Nous sommes en 2026
et le libre échange bat de l’aile
14.02.2005 Contre l’échange marchand généralisé
L’échange marchand permet la libération de l’individu en éliminant les liens traditionnels de subordination (sociétés d’ordre ou de caste), le commerce pacifie les relations sociales car il permet une nouvelle construction sociale : tout échange économique se fonde sur le principe de réciprocité, de contrat social et d’utilité collective ; en apportant ta contribution aux richesses produites, tu développe ton sentiment d’appartenance à la société, tu te sens liée à elle parce que tu as besoin d’elle et que tu lui es utile. L’échange marchand contraint le commerçant à séduire ses clients et à nouer avec eux des relations de civilité ; il substitue les règles de justice et d’équité d’un libre contrat à celles de l’autorité ou de la servilité. Mais l’échange monétaire a une influence contradictoire : d’un côté il a un rôle émancipateur, de l’autre il appauvrit les relations sociales en privilégiant la valeur des choses par rapport à celle des personnes, il appauvrit la planète en permettant son pillage.
La monétisation des échanges accompagne la montée des égoïsmes et favorise l’indifférence par rapport aux autres humains, à plus forte raison par rapport à la Biosphère. Jamais la médiation monétaire de l’échange ne pourra remplacer le lien social de proximité, liens de proximité indispensables pour des relations harmonieuses avec la Nature.
04.05.2005 Commerce équitable ?
C.Jacob, ministre français du commerce, prépare une procédure d’agrément pour harmoniser les règles du commerce équitable car le texte actuel de l’Afnor ne s’intéresse qu’à la dimension économique. Il faut en effet pour être « équitable » que l’acheteur paye non seulement la matière première à un prix plus élevé que le marché, mais aussi qu’il donne aux producteurs locaux les moyens d’un développement autonome. Ainsi Max Havelaar n’est ni une marque ni une entreprise privée, mais une caution internationale.
Il n’empêche que les produits dits équitables sont souvent des cultures d’exportation (le café principalement) qui se développent au détriment des cultures vivrières, ce qui va à l’encontre du principe de souveraineté alimentaire de chaque territoire et donc d’une véritable autonomie. Equitable ou non, boire du café dans le monde occidental n’aide pas véritablement le tiers-monde.
22.08.2005 Commerce de proximité
Dans un livre récemment paru, « 80 hommes pour changer le monde », on trouve au chapitre « 60 millions de consom’acteurs » l’histoire de Sissalio Svensuka, fondateur de Lao’s Farmer products. Cette coopérative s’approvisionne auprès de 10 000 familles pour fournir les circuits du commerce équitable en Europe et aux Etats-Unis. Grâce à ses ventes de pâtes de fruits, de confitures, de jus de fruits et de bière traditionnelle laotienne, on pourra même financer des programmes d’éducation, de logement et de santé…
Mais toute circulation de marchandise à longue distance nécessite une consommation d’énergie non renouvelable pour rester à bas prix, ce qui fait augmenter les gaz à effet de serre et pénalisera les générations futures dont on aura brûlé le capital naturel. Dans l’intérêt de la Biosphère, faites vos propres confitures et jus de fruits avec vos produits locaux .
06.11.2005 Soyez apôtre du protectionnisme !
Dans « Système national d’économie politique » paru en 1841, Frédéric List (naît dans le Wurtemberg actuel) pensait que les libéraux se trompaient en croyant qu’il existait des lois générales de l’économie en tout temps et en tout lieu. Pour lui, l’évolution économique de chaque pays dépend de son évolution politique et culturelle. Aussi, on ne pouvait présenter le libre-échange comme modèle incontestable à une Allemagne ravagée par les guerres napoléoniennes et politiquement éclatée. Par contre la protection des industries naissantes permettrait l’émergence d’industries hautement compétitives et ce n’est qu’à condition de rattraper le niveau de la Grande-Bretagne que l’Allemagne pourrait ouvrir les frontières car on échangerait alors à armes égales. Il s’agit là d’un « protectionnisme éducateur » et en conséquence, F.List n’est qu’un libre-échangiste différé : son idéal d’avenir reste l’industrialisation, c’est-à-dire tout ce qui détruit les ressources de la planète.
Pour enrayer ce flot de destructions, la Biosphère souhaite que les humains s’arrêtent de faire du libre-échange généralisé de biens matériels, de services financiers ou de travailleurs migrants, mais attacher au contraire les communautés à leur cadre territorial d’appartenance pour qu’elles en vivent de la façon la plus autonome possible. En agriculture, il s’agit de promouvoir la souveraineté alimentaire.
16.12.2005 Sauvage ou civilisé ?
Avec la civilisation, terme longtemps opposé à la barbarie, il s’agissait de mettre en place une société cohérente et en avance sur d’autres peuples. L’ethnologie a cependant démontré qu’aucun culture ne pouvait prétendre à une supériorité intrinsèque quand elle prétend organiser les activités humaines selon des normes qui restent relatives : les dits « civilisés » ne sont que des barbares pour d’autres sociétés, un soldat américain qui rentre le fusil d’assaut à la main dans une maison familiale irakienne rompt toutes les règles de la civilité. Des tentatives d’universalisme des valeurs ont été cependant accomplies dans le monde occidental avec les déclarations des droits de l’homme de 1789 et la déclaration universelle de 1948. Le libre-échange économique peut donc s’accompagner de la diffusion de normes et de valeurs jugées universelles comme les droits de l’individu, l’égalité des sexes ou la démocratie, mais il oblige aussi à une marchandisation de l’existence qui pousse au communautarisme car il met en danger les modes traditionnels d’existence. De plus, tant qu’une culture se contente d’établir l’égalité de l’homme et de la femme ou la protection des libertés d’expression, elle reste incomplète. Il manque l’inventaire des droits de la Biosphère.
Le critère fondamental d’une civilisation, c’est de respecter l’équilibre durable entre les activités humaines et les possibilités de la Biosphère. Soyez civilisés, respectez les flux vitaux, ne refaites plus selon votre passé échangiste si peu glorieux.

– « Si tu as reçu un don, fais en usage librement et joyeusement comme le soleil : donne de ta splendeur à tous ! » (Paracelse)
– « La façon de donner vaut souvent mieux que ce qu’on donne. » (Pierre Corneille)
– « Si la façon de donner vaut mieux que ce que l’on donne, la façon de ne pas donner ne vaut rien. […] Donner avec ostentation, ce n’est pas très joli ; mais ne rien donner avec discrétion, ça ne vaut guère mieux. » (Pierre Dac)
– « Il est plus doux de donner que de recevoir. » (Epicure)
– « Il y a plus de bonheur à donner des coups de pieds au cul qu’à en recevoir. » (Prof. Choron)
En tous cas, moi je préfère donner que vendre. C’est grave Docteur ?