Marine Le Pen, la Trump française, présidente ?

déroulement des faits

– La cour d’appel détaille sur 341 pages les motivations de sa décision, rendue mardi 7 juillet, dans l’affaire des assistants parlementaires européens du Front national, concernant la cheffe de file du Rassemblement national :

« S’agissant des détournements de fonds publics, la cour relève que les faits sont graves en ce qu’ils se sont déroulés pendant de nombreuses années. Ils sont graves au regard du montant des sommes détournées, à savoir plus de 2,8 millions d’euros. Ils sont graves également parce qu’en accaparant des fonds publics pour rémunérer des personnes travaillant en réalité pour le Front national, les auteurs ont provoqué une rupture d’égalité avec les autres partis politiques. Ils sont graves surtout car commis par des élus, en charge de l’intérêt général, dont il est attendu une impartialité, une probité et une exemplarité totale… »

– Mais la peine en appel d’un an de prison ferme, à purger sous la forme d’un bracelet électronique, n’a pas été assortie par la cour d’appel de l’exécution provisoire. En conséquence un éventuel pourvoi en cassation de la responsable d’extrême droite suspendrait donc son exécution, lui permettant de commencer sa campagne sans bracelet électronique. Marine Le Pen a jusqu’au 17 juillet pour former un éventuel pourvoi.

– Marine Le Pen (le 7 juillet au 20 heures sur TF1) estime qu’il n’y a « plus de scénario où je ne pourrais pas me présenter en 2027… Espérons que la Cour de cassation ne se trompe pas . A la question « si vous êtes reconnue définitivement coupable, que se passe-t-il ? », elle répond « nous verrons »

– La pensée profonde de Marine Le Pen :

« Je me présente à la présidentielle 2027. Je connais bien le système judiciaire, je saurai donc préserver son indépendance. Je suis certaine que la Cour de Cassation va me blanchir d’un détournement de fonds présumé puisque je suis innocente, complètement innocente. De toute façon, même si cette arrière -cour ne décide pas de mon total blanchiment, je lui dirai, une fois élue en tant que représentante du peuple français, que la parole du peuple doit toujours avoir le dernier mot. »

– Édouard Philippe a rappelé que Marine Le Pen avait exprimé par le passé « tout le mépris qu’elle portait à celles et ceux qui avaient pu avoir maille à partir avec la justice » ? Donc son choix de se porter candidate constitue un « nouveau reniement ».

– Un risque fort planerait toutefois sur sa candidature, que la décision lui soit favorable ou non, car la Cour de cassation devrait se prononcer début 2027, au moment de la collecte des 500 parrainages de maires pour l’élection.

– En avril 2025, un article du Canard enchaîné a suscité un vif débat parmi les juristes, en soulevant une jurisprudence de 1993 selon laquelle, en cas de pourvoi en cassation de Marine Le Pen ou du parquet général après la décision d’appel, la peine de première instance serait réactivée, à savoir les cinq ans d’inéligibilité avec exécution provisoire.

– La Cour de cassation ne juge pas du fond du dossier mais du respect du droit par les tribunaux. Dans le cas où elle casserait l’arrêt de la cour d’appel de Paris, totalement ou partiellement, estimant que des erreurs de droit ont été commises, elle décide généralement de renvoyer l’affaire devant une juridiction pour qu’elle y soit rejugée. De manière certaine, cette nouvelle audience ne pourrait pas avoir lieu avant l’élection présidentielle.

– Si la Cour de cassation confirme la décision de la cour d’appel, la condamnation de Marine Le Pen sera définitive et la peine prononcée mardi 7 juillet s’appliquera. Concrètement, si la Cour de cassation prend sa décision d’ici à janvier 2027, comme elle s’y était engagée à la suite de la décision de première instance de mars 2025, la députée du Pas-de-Calais serait susceptible d’être convoquée à partir de février 2027, pour la pose d’un bracelet électronique.

– Mais Marine Le Pen serait susceptible de voir reporté le port de son bracelet électronique après l’échéance présidentielle – dont le premier tour aura lieu le 18 avril 2027 et le second tour le 2 mai 2027. En cas d’élection de la candidate du RN, en vertu de l’article 67 de la Constitution, l’ensemble de la procédure – dont l’exécution de la peine – pourrait être suspendue pour la durée du mandat et ne reprendrait son cours qu’à son issue.

– Le juge d’application des peines aurait toute latitude pour décider des modalités d’application de cette détention à domicile – nombre et heure de sorties, périmètre des déplacements, etc. – mais ne peut pas aller contre la décision du tribunal.

 

13 réflexions sur “Marine Le Pen, la Trump française, présidente ?”

  1. Etienne Ollion

    La candidature de Marine Le Pen, coupable de détournement de fonds publics, marque à la fois le signe d’un progrès de l’indépendance de la justice et de la normalisation de l’absence de probité en politique. Dans les années 1970 et 1980, un élu de premier plan n’aurait probablement pas été inquiété par la justice. Mais la cour d’appel nuance sa décision en prenant en compte la « liberté de choix » des électeurs. Ce raisonnement suppose que l’élu est avant tout responsable devant les électeurs : ils sont considérés comme le juge suprême.
    C’est une définition très restrictive de la démocratie de ne considérer que l’élection, et pas ses institutions – dont la justice comme contre-pouvoir. En fait la présence de Marine Le Pen dans la campagne présidentielle normalise encore un peu plus l’idée de l’immoralité en politique…

  2. La Cour de cassation devrait se prononcer sur son pourvoi début 2027, dans le cadre d’une procédure accélérée, si l’on en croit ses annonces après la première condamnation. En cas de décision défavorable à Marine Le Pen, « l’arrêt d’appel devient définitif ».
    Une fin de campagne présidentielle sous bracelet n’est donc pas à écarter. Après avoir répété à plusieurs reprises ces derniers jours qu’elle excluait ce scénario, Marine Le Pen semble aujourd’hui prête à prendre ce risque.
    De plus le Conseil constitutionnel « resterait maître de l’interprétation » de la jurisprudence applicable au moment de dresser la liste des candidats admis au premier tour de l’élection présidentielle.
    Il existe donc un autre scénario qui pourrait empêcher in fine Marine Le Pen de se porter candidate.

  3. – « Politique sans morale n’est qu’une caricature de la politique »

    Cette phrase, citée dans Ouest‑France le 8 juillet 2026, est issue d’un courrier des lecteurs réagissant à la condamnation de Marine Le Pen par la cour d’appel de Paris. […]
    Patrick David, lecteur du Hauts‑de‑Seine, y note que Marine Le Pen, condamnée par deux tribunaux pour détournement de fonds publics, choisit de se présenter à l’élection présidentielle, en contradiction avec ses propos antérieurs sur la probité en politique et ses critiques contre une justice jugée « jamais assez sévère ».
    L’expression « politique sans morale n’est qu’une caricature de la politique » est utilisée pour souligner cette incohérence : selon le lecteur, une politique dénuée de principes éthiques ne peut que paraître fausse ou comique. (à suivre)

    1. (suite) Le texte rappelle que, pour Aristote, la politique était la « science souveraine entre toutes », la plus noble et la plus haute des disciplines. Cette référence illustre l’idée que, dans la tradition politique, la morale et la justice sont intrinsèquement liées à la qualité même de l’action politique. […]
      En résumé, cette phrase n’est pas qu’un jugement moral : c’est un appel à la cohérence entre discours et actions, ancré dans une tradition philosophique qui lie la politique à la morale, et qui s’applique aujourd’hui à un contexte politique marqué par des contradictions flagrantes.

  4. editorial du monde

    La famille Le Pen, dont un représentant a toujours été candidat à la présidentielle depuis 1974 – à l’exception de 1981 – n’est pas prête à passer la main. Bien au contraire.
    L’obstination de Mme Le Pen à être, pour la quatrième fois, candidate à l’élection présidentielle, rappelle la nature du RN : une formation aux principes fluctuants, dont un clan familial contrôle jalousement la destinée depuis plus de cinquante ans. La prétendante à l’Elysée aura ainsi l’une de ses nièces, Nolwenn Olivier, comme directrice de la communication, le père de cette dernière, Philippe Olivier, étant le principal conseiller de la candidate.

    Le parti d’extrême droite, qui a longtemps eu pour slogan « Mains propres et tête haute », a toujours été plus prompt à dénoncer les turpitudes supposées des autres qu’à s’appliquer les règles qu’il prône.

    1. c’est scandaleux !

      – « Tout le monde a piqué de l’argent dans la caisse, sauf le Front national. […]
      Les Français en ont marre qu’il y ait des affaires, de voir des élus qui détournent de l’argent, c’est scandaleux ! »

      Et des comme ça, il y en a des tonnes !

  5. Corentin lesueur

    A défaut de « miracle » devant la cour d’appel de Paris, mardi 7 juillet, Marine Le Pen a annoncé elle-même sa résurrection. Les éventuels aléas d’une cour de cassation serviront le récit d’une « sacrifiée » de la politique, posant, christique, les bras en croix, sur une première affiche célébrant « la renaissance ». Depuis plus de vingt ans, Marine s’en est souvent remise à sa « bonne étoile », si précieuse pour compenser le manque de travail, les défaites et les traîtrises qui ont jalonné sa carrière.

    Mais difficile pour elle, désormais, de se poser en chantre de l’honnêteté : l’ancienne partisane des « peines d’inéligibilité à vie pour les élus condamnés pour détournement de fonds publics » sera la première candidate à l’élection suprême doublement condamnée pour ce grief !!!

    1. Doublement condamnée pour ce grief !!! ???
      Vous voulez dire qu’elle va se ramasser à ces prochaines présidentielles …
      Que le Pôple va la con damner… parce qu’elle le veau bien… ?
      Moi j’en doute.

  6. Tout le monde attendait ce verdict… depuis hier ON ne parle plus que de ça. Adieu la canicule, les incendies, le Tour de France, le Mondial … Enfin presque. La Justice (la cour d’appel de Paris) vient donc de condamner celle qui caracole en haut sondages (intentions de votes) à 100 000 euros d’amende, 45 mois d’inéligibilité, dont 15 fermes, ainsi qu’à 3 ans d’emprisonnement, dont 1 an de détention à domicile sous surveillance électronique.
    L’Électronique c’est comme le Plastique, c’est fantastique ! Vive la Technique, et le Progrès, qui vont nous résoudre le problème de surpopulation carcérale. 😉
    Bref, qu’à cela ne tienne, la dame se pourvoit en cassation. La voilà donc «présumée innocente» !
    Ce qui lui permet de reprendre la Course, comme si de rien n’était.
    Enfin presque… (à suivre)

    1. esprit critique

      (suite) Parce que désormais, ON s’en pose des questions. Des tas de questions !
      Déjà, que va faire le petit Jordy ? Et puis si… le pourvoi en cassation est rejeté… alors comment va t-elle pouvoir faire ? Le bracelet électronique est-il hypoallergénique ?
      Et j’en passe de ces questions à la con !
      – Marine Le Pen condamnée en appel : retrouvez les réponses à vos questions sur la décision de la cour et ses conséquences (le MONDE hier)

      Mon dieu que c’est passionnant !
      Et personne, ou presque, se demande si c’est normal (comment dire autrement ?) qu’une crapule puisse continuer à œuvrer comme si de rien n’était.
      Si c’est normal, ou alors moral… qu’ON puisse voter pour ce genre de candidat(e).
      Et bien sûr la question cruciale… mais nom de dieu comment a t-ON pu en arriver là !!?? Misère misère !!!!!

  7. Dans sa décision, la cour d’appel a tenu compte de « la proportionnalité de la sanction » au regard de « la liberté de choix de l’électeur, condition d’une expression du suffrage authentiquement démocratique ».
    En termes clairs, la justice laisse les électeurs trancher le cas de Marine Le Pen. C’est faire confiance à des citoyens qui préfèrent les populistes aux personnes qualifiées pour le poste de président d’une république. Mais c’est la qualité/défaut d’une démocratie qui peut élire le clown Trump par deux fois.

    L’élection de représentants est un mauvais système, mais actuellement le moins mauvais de tous ! Le tirage au sort parmi des prétendants qualifiés permettrait sans doute un dépassement des blocages actuels.

    1. Tirage au sort ...

      Au sujet du moins mauvais de tous…
      Le tirage au sort est en effet un des fondements de la démocratie, et de temps en temps cette idée refait surface. Les jurés d’assises, comme les membres des dites conventions citoyennes, sont tirés au sort. Sans que cela ne crée plus de problèmes que ça.
      Imaginons alors que le président de la République soit tiré au sort… et que ce soit un certain Jeff Tuche l’heureux élu. Et que toute cette charmante équipe… Cathy l’épouse, Stéphanie, Wilfried et Donald, leurs 3 enfants, ainsi que Mamie Suze… s’installe à l’Élysée.
      Bonjour la rigolade ! Et bien sûr le grand n’importe quoi. (à suivre)

    2. choix multiple

      (suite et fin) Moi je verrais de bon œil un autre système… avec lequel le Citoyen pourrait avoir la possibilité d’exprimer un choix multiple. Parce qu’il le vaut bien !
      Parmi les prétendants… qualifiés ou pas (au diable les fumeux 500 parrainages), et quel que soit leur nombre (plus ON est de fous plus ON rit), le Citoyen désignerait en 1) celui ou celle qu’il souhaite LE PLUS ! En 2) et en 3) les suivant(e)s. Et en même temps, il désignerait celui ou celle qu’il ne souhaite SURTOUT PAS ! Suivi de 2 autres du même genre. Et ON s’arrêterait là, parce qu’il ne faut pas exagérer non plus, la juste mesure bordel ! Et à la fin tout ça serait compté, ajouté et défalqué, avec les coefficients qui vont bien. Je pense qu’avec les outils dont nous disposons actuellement, il serait tout à fait possible de mettre ce système en place.

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