Nos écrits en 2005 sur la gestion des terres

Nous sommes en 2026,

la bétonisation avance toujours

14.04.2005 Artificialisation du territoire

Une étude de l’IFEN (Institut français de l’environnement) dénonce le phénomène de grignotage des espaces naturels du fait de l’urbanisation, des routes et autres infrastructures. Les sols à usage non agricole des humains représentaient 6,1 % du territoire en 2003 et cette emprise a augmenté de 16 % en 10 ans. Biosphere ne s’occupe pas beaucoup de l’impact paysager, à chacun son goût de l’esthétique. Pas beaucoup plus de l’impact sur les inondations et l’érosion. Un peu plus sans doute de la violence exacerbée par un espace mal organisé et un cadre de vie éclaté.

Mais la fragmentation des terres accroît surtout le risque que les écosystèmes ne puissent plus se connecter les uns aux autres au péril de la survie d’une bonne partie de la flore et de la faune.

08.05.2005 Stérilisation des terres

La loi française d’orientation agricole, en préparation, ne reprend pas les propositions du rapport Boisson pour le Conseil économique et social : « La maîtrise foncière, clé du développement rural ». Pourtant c’est l’équivalent des surfaces cultivées d’un département qui disparaît tous les six ans. L’urbanisation, et l’équipement qui l’accompagne, se font le plus souvent en plaine et dans les vallées, d’excellentes terres agricoles. C’est exactement ce qui se passe aussi dans d’autres pays ! En Egypte, les Anciens vivaient à l’orée du désert pour ne pas empiéter sur leurs terres agricoles, maintenant les masses populaires bâtissent en pleins champs cultivés malgré les interdictions : une maison démolie par les autorités sera reconstruite dans la nuit. Partout les humains transforment la Biosphère en un désert de sable et de béton. Pour en revenir à la France, au rythme actuel d’artificialisation des sols au profit de l’habitat, dans 600 ans il n’y aura plus de terres cultivables.

Les optimistes diront encore « Aménageons pour aller vivre sous terre », d’autres diront : « ils étaient fous nos ancêtres ! » Il est préférable de crier dès aujourd’hui contre la folie humaine, même si c’est dans le désert…

11.07.2005 Tiers sauvage

Le Conservatoire du littoral a maintenant 30 ans derrière lui d’acquisition de terres pour protéger la Nature d’une urbanisation sauvage ; il a rendu inaliénable aujourd’hui 10 % du linéaire côtier. L’institution a en effet racheté 860 kilomètres de rivages maritimes, et même 20 % des côtes de la Corse. Le but en 1975 était de protéger le tiers du littoral à l’horizon 2030, il ne sera pas atteint avant 2050. Encore faut-il que les moyens financiers soit préservés dans l’avenir alors que le plus facile a déjà été acquis et que le prix des terrains explose. Les sites restent ouverts au public des marcheurs, mais pas à l’appétit des promoteurs immobiliers.

Si l’ensemble du territoire français suivait la même lignée, la biodiversité serait d’autant mieux respectée. Mais la Biosphère constate que le tiers pour la Nature et les deux tiers pour l’impérialisme humain, c’est bien peu pour la Nature sauvage.

14.08.2005 Des routes, des routes, trop de routes

En vertu de la loi de décentralisation d’août 2004, l’Etat français veut transférer 18 000 kilomètres de routes nationales (pour 10 000 kilomètres d’autoroutes) aux Conseils généraux. Ce n’est qu’un tout petit aspect d’une voirie qui compte 1,5 millions de kilomètres dont les départementales occupent 365 000 kilomètres, les communales 550 000 km et les chemins ruraux environ 600 000 km. Les problèmes de financements deviennent lancinants et le désengagement de l’Etat est à juste titre mal perçu par les collectivités locales. A cela s’ajoute les inquiétudes avec la privatisation prévue de certaines autoroutes. Mais personne ne s’interroge sur le bien-fondé d’un tel réseau dédiés aux déplacements individualisés.

L’importance démesurée de ce réseau de voirie entraîne pourtant la dégradation importante des écosystèmes par l’artificialisation des territoires et leur fragmentation. Pour la Biosphère, jamais une société humaine respectueuse de l’environnement n’aurait du dépasser le niveau des chemins vicinaux qui ne font qu’entretenir les rapports de voisinage.

01.11.2005 Relié au vivant

Deux visions éloignées de la Nature se rejoignent : l’une est associée aux situations anciennes des populations animistes qui vivent par superstition dans des systèmes de respect de la nature, l’autre qui prend en compte la fragilité écologique de la planète d’un point de vue scientifique est actuelle. De toute façon la croyance des trois derniers siècles est dépassé, celle de domination, de maîtrise complète de la nature, de son caractère inépuisable. Aujourd’hui il faut se mettre dans un situation d’immersion dans le biotope, si ce n’est d’égalité avec la biocœnose. Car nous savons que tout est lié, l’air que nous respirons est le même partout et assure une liaison de proche en proche : pollens, microorganismes, insectes, oiseaux. C’est pourquoi les humains peuvent exploiter cette diversité, mais en la préservant, ce que fait un jardinier : il ne tue pas les légumes qu’il cultive, il doit en récolter les graines pour pouvoir les ressusciter l’année d’après. Mais il faut aussi des espaces non gérés, des lieux qu’on laisse tranquille, des territoires de refuge de la biodiversité.

La Biosphère n’est pas un simple lieu de passage dans l’attente du paradis de certaines religions, elle réclame a minima cette tierce partie sauvage que l’activité humaine a réduit à la portion congrue : sinon il y a suicide consenti, la Terre se réchauffe, les espèces disparaissent, vous mangerez les poisons que vous avez semés.

05.11.2005 Pas de Biosphère sans marais

Les marais au sud de l’Irak couvraient 20 000 km2 en 1970, ils avaient complètement disparus en 2001. Edifié au nom d’une politique agricole visant à développer l’irrigation entre Bagdad et Bassora, un réseau de dignes avait provoqué l’assèchement, phénomène accentué par les barrages en amont le long du Tigre et de l’Euphrate. Non seulement les habitants des marais ont perdu leurs moyens traditionnels d’existence, mais l’élévation de la température locale a atteint près de 5°C à cause de la destruction radicale de l’écologie de la région. Même si, après l’éviction de S.Hussein et un programme coordonné par les Nations unies, les marais ont retrouvé depuis lors 40 % de leur superficie grâce à la démolition des digues, les besoins du pays en eau vont continuer à croître avec l’urbanisation et l’industrialisation : cette reconquête des marais est donc fragile.

Quand les humains auront stérilisé toutes les terres pour leurs propres besoins, que leur restera-t-il comme avenir si ce n’est d’être chassé définitivement du jardin d’Eden.

3 réflexions sur “Nos écrits en 2005 sur la gestion des terres”

  1. Toujours plus... mais ça ralentit

    – Sols artificialisés : + 66 % en 40 ans mais un ralentissement depuis 2010 agreste.agriculture.gouv.fr février 2025)
    – Artificialisation des sols (insee.fr 06/01/2025)

    Toujours plus de béton, de goudron, mais… bonne nouvelle … ça ralentit.
    C’est comme la Population, alors patience.
    ON (Portail de l’artificialisation des sols) mesure précisément tout ça.
    Avec l’objectif d’atteindre le « zéro artificialisation nette des sols » en 2050, avec un objectif intermédiaire de réduction de moitié de la consommation d’espaces naturels, agricoles et forestiers sur la décennie 2021-2031, par rapport à la décennie précédente (sic).

    1. ZAN vs ZAB et pauvres ENAF

      Sachez qu’ON dit ENAF. Rien à voir avec le pâté, quoique.
      Comme le pâté, les ENAF se… consomment !
      – La consommation d’espaces naturels, agricoles et forestiers (ENAF) est entendue comme « la création ou l’extension effective d’espaces urbanisés sur le territoire concerné » (article 194 de la loi Climat et résilience).

      Et puis ON dit ZAN (zéro artificialisation nette). Rien à voir avec la brute (ZAB) qui nous dit Zéro c’est Zéro ! Avec ZAN un hectare c’est un hectare. Et -1 +1 ça fait Zéro.
      Ainsi l’ancienne usine ou carrière « rendue à la nature » compense la nouvelle usine construite sur le marais. C’est exactement comme avec l’Avion, quand ON file des ronds pour planter un arbre.

      1. Esprit de déconstruction

        Résumons : Comme tout et n’importe quoi les espaces naturels (les forêts, les marais, la montagne, la mer etc.) sont des produits de consommation.
        Et une fois consommés ON les recycle. Désormais rien ne se perd, tout se transforme. Comme ça ON ne gaspille plus rien, ON ne détruit plus rien, et finalement ON ne produit plus aucune merde, c’est formidable !
        ON appelle ça la « consommation responsable ».

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