Méthodes de travail sur la démographie

Le point de vue écologique que nous essayons de décrypter sur ce blog a ceci de révolutionnaire qu’il repose sur une analyse systémique : tout est interdépendant, la réalité est complexe et souvent contradictoire, mais l’urgence écologique rend nécessaire la formulation de solutions. La démarche doit être dialectique, envisager thèse et antithèse avant d’aborder la synthèse. Par exemple sur la démographie, les uns pensent que la surpopulation tue la biodiversité, d’autres au contraire que c’est la faute à la surconsommation des riches. Or sobriété démographique ET sobriété économique sont deux politiques complémentaires. Arriver à cette synthèse est un préalable à toute recherche de positionnement politique. C’est loin d’être le cas.

Contrairement aux origines de l’écologie politique en 1974 avec René Dumont, le néomalthusianisme (à l’origine du planning familial) est aujourd’hui ignoré ou dénigré. Même pour un parti écolo comme EELV, le débat est clos avant même d’avoir commencé. Ainsi cette réponse de Yannick Jadot à une question sur la croissance de la population humaine qui empiète sur les territoires des autres espèces : « La transition démographique repose surtout sur l’éducation des filles et le développement. Aller plus loin pose problème ; si on estime qu’il y a surpopulation, qui faut-il supprimer ? » C’est de la même veine que « OK, abordons la question de la démographie, et commençons par stériliser ceux qui polluent le plus la planète ».

C’est seulement une minorité d’écologistes comme Yves Cochet, Pablo Servigne, Alain Gras, Alain Hervé qui disent que combattre la surconsommation (et les inégalités) d’une part ET soutenir la maîtrise de la fécondité humaine d’autre part, vont de pair. Si cette synthèse est admise, alors seulement nos citoyens peuvent écouter et comprendre les politiques démographiques à mettre en œuvre.

Nous soulignons d’abord que promouvoir une baisse de niveau de vie pour combattre notre boulimie consumériste qui brûle la planète est aussi difficile que promouvoir une maîtrise de la fécondité. Nous ne développerons ici que ce second point. Il suffit de reprendre ce qui a déjà été dit par des experts pour en faire les bases d’une conception commune. Ainsi ces 9 stratégies proposées par Robert Engelman, président du Worldwatch Institute (WWI) de 2011 à 2014 :

1. Garantir l’accès de tous à une large gamme d’options contraceptives pour les deux sexes

On estime que 40 % de toutes les naissances au niveau mondial sont non désirées. Si toutes les femmes pouvaient décider du moment de leur grossesse, le taux de fécondité à l’échelle du globe passerait sous l’indice de renouvellement des générations. Alors que le monde dépense quelque 42 milliards de dollars par an en nourriture pour animaux domestiques, il suffirait de 24,6 milliards pour financer les services de planning familial.

2. Garantir l’éducation pour tous avec une attention particulière pour les filles

Les femmes n’ayant pas été scolarisées ont en moyenne 4,5 enfants, 3 après quelques années à l’école primaire, 1,9 avec une ou deux années de cycle secondaire. L’éducation permet aux filles d’explorer d’autres aspects de la vie que celui de la maternité.

3. Éradiquer le sexisme dans tous les aspects de l’existence

Les femmes qui sont en mesure de gérer leurs biens, de divorcer et de participer à la vie sociale à égalité avec les hommes sont davantage susceptibles de retarder leur maternité. Cette égalité est d’autant plus nécessaire que les hommes, dans la plupart des pays, tendent à souhaiter plus d’enfants que leur partenaire.

4. Proposer à tous les étudiants une éducation sexuelle

L’ignorance des jeunes est un obstacle à la prévention des grossesses. Ils ne savent pas comment fonctionne leur corps, comment refuser la relation sexuelle non souhaitée, comment éviter la grossesse.

5. Mettre un terme à toutes les politiques qui récompensent financièrement les parents en fonction du nombre d’enfants

Des politiques subventionnent la fécondité de sur-remplacement (des taux au-delà de deux enfants par femme), contribuant à engendrer des populations plus nombreuses qu’elles ne le seraient autrement. Les gouvernements peuvent maintenir les avantages financiers sans les lier au nombre d’enfants, en les associant à la parentalité elle-même.

6. Enseigner les relations entre population et environnement

Peu de systèmes scolaires dans le monde comportent un enseignement qui explique aux jeunes les interactions entre la taille de la population, l’environnement naturel et le développement humain. Une formation sur l’influence du nombre d’humains pourrait constituer une bonne incitation à une transformation culturelle hâtant la fin de la croissance démographique.

7. Chiffrer les impacts sur l’environnement

Une taxe carbone permettrait aux parents de mesurer l’impact de chaque être humain, de chaque naissance donc, sur l’environnement. Une tarification environnementale pousse à réduire les taux de fécondité puisque les couples comprennent que le coût d’un enfant supplémentaire s’avère important.

8. S’adapter au vieillissement de la population plutôt que de le retarder

Les impacts du vieillissement sont moins importants et durables que ceux de la poursuite de la croissance démographique. En effet, si tel n’était pas le cas, les décideurs de demain se verraient contraints de prendre en charge le vieillissement différé à un moment où la densité de population et les problèmes qui lui sont associés rendraient encore moins attrayante et réalisable une incitation à la poursuite de la croissance démographique.

9. Convaincre les dirigeants de mettre un terme à la croissance démographique

La population est devenue un sujet tabou en politique, dans les affaires internationales, et même dans les médias et l’opinion publique. Or, un ensemble de politiques visant à améliorer la vie des femmes, des hommes et des enfants aurait pour retombée le ralentissement démographique. Plus les gouvernements retardent les politiques préconisées, plus le monde devra gérer des populations denses et des augmentations du taux de mortalité.

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4 réflexions sur “Méthodes de travail sur la démographie”

  1. – « […] promouvoir une baisse de niveau de vie pour combattre notre boulimie consumériste qui brûle la planète est aussi difficile que promouvoir une maîtrise de la fécondité. Nous ne développerons ici que ce second point. »
    C’est vrai, ces deux décroissances sont aussi difficiles à promouvoir l’une que l’autre.

    Seulement, bien qu’il faille évidemment penser les deux ET en même temps, ces deux décroissances ne sont pas du tout du même type. La première ne concerne que le matériel, plus exactement le superflu. De tout ce que nous consommons, il n’est pas difficile de lister ce qui relève du vital, du nécessaire, et finalement ce qui n’est que du superflu. Ce qui doit donc décroître, et vite. Par contre, en ce qui concerne l’humain, là c’est autre chose.
    Dans le P de la fumeuse équation, où est le superflu ? Qui sont ceux qui sont en trop ?

    1. (suite) Dans le P de la fumeuse équation, où est le superflu ? Qui sont ceux qui sont en trop ?
      Ceux qui sont en trop représentent à peu près 7 milliards de personne (sur 8 milliards) si on veut les nourrir avec une agriculture pré-industrielle. Un milliard, c’est le chiffre de la population mondiale en 1800. Bien entendu un malthusien ne va pas décréter famines, guerres et épidémies, les circonstances sociopolitiques et naturelles s’en chargent d’elles mêmes. Un malthusien se contente de dire qu’il aurait fallu auparavant utiliser les obstacles préventifs (le planning familial) contre une hausse de la population mondiale au delà des limites fixées par les ressources terrestres. Un malthusien ne peut que regretter que l’humanité attende des conséquences destructrices pour ramener le niveau de la population à un palier compatible avec son milieu de vie.

    2. (suite et fin) Certes le taux de croissance de la Population diminue. Au lieu d’avoir une multiplication par deux de la population en 35 ans avec 2 %, elle double encore tous les 70 ans avec 1% comme actuellement. Nous allons passer de 8 à 10 milliards assez rapidement. Mais le problème n’est pas tant la variation, mais le nombre absolu d’êtres humains qui consomment, donc polluent saccagent et utilisent de façon insatiable les ressources de la planète qui deviennent de plus en plus difficile à obtenir. 8 milliards, ce n’est ni gérable, ni vivable, à plus forte raison 10 milliards bientôt sur une planète exsangue et réchauffée.
      Dans une situation désespérée, il y a ceux qui se confient à des totalitarismes nationalistes pour s’engager dans la guerres des ressources, et ceux, les malthusiens, qui disent qu’un engagement mondial pour promouvoir le modèle d’un seul enfant par femme serait adapté au contexte. On peut rêver…

      1. Nos braves Malthusiens ont la Terre entière contre eux. Et ça c’est trop injuste !
        En attendant, ils passent leur temps à nous alerter. Et rien que pour ça je dis qu’ils devraient être médaillés. Mais non, tout le monde se fout de ce qu’ils racontent !
        Et donc, personne ne veut «débattre» avec eux.

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