Professeur de médecine, à la tête du Comité consultatif national d’éthique de 1999 à 2008, Didier Sicard décrypte à sa façon les implications de la proposition de loi créant un droit à l’aide à mourir, adoptée définitivement le 15 juillet 2026 à l’Assemblée nationale.
L’interview du MONDE est intéressant par son sous-titre : « Mon expérience de médecin ». Tout est dit, je suis le sachant, vous en fin de vie êtes l’ignorant. Sicard se positionne contre la liberté individuelle. Mais ma vie m’appartient et je me fiche royalement de l’opinion de Mr Didier Sicard. qu’il la garde pour lui et qu’il ne nous impose pas ses croyances.
Didier Sicard : Mon principal reproche est que cette loi présume qu’une personne malade en fin de vie aurait la capacité d’exprimer une « volonté libre et éclairée », selon le texte, de choisir de hâter sa mort. C’est une pure fiction. Mon expérience de médecin m’a enseigné qu’il n’y a pas de moment qui anéantisse plus la liberté que celui où l’on se projette dans sa mort prochaine. On ne peut pas fonder une loi sur la liberté de la personne au moment même où elle en est le plus dépossédée. Un malade en grande détresse existentielle a d’abord besoin de ne pas être seul, d’être entendu, accompagné, aidé, et pas seulement à travers le fait qu’on lui tende ou verse un breuvage qui va l’emporter, fût-ce au nom de sa liberté.
Biosphere : Bref, il défend son steak. Mais dorénavant, la caste des médecins n’est plus la seule à décider du droit de vie ou de mort : la loi s’en mêle et, pire que tout, on peut demander l’avis du malade. Dieu n’est plus en blouse blanche et il a égaré son stéthoscope… Tant mieux.
Didier Sicard : Au-delà de l’âge, chaque personne a un destin particulier avec une espérance – ou je dirais une désespérance – de vie qui lui est propre. Celle-ci dépend de son mode de vie, de ses liens avec son entourage, de facteurs qui nécessitent d’être examinés longuement dans un dialogue soignant-soigné.
Biosphere : Sicard ne regarder pas la situation en face : dans 20 ans, des centaines de milliers de grabataires erreront dans des structures plus ou moins médicalisées avec des soignants débordés. La société ne pourra pas financer des structures d’accueil pour des grands vieillards qui coûteront toujours plus cher.
Didier Sicard : Je crains que la liberté – fictive – du malade, uniquement bordée par des critères de recevabilité de sa demande, ne finisse par prendre le pas sur une médecine responsable. Ceux dont la vocation était de soigner un patient jusqu’au bout vont être incités à considérer qu’il leur suffira de respecter le protocole de demande d’aide à mourir pour s’acquitter au mieux de leur mission de soignant aux yeux du malade.
Biosphere : Ce monsieur veut donner toute la décision au médecin pour refuser la décision du malade lui-même sur son propre corps, sur son propre vécu . Oui, en phase avancée ou terminale, un malade peut considérer que la vie n’a plus aucun intérêt que la souffrance, n’en déplaise à cet éminent docteur.
Didier Sicard : Les demandes vont émaner de personnes gravement malades, soucieuses de hâter leur mort plutôt que de souffrir ou de perdre ce qu’elles estiment être leur dignité. La mort est vue comme un échec et non comme un prolongement de la vie qui nécessite des soins.
Biosphere : A 67 ans et en bonne santé, je ne veux pas être un poids pour mes proches lorsque les difficultés arriveront. Le suicide assisté ou l’aide à mourir m’aide à vivre car je sais que j’aurais le choix. Je ne sais pas si je serai volontaire pour mourir ou si je m’accrocherai à la vie mais j’aurais le choix. Sans demander l’avis de Sicard !
Didier Sicard : La « bonne loi » sur l’aide à mourir ? Une loi qui ne soit pas celle adoptée mercredi, qui fait droit à la liberté libertaire de la personne et fi de la société dans laquelle elle vit. Une loi qui donne en toute transparence à une personne qui dit « je ne veux plus vivre » la possibilité d’être aidée à mourir, mais sans que cet accès soit accordé à l’aune de critères destinés à expertiser un droit. Il serait fondé avant tout sur l’engagement du médecin, qui devrait établir que toute solution empêchant de donner la mort à cette personne constituerait un acharnement thérapeutique.
Biosphere : Il veut donc que seul le médecin puisse dire « stop » ! Mais c’est bien la personne qui souffre, pas le médecin !!Une fois encore, c’est une défense et illustration du pouvoir médical contre le malade ( le médecin sait mieux que le malade ). Il va falloir que les médecins acceptent enfin que le malade est le décisionnaire de sa vie , que ce soit pour accepter des traitements souvent terribles, ou pour les refuser, et pour en finir vite si plus rien n’est possible.

Rappelons l’idée-clé de notre article
Mr Didier Sicard veut que la décision du médecin l’emporte sur la libre volonté du patient. Il s’exprime comme s’il n’avait pas besoin d’écouter les autres qui s’expriment pourtant au nom de leur libre arbitre. Il remet aussi en cause selon son seul point de vue une loi pourtant déjà votée démocratiquemnt.
Il va enfin à l’encontre des textes antérieurs. La LOI n°2026-404 du 26 mai 2026 – art. 1 stipule :
« Toute personne prend les décisions concernant sa santé… Le médecin a l’obligation de respecter la volonté de la personne… Aucun acte médical ni aucun traitement ne peut être pratiqué sans le consentement libre et éclairé de la personne »
Nous avons pourtant relayé ses préjugés sur ce blog, c’est peut-être faire trop d’honneur à monsieur Sicard !
Didier Sicard en 2021 : « Un ami de mon père, Jean Schneider, m’a légué sa robe de médecin. Il est mort jeune, en 1965, d’un cancer du larynx. Un interne a cru bon de le ranimer alors qu’il avait cessé de respirer. Il m’a dit, et cela m’a marqué pour la vie : « Le pire cauchemar pour un homme est de mourir deux fois. ».
Quand une personne ne supporte plus sa maladie, qu’on ne peut plus rien pour elle, elle a le droit de demander un endormissement doux ; je demanderai cet endormissement pour ma propre mort. La médecine y reste très réticente, parce que c’est une médecine technique, qui n’a pas changé son rapport à la mort, qu’elle voit toujours comme un échec. En réalité, elle considère que ce n’est pas son affaire. »
Ce qui est sûr, c’est que le point de vue de Didier Sicard est très intéressant.
Et que c’est loin d’être du grand n’importe quoi. Déjà ce qui fait le titre, de l’article :
– « On bureaucratise l’euthanasie pour la rendre acceptable ».
Et n’allons surtout pas penser que ce médecin est radicalement CONTRE, par religion ou autre intérêt personnel. Bref, qu’il défend son steak… comme dit Biosphère.
– « Je ne fais pas partie de ceux qui s’opposent à l’euthanasie au nom de leurs valeurs chrétiennes. Je pense qu’il faut entendre les évolutions de la société, qui refuse depuis longtemps les agonies endurées par les générations passées.» (Didier Sicard – 20 juillet 2026)
– Didier Sicard : “Oui à une loi permettant l’euthanasie, si elle s’accompagne d’un cadre rigoureux et d’une révolution des soins palliatifs” (telerama.fr 29 janvier 2023)
J’estime que les critiques qu’il fait sur cette loi, comme ses craintes, ne peuvent pas être balayées comme ça d’un revers de la main, et avec autant de mépris.
– « L’interview du MONDE est intéressant par son sous-titre : « Mon expérience de médecin ». Tout est dit […] et je me fiche royalement de l’opinion de Mr Didier Sicard, qu’il la garde pour lui […]
Bref, il défend son steak [et patati et patata] »
Et là aussi tout est dit. Autrement dit à quoi bon écouter l’autre. Notamment quand ON ne pense pas comme lui. Autrement dit encore, et dans un autre un langage, parle à mon cul ma tête est malade !
Et après ON ose parler d’intelligence collective, de consensus, de démocratie et autres plaisanteries du genre. Je vous jure, j’ai parfois du mal à suivre…
– « Moi, médecin, décide qui doit mourir ou survivre » (Titre)
Là aussi c’est intéressant. C’est où exactement (dans quel passage) qu’il dit ça, ce médecin ?
C’est pas bien, ça, de faire dire aux gens ce qu’ils n’ont jamais dit !
Je vous jure, je me marre !!! Vive la Provoc, et le Parti d’en rire !