ll est si rare que MALTHUS soit considéré à sa juste valeur que nous ne nous refusons pas le plaisir de vous transmettre ce texte récent (4 septembre 2025). Nous vous précisons que Michel Sourrouille fera de son côté paraître son 9e livre, « Devenons malthusiens », fin janvier 2026.
« THE CONVERSATION » (L’expertise universitaire, l’exigence journalistique)
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Malthus, penseur d’une humanité soumise à des limites naturelles
Personne n’utilise aujourd’hui le terme « malthusien » comme un compliment. L’économiste britannique Thomas Malthus (1766-1834) a longtemps été dénigré pour sa vision négative du progrès. Depuis 1798, date à laquelle l’économiste et ecclésiastique Thomas Malthus a publié pour la première fois Essai sur le principe de population, la position « malthusienne » – l’idée que les humains sont soumis à des limites naturelles – a été vilipendée et méprisée. Aujourd’hui, ce terme est utilisé pour désigner toute personne qui ose remettre en question l’optimisme d’un progrès infini.
Mais presque tout ce que la plupart des gens pensent savoir sur Malthus est faux.
Dans un contexte de crise écologique aiguë, sa pensée d’un monde limité mérite d’être revisitée. Voici l’histoire telle qu’elle s’est déroulée réellement. Il était une fois un pasteur anglais qui eut l’idée que la population augmente à un rythme « géométrique », tandis que la production alimentaire augmente à un rythme « arithmétique ». Autrement dit, la population double tous les vingt-cinq ans, tandis que les rendements agricoles augmentent beaucoup plus lentement. À terme, une telle divergence ne peut que conduire à une catastrophe. Mais Malthus a identifié deux facteurs qui réduisaient la reproduction et empêchaient la catastrophe : les codes moraux, ou ce qu’il appelait les « freins préventifs », et les « freins destructifs », tels que la pollution, la guerre, la maladie.
Malthus fut caricaturé comme un ecclésiastique borné, mauvais en mathématiques, qui pensait que la seule solution à la faim était de maintenir les pauvres dans la pauvreté afin qu’ils aient moins d’enfants. L’étude de Malthus révèle un personnage très différent, un penseur novateur et perspicace. Non seulement, il fut l’un des fondateurs de l’économie environnementale, mais il s’est également révélé être un critique prophétique de la croyance selon laquelle l’histoire tend vers l’amélioration humaine, ce que nous appelons le progrès. Malthus était familier de l’idée de progrès, élevé par des protestants anglais progressistes qui prônaient la séparation de l’Église et de l’État. Son père était un ami et admirateur du philosophe Jean-Jacques Rousseau qui inspira la Révolution française.
Son Essai sur le principe de population est caractérisé par une démarche empirique, notamment au fil des éditions successives. Son argumentation sur les taux de croissance géométrique et arithmétique par exemple, s’appuyait sur la croissance démographique rapide observée dans les colonies américaines. Elle s’inspirait également de ce qu’il observait autour de lui. Au cours des dernières décennies du XVIIIe siècle, la Grande-Bretagne a été ravagée par des pénuries alimentaires et des émeutes répétées. La population est passée de 5,9 millions à 8,7 millions d’habitants, soit une augmentation de près de 50 %, tandis que la production agricole stagnait. En 1795, les Londoniens affamés ont pris d’assaut le carrosse du roi George III pour réclamer du pain.En tant qu’écrivain et membre actif du parti whig, Malthus était un réformateur qui prônait, entre autres, la gratuité de l’enseignement national, l’extension du droit de vote, l’abolition de l’esclavage et la gratuité des soins médicaux pour les pauvres.
L’étude de l’histoire a conduit Malthus à conclure que les sociétés n’évoluaient pas selon une ligne ascendante de progrès, mais selon des cycles d’expansion et de déclin. Malthus chercha à démystifier le progressisme grandiloquent de Godwin. Mais il ne dit pas que le changement positif était impossible, seulement qu’il était limité par les lois de la nature. L’Essai sur les principes de la population fut une tentative pour déterminer où se situaient certaines de ces limites, afin que les politiques puissent répondre efficacement aux problèmes sociaux, plutôt que de les exacerber en essayant de réaliser l’impossible.
Lorsque son essai a été publié, la population mondiale était d’environ 800 millions d’individus. Aujourd’hui elle dépasse les 8 milliards, soit une multiplication par dix en un peu plus de deux siècles. Au cours de cette période, les partisans du progrès ont rejeté l’idée selon laquelle les êtres humains étaient soumis à des limites naturelles et ont dénigré quiconque remettait en question le fantasme d’une croissance infinie comme étant « malthusien ». Pourtant, Malthus demeure incontournable, car son analyse pessimiste de la société exprime clairement une idée qui résiste au temps et aux critiques : les lois de la nature s’appliquent aussi à la société humaine.
En effet, « la grande accélération » du développement humain et de son impact au cours des 80 dernières années pourrait avoir conduit la société à un point de rupture. Les scientifiques avertissent que nous avons dépassé six des neuf limites planétaires pour une vie soutenable et que nous sommes sur le point de franchir une septième limite.
L’une de ces limites est un climat stable. Le réchauffement climatique menace non seulement d’élever le niveau des mers, d’augmenter les incendies de forêt et des tempêtes violentes, mais aussi d’amplifier la sécheresse et de perturber l’agriculture mondiale. Malthus n’avait peut-être pas prévu les développements qui ont alimenté la croissance démographique au cours des deux derniers siècles. Mais sa vision fondamentale des limites de la croissance n’en est devenue que plus pertinente.
Alors que nous sommes confrontés à une crise écologique mondiale qui s’accélère, il est peut-être temps de revisiter la pensée pessimiste d’un monde limité. Reconsidérer ce que nous entendons par « malthusien » pourrait être un bon point de départ.
(La version originale de cet article a été publiée en anglais)

– « Personne n’utilise aujourd’hui le terme « malthusien » comme un compliment. »
C’est vrai. Essayons alors de comprendre POURQUOI.
Pourquoi personne n’utilise aujourd’hui le terme « machiavélique » comme un compliment ?
Machiavélique, malthusien : deux adjectifs. Machiavélisme, malthusianisme : deux systèmes de pensée (idéologies). Qui puisent chacun leurs racines dans le nom d’un personnage historique, comme ici Machiavel et Malthus. Pensons aussi aux manichéens (manichéisme : Mani), ces gens qui ont la fâcheuse habitude de raisonner en mode binaire (le Bien, le Mal), de penser de façon simpliste (Noir ou Blanc), voire simplette (Pour ou Contre). Alors, en effet, il faut bien reconnaître qu’il y a des mots (adjectifs ou autres) qui ne sonnent pas comme des compliments. (à suivre)
(suite) Je peux bien sûr en citer d’autres, en commençant par «utopiste» (Thomas More) qui de suite fait penser à «farfelu», «doux rêveur». Et puis «trumpien» («trumpiste») , «macronien» («macroniste») etc. etc. Et ne parlons pas de «mélenchonien» («gauchiste», «communiste», «wokiste»…) qui automatiquement déclenche chez certains la réaction : « Oh mon dieu, non tout mais pas ça ! ». Que voulez-vous, c’est comme ça.
Maintenant, que nous commençons à savoir POURQUOI, essayons de dire COMMENT il faudrait faire (yaka) pour arriver à considérer Untel à sa … juste valeur. Je vous préviens c’est pas gagné ! Tout simplement parce que cet exercice est un casse-tête. Un de plus. Et dieu sait combien réfléchir fait mal à la tête. C’est comme pour définir la juste mesure, ou le juste milieu, et ne parlons pas du juste prix. D’autant plus qu’il est question ici de… valeur.
Or, le problème, ici, c’est que nous n’avons pas tous les mêmes valeurs. (à suivre)
(suite) Combien de fois avons-nous entendu de pitoyables économistes, ou moralistes peu importe, nous dire qu’Untel «ne vaut rien». Pas même «la corde pour le pendre»… à une potence ou une grue peu importe, misère misère !
De mon côté, je ne dirais jamais de Malthus qu’il ne vaut rien. Ni de Manu, Méluche et j’en passe. Par contre de Trump, Poutine, Duterte, Hitler, Mao et j’en passe là encore… là je n’oserais jamais dire que ce sont de grands incompris. Avec ce genre de gros misérables je reconnais que je suis plutôt du genre de ce vieux savant, qui s’appelait Martin :
– « En un mot j’en ai tant vu et tant éprouvé, que je suis manichéen. »
(Voltaire – Candide ou l’Optimisme ; chapitre XX)
Quant au malthusianisme, et de la plupart des malthusiens (je ne les connais évidemment pas tous), depuis le temps je pense en avoir fait le tour. Et avoir été assez clair.
Seulement, entre ce que je pense, ce que je veux dire, ce que je crois dire, ce que je dis, ce que vous avez envie d’entendre etc. etc. (Bernard Werber) je me sens toujours obligé d’en rajouter. Toujours plus. 😉
Je l’ai toujours dit, le Problème c’est le Dogmatisme. Que nous retrouvons chez tous ceux qui ne jurent que par les idées, les «lois», les «vérités», de tel ou tel penseur (avec ou sans « » ) dont ils n’ont pas forcément bien compris ce que tout ça… valait.
Bref, moi aussi je pourrais écrire un livre. 🙂
Seulement à quoi bon, en rajouter, n’en avons-nous pas déjà assez comme ça ?
– « La littérature nous permet de pénétrer dans d’autres consciences, elle combat, ce faisant, l’autisme qui nous guette et le dogmatisme qui nous égare. » (Patrice Jean)
– « Ce n’est pas l’Utopie qui est dangereuse, car elle est indispensable à l’évolution. C’est le dogmatisme, que certains utilisent pour maintenir leur pouvoir, leurs prérogatives et leur dominance. » (Henri Laborit – Eloge de la fuite)
Le premier article de notre blog « biosphere » a été posté le 13 janvier 2005, il propose chaque jour un « point de vue des écologistes ». Hébergé par le serveur ouvaton.org, c’est un Journal indépendant sur l’actualité, nous ne sommes alignés sur aucune chapelle.
https://biosphere.ouvaton.org/blog/
Ce blog est directement relié à un site, on peut aller de l’un à l’autre rapidement.
https://biosphere.ouvaton.org/
Notre site « biosphere » est relativement statique, les contenus y sont organisés par pages pour la plupart anciennes. Mais c’est un « réseau de documentation des écologistes » qui fournit à peu près toute la culture que devrait avoir un écologiste militant. Nous avons une volonté de formation des citoyens. Nous ne sommes pas un réseau social qui met en contact n’importe qui pour n’importe quoi grâce à Facebook, TikTok, Twitter (X)…
Prière par vos commentaires de faire en sorte d’améliorer l’intelligence collective, merci.
– « ll est si rare que MALTHUS soit considéré à sa juste valeur [etc.] »
Pas sur ce blog en tous cas : «MALTHUS, un incontournable penseur de la finitude», «MALTHUS, le prophète du sens des limites», «MALTHUS, un scientifique éclairé en 1798», «Malthus, un précurseur de la décroissance», «précurseur de l’analyse socio-culturelle» et en même temps, «MALTHUS, un religieux en dehors du dogme» etc. etc. etc.
Alors ça non, qu’un prophète aussi génial ne soit pas considéré à sa juste valeur… je vous jure, ça c’est vraiment pas juste ! Mais heureusement «nous» sommes là pour réhabiliter notre incontournable penseur de la finitude. Et crier au monde entier que ce n’est pas fini : « Nous vous précisons que Michel Sourrouille fera de son côté paraître son 9e livre, « Devenons malthusiens », fin janvier 2026. »
PS : Oh que c’est pas bien de se moquer !