Non-prolifération des armes nucléaires ?

Communiqué du MRAP, Mouvement contre le Racisme et pour l’Amitié entre les Peuples

La 11e conférence d’examen du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) se tient à New York du 27 avril au 22 mai 2026. Les 193 États parties au TNP réussiront-ils cette fois à dégager un consensus sur un document final ? Les deux précédentes conférences, en 2015 et 2022, ont échoué à le faire.

Les tensions internationales s’intensifient et que les déclarations de menaces d’emploi d’armes nucléaires se multiplient. Cette érosion du tabou nucléaire est trop souvent attribuée aux seuls États proliférateurs (Corée du Nord, Inde, Pakistan ou Iran). Cette lecture exonère de leur propre responsabilité les cinq puissances nucléaires dotées, membres permanents du Conseil de sécurité, de leur propre responsabilité. La France, dernière des cinq États dotés à avoir ratifié le traité en 1992, a accepté en pleine connaissance de cause le compromis au coeur du TNP : la reconnaissance temporaire de la possession de l’arme nucléaire en échange d’une obligation à négocier de bonne foi en vue du désarmement. Cette obligation, présente dans l’article 6 du traité, rappelée par la Cour internationale de justice dans son avis consultatif, en 1996, impose un objectif précis : parvenir au désarmement nucléaire.

Or les propos du président Macron à l’Ile Longue contredisent cette obligation. En mettant en avant l’idée d’un « nouvel âge nucléaire », le président éloigne la France de ses obligations découlant de ce Traité. L’augmentation annoncée de l’arsenal, qu’il s’agisse des forces aériennes stratégiques (FAS) ou du nombre de têtes nucléaires, éloigne la France de ses obligations au titre du TNP. Elle s’inscrit en contradiction avec la déclaration commune de janvier 2022 des cinq puissances nucléaires, qui visait à prévenir toute dynamique de course aux armements.

De même, l’annonce de la fin de la transparence sur l’arsenal rompt avec une pratique qui permet d’instaurer un minimum de confiance. Elle va nourrir désormais les spéculations. Enfin, la notion de « dissuasion nucléaire avancée », en intégrant des partenaires européens dans la réflexion ou les pratiques liées à la dissuasion, pose la question d’une forme d’élargissement de la logique nucléaire. Sans constituer une prolifération au sens strict, (tant que les FAS n’iront pas stationner avec leur armement sur d’autres bases européennes) cette évolution renforce la centralité de l’arme nucléaire dans les stratégies de sécurité européenne, en contradiction totale, encore, avec l’objectif du TNP.

L’ensemble de ces orientations appelle à l’ouverture d’un débat démocratique : comment la France entend-elle concilier ses choix militaires avec ses engagements en matière de non-prolifération et de désarmement ? Enfin, le président Macron a lui-même formulé une réflexion qui mérite d’être interrogée : « Pour être libre, il faut être craint, et pour être craint, il faut être puissant. » Si chaque État cherche à être craint pour être libre, alors tous chercheront à acquérir l’arme nucléaire. Faire reposer la sécurité sur la peur, c’est accepter une logique de prolifération généralisée. Est-ce un futur souhaitable ?

Dans ce contexte, la conférence d’examen du TNP risque d’acter un troisième échec consécutif qui marquerait une forme de mort cérébrale du traité. La France en sera responsable, comme les autres puissances nucléaires démocratiques et autoritaires.

Face à cette situation, les parlementaires ont un rôle essentiel et portent donc une responsabilité directe. Ils ne peuvent se retrancher derrière un prétendu domaine réservé. Ils votent le budget, en définissent les priorités, et doivent ouvrir un débat public sur les choix engagés. Poursuivre le financement de cette politique (près de 14 000 euros par minute) sans en interroger les fondements n’a pas de sens. D’autant que la théorie de la dissuasion nucléaire ne cesse de montrer ses failles, de la guerre en Ukraine aux tensions au Moyen-Orient.

Nous avons déjà connu un monde structuré par la peur nucléaire. Nous savons ce qu’il implique : crises permanentes, risques d’escalade et possibilité toujours présente d’un emploi aux conséquences catastrophiques. Offrir cet horizon aux générations actuelles et futures, déjà confrontées au dérèglement climatique, serait une faute politique majeure. La sécurité collective ne peut être fondée ni sur la peur, ni sur l’accumulation d’armes de destruction massive. Elle repose sur le droit, la diplomatie, la coopération et la volonté politique de sortir de la logique nucléaire.

MRAP

    43 boulevard de Magenta – 75010 Paris
    01 53 38 99 99 – www.mrap.frmrap@mrap.fr

en savoir plus grâce à notre blog biosphere

Macron, vers un nouvel âge nucléaire

extraits : Vers un nouvel âge nucléaire ? La presse s’est largement félicitée du discours présidentiel sur la mise en œuvre d’une « dissuasion nucléaire avancée » sans interroger les conséquences juridiques et sécuritaires des décisions annoncées par le président le 2 mars 2026 depuis la base de l’île Longue. Analyse du discours du président Macron….

Un débat en France sur la dissuasion nucléaire

extraits : Aujourd’hui le contexte géopolitique international militarise les esprits, à commencer par celui du président Macron. Voici quelques éléments du débat qui fracture actuellement la société en matière de dissuasion nucléaire. Frédéric Kalfon appartient à la commission « défense » du parti « Les Écologistes ». Il s’aligne sur le positionnement de Macron, notre correspondant Michel Sourrouille réagit….

Un référendum contre la dissuasion nucléaire

extraits : Aux racines de la guerre et du chaos actuel, il y a le non-respect de leurs obligations par les États dotés d’armes nucléaires – dont la France. Ils n’ont jamais entamé les négociations prévues depuis 1970 par l’Article VI du TNP en vue d’aboutir à un monde sans armes nucléaires ni radioactives, par un désarmement multilatéral planifié, progressif, intégral, universel et strictement contrôlé….

Les déclarations récentes sur le TIAN

extraits : La dissuasion nucléaire, qui n’a d’autre argument que la loi du plus fort, reçoit encore aujourd’hui très peu de critiques alors que les déclarations récentes de Poutine montrent qu’un usage disproportionné de la bombe ultime est toujours possible. Le Traité sur l’interdiction des armes nucléaires (TIAN) sera bien signé un jour par les grandes puissances, on espère que ce sera avant qu’il soit trop tard….

1 réflexion sur “Non-prolifération des armes nucléaires ?”

  1. Parti d'en rire

    – « Les 193 États parties au TNP réussiront-ils cette fois à dégager un consensus sur un document final ? »
    => Les paris sont ouverts.

    – « la reconnaissance temporaire de la possession de l’arme nucléaire en échange d’une obligation à négocier de bonne foi en vue du désarmement. Cette obligation, présente dans l’article 6 du traité, rappelée par la Cour internationale de justice dans son avis consultatif, en 1996, impose un objectif précis : parvenir au désarmement nucléaire. »
    => Chapeau l’article 6 ! Les signataires sont donc obligés… de se réunir régulièrement pour blablater. En vue du désarmement. Oui mais tenez-vous bien… de blablater en toute bonne foi ! Et donc c’est ce qu’ils font. C’est formidable !

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *