Il n’est pas de solution militaire à un problème politique. Dans le contexte de réarmement militaire, voici le résumé d’un livre qui réveille sans sonner le clairon.
Maudite soit la guerre de Pierre Douillard-Lefèvre
Le réarmement militaire actuel
1922. Au cœur du village de Gentioux dans la Creuse, un monument aux morts construit en 1922 proclame « Maudite soit la guerre ! » Un enfant en blouse d’écolier lève son poing rageur vers le ciel, un orphelin devant la plaque gravée des 63 noms de villageois morts durant la guerre.
2025. Lorsque vous sortez de la gare, la vue de militaires de la patrouille Sentinelle, équipés de fusils d’assaut, vous rappelle que l’espace public est militarisé depuis près de trois décennies au nom de la « menace terroriste ».
Depuis 1945, plus de 210 conflits armés ont tué 25 millions d’êtres humains. De 2020 à 2023, on recense 170 conflits armés en cours, majoritairement des guerres civiles. La guerre moderne est désormais presque toujours asymétrique et l’écrasante majorité des victimes ne participaient pas au combat.
Les dépenses militaires mondiales ont atteint 2 718 milliards de dollars en 2024,soit une augmentation de 9,4 % par rapport à 2023. L’union européenne, championne de l’austérité quand il s’agit de dépenses sociales, débloque la somme vertigineuse de 800 milliards d’euros pour un plan baptisé ReArm Europe, soit une augmentation de plus de 50% par rapport à 2024.
Voici résumé le grand paradoxe de notre temps : au moment où la guerre menace et que le militarisme fait son grand retour, l’antimilitarisme n’a jamais semblé aussi marginal. L’antimilitarisme musical de Brel, Brassens, Vian ou Anne Sylvestre est un vestige méconnu des nouvelles générations. Depuis la fin du service militaire obligatoire, les collectifs de réfractaires ont disparu. Dans le même temps, les générations ayant vécu dans leur chair les atrocités du siècle dernier s’éteignent peu à peu.
L’origine de la guerre
Depuis les premières cités antiques, la guerre est le processus fondateur des États. Les premières villes coïncident avec l’apparition des hiérarchies, des guerres et de l’accaparement des richesse par quelques-uns. La guerre est un processus de violence extrême, institutionnalisée, et de troupes disciplinées. Elle ne peut donc être que le fruit d’un pouvoir centralisé disposant d’un classe de guerriers. La notion de masse, de hiérarchie et de territoire est déterminante. Les premières armées professionnelles apparaissent en Mésopotamie il y a six millénaires, et sont liés à des conflits pour les droits sur la terre ou approvisionnement en eau, avant de devenir des guerres pour imposer la suprématie politique d’un roi ou d’une cité sur les autres. Ainsi les États ne sont jamais que des clans armés – c’est-à-dire des mafias – qui ont réussi en rançonnant la population en échange d’une « protection ».
La nation naît de l’État, non l’inverse. La troisième république n’a réussi à imposer le français comme langue unique que dans les tranchées de la première guerre mondiale. Qu’y avait -il de commun entre un breton, un Basque ou un Alsacien avant qu’on ne leur impose une fiction qu’on appelle France ? C’est la guerre qui forge l’affirmation d’un sentiment national, la fierté d’appartenir à une terre. Le nationalisme mène aux massacres. Les sondages montrent que les dirigeants qui lancent des guerres gagnent en popularité, à la manière d’un troupeau mené à l’abattoir qui remercierait son bourreau. La guerre est par définition la raison d’État et l’opacité, au détriment de toute liberté individuelle.
Pompée, Alexandre, Clovis, Tamerlan, Bonaparte, notre panthéon collectif est dévolu aux chefs de guerre, jamais à ceux qui ont tenté de s’y opposer, ni à leurs millions de victimes.
La fabrique du consentement
La première bataille est celle des mots. Tuez un homme, vous êtes un assassin ; tuez des milliers, vous êtes un héros. La guerre est un phénomène absurde qui consiste à envoyer des inconnus se massacrer au nom d’idées et de valeurs abstraites. Pour y parvenir, la fabrique du consentement au militarisme est l’étape la plus cruciale. Voici quelques « commandements » utilisés par faire accepter l’entrée en guerre : « Nous ne voulons pas la guerre »… « Le camp adverse est le seul responsable de la guerre »… Il s’agit de produire des storytelling simplistes qui marquent l’opinion. Benyamin Natanyahou, poursuivi pour crime contre l’humanité, réclame sans rire le prix Nobel de la paix pour son complice Donald Trump lors d’un dîner officiel. La grande majorité des productions culturelles de masse parle de guerre, nous connaissons les personnages de chevalier ou de héros mieux que les espèces d’oiseaux ou les essences d’arbre.
Avec l’instauration de l’école gratuite et obligatoire, l’État français a bénéficié d’un relais privilégié sur tout le territoire pour atteindre tous les enfants. A partir de 1882, la République organise des « bataillons scolaires » : les écoliers défilent au pas et s’entraînent au tir à la carabine. Les enseignants sont chargés de « faire aimer la patrie et former les jeunes citoyens à l’impératif de la défense ». A partir de septembre 2025, la journée défense citoyenneté (JDC), obligatoire pour tous les jeunes, est « militarisée » et transformée en passerelle assumée vers le recrutement. Un général déclare sas détour qu’en prévision d’une « confrontation militaire », il faut « identifier à l’avance des viviers » de soldats. Le 13 juillet 2025, Macron mettait en avant l’acceptation du sacrifice ultime ».
La guerre à la nature
La plus grande des guerres menées par l’Homme est celle qui s’exerce contre la nature. Les sociétés hiérarchisées n’ont eu de cesse de dominer, mutiler, asservir la faune et la flore.
Pourtant l’écologie politique en Europe semble avoir renié la tradition antimilitariste qui faisait pourtant partie de on ADN. En Allemagne, l’ancien ministre écologiste Joschka Fischer déclare que « le service militaire obligatoire doit être réintroduit pour les deux sexes ». En France le parti « Les Écologistes » reprend sans recul la propagande de guerre et s’aligne sur les positons du gouvernement Macron. Marine Tondelier parle de « financer l’effort de guerre » et la présidente des députés écologistes déclare à l’Assemblée que « L’Union européenne doit s’affirmer comme une force politique, ce qui implique de s’affirmer comme une force militaire ». Le vert vire au kaki, un mélange indigeste qui fait coexister la défense de la planète et l’augmentation des moyens pour la détruire. L’écologie avait abandonné l’anti-capitalisme, elle se débarrasse désormais de son pacifisme.
(éditions divergences 2025)

Le premier article de notre blog « biosphere » a été posté le 13 janvier 2005, il propose chaque jour un « point de vue des écologistes ». Hébergé par le serveur ouvaton.org, c’est un Journal indépendant sur l’actualité, nous ne sommes alignés sur aucune chapelle.
https://biosphere.ouvaton.org/blog/
Ce blog est directement relié à un site, on peut aller de l’un à l’autre rapidement.
https://biosphere.ouvaton.org/
Notre site « biosphere » est relativement statique, les contenus y sont organisés par pages pour la plupart anciennes. Mais c’est un « réseau de documentation des écologistes » qui fournit à peu près toute la culture que devrait avoir un écologiste militant. Nous avons une volonté de formation des citoyens. Nous ne sommes pas un réseau social qui met en contact n’importe qui pour n’importe quoi grâce à Facebook, TikTok, Twitter (X)…
Ici, il n’y a pas de modération a priori des commentaires…
Prière de faire en sorte d’améliorer l’intelligence collective, merci.
– « Le pouvoir ne frappe jamais une cible qu’il n’a pas été préalablement rendue attaquable.
La bataille des mots précède toujours l’offensive directe. »
(Dissoudre – Pierre Douillard-Lefèvre – lundi.am/Dissoudre)
– « La fabrique du consentement
La première bataille est celle des mots. » (Pierre Douillard-Lefèvre)
Je pense là à ce linguiste américain, qui pour moi reste un des plus grands intellectuels actuels.
Noam Chomsky (97 ans), l’auteur de La Fabrication du consentement : De la propagande médiatique en démocratie (voir Wikipédia).
Hier nous rendions hommage à Aldous Huxley, lui aussi un des plus grands intellectuels de son époque. Pour moi l’un ne va pas sans l’autre, un britannique lui aussi, Eric Arthur Blair.
Mieux connu sous le nom de George Orwell. Pas spécialement pacifiste, il s’est battu en Espagne en 1936, mais particulièrement critique envers les régimes autoritaires.
Huxley, Orwell, Chomsky, Pierre Douillard-Lefèvre … TOUS des « gauchos », comme par hasard 🙂
– « D’ici la prochaine génération, je crois que les dirigeants du monde découvriront que le conditionnement infantile et la narco-hypnose sont des instruments de contrôle plus efficaces que les matraques et les prisons, et que la soif de pouvoir peut être entièrement satisfaite en suggérant aux gens d’aimer leur servitude autant qu’en les matant à coup de fouets et de bottes. En d’autres termes, je pense que le cauchemar de 1984 est destiné à devenir le cauchemar d’un monde ressemblant plus à ce que j’imaginais dans Le Meilleur Des Mondes. »
(Lettre à George Orwell – Aldous Huxley – 21 octobre 1949 – libertas.co )
Le conditionnement infantile (dès la maternelle)… de ce côté là ON est servis !
La narco-hypnose… je ne pense pas qu’ON en soit là. Quoique, tout dépend de ce qu’ON entend par «sommeil». Les matraques (et les LDB) c’est bon, là aussi ON est bien servis.
Mais pas sûr que ça marche. La Preuve, Pierre Douillard-Lefèvre. Les prisons, pareil.
Le conditionnement infantile, poursuivi tout le long de la vie, semble être en effet le meilleur moyen de faire aimer aux gens leur servitude.
Seulement ce Conditionnement se résume de plus en plus à cette bataille des mots que dénoncent aussi bien Orwell que Pierre Douillard-Lefèvre. Cette propagande qui ne vise qu’à nous endormir, pour nous faire accepter n’importe quoi, nous vendre des vessies pour des lanternes (des résistants pour des terroristes, le vrai pour le faux, le bonheur pour des avoirs plein nos armoires, etc. etc.), nous maintenir dans la Confusion et le grand n’importe quoi.
Bref, entre 1984 et Le Meilleur des Mondes, pour moi c’est exactement comme entre la Peste et le Choléra.
Mutilé par la police en 2007 lorsqu’il était lycéen, Pierre Douillard-Lefèvre mène des recherches sur la militarisation du maintien de l’ordre, la montée de l’autoritarisme et s’engage au sein de mouvements de blessés par les forces de l’ordre ou contre l’industrie des armes. Auteur des ouvrages L’arme à l’œil (Grevis, 2016) et Nous sommes en guerre (Grevis, 2021) sur la répression, puis Dissoudre (Grevis, 2024) sur les processus liberticides, il est par ailleurs chercheur en sciences sociales, auteur de travaux de sociologie urbaine, dessinateur et journaliste dans des médias indépendants et associatifs.
-editionsdivergences.com/livre/maudite-soit-la-guerre
Nul doute que ce misérable tir de LBD aura pesé lourd dans son engagement politique.
Si ce pauvre flic croyait ainsi le «calmer», le neutraliser, alors qu’il n’avait que 16 ans… eh ben c’est loupé. Parce que même s’il n’a désormais plus qu’un œil, Pierre Douillard-Lefèvre voit bien mieux que beaucoup d’entre nous. Très clairement et aussi bien loin qu’en profondeur.
– « ¡ No pasarán !, c’est le cri de la révolution espagnole en 1936 face aux troupes franquistes. Le serment d’un peuple résistant au fascisme […] Macron reprend cette célèbre devise, mais pour la retourner. Dans un exercice d’inversion intégrale, ¡ No pasarán ! ne s’adresse plus à la menace fasciste mais aux luttes sociales. […]
DISSOLUTION DU SENS
Pervertir, du latin pervertere, c’est renverser, retourner. La perversité s’est imposée comme l’unique mode de communication politique. Un régime autoritaire ne peut reposer que sur une dissonance cognitive permanente et l’inversion du système de valeurs. »
(Dissoudre – Pierre Douillard-Lefèvre)
Tout cela est vrai et presque d’évidence, mais il subsiste toujours le problème de l’adaptation à la situation du moment : comment réagir face à l’agresseur qui ignore complètement ces réflexions pacifistes ?
Encore une fois, comme en de nombreux domaines, se heurtent les perspectives générales et de long terme et les actions de court terme, leur mariage est une des grandes difficultés des sociétés humaines.
Pierre Douillard-Lefèvre dénonce principalement les discours de guerre, la propagande, la manipulation, dont la novlangue. Il voit aussi bien le virage des politiques en matière de réarmement (démographique inclus), que le durcissement pour faire taire toute voix dissidente (dissolutions, violences policières etc.). Ce qui n’est ni plus ni moins que ce qui caractérise un régime autoritaire. Ces voix dissidentes (dont la sienne) qui pourraient faire vaciller l’Ordre Établi. Les écologistes, les anticapitalistes, les «terroristes», les «wokistes», les sociologues, de gauche bien évidemment, bref tous ceux qui ne pensent pas comme il faut. Autrement dit qui pensent de travers. Ou alors qui pensent encore…
Et qui pensent juste par dessus le marché. En fait ça dépend seulement de votre point de vue.
La vérité c’est le mensonge, la guerre c’est la paix etc. c’est comme ça vous arrange.
En tant que sociologue, Pierre Douillard-Lefèvre observe et analyse tout ça, sans oublier bien sûr les effets que cela produit sur les mentalités.
– « comment réagir face à l’agresseur qui ignore complètement ces réflexions pacifistes ? »
Précisons d’abord de quel agresseur on parle. Pour moi, la manipulation et le mensonge sont des formes d’agression. Ceux qui en usent et abusent savent très bien ce qu’ils font. Même s’ils sont pourris… ne les prenons pas pour des imbéciles. Ces gens là n’ignorent nullement les réflexions pacifistes (entre autres).
Face à ces gens-là, pour se défendre et se protéger il n’y a que l’autodéfense intellectuelle. Autrement dit l’esprit critique, la réflexion. Pour ça nous avons Huxley, Orwell, Chomsky, Normand Baillargeon, Pierre Douillard-Lefèvre et j’en passe. Après bien sûr, il faut l’envie. De lire, d’étudier, de réfléchir, de décoloniser son imaginaire etc. Et ça aussi c’est un sacré problème. (à suivre)
(et fin) Maintenant si ON veut seulement parler des vrais gros salopards… comme ON nous les présente… genre Ben Laden, ou Poutine… là encore ne les prenons pas tous pour des imbéciles. Pour ne citer que lui… Oussama ben Laden disait que Chomsky faisait partie des intellectuels que le peuple américain devrait étudier (sic). Et que « Noam Chomsky a raison quand il compare la politique américaine à celle de la mafia ».
Vu que je pense la même chose… les vrais gros imbéciles pourront en déduire que je suis un ex-fan de Ben Laden. Misère misère !