Nombre d’enfants par femme, combien ?

Le chroniqueur du MONDE ne sait plus à quel saint se vouer en matière de démographie humaine. Discutons son discours :

Stéphane Lauer : Aux États-Unis, procréer ne serait pas bon pour l’empreinte carbone.

Michel Sourrouille : Le conditionnel n’est pas de mise, ne pas procréer est un choix vraiment efficace pour diminuer l’empreinte carbone. Selon un article antérieur du MONDE, un bébé pèse en effet 58 tonnes de CO2 par an, tandis que le cumul d’un régime végétarien (en moyenne 0,8 tonne par an), de l’arrêt des voyages en avion (1,6 tonne) et de l’usage d’une voiture (2,4 tonnes) permettrait d’économiser au total seulement 4,8 tonnes par an.

Stéphane Lauer : Les gouvernements se concentrent désormais sur la décrue des naissances.

Biosphere : Les dirigeants politiques depuis la construction des États ne pensent qu’à faire la guerre, donc un enfant de plus c’est tout bon, c’est de la chair à canon et un excellent potentiel militaire. Les dirigeants d’entreprises ne pensent qu’à une chose, beaucoup d’enfants c’est l’assurance d’une main d’œuvre abondante et au prix le plus bas possible. Les gouvernements ne pensent qu’au court terme, à la croissance économique et au paiement des retraites, pas du tout au sort des générations futures. Ils ne font pas une bonne politique démographique.

Stéphane Lauer : En France, les naissances sont en recul pour la sixième année consécutive, à 740 000. La situation en Chine est encore plus alarmante avec seulement 12 millions de bébés.

Biosphere : Une situation alarmante, ce n’est pas un reflux de la fécondité, mais au contraire une fécondité qui nous amène à 8 milliards d’humains très prochainement. Que serait la planète aujourd’hui si la Chine par sa politique de l’enfant unique n’avait pas « économisé » 400 millions de naissance ? Que devient la France avec une population de bientôt 67 millions d’habitants, un chômage structurel, un niveau de vie qui dépasse largement les possibilités de la planète et une vie entassée dans des HLM ?

Stéphane Lauer : au niveau mondial, le nombre d’enfants par femme est passé de 5, dans les années 1960, à 2,4 en 2018

Biosphere : Cette statistique montre que la population mondiale continue d’augmenter. Avec 2,4 enfants par femme, le taux d’accroissement dépasse encore 1 % par an, soit un doublement en moins de 70 ans. Il y a presque 90 millions d’humains de plus chaque année, une population supérieure à celle de l’Allemagne. Ce n’est pas de bonnes perspectives pour l’avenir de la biodiversité, étouffée par l’expansion humaine. Ce n’est pas une bonne nouvelle pour l’humanité.

Stéphane Lauer : La population mondiale pourrait atteindre son apogée à la fin de ce siècle.

Biosphere : D’ici 2100 et ses dix milliards d’humains potentiels, beaucoup de choses vont se passer, sasn doute moins réjouissantes qu’une hypothétique « apogée ». Comme nous avons déjà dépassé l’optimum de population supportable par l’état de nos ressources, il risque fort d’y avoir une décroissance de la population humaine d’ici la fin du siècle. Guerres, famines et épidémies comme le prévoyait Malthus peut nous ramener à un nombre d’humains fortement réduit.

Stéphane Lauer : L’Américain Lyman Stone estime qu’un ralentissement de la croissance démographique entraînera une augmentation des inégalités, une progression du pouvoir de monopole des entreprises et un déclin de l’entrepreneuriat et de l’innovation. La demande de logements neufs va stagner. Les programmes de transferts intergénérationnels comme la retraite connaîtront des difficultés financières. Les débats sur l’immigration deviendront de plus en plus acerbes.

Biosphere : Lyman Stone déraille, il dit l’inverse de la réalité ! On ne peut que constater qu’une croissance démographique entraîne une augmentation des inégalités, une progression du pouvoir de monopole des entreprises et un étouffement du progrès humain. L’augmentation de la demande de logements entraîne l’explosion du prix des loyers, l’accaparement des terres agricoles, la surpopulation urbaine, l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre. Les transferts financiers intergénérationnels, support de la retraite par répartition, connaîtront certes des difficultés, mais encore plus d’enfant ne fait que reporter le problème du financement à un peu plus tard et de façon ingérable. Notons aussi que les débats sur l’immigration deviennent de plus en plus acerbes quand on accroît la population, certainement pas quand on la diminue.

Stéphane Lauer : Aux inquiétudes malthusiennes des années 1970 face à une potentielle pénurie alimentaire, s’est substitué un natalisme à tous crins qui peine à stimuler la fécondité. Le volontarisme politique, même dans sa version autoritaire, se heurte à l’évolution des sociétés.

Biosphere : Il n’y a pas de sens préétablie à l’évolution des sociétés. Le natalisme, l’idée qu’un bébé de plus est conforme à la destination première d’une femme, régresse dans les mentalités. Le natalisme d’État ne peut pas grand chose contre cette évolution sociétale. D’autant plus que les inquiétudes malthusiennes ressurgissent, avec l’angoisse de l’avenir de son enfant sur une planète dévastée, avec des sols nourriciers qui ne suffisent plus à nourrir notre nombre et se détériorent rapidement. L’agriculture intensive nous avait fait trop oublier la loi des rendements décroissants en agriculture ; cette loi bien connue de Malthus dès 1798, est une réalité incontournable.

Stéphane Lauer : En Chine, la première génération d’enfants uniques n’a qu’une envie : reproduire un modèle où la priorité consiste à choyer son seul rejeton, consommer, voyager, sans s’encombrer d’une progéniture qui pèsera sur son pouvoir d’achat.

Biosphere : la boulimie consommatrice est certes une caractéristique du monde présent, mais accumuler des biens et voyager commence à être remis en question. La période de pandémie nous a permis de concevoir le retour aux besoins essentiels, et de toute façon la déplétion des ressources ainsi que le réchauffement climatique exigent la modération de nos dépenses. On ne peut analyser une évolution socio-économique et écologique que dans la perspective du plus long terme.

Stéphane Lauer : Le désir d’enfant reste une décision éminemment individuelle. Or ce que certains appellent le « taux de fécondité privilégié », c’est-à-dire le nombre d’enfants qu’une femme désire avoir, devrait être au cœur des politiques familiales

Biosphere : Le désir individuel d’enfant est une construction sociale. Ce n’est certainement pas un bon critère qui permettrait de penser objectivement le destin de sa propre progéniture et de choisir en toute connaissance de cause. Une éthique intergénérationnelle deviendra nécessaire, accepter de faire moins d’enfants en pensant au bien commun. Marre d’une société et de ses personnalités médiatisées qui valorisent l’émotion et l’individualisme au détriment de la réflexion et du collectif…

Pour en savoir plus avec le livre de Michel Sourrouille :

Arrêtons de faire des gosses, la surpopulation nous mène à notre perte

Pour en savoir plus grâce à notre blog biosphere :

18 janvier 2021, Moins de bébés pour sauver le climat ?

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8 réflexions sur “Nombre d’enfants par femme, combien ?”

  1. « Biosphere : Le désir individuel d’enfant est une construction sociale. »
    Et depuis quand ? N’y aurait-il rien de biologique, par hasard ? Des sources SVP !

  2. Esprit critique

    Stéphane Lauer rappelle que la France est championne européenne du taux de fécondité.
    C’est vrai, en 2018 l’indicateur conjoncturel de fécondité (insee.fr) est de 1,88 enfant par femme.
    Avec 1,57 l’Allemagne se situe dans la moyenne européenne (1,56). En bas du classement, l’Espagne avec 1,26 et Malte avec 1,23.
    Maintenant si on regarde le classement des états d’Europe par émission de CO2 et par habitant (atlasocio.com) on voit qu’en 2018 le Français arrive en 29ème position, avec 5,199 tonnes de CO2 émis. L’Allemand en 9ème position avec 9,131 tonnes.
    On dira alors que c’est grâce au nucléaire que le Français est plus «vertueux». Sauf qu’en comparant avec d’autres pays (Luxembourg, Finlande, Suède, Roumanie…) on voit qu’il n’y a pas de corrélation entre le taux de fécondité et les émissions de CO2 par habitant.

    1. Sauf que d’une source à l’autre les chiffres concernant les émissions de CO2 par habitant varient du simple au double. Ainsi selon certains le Français émettrait 12 tonnes de CO2 par an. En fait ça dépend juste de la façon dont on calcule et de ce qu’on cherche à faire dire aux chiffres, comme avec ce bébé de 58 tonnes. Mais heureusement la mesure du taux de fécondité n’est pas aussi approximative. Alors on pourrait peut-être voir si, par hasard, il n’y aurait pas une corrélation entre le taux de fécondité et le nombre de réacteurs nucléaires.

  3. « L’Américain Lyman Stone estime qu’un ralentissement de la croissance démographique entraînera une augmentation des inégalités, une progression du pouvoir de  »
    En lisant ceci, je mes suis dit qu’ il fallait être soit un fou soit un économiste pour proférer de telles insanités😜
    Devinez quoi , ce Stone (sic) est un économiste soi-disant spécialisé en agriculture et de surcroît étatsunien , pays qui répand son fumier idéologique gauchomondialiste sur les terres européennes!

    1. On peut quand même admettre que la baisse de la fécondité a des conséquences. En théorie, moins nombreux nous saccageons moins la planète. Admettons. Mais peut-on pour autant croire au slogan malthusien «moins nombreux plus heureux» ?
      Parmi les conséquences malheureuses on évoque généralement le financement des retraites. Seulement cet argument ne tient la route QUE dans le système actuel. Pour les financer il y a d’autres solutions que les 2 seules qui nous sont rabâchées (cotiser et travailler plus, plus longtemps, OU toucher des retraites de misère).
      Dans notre système actuel le vieillissement de la population entraîne de facto une baisse de la croissance économique. Et par conséquent une dégradation du niveau de vie. Et à partir d’un certain seuil, pire encore. Ce qui évidemment ne peut satisfaire un décroissant. En attendant, le vieillissement de la population reste d’autant plus problématique si on refuse que des étrangers viennent compenser.

  4. – « En Chine, la première génération d’enfants uniques n’a qu’une envie : reproduire un modèle où la priorité consiste à choyer son seul rejeton, consommer, voyager, sans s’encombrer d’une progéniture qui pèsera sur son pouvoir d’achat. » (Stéphane Lauer)

    C’est vrai. Et c’est pour cette même raison que dans les pays riches certaines et certains ne veulent pas d’enfants (ni de chiens et de chats). Tout simplement pour ne pas s’emmerder ! Le Climat a bon dos. Bien sûr je me garderais bien de généraliser, on peut mesurer tout ça. Mais pour avoir un aperçu de la réalité, mieux vaut juste éviter de confier cette mesure à des malthusiens.

    1. – « Attention, vous risquez de passer à la trappe si vous continuez dans cette voie… » 🙂

  5. – « Aux États-Unis, procréer ne serait pas bon pour l’empreinte carbone.» (Stéphane Lauer)
    – « Le conditionnel n’est pas de mise [etc.] Selon un article antérieur du MONDE, un bébé pèse en effet 58 tonnes de CO2 par an » (Michel Sourrouille)
    – « Un bébé pèserait en effet 58 tonnes de CO 2 par an » (Le MONDE)

    Mais combien pèse ce bébé, en réalité ? Pas 58 tonnes, tout de même… si ?
    C’est marrant cette tendance que nous avons, à voir, lire, entendre, capter et comprendre comme ça nous arrange. Pour ce qui est de croire nous en avons déjà parlé il y a 3 jours. L’argumentation qui en découle ne peut alors aller que dans le même sens, l’auto-persuasion. Pas de doute, Michel Sourrouille est spécialiste dans le domaine des poids et mesures. Et bien sûr de la juste mesure. Par conséquent s’il se garde d’utiliser le conditionnel, s’il affirme que le bébé pèse 58 tonnes, alors c’est que c’est vrai. 🙂

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