Neutralité des journalistes, un fantasme

Nous avons reçu cette lettre de la « Maison commune de la décroissance »

C’est Jean Jaurès qui affirmait : « Il n’y a que le néant qui soit neutre ».

Dans l’exercice généralisé du commentaire permanent, la manipulation repose sur la confusion entre « neutralité » et « impartialité ». Alors que la neutralité est une chimère rhétorique et manipulatrice, l’impartialité est une exigence éthique. Dans tout énoncé factuel, il y a une part d’évaluation, tout énoncé est un jugement de valeur. Donnons un exemple.

Sur les chaînes (dite) d’information, les plateaux s’enchaînent pour commenter l’agression israélo-américaine contre l’Iran. L’écran est très souvent partagé en 2 : d’un côté, les images en boucle d’un impact ; de l’autre, le visage du commentateur dont l’intervention – elle aussi en boucle – semble se réduire à une description « neutre ». Pas un mot du droit international qui, s’il était pourtant évoqué, ne pourrait que condamner cette agression. Pas un mot pour dénoncer l’infantilisme des interventions du président américain. Pas un mot pour faire remarquer que Trump se justifie sur l’Iran comme Poutine sur l’Ukraine.

Faire passer la partialité pour de la neutralité en la dissimulant sous la factualité de faits n’est que mise en scène. Le discours politique de la neutralité est un dispositif de neutralisation. On place sur un pied d’équivalence les énoncés éclairés honnêtement (et donc discutables au sens de « soumis à la discussion ») et les « vérités alternatives » (qui sont indiscutables, au sens où, dénuées d’argumentation, elles ne sont que des opinions).

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En finir avec la « neutralité » scientifique

extraits : A-t-on le droit, lorsqu’on est scientifique, de s’engager dans le débat public ? A cette question devenue cruciale pour un nombre croissant de chercheurs, Sortir des labos pour défendre le vivant (Seuil, 72 pages, 4,90 euros) rédigé par une dizaine de membres du collectif Scientifiques en rébellion apporte une réponse argumentée. L’organisation, qui regroupe quelque 500 chercheurs issus de toutes disciplines…

neutralité du sport ?

extraits : Voyons comment on peut juger d’un certain Hein Verbruggen qui a une « certaine idée » du sport (LeMonde du 9.07.2008) : Hein Verbruggen défend la thèse de la  neutralité du sport, les athlètes n’ont pas à exprimer leurs opinions et les dissidents n’ont que se plier à la loi de leur pays (la Chine). En fait, président du comité d’évaluation des jeux de 2008, Hein Verbruggen sait bien que des jeux à Pékin ont tout le soutien de Coca Cola et autres sponsors, on décide « sur des bases techniques et non sur des questions politiques », on donne le pouvoir à Pékin parce que la Chine est un marché juteux pour les multinationales.  Hein Verbruggen s’occupe du fric, les jeux olympiques  sont devenus une histoire de fric, le fric étouffe le sens du politique….

1 réflexion sur “Neutralité des journalistes, un fantasme”

  1. esprit critique

    La différence entre neutralité et impartialité n’est pas des plus faciles à cerner. Pour simplifier, la neutralité c’est le refus de s’impliquer, et/ou de décider. En langage cru, ON dit « Pas de couilles, pas d’embrouilles. » Alors que l’impartialité consiste à s’impliquer (agir), avec équité et sans favoritisme.
    En général les journalistes font en sorte de ne pas avoir trop d’embrouilles. Et s’appliquent donc à se donner un semblant de neutralité. Toutefois, même lorsqu’ils pèsent leurs mots… il n’est pas difficile de voir que certains sont loin d’être neutres. Et impartiaux encore moins.

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