« Mein Kampf » à la sauce écolo ? Fantasme !

Toute situation géopolitique qui donne l’occasion à des extrémistes de parvenir au pouvoir est dangereuse. Comme le rappelle Antoine Vitkine  « Mein Kampf est parmi nous, et pour longtemps encore ». Pour l’instant ce sont des anti-écolos qui jouent au dictateur un peu partout sur la planète, Xi Jinpin, Jair Bolsonaro, Alexandre Loukachenko et tant d’autres. C’est l’autoritarisme au royaume des mécontents perpétuels qui triomphe même dans les urnes et élimine toute opposition. Mais demain la cause écologique pourrait mettre en avant ce que certains appellent parfois des Khmers verts ou des ayatollah de l’écologie. L’Écolo-fascisme, est-ce vraiment un risque avéré ?

Publié en 1925, Mein Kampf fut sous-estimé alors qu’y figuraient les intentions criminelles d’Adolf Hitler bien avant son arrivée au pouvoir. Il faut prêter attention à l’expression de projets politiques radicaux et à ne jamais sous-estimer les mots, en particulier lorsqu’ils sont publics et portés par des personnes susceptibles de les traduire en actes. Encore faut-il aussi avoir un contexte porteur, pouvoir faire groupe organisé et se désigner un adversaire. C’est la faute aux juifs ! L’antisémitisme radical d’Hitler a joué un rôle moteur, mobilisateur. Mein Kampf représente le trait d’union entre un antisémitisme traditionnel relativement répandu à l’époque et ce qui, à la faveur des circonstances, deviendra la « solution finale ». Les décennies suivantes offrent quelques autres exemples saisissants de textes justifiant des massacres à venir : « Le Petit Livre rouge », doctrine au nom de laquelle les partisans de la Révolution culturelle causèrent la mort de plusieurs millions de Chinois ; le projet délirant exposé dans la charte du Parti communiste de Pol Pot, à l’origine de l’assassinat d’environ deux millions de Cambodgiens. Aujourd’hui il faut s’efforcer d’analyser la portée de tel ou tel projet ultranationaliste, de tel projet djihadiste, de telle nouvelle forme de totalitarisme.

Il nous semble que le risque de dictature au nom de l’écologie n’est qu’un fantasme entretenu par des intellectuels anti-écolos… à la suite de Luc Ferry qui avait osé écrire : « C’est la hantise d’en finir avec l’humanisme qui s’affirme  de façon parfois névrotique, au point que l’on peut dire de l’écologie profonde qu’elle plonge certaines de ses racines dans le nazisme. » L’Écologisme est certes une idéologie, mais pas une doctrine constituée comme le fut Mein Kampf ou le Manifeste du parti communiste. Il y a presque autant de conceptions de l’urgence écologique et des moyens d’y faire face qu’il y a d’écologistes. La difficulté des partis qui se revendiquent explicitement de l’écologie à recruter en masse prouve que les tendances centrifuges l’emportent largement sur les possibilités centripètes. Ensuite une dictature doit bénéficier des élites déjà en place, et dans nos sociétés thermo-industrielles, ceux qui ont l’argent et le pouvoir sont ceux qui utilisent les ressources fossiles pour laisser croire à l’abondance matérielle de tout un chacun. Le peuple soutiendra le pouvoir en place, il voudra utiliser jusqu’à la dernière goutte de pétrole pour rouler dans sa bagnole. Le projet écologique ne peut définir un adversaire extérieur à nous-mêmes, tous les nantis de la classe globale, toux ceux qui possèdent un véhicule personnel et ne sont heureux qu’à hauteur de leurs émissions de gaz à effet de serre. Il paraît impossible d’avoir des manifestations de masse réclamant le dévoiturage ou la baisse du niveau de vie. Greta Thunberg ne peut que dire devant les puissants de ce monde qu’il faudrait qu’ils fassent quelque chose ! La parole de Greta est écoutée plus ou moins poliment, mais non suivi d’effets comme l’a été la convention citoyenne en France et bien d’autres initiatives sans lendemain. Le système croissanciste va s’effondrer non par une action militante d’envergure, mais par insuffisance des ressources terrestres pour entretenir le mode de vie à l’occidentale. Par contre le fascisme resurgit avec l’extrême droite qui, pour échapper aux difficultés de la mise en œuvre d’une politique écologique, désigne des boucs émissaires et se contente de crier haro sur l’immigré (et sur les éoliennes).

Pour en savoir plus grâce à notre blog biosphere :

Les Khmers verts et autres Ayatollah de l’écologie

Urgence écologique et destructions de biens

Quelques commentaires complémentaires sur lemonde.fr :

Borodino : Il n’y a pas de livres dangereux, il n’y a que des lecteurs dangereux.

孫悟空 : Mein Kampf est populaire de nos jours dans les pays arabes y compris en Palestine et les hindous voudraient faire la même chose aux musulmans.

MaHa : La phrase de Vitkine, « Autre leçon de Mein Kampf, la barbarie peut naître de la démocratie la plus accomplie », me semble osée. Une grande part de la société, était restée profondément anti-démocratique. En particulier en Bavière, où Hitler vivait et où a émergé le parti nazi NSDAP, la démocratie était rejetée par la plupart des élites qui faisaient le deuil du second empire allemand. Les juges de Munich, au lieu de faire le procès d’Hitler après sa tentative de coup d’état des 8 et 9 novembre 1923, ont donné à Hitler une peine de prison transformée en confortable retraite d’écrivain. C’est pendant cette retraite qu’il a rédigé son « Mein Kampf ».

Sarah Py : C’est l’extrême faiblesse des uns qui fait l’extrême force des autres. Hitler était évitable, et son livre aurait dû rester le délire d’un énergumène.

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3 réflexions sur “« Mein Kampf » à la sauce écolo ? Fantasme !”

  1. Il y a des discours et des textes dangereux, ce sont ceux qui entretiennent une certaine peur, fondée ou pas. Les plus dangereux sont très probablement ceux qui font étalage de la haine. La peur et la haine brouillent les esprits et nous ramènent au stade bestial. Pour faire entendre leur programme et leur «Solution» les tenants de ces discours s’appuient généralement sur des théories simplistes prétendant expliquer tous les problèmes du monde.
    Bien qu’à première vue certains discours anxiogènes ne soient pas chargés de haine, une écoute (lecture, analyse) plus approfondie nous révèle parfois un fond pas forcément reluisant.

    1. Par exemple «Propaganda», écrit en 1928 par Edward Bernays (considéré comme le père de la propagande politique et d’entreprise), qui fut le livre de chevet du sinistre Goebbels. Finalement tous les livres ne sont à mettre entre toutes les mains.
      Borodino dit : « Il n’y a pas de livres dangereux, il n’y a que des lecteurs dangereux.»
      Pour moi ce qui est dangereux c’est la Bêtise, la haine en est la pire des formes.
      On peut toujours le comparer à d’autres écrits, «Mein Kampf» est probablement ce qui a été écrit de plus ignoble. Des livres, des commentaires, des images etc. qui ne font qu’attiser la Bêtise… des discours, des écrivains, des théoriciens et des orateurs dangereux… hélas ce n’est pas ça qui manque. Et comme si ça ne suffisait pas, nous en rajoutons toujours plus. N’oublions pas que l’enfer est pavé de bonnes intentions.

  2. « Mon combat », c’est pourtant un beau titre pour l’action. Dire que la totalitarisme ne passera pas par un écolo-fascisme est une chose, le militantisme une autre. Les écolos sincères sont et resteront minoritaires, mais ils et elles sont l’avant-garde éclairée, le facteur historique du changement social. Le christianisme était à l’origine une secte, elle a réussi à prospérer et à durer deux milliers d’années. Le problème, c’est quand cette avant-garde veut le pouvoir, tout le pouvoir.
    Mais comme l’écologisme est inaudible dans une société avide de confort thermo-industriel, cela n’arrivera pas. C’est pourquoi ce sont les gémissements de la planète qui vont nous amener inéluctablement à la carte carbone. Mais cela, c’est la technocratie qui nous gouverne actuellement qui le fera ; elle abandonnera son croissancisme pour prendre en charge le rationnement généralisé.
    Le pouvoir est girouette.

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