Nos écrits en 2005 sur la recherche appliquée

Nous sommes en 2026

et la technoscience fait la loi

12.02.2005 Fleur de vanille

C’est un vaporisateur que vous avez trouvé dans des toilettes pour animal à deux pattes, en acier recyclable et certifié préservant la couche d’ozone (convention du 7/2/1989). Mais ne vous précipitez pas sur ce genre d’objet pour étouffer les mauvaises odeurs, la Biosphère vous dit de lire d’abord les précautions d’emploi : « Conserver hors de portée des enfants, ne pas percer ou brûler le récipient même après usage, conservez-le dans un endroit bien ventilé, ne pas inhaler, ne pas fumer, procéder par de brèves pressions sans pulvérisation prolongée, éviter de pulvériser sur la peau… ».

De toute façon pourquoi utiliser un bactéricide alors que tant de ces petites bestioles ne vous veulent que du bien, pourquoi cacher les odeurs de WC alors qu’on sait qu’elle vont se tailler toutes seules si l’endroit est bien ventilé, pourquoi faire travailler l’industrie chimique alors que vous accumulez déjà tant de toxines dans votre corps !!!

11.03.2005, brève

Le physicien théoricien de la bombe atomique Hans Bethe assiste en juillet 1945 au premier essai de son enfant : « Nous ne savions même pas si le prototype que nous avions conçu et fabriqué allait exploser »…. Un mois après 250 000 personnes mouraient à Hiroshima et Nagasaki : c’est ça l’accélération du progrès technique !

12.03.2005 Place aux machines !

Pour bientôt la gestation ectogenèse, l’utérus artificiel, le bébé éprouvette du début à la fin. Pour la technique, presque un jeu d’enfants, la matrice artificielle, c’est juste un peu plus complexe que le rein artificiel. Pour l’application, on sauvera d’abord de grands prématurés, plus du tout de couveuses, le monde des riches sera enthousiasmé. Puis on vendra la chose aux couples qui ne veulent pas des contraintes de la grossesse et de l’accouchement : en toute liberté les femmes choisiront, aucun danger de dictature comme dans le meilleur des mondes (Adlous Huxley, 1932). Mais l’utérus artificiel, c’est bien plus que la dissociation entre sexualité et reproduction humaine, c’est l’absence de corps à cœur entre une mère et son enfant, c’est un embryon programmé pour vivre avec des machines, c’est le règne des machines.

La Biosphère vous dit : bon courage…

22.03.2005 Le droit à la mort

Attaque cérébrale subite, quinze ans de coma sans avenir, la vie emprisonnée par des machines pour alimenter ou hydrater Terri Shiavo. Les parents de cette femme de 41 ans veulent « sauver » leur enfant en lui accordant le purgatoire sur cette terre, le mari veut faire cesser l’acharnement médical. Les frères Bush se déclarent alors partisan du droit de vivre grâce aux machines, les juges au contraire pour le droit de mourir sans machines.

Les frères Bush sont vraiment dégueulasses de soutenir les machines au nom d’un prétendu droit naturel à la vie, vous êtes tous dégueulasses quand vous faites fonctionner des machines trop complexes pour pouvoir encore ressentir ce que veut dire « la Nature ».

27.04.2005 L’A380 décolle

Le premier envol du gros porteur A380 d’Airbus est un grand espoir pour le développement durable, des réservoirs de 325 000 litres de carburant pour une consommation horaire de 17 000 litres seulement, soit 3 litres/100 km par passager. Bien sûr tout dépendra du nombre de passagers, on peut le remplir de 550 humains ou en empiler 800. Par comparaison, une voiture à 8 litres aux cents ne consomme que 2 litres s’il y a quatre passagers, quatre fois plus avec l’irresponsable qui se veut tout seul dans un véhicule dit individuel. De toute façon peu importe la façon de calculer, c’est toujours des ressources fossiles qui partent en CO2 et qui détraquent le climat. De toute façon peu importe, essence, diesel ou kérosène, dans 40 ans y’a plus de pétrole.

Alors, comment se déplacer ? Mais d’ailleurs, pourquoi se déplacer !

03.07.2005 Savoir, trop tard !

Le lundi 5 mai 1986, la Commission européenne envisageait des mesures sanitaires 9 jours après l’explosion nucléaire de Tchernobyl : la France exigeait alors un vote à l’unanimité et empêche toute décision contraignante. Le lendemain le ministère de l’agriculture (français) communiquait : « Le territoire français, en raison de son éloignement, a été totalement épargné par les retombées de radionucléides ». Le vendredi 25 mars 2005, une juge d’instruction communiquait aux partie civiles le rapport sur les mesures de radioactivité effectuées par les autorité françaises en 1986 : il n’y a pas eu « erreur » du SCPRI (service central de protection contre les radiations ionisantes en 1986), mais bien dissimulation des risques tant du point de vue sanitaire qu’environnemental. La vérité, presque vingt ans trop tard.

Peut-être que le gouvernement français comprendra quelque chose, juste après qu’ ITER se soit fendu en deux dans vingt ou trente ans et que notre Terre soit devenue un petit soleil : trop tard pour avoir confiance dans les scientifiques et les politiques ! Cet accident est théoriquement impossible, mais l’imprévisible n’est jamais sûr.

04.09.2005 Faucheurs volontaires

Des faucheurs d’OGM (organismes génétiquement modifiés, ou plutôt chimères) ont été incarcérés en France. L’ordre public, a expliqué le procureur, « c’est la protection de la propriété de chacun, mais par-dessus tout, c’est la loi avec un grand L qui est le fondement de la démocratie, de vos libertés. Si la loi n’est plus respectée, c’est la loi de la jungle qui s’installe, la loi du plus fort : les faucheurs volontaires balayant les décisions du Parlement et les avis de nombreux experts ». Mais l’avocat des disciples de la désobéissance civile rétorque que 80 % des gens en France sont opposés aux OGM, la démocratie est donc présente dans la destruction des parcelles et, de toute façon, l’intérêt général est bien plus fort que l’ordre public.

La Biosphère ne comprend d’ailleurs pas pourquoi les gens mangeraient des produits à base d’OGM : ils n’ont pas meilleur goût, ils ne sont pas moins chers pour le consommateur et c’est un coût supplémentaire pour l’agriculteur : les seuls avantages sont pour les multinationales productrice de semences. Alors vive l’action directe contre la recherche appliquée même si des agriculteurs vendus aux multinationales endommagent lâchement les voitures des faucheurs volontaires.

07.10.2005 Paradigme fordiste

Le paradigme fordiste, c’est-à-dire cet équilibre entre la production de masse grâce au travail à la chaîne et la consommation de masse autorisée par l’augmentation des salaires, repose sur une triple conception du progrès : la science est prédominante ; le progrès social se traduit en termes de consommation ; l’Etat joue un rôle régulateur. Dans ce cadre, le progrès technique et la croissance économique ont pour objectif d’assurer la croissance du pouvoir d’achat et le plein emploi. On assiste alors à une confusion des bien-êtres définis en termes social et économique : patrons et ouvriers poursuivent le même objectif, matérialiste. La lutte de classe n’a pour objet que de rééquilibre la distribution de la valeur ajoutée, pas de renverser véritablement le système.

Le fordisme est synonyme de croissance, c’est l’erreur fondamentale de ce modèle mis en place dans les années 1914 et généralisé pendant les Trente Glorieuses. Non seulement la voiture individuelle entraîne les dégâts environnementaux que tout le monde connaît, mais la société thermo-industrielle basé sur un pétrole bon marché n’a aucun avenir. Que ce soit l’entrepreneur Ford ou l’utopiste Marx, ils avaient tout faux en termes de développement durable.

08.11.2005 Restez dans la lune !

L’espèce homo sapiens a essaimé dans l’espace géographique tout en améliorant ses capacités de déplacement. Autrefois les migrations à pied, puis à cheval ou en pirogue, hier les avions et aujourd’hui les fusées. Pourtant aucune obligation ne poussait les humains à quitter leur berceau d’origine, l’Afrique. Toutes ces migrations ont surtout résulté du poids de la population sur un territoire et des conflits intra- ou inter-ethniques qui en découlent. Les humains « préfèrent » en effet la conquête à la stabilité, le déséquilibre plutôt que la vie en harmonie avec un territoire déterminé. La fusée a d’ailleurs été inventée pour la guerre, ainsi des V2 mis en œuvre par les Allemands à la fin de la seconde guerre mondiale. Il s’ensuit alors une compétition entre nations : comme l’URSS socialiste a lancé le premier spoutnik dans l’espace en 1957, l’Amérique capitaliste a voulu poser le premier homme sur le sol lunaire en 1969. Maintenant on fait semblant de rassembler les pays dits développés autour d’une station spatiale internationale dont l’acte de naissance a été signé en 1998. A peine cette station, piégée par l’orbite basse de la Terre, se révèle-t-elle un échec scientifique et financier que la NASA propose déjà un nouveau billet pour la Lune en 2018. Il s’agit de faire rêver le monde, l’opium de la religion est remplacé par l’illusion de l’exploit technique alors qu’il ne s’agit dorénavant que de sauver quelques emplois dans un secteur industriel !

La Biosphère vous dit : « Que les humains gèrent au mieux leur propre territoire, qu’ils se contentent pour le reste de contempler la lune et les étoiles ».

15.11.2005 Du sang contaminé

La campagne DetoX est menée par WWF depuis octobre 2003 : 39 députés européens s’étaient portés volontaires pour subir des tests sanguins. En juin 2004, ce fut au tour de 14 ministres de la santé ou de l’environnement de se prêter à cette expérience. Maintenant on a testé trois membres d’une même famille (grand-mère, mère et fils) dans 12 pays européens afin de rechercher la présence dans leur organisme de 107 substances chimiques particulièrement dangereuses : pesticides, retardateurs de flamme, muscs synthétiques, antibactériens…. Les analyses ont détecté en moyenne 73 produits chimiques toxiques à des niveaux de concentration parfois élevés. L’objet de cette campagne DetoX est de soutenir le projet de loi REACH (Enregistrement, évaluation et autorisation des produits chimiques en Europe) dont le but est de fixer un cadre européen de régulation.

La Biosphère s’étonnera toujours que les humains aient diffusé des produits chimiques sur le marché avant même d’en avoir sérieusement testé les effets. Il est vrai que le plomb dans l’essence et l’amiante un peu partout sont les signes antérieurs de leur folie.

19.11.2005 REACH

La commission parlementaire de l’UE chargée de l’environnement a examiné le projet de loi REACH (Enregistrement, évaluation et autorisation des produits chimiques en Europe) qui imposera des contraintes à l’industrie chimique : on se propose par exemple de tester les substances persistantes, bio-accumulables et toxiques qu’on retrouve dans le sang même lorsqu’elles sont produites en faible quantité. Les défenseurs de l’environnement se félicitent aussi qu’on veuille rendre obligatoire la substitution des substances très dangereuses lorsqu’une alternative existe… Rien de plus normal apparemment. Pourtant les partisans de la compétitivité et autres conservateurs libéraux accusent ce projet de mettre en danger l’emploi de 1,3 millions de personnes. Les humains accepteraient-ils donc de s’empoisonner pour sauver quelques emplois ?

La Biosphère s’étonnera toujours que les humains aient diffusé des produits chimiques sur le marché avant même d’en avoir sérieusement testé les effets. Il est vrai que le plomb dans l’essence et l’amiante un peu partout sont les signes antérieurs de leur folie.

1 réflexion sur “Nos écrits en 2005 sur la recherche appliquée”

  1. Business as usual !

    – « Vous les avez forcément remarquées parce qu’elles sont partout. Nos vêtements, nos aliments, nos bâtiments, notre argent, nos moteurs, nos ordinateurs. Total, Shein, Amazon, Coca Cola… Camille Crosnier raconte l’histoire de ces empires devenus si puissants qu’aujourd’hui, ils gouvernent le monde. »
    (Multinationales, l’histoire de ces entreprises qui nous gouvernent – France Inter)

    Ce samedi 15 août 2026 (Première diffusion le mardi 19 mai 2026) :
    – « Fondée en 1901 à Saint-Louis par John Francis Queeny, Monsanto n’était à l’origine qu’une fabrique d’édulcorants pour l’industrie agroalimentaire naissante. En un siècle, l’entreprise s’est muée en un empire industriel capable d’influencer sinon de pervertir la science et les politiques d’États. »
    (Monsanto ou comment pulvériser le vivant – radiofrance.fr/franceinter/podcasts)

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