je ne suis pas né écologiste, ça c’est vrai, mais ce n’est pas parce qu’on ne naît pas écologiste qu’on ne peut pas le devenir» (Présidentielle 2027 : Édouard Philippe «n’est pas né écologiste» mais «peut le devenir» – lefigaro.fr 01/07/2026)

        Gaspard et Édouard dans le même panier ! Tiens… de mieux en mieux :
        – Gaspard Koenig : «Lorsque le libéralisme rencontre l’écologie, il peut devenir anarchiste» (lefigaro.fr 16/01/2026 )

        Comme quoi ON ne naît pas anar, ON le devient ! 🙂 !!!!!

  2. bernard soudans

    Que d’amertume ,de colère, de frustration ,de prétention et mépris aussi ( «  »tous cons ,ne comprennent rien alors que moi je sais …. » » ) nous savons tous quelque chose et l’intéret de ce blog ,c’est d’échanger…, la vérité c’est que les écologistes sont de plus en plus nombreux et de moins en moins à gauche . mais çà avance lentement et il y a urgence .Jancovici nous conseille de choisir la sobriété plutot que de la subir ,le FMI nous aidera peut etre à avoir plus de lucidité ,l’imaginaire suivra ,question de survie pour ma part la sobriété je la vis avec plaisir depuis 80 ans ,enseigné puis choisi de quitté l’enseignement et j’ai beaucoup voyagé sac au dos, alors la sobriété devient seconde nature,adhésion aux Verts 1987,quitté 1993 (vendu à gauche) bref, çà avance…

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