Manger les enfants en surnombre, possible ?

On peut rassembler en communauté des partisans de la loi du fusil ou des pacifistes, des survivalistes ou des croissancistes, des végétaliens ou des anthropophages, etc. Les humains ont mille et une manières de concevoir les rapports avec leurs semblables. Tout est possible du moment que l’idée est suivie d’effet. Jonathan Swift pouvait écrire en 1729 : « Un jeune enfant bien sain, bien nourri, est à l’âge d’un an un aliment délicieux, bouilli, rôti, à l’étuvée ou au four, et je ne mets pas en doute qu’il ne puisse également servir en fricassée et en ragoût. Cette modeste proposition est faite pour empêcher les enfants d’Irlande d’être à charge de leurs parents ou de leur pays et pour les rendre utiles au public. En supposant que mille familles de Dublin deviennent des acheteurs réguliers de viande de nourrisson, sans parler de ceux qui pourraient en consommer à l’occasion d’agapes familiales, mariages et baptêmes en particulier, j’ai calculé que cette ville offrirait un débouché annuel d’environ vingt mille pièces. »

Roger-Pol Droit commente : « Les enfants des pauvres sont beaucoup trop nombreux. Fardeaux pour leur familles, charges inutiles pour la société, causes de désordre permanent. Ils mendient et chapardent sans cesse, le constat est donc simple : ils nuisent à l’ordre public. Les alimenter, les éduquer, les entretenir constitue une dépenses colossale. En pure perte…. Swift détaille les multiples bienfaits de son programme, là où il n’y avait qu’accroissement constant de la misère s’installera la prospérité pour tous dans une démographie apaisée. »*

Quel argument opposer à la vente d’un nouveau-né quand une société dite moderne autorise la gestation pour autrui et la vente du fruit de ses entrailles ? Une situation choquante est-elle moralement absurde ? Où doit-on s’arrêter dans le changement des valeurs, évolution d’une société démocratique qui modifie constamment ses normes éthiques jusqu’à proposer des bébés-médicaments, des chimères homme-animal et des embryons transgéniques ? Notez que le texte de Swift mérite réflexion dans bien d’autres de ses aspects, ainsi :

« Je ne prévois aucune objection possible à ma proposition. Qu’on ne me parle pas d’autres expédients : de n’acheter ni vêtements, ni meubles qui ne soient de notre crû et de nos fabriques ; de rejeter complètement les matières et instruments qui encouragent le luxe étranger ; de guérir nos femmes des dépenses qu’elles font par orgueil, par vanité, par oisiveté ; d’introduire une veine d’économie, de prudence et de tempérance ; de cesser nos animosités et nos factions ; enfin, de faire entrer un peu d’honnêteté, d’industrie et de savoir-faire dans l’esprit de nos boutiquiers qui, si la résolution pouvait être prise de n’acheter que nos marchandises, s’entendraient immédiatement pour nous tromper et nous rançonner sur le prix, la mesure et la qualité. »

Manger local, se vêtir local, limiter ses consommations, proscrire le luxe et le profit… c’est pourtant là une proposition fréquente des écologistes ! Faut-il en rire ?

* LE MONDE du 30 juillet 2021, rubrique « Ils rient de tout, jusqu’où ?»

 

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1 réflexion sur “Manger les enfants en surnombre, possible ?”

  1. Quand on est arrivé à un certain stade (nous y sommes) tout devient possible. Puisque aujourd’hui tout et n’importe quoi ne se conçoit plus qu’en terme de pognon, ou encore en CO2, qui désormais a lui aussi son prix, puisque le sacro-saint Marché s’est emparé de tout, puisque les pauvres et les « autres » sont de plus en plus accusés de toutes les misères du monde, puisque l’individualisme, la bêtise et la confusion n’ont jamais atteint un tel niveau … tout devient possible. Elever des enfants en batterie, les engraisser comme on engraisse des cochons, les transformer en pâté ou en saucissons, transformer les vieux, les malades et les pas « normaux » en croquettes pour chiens, ou encore en bon humus pour faire pousser de bonnes tomates bio… tout est possible.
    Jusque là tout va bien, jusque là on peut encore en rire. 🙂

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