Maîtrise de la fécondité ou impasse évolutive

Recension du livre « Démographie, l’impasse évolutive (des clefs pour de nouvelles relations Homme-Nature ) » 

Ce livre tranche avec la démagogie et l’autosatisfaction des politiques de tous bords qui considèrent comme tabou la question démographique. Et si tous les maux actuels de la Terre, pauvreté, catastrophes naturelles, réchauffement climatique, raréfaction des matières premières, effondrement de la biodiversité…, avaient une cause originelle commune ? Et si ce dénominateur commun était aussi l’un des seuls leviers sur lequel il est encore possible d’agir pour atténuer les conséquences graves des crises environnementales et humaines qui ne manqueront pas d’émailler le 21ème siècle ? Après avoir décrit « l’impasse évolutive » dans laquelle l’humanité s’est engagée depuis des siècles, Jean-Michel FAVROT propose dans son livre une nouvelle vision de l’Humanité, de son rôle, de sa place.

Après un constat détaillé de l’ensemble des problématiques environnementales, l’auteur détaille l’état de nos consommations et montre que celles-ci sont proportionnelles à la population humaine. Ce livre s’interroge sur la motivation des individus face à leurs choix reproductifs, insistant sur le caractère individuel des décisions à prendre, dans un cadre nécessairement démocratique. De nombreux peuples montrent l’exemple d’une démographie maîtrisée, la Corée, les habitants de Shangaï et de Addis-Abeba, bien en avance sur nous du point de vue conscience individuelle et collective. Le cas de Addis-Abeba en Éthiopie montre que lorsque l’on donne aux peuples la capacité économique et culturelle de choisir, ils abandonnent aussitôt leur « tabou » pour opter pour une démographie raisonnable.

Les consommations sont aujourd’hui totalement excessives que ce soit du point de vue de l’épuisement des ressources naturelles notamment minérales, des rejets de polluants, des agressions contre la biodiversité. Le constat est d’autant plus inquiétant que seule une petite minorité, dont la majorité des citoyens des pays « riches », accède à un niveau de vie décent. Offrir à tous les hommes, femmes, et enfants de la planète un niveau de vie juste raisonnable, objectif moralement, éthiquement incontournable, conduirait à un dérèglement définitif des conditions de vie sur terre, pour l’Humanité et pour la biodiversité. Cependant, nous ne pouvons renoncer à cet objectif, d’une part par humanisme, mais aussi parce que la maîtrise mondiale de la démographie passe par la satisfaction de besoins indispensables pour offrir à tous les jeunes une chance égale d’accès à la maîtrise de leur reproduction, à travers un libre accès à la santé, notamment la santé reproductive. Ne pas imaginer un meilleur partage au niveau mondial revient à abandonner tout espoir de maîtrise de la démographie galopante, source de nos principaux malheurs. Nous devons donc résoudre l’équation suivante : réduire nos consommations individuelle et collectives dans les pays riches, y compris en réduisant drastiquement notre propre démographie car nous sommes les principaux responsables du réchauffement, et aider les pays défavorisés à maîtriser leur démographie, car ils formeront la masse des consommateurs de demain, tout en gérant au mieux la phase transitoire pour éviter une implosion de nos écosystèmes et de nos démocraties.

La modélisation montre à l’évidence l’origine « mécanique » incontournable de l’inertie démographique. Loin de nous conduire à baisser les bras, ce retard entre la baisse de fécondité et l’effet sur la population totale, doit nous inciter à prendre très vite les décisions qui s’imposent avant que nous nous mettions en situation de subir un emballement climatique incontrôlable, que nous épuisions les ressources minérales et énergétiques, que nous ruinions pour des millénaires ce qu’il reste de la biodiversité. La modélisation témoigne que la baisse drastique de la fécondité est un des principaux espoirs de limitation du changement climatique, pour autant que nous agissions rapidement. Il s’en suit une vision des solutions énergétiques à privilégier temporairement en attendant la décrue démographique. Aucune « solution » n’est durable sans décroissance massive à la fois des consommations individuelles dans les pays riches et de la démographie partout sur Terre.  Les « solutions « technologiques », de par leur caractère peu productif d’énergie à l’hectare, conduisent à un mitage insupportable des milieux naturels ruinant le fonctionnement naturel des écosystèmes. De nombreuses « solutions miracles » auront pour effet d’accélérer l’épuisement des ressources naturelles, notamment minérales.

Le livre appelle chacun à la responsabilité individuelle pour se limiter, homme ou femme, à un seul enfant au cours de sa vie, à opposer un droit de grève démographique à quiconque ferait pression pour pousser au deuxième ou pire au troisième enfant. La maîtrise de sa propre descendance est de loin l’acte le plus fort que nous pouvons faire pour limiter le risque d’effondrement. Jean-Michel FAVROT montre que, tout en reconnaissant le caractère indispensable des efforts individuels, la solution ne peut pas venir uniquement de la multiplication de petits pas. Il appelle à une philosophie moins anthropocentrée, et même à une nouvelle Constitution dont le préambule serait le respect par les hommes de la Libre Evolution Naturelle. L’Evolution Naturelle garantit à tous les êtres vivants le droit de vivre, de se développer dans un environnement sain, dans des espaces préservés que nous pourrions libérer au fil de la réduction de la population humaine. La restauration des services écosystémiques qui en découlerait serait la meilleure garantie d’une vie durable et hautement désirable pour l’Humanité, où nous pourrions à nouveau rêver au bord de la rivière, écouter le vent dans les feuilles du tremble, regarder les truites moucher, le caloptéryx miroiter d’éclats métalliques, admirer le chant du loriot et son plumage d’or, observer du chevreuil autre chose qu’une croupe affolée.

Pour se procurer ce livre, le plus simple est de suivre ce lien : https://www.bod.fr/librairie/demographie-limpasse-evolutive-jean-michel-favrot-9782322264858

Conseil de lecture complémentaire: « Arrêtons de faire des gosses (comment la surpopulation nous mène à notre ruine) » de Michel Sourrouille aux éditions Kiwi (collection lanceurs d’alerte)

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10 réflexions sur “Maîtrise de la fécondité ou impasse évolutive”

  1. Bonjour Didier Barthès,
    Le 16 DÉCEMBRE 2020 À 22:16 vous me dites que mon argumentation semble (vous semble) toujours dire que, non (etc.) et qu’elle relève, vous semble t-il, d’une «sorte de relativisme général (etc.)
    Et comme il vous semble… vous interprétez mes propos comme bon vous semble. Disons que c’est normal, nous avons tous tendance à faire pareil.
    Je n’ai jamais dit que la démographie n’était pas un problème. Lorsque je cite la devise Shadok («S’il n’y a pas de solution c’est qu’il n’y a pas de problème») il faut le prendre comme tel, au minimum au second degré. Croyez bien que je suis conscient de la gravité de tous nos problèmes, je vois aussi bien leur liens que la difficulté, pour ne pas dire l’impossibilité, d’en résoudre un seul.

    1. Notre divergence porte en effet sur le fait que je refuse de classer ce problème Numéro 1. Ceci pour plusieurs raisons, un certain relativisme… semble t-il. Je m’y refuse notamment parce que je ne sais pas qui de la poule et de l’oeuf, parce que je ne sais pas exactement combien la Terre peut réellement porter et nourrir d’êtres humains. Mais surtout parce que je vois le danger à le présenter comme LE Problème N°1.

  2. – « Les consommations sont aujourd’hui totalement excessives [etc.] Le constat est d’autant plus inquiétant que seule une petite minorité, dont la majorité des citoyens des pays « riches », accède à un niveau de vie décent. »

    Consommer 3 planètes, disposer de l’équivalent de 500 esclaves 24H/24 etc. si c’est ça qu’il faut appeler «un niveau de vie décent» … alors le constat est encore plus inquiétant. Parce que là il faut plutôt parler d’indécence.

    1. – « Offrir à tous les hommes, femmes, et enfants de la planète un niveau de vie juste raisonnable, objectif moralement, éthiquement incontournable, conduirait à un dérèglement définitif des conditions de vie sur terre, pour l’Humanité et pour la biodiversité. Cependant, nous ne pouvons renoncer à cet objectif, d’une part par humanisme [etc.]»

      C’est quoi au juste «un niveau de vie juste raisonnable» ? Serait-ce la même chose que ce «niveau de vie décent» vu précédemment ? Parce que si c’est ça, je vous laisse calculer le nombre de petits-bourgeois que notre planète peut supporter. Bref, tout ça n’est pas très sérieux.

  3. Bonjour Didier Barthès.
    Je sais que je vais encore vous agacer, mais je regrette, de mon point de vue cette réflexion n’est pas d’un très haut niveau. Nous présenter le «surnombre» comme la «cause originelle», nous présenter la Corée et les habitants de Shangaï comme des exemples, je me demande si c’est bien sérieux. Je voudrais bien savoir comment il serait possible d’agir, concrètement, «sur l’un des seuls leviers sur lequel il est encore possible d’agir». Et tout aussi curieux de découvrir cette «nouvelle vision de l’Humanité, de son rôle, de sa place [etc.]»
    Alors bien sûr, pour le savoir je n’ai qu’à lire ce bouquin. Admettons. Et après l’avoir lu, en quoi serais-je plus avancé, moins con qu’avant ? Qu’est-ce que ce bouquin pourrait nous raconter que nous n’ayons pas déjà entendu mille fois ? Mais surtout qu’est ce qu’il pourrait nous apporter réellement, concrètement, et de bon surtout ? La Lumière peut-être ?

    1. Maintenant je sais le bien (personnel) que peut apporter (ou rapporter) l’écriture d’un bouquin, surtout quand l’intérêt et le succès sont au rendez-vous. C’est pareil avec le militantisme, pour telle ou telle grande cause, la marche ou autre, tout ça c’est très bon pour se donner l’impression d’agir et en même temps bonne conscience. Comme je dis, à chacun sa came ! Mais en attendant, qui peut peut me con vaincre que cette lecture me sera salutaire ? Personne. Et tout le problème est bien là.

      1. Mais Michel C depuis des années je vous pose une question à laquelle vous ne savez pas répondre concernant la démographie. Dans un monde de 8 milliards de personnes où mettez vous le reste du monde vivant ?
        Vous voyez bien que s’il n’y a pas de réponse à cette question alors la question démographique reste déterminante.
        Les pesticides, la pollution, le réchauffement climatique,malgré leur gravité n’ont pas tué les animaux (sauf les insectes pour les pesticides), il reste 1 % de tigres et de lions (moins même sans doute) par rapport aux effectifs préhumains, et vous savez bien que c »est parce qu’on prend leur territoires, Les mers se vident à cause de la pêche c’est bien pour nourrir les hommes et pas seulement l’affreux 1 % de plus riche capitaliste. vous moquez mon instance sur le sujet mais vous ne proposez pas d’alternative à ce combat et … ne savez pas où on met les animaux !

        1. Mais Didier Barthès… comment je ne sais pas répondre ?
          Mais moi aussi depuis des années je vous demande ce qu’on peut (on pourrait, yaca etc.) faire de plus et de mieux. Faire concrètement, bien sûr. Je sais bien tout ce que vous me racontez, les mers qui se vident etc. Je sais bien que vous et votre association n’appelez pas à l’épuration etc. Vous voudriez juste que ce problème soit plus largement abordé, débattu etc.
          Abordé pourquoi pas, moi ça ne me dérange pas, mais débattu…
          Vous voyez bien comme moi les limites des débats, surtout des «débats»… alors finalement à quoi bon ? C’est juste ça ma question. Et n’allez surtout pas interpréter ma position comme un déni, me parler de tabou ou je ne sais quoi. Non, c’est comme pour le reste, j’essaie juste de me faire une raison.

          1. Mais Michel C, je ne vous demande pas de résoudre le problème ni ne prétend que c’est facile je m’étonne juste de votre argumentation qui semble toujours dire que, non, la démographie n’est pas le problème, ou du moins pas le principal, c’est là dessus que l’on diverge, l’exemple des animaux montre bien qu’il est incontournable et vous semblez ne pas vouloir l’admettre au nom, me semble t-il, d’une sorte de relativisme général sur toutes les opinions et les initiatives,

  4. Bravo pour cette réflexion. On devrait envoyer ce livre aux prochains organisateurs de la COP 26 pour qu’enfin ils abordent le principal sujet, sinon, en 2040, les résultats des COP sur le climat seront exactement les mêmes ceux des 25 premières éditions : Inexistants

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