Nos écrits en 2005 sur la coexistence des espèces

Nous sommes en 2026

et la vie sauvage n’existe plus

06.03.2005 Entre chien et loup

La protection des derniers animaux sauvages se donne bonne conscience et on construit des passages sous autoroutes pour les batraciens ; il faut que l’espèce sauvage se fasse invisible. Les Français ont presque oublié les animaux de ferme ; il faut un projet de Constitution européenne pour qu’on s’intéresse au bien-être animal. Les Français adorent les animaux de compagnie et déjà la moitié des foyers en possède un ; le décret d’attribution d’un secrétaire d’Etat à l’agriculture a même comme objectif la bonne santé de ces animaux dénaturés. Car les animaux domestiques ne sont pas un morceau ambulant de nature, juste un illusoire substitut de chair et de poil à une amitié inter-humaine qui devient une denrée rare. Et les vaches ne sont plus qu’un objet de curiosité au salon de l’agriculture à Paris. Quant aux animaux sauvages il sont à peine l’objet de commisération après qu’on ait décidé un taux d’abattage d’une partie des quelques trente loups de France ou éliminé la dernière ourse des Pyrénées.

Mais quand vous aurez fait disparaître toute possibilité de retrouvailles avec la Biosphère, quand vous n’aurez pour seul paysage que des HLM et des lignes électriques, des bidonvilles et des logans (une voiture bon marché), quand vous n’aurez plus que le contact avec vos différences artificielles, alors pourra grandir la sauvagerie inter-humaine que vous connaissez déjà dans les conflits qui se déroulent constamment ici ou là.

25.06.2005 Baleines, la démocratie en panne

Il est bien connu que la chasse à la baleine fait l’objet d’un moratoire depuis 1986, il est aussi avéré que le Japon fait depuis lors des prises « à des fins scientifique » qui lui permettent, ainsi qu’à la Norvège, d’envoyer des steaks de divers cétacés sur les étals des marchands. Mais pour la Biosphère, l’essentiel n’est pas dans cet événement qui perdure d’années en années, mais dans la procédure de vote sur la question. Le Japon voudrait que les votes sur la chasse à la baleine se fasse à bulletin secret parmi les 66 pays que compte la Commission Baleinière Internationale. Rien de plus démocratique en théorie que le vote après s’être soustrais à la pression populaire dans un isoloir. Mais pour les partisans du vote à main levée au contraire, un tel secret du vote permettrait des pressions en sous-main sur les plus petits pays de la part des grands favorables à la reprise de la chasse, ce qui fausserait la démocratie.

La Biosphère sait à son corps défendant que la démocratie entre humains, c’est aussi l’achat de votes par ceux qui peuvent donner beaucoup ou qui promettent encore plus. La démocratie peut aussi bien préserver la planète que laisser libre cours à la folie humaine !

27.08.2005 La tortue des touristes

Pour les populations des côtes du Brésil, les tortues de mer qui viennent pondre sur les plages sont une bénédiction des dieux : on tire des carapaces objets artisanaux ou bijoux et les enfants dégustent les œufs enfouis dans le sable, cuits par le soleil. Les tortues deviennent alors une espèce en voie de disparition. Au cours des années 1980, des villages touristiques sont alors créé dont les plages permettent chaque année de protéger plus de 600 000 œufs, de la ponte jusqu’à la naissance. A la fin du siècle, les centres d’information reçoivent plus d’un million et demi de visiteurs et, dans le passage obligatoire par la boutique, on vend chemises, maillots de bain ou peluches estampillées d’une petite tortue. La fondation Tamar devient un gros employeur et de nombreuses familles de pêcheurs en tirent un second revenu.

Mais le déplacement des touristes provoque l’effet de serre et la dépendance économique des populations locales, il ne peut y avoir de véritables solutions que la coexistence pacifique et durable de chaque population avec son propre écosystème.

25.10.2005 Une nature à votre image

« Il faut sauver les baleines, il faut des ours dans les Pyrénées et des loups un peu partout ». Ainsi parle la plupart des associations environnementalistes. « Il faut reconstituer des écosystèmes pour les touristes, un Bioscope en Alsace (ouverture juin 2006 sur 150 hectares), un Vulcania dans le fief de Giscard d’Estaing (déjà en déficit), un Naturascope à côté du futuroscope dans la Vienne (ouf, on s’en éloigne !) ». Ainsi parle les présidents de collectivités locales à l’affût du touriste. D’un côté on valorise certaines espèces animales en laissant de côté la perte irréversible de la biodiversité générale, de l’autre on fait visiter à titre payant des choses qu’on s’est acharné à détruire par ailleurs. Thierry Jaccaud, rédacteur en chef de l’Ecologiste, nous rappelle que la nature ordinaire est également extraordinaire dès qu’on lui prête attention : merles et moineaux, hirondelles et martinets, batraciens ou reptiles, moult coléoptères et papillon… Mais la Nature n’a pas besoin du regard des humains pour exister, la Nature n’est pas un concept abstrait ni une construction humaine, elle a une vie autonome au delà des noms dont on l’habille et des lieux qu’on lui préserve.

Un jour ou l’autre les humains comprendront qu’ils ne peuvent pas continuer à fragmenter tous les territoires pour leurs activités personnelles : la Terre appartient à toutes les espèces, des plus grosses aux invisibles. Ce n’est pas la Biosphère qu’on doit enfermer dans des parcs, ce sont les humains qui doivent vivre dans d’étroites réserves.

26.10.2005 Le mythe de la biotechnologie

Les systèmes biologiques possèdent trois caractéristiques, l’irréversibilité, la complexité et la capacité d’évoluer. Chaque espèce est donc le produit d’une histoire unique qui n’est pas reproductible et chaque fois qu’une espèce s’éteint, la planète perd définitivement une de ses composantes. De plus la complexité des interactions à l’intérieur des système biologiques (écosystèmes) est telle que ses effets sont imprévisibles, à plus forte raison si on modifie un de ses éléments. Enfin les bactéries peuvent résister aux antibiotiques et les moustiques aux insecticides, sans préjuger de l’apparition de nouveaux virus : demain peut-être une pandémie humaine de la grippe aviaire. Dans ce cadre, le modèle positiviste d’une science et d’une technique toutes puissantes qui permettraient d’acquérir une connaissance et un contrôle absolu sur la Nature n’est qu’un dangereux mirage. Par conséquent les humains doivent apprendre à se reconnaître comme simple élément de la Biosphère plutôt que comme prédateur dominant.

Même si la magnificence de la technologie moderne, de l’argent et du pouvoir est si séduisante actuellement que personne ne semble pouvoir lui résister, le troisième millénaire s’ouvre sur une telle dégradation de la planète que des humains de plus en plus nombreux parleront de plus en plus fort au nom de la Biodiversité et agiront de plus en plus intensément. Devant l’urgence, ils ont d’ailleurs très peu d’années pour arriver à leurs fins : il faudrait passer de la désobéissance civile marginalisée à la destruction finale de la civilisation thermo-industrielle, ce qui met énormément de temps dans un système démocratique (ou reste impossible pour un régime autocratique) !

28.10.2005 Coexistence des espèces

La vie sauvage continue de coexister avec les humains dans la savane africaine alors que partout ailleurs les humains ont éradiqué les grands mammifères et l’Afrique demeure ainsi le dernier continent où les panthères, les lions, les buffles, les éléphants ou les rhinocéros vivent comme au temps du pléistocène. Les Massaïs considéraient d’ailleurs de tout temps que les vaches créent les arbres (en pâturant les herbes) et que les éléphants créent les prairies (en éliminant les arbres). Les vaches et les éléphants ont en effet des effets opposés et complémentaires sur la végétation ; en se déplaçant dans le même voisinage tout en s’évitant mutuellement, les éléphants et le bétail créent un patchwork d’arbres et de prairies, et en conséquence une grande diversité. Dans le passé, les Massaïs considéraient ainsi les animaux sauvages comme du bétail secondaire, aujourd’hui avec les réserves naturelles ils n’attribuent aucune valeur aux animaux sauvages car ils causent des dommages sans apparemment aucun bénéfice en compensation : ils appellent maintenant la faune sauvage avec mépris « le bétail du gouvernement ». Pourtant les mondes humains et naturels ne doivent faire qu’un car ils ne peuvent être séparés de façon durable.

Non seulement il faut redonner à l’Afrique les moyens de continuer la coexistence entre activités humaines et faunes sauvages, mais des humains à l’écoute de la Biosphère imposeront un jour le retour de cette biodiversité naturelle qui jamais n’aurait du disparaître.

22.11.2005 « Progrès » de la domestication

Au niveau mondial les truites arc-en-ciel consommées sont à 100 % artificielles, le saumon encore à 95 % et les crevettes presque autant. En l’an 2000, l’élevage français a fabriqué 14 millions de faisans, 5 millions de perdrix, 1 million de colverts, 120 000 lièvres…, animaux « sauvages » qu’on lâche directement sous les fusils des chasseurs. La revue « gibier et chasse » du syndicat national des producteurs compare les mérites respectifs de l’huile de poisson et du tourteau de soja dans l’alimentation du gibier, la chasse n’est plus ce qu’elle était. En l’an 2001, l’aquaculture française a fourni 3000 tonnes de bars, 1200 de dorades royales et 900 de turbots, la pêche n’est plus ce qu’elle était. Maintenant les pleurotes, les lactaires et les pieds-de-mouton sont cultivées avec la même aisance que les champignons de Paris. Tout est prétexte à la domestication du sauvage quand s’accroît la pénurie.

L’anthropo-sphère s’étend au détriment de la Biosphère, rien ne va plus, ne chassez plus les derniers animaux en liberté et mangez moins de viandes ou de poissons.

7 réflexions sur “Nos écrits en 2005 sur la coexistence des espèces”

  1. Si encore il n'avait que les pins...

    – « Le chancre coloré est une maladie vasculaire incurable due à un champignon (Ceratocystis platani) qui s’attaque uniquement aux platanes et provoque leur dépérissement. […] Originaire du continent américain, cette maladie aurait été introduite en France aux abords de Marseille durant la seconde guerre mondiale à partir de caisses de munition en bois infestées. »
    (Le chancre coloré du platane – agriculture.gouv.fr)

    – « La graphiose de l’orme est vraisemblablement d’origine asiatique : elle est apparue pour la première fois en 1919 aux Pays-Bas (d’où son nom « maladie hollandaise de l’orme ») puis s’est diffusée dans toute l’Europe. (Graphiose de l’orme : Wikipédia)

    – « En mai 2017, un nouvel insecte a été identifié sur le chêne, il s’agit de Corythucha arcuata, dite la punaise réticulée ou encore le tigre du chêne […] une punaise invasive originaire de l’ouest de l’Amérique du Nord.» (Insectes ravageurs et pathogènes – nouvelle-aquitaine.cnpf.fr )

    1. saule pleurnicheur

      Et la pyrale du buis, qui nous vient d’Asie…. et la chalarose du frêne, qui nous vient de je ne sais où… et le chancre dothichizéen du peuplier, et j’en passe de toutes ces saletés qui nous viennent de chez les Autres !
      Pour dire si c’est grave, même le pleureur est en danger.

  2. Dire qu’il n’existe pratiquement plus de zones sauvages (vierges) sur Terre, OK.
    – « Selon une étude publiée en 2021, seulement 17 % des terres émergées ne présentent aucune trace d’habitat humain au cours des 12 000 dernières années. Ces zones, principalement situées dans des régions inhospitalières, constituent les ultimes refuges d’une nature intacte. »
    (Terre inconnue : voici les derniers recoins encore inexplorés de notre Planète – futura-sciences.com)

    Mais dire que la vie sauvage n’existe plus (sic Biosphère) est une absurdité.
    Chaque année, le 3 mars est la Journée mondiale de la vie sauvage. L’occasion de sortir les mouchoirs, les listes rouges, les yaka etc. Et le 4 mars ON passe à autre chose.
    Tout le monde ici sait ce que je pense de ces journées. (à suivre)

    1. esprit critique

      (suite) Mais de quelle vie sauvage parle t-ON ? De celle qui a de la gueule, bien sûr !
      De celle qu’ON peut voir, à la rigueur avec une paire de jumelles, et qu’ON peut prendre en photo. La photogénique quoi. Celle qu’ON peut donc partager.
      Bref, celle qui attire le Touriste et qui bien sûr fait rentrer du Pognon. Le Costa Rica est un bel exemple, en 2024 il a accueilli 3 millions de touristes internationaux, qui ont amené 5 milliards de dollars.
      Par contre les petites bestioles, même celles de «chez nous», les fourmis, les libellules, les escargots… bof. Celles-là n’intéressent que les scientifiques.

      1. Bonnes nouvelles

        Par contre aussi, les bonnes nouvelles aussi, ne semblent pas intéresser grand monde. Pas assez tragiques, probablement…
        – Les bonnes nouvelles de nature (faunesauvage.fr)
        – 10 espèces que l’on croyait éteintes et qui ont réapparu
        (caminteresse.fr 25 juillet 2025)
        – 7 animaux sauvages que l’on croyait disparus… et qui ont fait leur réapparition !
        (lemagdesanimaux.ouest-france.fr 19/09/2025)
        – On pensait la ville hostile à la faune : certaines espèces y sont pourtant bien plus nombreuses qu’à la campagne (sciencepost.fr 15 juillet 2026)

        1. chasseur d'images

          Toustes à vos Canon, Nikon et autres Polaroïd !

          – « En France, il y a 11 espèces d’ongulés sauvages : cerf élaphe, cerf sika, chevreuil, daim, chamois, isard, mouflon de Corse, mouflon méditerranéen, bouquetin des Alpes, bouquetin ibérique et sanglier. Ces espèces sont présentes sur la quasi-totalité du territoire métropolitain et ont connu une augmentation significative de leur abondance au cours des 50 dernières années. Les données de suivi montrent que la plupart des espèces ont augmenté en nombre et en distribution, bien que les effectifs fluctuent en fonction de divers facteurs, y compris les plans de gestion et les conditions environnementales. » (data.gouv.fr)

        2. Parti d'en rire

          – « Alors que les populations d’ongulés sont en constante expansion dans notre pays, celle des chasseurs diminue et vieillit peu à peu. La gestion de la grande faune sauvage en France devient de plus en plus complexe, et dépasse les limites du monde cynégétique pour devenir une véritable problématique sociétale. » (data.gouv.fr)
          Si ON ne s’occupe pas sérieusement de cette Surpop, ON va toustes se faire bouffer par les ongulés.

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