Nous sommes en 2026
et l’anthropisation domine toujours
30.03.2005 l’irresponsabilité humaine
Pour se parer de fourrures, on a introduit le petit renard arctique dans les îles de l’archipel aléoutien. Ces carnivores ont prospéré en pourchassant les nombreux oiseaux des mers qui ne se défendait pas contre ce prédateur inconnu. Le précieux guano en est venu à manquer là où le renard sévissait, les sols ont perdu une grande part de leur fertilité : les oiseaux qui se nourrissaient de ressources pélagiques assuraient un lien entre les écosystème marin et insulaire qui est rompu. Malheureusement ce ne sont pas seulement les fluctuations du marché de la fourrure qui ont remodelé les paysages mondiaux.
L’activité humaine est d’abord un destructeur de biotopes, la Biosphère en souffre.
17.06.2005 La Biosphère aime les coquelicots
Il s’agit d’un petit jardin carré de 23 mètres de coté à Marseille planté depuis deux ou trois ans d’herbes et de fleurs méditerranées, buddleias et acanthes, fenouils et cistes ; les coquelicots s’invitent aussi entre les dalles parallèles de calcaire blanc. Bien que cet aménagement ait été choisi après concours des plus officiels, la mairie dénonce maintenant ce jardin et fait arracher toutes les plantes du jardinet : « Ce parti-pris champêtre ne convient pas dans la mesure où le visiteur a la fâcheuse impression d’un espace non entretenu ». On va donc installer à la place quelques plantations faciles à entretenir.
Ainsi la planète ressemble-t-elle de plus en plus à l’image que les humains se donnent d’eux-mêmes, une Nature dénaturée dans laquelle l’alibi esthétique cache mal la voie de la facilité et la destruction de tous les espaces sauvages.
12.08.2005 L’aristocratie, éternelle ?
En raison du système de primogéniture masculine de l’aristocratie britannique, l’aîné d’une famille hérite de tout, les cadets et les filles n’ont plus qu’à se débrouiller: ils deviennent alors simple jardinier, petit fonctionnaire ou même banquier. C’est là une démarche intéressante pour perpétuer ad vitam aeternam les privilèges d’une caste, même si les décès sans hériter ou des descendances féminines permettent à un jardinier, un fonctionnaire ou un banquier d’hériter à son tour du titre et des terres. On pourrait attaquer ce système pour sexisme ou inégalités entre enfants, mais n’est-ce pas le principe lui-même de propriété des terres qu’il faudrait remettre en question ?
Le biotope est propriété de l’ensemble de la biocœnose, les humains doivent apprendre à partager non seulement avec leurs frères et sœurs de sang, mais aussi avec les autres humains qui partagent le même territoire sans oublier tous les non-humains qui peuplent cet écosystème.
19.08.2005 Erri de Luca, romancier
« En faisant de l’alpinisme, j’entre dans un lieu où je peux jeter un coup d’œil sur le vide qui nous a précédés (et qui nous succédera, je vous le promets). Là-haut, je me trouve en situation d’hôte, mais pas d’invité. Et j’appartiens un peu moins à ce temps qui a la présomption d’être le patron de la terre, de l’air et de l’eau. Quand vous pensez qu’on a même inventé la notion d’ « eaux territoriales » ! C’est une contradiction dans les termes, les eaux sont extraterritoriales par définition et pourtant, on a tracé des frontières jusque sur elles ».
La Biosphère n’a pas grand choses à rajouter à ces remarques de bons sens, si ce n’est que l’alpinisme lui-même est une conquête de l’inutile dont on peut très bien se passer : laissons la montagne tranquille !
31.08.2005 Richesse de la niche
A l’opposé de la théorie neutraliste, la théorie de la niche prédit une augmentation de la productivité primaire en fonction de la diversité végétale. Pour trancher en pratique, un projet européen a étudié la diversité végétale sur près de 500 parcelles pour 8 sites différents. On a alors observé en moyenne une augmentation de la production de biomasse aérienne en fonction de la richesse spécifique ; ce résultat s’explique par la complémentarité fonctionnelle entre espèces. On a aussi montré que la biodiversité agit comme une sorte d’assurance contre des changements de l’environnement : si les différentes espèces ne réagissent pas de façon identique à ces fluctuations, les réactions tendent à se compenser mutuellement, ce qui entraîne une stabilisation du fonctionnement d’ensemble du système malgré le fait que chaque espèce continue à fluctuer fortement. Enfin la biodiversité est un réservoir d’adaptation à des changements de l’environnement.
Du point de vue des écosystèmes, il n’y a pas d’avenir durable pour une société humaine qui détruit la biodiversité.
12.09.2005 Vous êtes des animaux stupides
La surface dévastée par l’ouragan Katrina est de 235 000 km2, soit près de la moitié de la superficie de la France. Colère et désespoir gagnait en particulier les 300 000 habitants de la Nouvelle-Orléans en attente d’évacuation. Rudolph éclate : « On vit comme des animaux, sans électricité, sans eau, sans toilettes, sans douches, sans rien. Il faut que l’on sorte de là, on devient fous et malades. Ma fille et ses deux petites filles vivent comme des clochardes, c’est insupportable ». S’il est vrai que le cataclysme a révélé le niveau élevé des inégalités et la cruauté des rapports sociaux aux USA, en fait l’ouragan n’est qu’un épiphénomène : les humains sont les premiers responsables de la catastrophe. Dès 1722, on commençait l’édification des travaux d’assèchement de ce qui était un marécage propice à la biodiversité. En 1763, La Nouvelle Orléans n’avait encore que 3200 âmes, mais il y eut ensuite l’explosion urbaine qui avait aujourd’hui besoin de six grandes stations de pompage fonctionnant 24 heures sur 24, même par temps sec !
La Biosphère vous rappelle que les humains sont des animaux parmi les autres qui vivent normalement sans électricité, ni eau courante ou douches privées. Tout cela n’est que le privilège de la classe globale actuelle qui utilise sans limites les ressources naturelles au détriment de beaucoup d’humains, des autres animaux et des écosystèmes : les premiers destructeurs des cycles vitaux sont les habitants de villes dont on croit qu’elles peuvent survivre même en dessous du niveau de la mer !
29.10.2005 Le territoire de qui ?
Ariel Sharon a bouté les colons hors de Gaza pour soi-disant faire en sorte que les Palestiniens respectent les principes de bonne gouvernance et s’attaquent sérieusement au terrorisme. Mais dans un avion qui l’amenait à New York, Ariel Sharon réaffirmait son intention de poursuivre la colonisation de la Cisjordanie. Il a ainsi une interprétation très libre de la « feuille de route », ce plan international de paix qui prévoit la création de l’Etat palestinien. Notons d’ailleurs que le 29 novembre 1947, l’assemblée générale des Nations-Unies recommandait déjà l’établissement d’un Etat juif, mais aussi d’un Etat arabe. Le plan ne vit jamais le jour puisque le 14 mai 1948, Israël déterminait son autonomie de façon unilatérale. Pourtant les juifs ne sont pas chez eux en Palestine, en 1880 il n’y avait là que 20 000 juifs installés de longue date. Depuis les immigrations successives ont changé la donne, et la colonisation de la Cisjordanie demeure dans la continuité du sionisme.
Pour la Biosphère, cela n’entraîne que déséquilibre entre deux communautés qui l’une et l’autre ne sont même pas en adéquation avec les capacités de charge de leur biotope. Dans ces conditions, le conflit israélo-palestinien ne peut que perdurer, les actes terroristes s’accumuler et les contre-offensives militaires dévaster encore plus les territoires. Les humains ne réfléchissant pratiquement jamais au delà de leur propre ethnie alors que l’essentiel se trouve dans l’équilibre des écosystèmes !
30.10.2005 Déconstruction urbaine
Quatre-vingts pour cent de la Nouvelle-Orléans ont été dévasté après le passage de l’ouragan Katrina et le maire vient de mettre en place une commission chargée de la reconstruction. Pourtant on peut se demander si c’est là une bonne approche, il y a d’autres perspectives : le centre historique n’a pas été touché, c’est l’arrondissement construit au milieu du XXème siècle qui est la plus atteint, les quartiers populaires restent encore inondés et d’ailleurs les maisons sont sous le niveau de la mer. Déjà en 1998 un plan baptisé « Coast 2050 » prévoyait de rétablir les marécages et autres zones humides pour restaurer un équilibre naturel dans le delta du Mississipi. Le rapport a été jugé trop cher (14 milliards de dollars) alors que le coût de la reconstruction dépassera 200 milliards. Un géophysicien parle maintenant de déconstruction : « Il est temps d’accepter quelques réalités géologiques ».
La Biosphère constate que l’urbanisation a vidé de sa substance vitale non seulement une partie de plus en plus grande des terres agricoles, mais a empiété fortement sur les zones humides propices à la biodiversité. Il n’est que temps de promouvoir la déconstruction urbaine, non de façon brutale comme le voulait Pol Pot en vidant Phnom Penh de ses habitants, mais en organisant un retour à la terre respectueux de l’équilibre durable des écosystèmes.

– « La Biosphère n’a pas grand choses à rajouter à ces remarques de bons sens [celles de Erri de Luca, romancier), si ce n’est que l’alpinisme lui-même est une conquête de l’inutile dont on peut très bien se passer : laissons la montagne tranquille ! » (Biosphère)
Si encore il n’y avait que l’alpinisme… En quoi gravir une montagne (à vaches) en raquettes est-il utile ? Et puis je vous laisse imaginer ce que serait la montagne si ON l’avait laissé tranquille (sic). Des forêts et des friches ! Des ours et des loups par milliers ! Et peut-être encore des mammouths… 🙂 Quoi qu’il en soit, le terrain de jeu des raquetteurs et autres railledeurs, vététistes et j’en passe aurait sûrement une autre gueule.
– « Ainsi la planète ressemble-t-elle de plus en plus à l’image que les humains se donnent d’eux-mêmes, une Nature dénaturée dans laquelle l’alibi esthétique cache mal la voie de la facilité et la destruction de tous les espaces sauvages. » (Biosphère)
L’Homme, dit-on… est un animal dénaturé. Tout le monde n’est pas d’accord, on peut dire aussi qu’il évolue. De toute façon on n’en sait trop rien. On dit aussi que Dieu a créé l’Homme à son image. Bonjour le Modèle. Mais alors, que peut vouloir dire une Nature dénaturée ?
Pour certains, les panthéistes, la Nature ou Dieu… c’est la même chose. Et moi j’ai tendance à penser la même chose. Pour moi, une Nature dénaturée ce serait comme un dieu désacralisé. Un dieu juste là pour faire joli, et amuser la galerie. Pour rire, si vous préférez. 🙂
– « Si Dieu est mort, alors tout est permis » (Ivan Karamazov – Dostoïevski )
(à suivre)
(suite) La Nature (avec un grand N), finalement mieux vaut ne pas trop en parler. Surtout pour dire des conneries. Et ne surtout pas chercher à se l’accaparer.
Se contenter de la contempler, en silence. Mais bien sûr rien ne vous empêche de parler aux arbres, aux ruisseaux, ou même à Dieu. Perso c’est pas mon truc.
Il n’empêche que de la forêt de Fontainebleau (partie ces jours-ci en fumée), jusqu’aux pâturages de montagne, en passant par le marais poitevin (classé Natura 2000), les vignobles du Bordelais et la forêt landaise… ce sont les hommes qui ont façonné ces paysages. Depuis des siècles et des siècles, amen. 🙂
Et qui maintenant les dégradent, qui bousillent leurs chefs-d’œuvre ! Alors comme il y a anthropisation ET anthropisation, je préfère parler d’artificialisation.
Là au moins tout le monde pense de suite au béton et au goudron.