Mort à l’ours, nature morte, l’enfer sur terre

Le préfet de région Occitanie repousse à plus tard le dossier Life ours Pyrpour la sauvegarde de l’espèce ursine dans le massif pyrénéen. Le programme prévoyait le renforcement des « moyens supplémentaires pour la protection des troupeaux de brebis et la formation des bergers », et il n’était pas question de nouvelles réintroductions. Pourtant les opposants crient victoire : « Nous sommes opposés à tout projet qui institutionnalise la cohabitation de l’homme et de l’ours. La cohabitation n’est pas possible. » Les défenseurs du plantigrade n’ont pas droit à la parole. Le directeur de l’association pro-ours : « On a appris cette nouvelle dans la presse alors que nous sommes partenaires du projet. C’est incompréhensible et clairement une reculade. »

Lire aussi, Les ours pyrénéens demandent la parole

L’ours brun est protégé par un arrêté interministériel de 1981 ainsi que par la directive européenne dite « Habitats » de 1992. Il a été réintroduit dans les Pyrénées depuis 1996. Les contributeurs sur lemonde.fr prennent (ou non) la défense des ours.

Christophe des PO : Excellente nouvelle! L’ours est totalement incompatible avec l’élevage de type extensif, tous ceux qui connaissent réellement le monde agricole vous le diront… Être pour la réintroduction de l’ours ou du loup c’est faire la promotion de l’élevage intensif en bâtiment.

Agné : « L’ours est totalement incompatible avec l’élevage de type extensif » C’est bizarre, il l’a été pendant plus ou moins deux mille ans. Ne serait-ce pas plutôt avec le système de production qui a entraîné la désertification de la montagne et l’abandon de l’agriculture montagnarde ? N’est-ce pas curieux que l’ours soit considéré comme incompatible avec l’homme au moment où celui-ci n’a jamais été aussi peu nombreux en montagne alors qu’il était abondant quand les montagnes étaient encore très peuplées il y a plus d’un siècle ? Lorsque l’homme aura achevé d’éliminer tout ce qui entrave sa folie obsessionnelle de prédation, devinez ce qui sera supprimé sur terre…

Agné : Au XIXeme siècle, il y avait encore une population ursine très importante dans les Pyrénées alors que la population humaine n’y avait jamais été aussi nombreuse. Non seulement la cohabitation était possible mais le système agro-pastoral traditionnel permettait aux ours de se nourrir sans difficulté. Tout ethnographe ou collectionneur de cartes postales anciennes peut produire des images de montreur d’ours Ariégeois. Penser que l’homme aura un avenir une fois qu’il aura éliminé toutes les espèces qui le gênent prétendument est une folie. C’est avec le système de production actuel que l’ours ne peut pas cohabiter. Le plan visait à permettre la cohabitation. Le repousser est électoraliste, peu courageux, une absurdité.

Narbones : Triste décision du préfet aux ordres de Darmanin qui nous éclaire sur les sentiments écologistes du pouvoir en place. Chasseurs 1, Ours 0

Dance Fly : Les Pyrénées: un vaste parc à moutons de 600 000 brebis qui donnent naissance à des milliers de petits agneaux tout gentils qu’on découpe en petits morceaux dans les abattoirs et…60 ours pépères qui mangent principalement des feuilles, des fruits, des champignons…et croquent de temps en temps un mouton. Dans le même temps 20 ou 30 000 de ces moutons sont « perdus » en estives par les éleveurs chaque année (maladies diverses, foudre, chutes…) et laissés aux vautours. Il faut ajouter à peu près autant de brebis qui meurent en exploitation. Donc un total de 50 000 à 60 000 contre 200 moutons tués chaque année par des ours. Or c’est la seule cause de mortalité systématiquement indemnisée.

Silgar : J’ai toujours du mal à comprendre ces gens qui se réclament de la proximité avec la nature mais qui n’ont pour seul dessein que d’éliminer une espèce qui était là avant eux, ceci pour des motifs essentiellement économiques. En termes d’altérité et de rapport à la vie, on est proche du niveau zéro.

Atoum : Tout à fait d’accord.. encore pourrait on ergoter sur les motifs « économiques » de la disparition de l’ours. Entre les nombreuses aides et subventions du plan ours et les Préfets pas trop regardants sur les indemnisations, pas sûr que les éleveurs soient perdants pour quelques dizaines de moutons réellement dévorés par l’ours !

Michel SOURROUILLE : Nous appartenons presque tous maintenant de la civilisation urbaine. Le berger irréductible qui ne veut pas de la réintroduction de l’ours dans les Pyrénées se vautre le soir devant sa télé. Entre deux petits tours sur l’estive en 4×4, il parcourt les allées des supermarchés avec son portable à la main. La Nature ne constitue plus qu’une valeur marchande, avec ou sans ours, un produit touristique parmi d’autres. Même les espaces protégés deviennent des parcs d’attraction où quelques animaux sauvegardés sont priées de se présenter aux heures d’ouverture prévues par les syndicats d’initiative.  La Nature n’existe pratiquement plus puisqu’elle est sans arrêt en représentation, sauf pour quelques naturalistes de plus en plus isolés, et de plus en plus âgés. Cette fracture explique pour partie que nous participons presque tous, consciemment ou non, à la destruction de la Nature.

Raphou : Et moi qui pensait que les VTT à assistance électrique permettaient maintenant aux sportifs du dimanche d’échapper facilement aux gros ours affamés ?

Pour en savoir plus grâce à notre blog biosphere :

20 avril 2015, Parole de requin bouledogue… confrontée aux humains

22 février 2018, 350 loups, 67 millions de Français, le déséquilibre

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14 réflexions sur “Mort à l’ours, nature morte, l’enfer sur terre”

  1. Il y a faune et mégafaune. En effet, la mégafaune a disparu sur le continent européen depuis longtemps. Les hommes ont éradiqué les animaux taille XL pour ne plus qu’ils ne nuisent en piétinant les terrains agraires.

    Mais bon, ce n’est pas parce qu’on a rendu acceptable les exterminations passées qu’il faille rendre acceptable les exterminations présentes.

    Sinon si la démographie galopante est incompatible avec la préservation de l’environnement, c’est certain, il n’y a pas de doute là-dessus. Je ne donne pas cher de la vie des éléphants et des girafes en Afrique au fil des décennies à venir.

    1. Autrement il y a aussi sur le littoral que ça se passe ! On pêche les poissons plus vites qu’ils n’aient le temps de se reproduire. D’ailleurs, il faut pêcher de plus en plus loin. Exemple au Maroc sur le Rif, des bancs de poissons ont définitivement été anéantis. L’industrie du poisson a fermé, par contre il est impossible de réintroduire du poisson sur les anciens bancs, les tentatives de réintroduction ont échoué. Mais il n’y a pas qu’au Maroc que ça se passe…

      C’est clair que plus l’homme se reproduit plus on rentre en concurrence face aux animaux pour les espaces et les ressources. Bon pour la concurrence les animaux ne font plus le poids depuis l’apparition des armes à feu…

  2. Il se trouve simplement que les grands animaux sauvages, et en particulier les prédateurs, ne peuvent vivre au milieu des hommes quand la densité de peuplement est un tant soi peu importante. On ne pourrait faire vivre en liberté un seul lion en France alors qu’il y en avait beaucoup il y a 15 ou 20 000 ans).
    Encore une fois et toujours le même problème : on ne peut pas protéger la nature à 8 milliards. Il faut une sacré mauvaise foi pour ne pas l’admettre. La démographie est au cœur de la problématique environnementale, n’en déplaise aux Verts et à la majorité du monde politique.

    1. Beaucoup de lions en France, il y a 20.000 ans ,en pleine période glaciaire… j’en doute. Par contre beaucoup de rennes ça oui. Alors qu’aujourd’hui il n’y en a plus, plus un seul mammouth non plus, ni d’ours des cavernes, c’est peut-être triste mais c’est comme ça. Par contre et puisque vous semblez aimer les grands animaux sauvages, aujourd’hui on a la chance d’avoir tout plein de sangliers. Peut-être moins que tu temps d’Obélix mais quand même. Les cervidés se portent bien, eux aussi. Là aussi il faut une sacré mauvaise foi pour ne pas l’admettre.
      Encore une fois vous mettez en avant le problème du (sur)nombre, incompatible selon vous avec la protection de la nature. Sauf que ça dépend de ce qu’on entend par ce mot là. La nature… telle que nous la voyons et l’aimons, a été en bonne partie façonnée par l’homme, c’est comme ça. On sait depuis peu que la forêt d’Amazonie était façonnée par l’homme depuis des millénaires.

      1. Non Michel C, vous voyez bien que vous tournez autour du pot (je vous rappelle qu’il y avait des lions des cavernes parfaitement adaptés au froid et d’ailleurs nos ancêtres de cette époque les ont merveilleusement dessinés). Vous tournez autour du pot parce que vous savez très bien que c’est impossible de mettre une grande faune au milieu des hommes mais vous ne voulez pas l’admettre, sinon comment tourner en dérision mon souhait de placer la démographie au cœur du problème ?

      2. Non Didier, je n’ai pas l’impression de tourner autour du pot. Par contre tourner en rond ça oui. (Autant pour moi pour le lion, des cavernes, dont l’extinction n’a rien à voir avec le (sur)nombre).
        Rassurez-vous, je sais très bien que c’est difficile (je ne dirais pas impossible) de faire cohabiter une grande faune au milieu des hommes. Mais là encore ça dépend de quoi on parle. Ou plus exactement de combien. D’humains certes, mais aussi d’ours, de lions, d’éléphants etc. La question serait alors de définir quelle serait la population optimale pour chacune de ces espèces, qui cohabitent tant bien que mal. Bon courage.

      3. Pour les grands animaux le calcul est simple c’est 0,
        0 mammouth,tous disparus avec l’arrivée de l’homme eux
        0 lion des cavernes
        0 ours des cavernes
        tous ces animaux avaient survécu à plusieurs cycles glaciation-déglaciation et ils ont disparu… comme partout ailleurs dans le monde, quand l’homme est apparu

      4. Parti d'en rire

        Mon cher Didier, comment pouvez-vous affirmer que le mammouth, le lion et l’ours des cavernes, ont disparu à cause de l’homme ? Avez-vous des preuves, scientifiques, irréfutables etc. ? Non bien sûr. Seulement cette théorie vous plait. C’est d’ailleurs celle qui vous arrange le mieux.
        Et les sangliers, ils sont sympa eux aussi non ? Comme vous dites, il faut une sacré mauvaise foi pour ne pas l’admettre. C’est marrant ça, en France depuis 40 ans leur nombre a augmenté 10 à 20 fois plus vite que celui des bipèdes.

      5. Mais puisqu’on parle de l’ours, sa population dans les Pyrénées (il n’y en a que là en France) est aujourd’hui d’environ 70. Soit 10 de plus que l’an dernier, on parle même de «record». Je ne dis pas que 70 c’est bien, que c’est juste ce qu’il faut, pas 1 ou 10 ou 100 de plus etc. je dis seulement que 70 c’est mieux que rien.
        Savez-vous combien il y a d’isards dans les Pyrénées ? Et de bouquetins, et de mouflons, et de marmottes… ? Je vois quand même les passions que l’ours et le loup suscitent. Le loup se porte pourtant mieux que le grand tétras, non ? Alors pourquoi ? Ce volatile ne serait-il pas assez photogénique ?

      6. Bonsoir monsieur Barthès.

        Les lions des cavernes sont morts il y a des milliers d’années, bien avant que la société industrielle devînt ce qu’actuellement elle allait être.

  3. – « Le préfet de région Occitanie repousse à plus tard le dossier Life ours Pyr pour la sauvegarde de l’espèce ursine dans le massif pyrénéen.»

    Où est le problème ? Qu’est-ce qui peut, raisonnablement, réjouir les uns et/ou agacer les autres ?
    Le dossier «Life Ours Pyr» a été déposé par l’Etat en mars 2021, sans aucune concertation avec les principaux concernés (les éleveurs), c’est comme ça que fonctionne le «débat public». Il s’agit d’un projet, de 8 millions d’euros d’argent public, dont les objectifs sont entre autres, «le maintien dans la durée une population viable d’Ours brun dans les Pyrénées».
    Notons que ce dossier n’est pas enterré, il est repoussé à plus tard. Jusque là, où est le problème ?

    1. S’agit-il de sauver une espèce en danger, comme le Grand Tétras ? Même pas.
      Le dernier ours de souche pyrénéenne est mort en 2004. Les ours aujourd’hui présents dans les Pyrénées sont d’origine slovène. On compte environ 50 000 à 60 000 ours brun en Europe, leur population serait en hausse, en tous cas elle ne semble pas menacée. Grâce aux réintroductions, on compte aujourd’hui pas loin de 70 ours sur les 2 versants pyrénéens, principalement dans les Pyrénées centrales, et tout semble confirmer que les ours s’y trouvent plutôt bien.
      – « Pyrénées : Les ours ne chôment pas, au moins six nouvelles portées détectées cette année. L’an dernier, 16 oursons avaient été dénombrés sur le massif des Pyrénées »
      (20minutes.fr le 29/9/2021)

      Alors, où est le problème ?

  4. Le 9 SEPTEMBRE 2017 À 09:35 (Les ours pyrénéens demandent la parole) j’ai fait part de mon point de vue sur ce sujet. Et là encore on voit dans les commentaires ces 2 camps qui s’affrontent. Et là encore c’est à celui qui sort les plus grosses.
    1) Côté POUR, ou CONTRE, ça dépend du côté où on se place . POUR l’ours ou POUR le berger. POUR le berger et donc CONTRE l’ours etc.
    – « Excellente nouvelle! […] Être pour la réintroduction de l’ours ou du loup c’est faire la promotion de l’élevage intensif en bâtiment.» (Christophe des PO).
    POUR ou CONTRE choisis ton camp camarade ! Mais attention, si t’es POUR alors t’es POUR l’élevage intensif. DONC… t’est POUR le Système. N’importe quoi ! Tu parles d’une excellente nouvelle !

    1. 2) Côté adverse :
      – « J’ai toujours du mal à comprendre ces gens qui se réclament de la proximité avec la nature mais qui n’ont pour seul dessein que d’éliminer une espèce qui était là avant eux [et patati et patata] » (Silgar)
      Silgar, Atoum… et aussi Michel SOURROUILLE qui a une vision plutôt drôle des éleveurs en montagne… devraient s’immerger dans ce milieu qu’ils ont du mal à comprendre. Et peut-être commenceraient-ils à comprendre. On ne sait jamais.

      – « Mort à l’ours, nature morte, l’enfer sur terre » (Titre du plat du jour)
      C’est comme dans le porno, plus c’est gros mieux ça passe.

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