Nos écrits en 2005 sur la recherche fondamentale

Nous sommes en 2026

et la science devient inutile

28.01.2005 Une recherche sans avenir

Le Parlement examinera avant l’été la loi d’orientation et de programmation sur la recherche. Déjà le mouvement « Sauvons la recherche » dénonce un projet de loi inacceptable, déjà un député PS passe en première ligne pour soutenir les OGM. Pourtant la question essentielle est ailleurs : faut-il toujours plus de recherche en tous genres sans s’interroger sur les risques pour la santé humaine de vos applications techno-scientifiques alors que vous accumulez déjà des tas de produits chimiques dans votre corps et que les cas de cancers et d’allergie se multiplient. Finalement votre polarisation sur d’éventuels sauts technologiques dans la recherche à la mode (une mode déterminée par les industriels) vous empêche de consacrer toutes vos forces et votre attention à l’endiguement des dégâts que vous infligez aujourd’hui à notre planète, donc à vous-mêmes.

Le débat politique ne peut plus porter sur une enveloppe financière globale qui va sauver quelques emplois de chercheurs, mais sur votre manière de penser et de vivre qui pèse beaucoup trop sur la Biosphère et pénalise le sort des générations futures.

04.02.2005 Marre des chercheurs

« Sauvons la recherche » est un thème récurrent en France, mais la question essentielle est ailleurs : la recherche n’est pas un tout dont l’objectif serait d’accaparer au moins 3 % du PIB, mais une ribambelle d’études spécifiques dont on n’a jamais évalué si les application étaient réellement utiles et sans danger pour la société humaine et pour le reste de la planète. Par exemple, faut-il financer principalement la biologie moléculaire et donc les OGM ou faut-il favoriser au contraire la recherche des naturalistes sur les avantages de la biodiversité dont on nous a rappelé lors de la dernière conférence internationale à Paris qu’elle était en péril extrême ? Faut-il consacrer plus de 80 % du financement de la France en matière d’énergie à la recherche nucléaire et laisser seulement quelques miettes pour les énergies renouvelables ?

La Biosphère n’a pas du tout besoin de ces chercheurs qui se foutent complètement de sauver la planète et qui trop souvent émargent, même quand ils sont dans le secteur public, auprès des industriels comme l’ont montré les récents scandales au NIH (National Institutes or Health) américain.

12.06.2005 Du plomb dans l’aile du futur

Le département prospective de la recherche aérospatiale française, pense déjà au successeur de l’A380 quand celui-ci arrivera en fin de vie, d’ici trente ans. Ce sera une aile volante qui pourra accueillir 1000 passagers au lieu de 850, avec des moteurs placés au dessus de l’avion pour être moins bruyants. Etrangement, les concepteurs n’envisagent pas un seul instant que dans trente ans les réserves de pétrole seront au plus bas et que les avions de grande capacité, c’est déjà fini : l’Airbus 380 a été acheté par Air France, mais contraint et forcé pour la gloriole, cela ne correspondait déjà plus au marché.

La Biosphère s’étonnera toujours de l’aveuglement humain qui croit faire preuve d’ingéniosité technique alors que c’est pour rentrer plus vite et plus nombreux dans le mur !

29.06.2005 ITER sur terre française

Pour passer de la fission à la fusion, le réacteur ITER (international thermonuclear experimental reactor), va être construit à Cadarache en France. Le coût de la construction sur dix ans est estimé à 4,7 milliards d’euros (8000 emplois seulement), le coût d’exploitation pendant 20 ans supplémentaires de 4,8 milliards d’euros, la subvention de la région PACA est déjà voté pour 152 millions (aide à l’implantation). Mais il s’agit seulement d’un laboratoire car la maîtrise de la fusion deutérium/tritium implique trois conditions (critères de Lawson) :

  1. une température du plasma supérieure à un million de degrés.

  2. un gaz suffisamment dense

  3. le maintien des deux conditions précédentes pendant plusieurs centaines de secondes.

Aujourd’hui, aucune des machines n’arrivent à réunir ces trois conditions en même temps. De toute façon le prototype ITER ne pourrait pas atteindre le point d’ignition permettant de produire suffisamment d’énergie pour s’auto-entretenir et produire de l’électricité pour les consommateurs.

Malgré un processus qui demande énormément d’énergie au détriment d’autres objectifs, la techno-science s’acharne à vouloir imaginer qu’elle pourrait avoir réponse aux besoins de toujours plus d’énergie sans permettre aux humains de s’interroger sur la pertinence de ce besoin. La Biosphère te rappelle, l’énergie la plus douce pour la planète, c’est celle que tu ne consommes pas.

02.08.2005 ITER prométhéen

Selon le physicien E.Brézin, président de l’Académie des sciences, « Il faut une singulière dose d’optimisme pour imaginer que l’utilisation industrielle de la fusion mettra moins de cinquante ans pour être disponible. Les obstacles ne doivent par arrêter la recherche, mais l’épuisement des ressources fossiles et surtout le réchauffement climatique sont des problèmes urgents. Les mesures à prendre sont immédiates et ITER ne doit surtout pas servir d’alibi ». Il souhaite en conclusion « que les décisions en matière d’énergie ne soient plus simplement le fait de groupes de pression attachés à la seule réussite de leur filière ». Plus radical, l’ancien ministre de la recherche Cl.Allègre réprouve un « projet de prestige » qui « offre peu de chances de réussite ». P.Gilles de Gènnes (prix nobel de physique 1991) partage le même sentiment et son collègue japonais M.Koshiba (prix nobel de physique 2003) a lui aussi exprimé publiquement ses réserves.

Croire que les humains peuvent à leur gré maîtriser les mécanismes du soleil à leur toute petite échelle ne peut que faire penser au mythe de Prométhée qui déroba aux Dieux le feu sacré et fut condamné par Zeus à une mort toujours renouvelée.

09.08.2005 Clathrates et nanotechnologies

Les clathrates sont des structures cristallines formées de glace renfermant du méthane piégé à l’intérieur de cages moléculaires, des quantités incroyables de méthane puisque l’ensembles des gisements de clathrates sur la Terre renfermerait autant de carbone que la totalité des autres sources (combustibles fossiles, marias, biomasse…). Or le réchauffement climatique pourrait libérer ce méthane, en particulier dans le permafrost, ce qui induirait un risque supplémentaire pour la planète. Mais un article de science-fiction (Le Monde du 7/08/2005) qui projette d’ici vingt ans les programmes scientifiques lancées en 2005 croit posséder la solution : à l’échelle du milliardième de mètre, une bactérie génétiquement modifiée serait exploitée par des nano-machines qui pourraient extraire (par reformage du méthane) l’hydrogène contenu dans les clathrates et le conditionner pour utilisation macroéconomique !

Dans cette course folle entre effet de serre, OGM et nanotechnologies, la Biosphère sait déjà qui va gagner : le réchauffement climatique accentué par la crédulité ambiante en un avenir radieux grâce à toujours plus d’illusoires promesses techno-scientifiques.

17.10.2005 Con-fusion

Avant que la fusion ne puisse devenir une source industrielle d’énergie, trois problèmes doivent être résolus : stabilité du plasma de deutérium et de tritium ; tenue des matériaux de couverture aux neutrons extrêmement énergétiques produits dans un réacteur de fusion ; production de tritium in situ pour un fonctionnement en continu. En fait ITER n’étudiera que le premier problème, la stabilité du plasma. Or la question des matériaux est cruciale alors que personne ne sait comment le résoudre. Quant au tritium, il n’existe pas dans la nature, il faut le produire en quantités industrielles, ce qui ne pourra être démontré que par le successeur d’Iter (Demo, déjà nommé !), pas avant vingt ou trente ans au minimum.

La fission nucléaire a été découverte en 1938 et en décembre 1942, le premier réacteur divergeait déjà, mais en 2005 les Français ne savent toujours pas quoi faire de leurs déchets radioactifs. Maintenant les humains se précipitent vers des univers encore plus fantasmagoriques. L’idée de fusion nucléaire est là depuis cinquante et la maîtrise des problèmes de la fusion ne pourra pas être résolue avant au moins cinquante autres années, s’il l’est un jour ! Mais dans cette perspective imaginaire savamment entretenue, nul besoin pour les citoyens de faire des économies d’énergie, la seule issue qui vaille…

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