Nos écrits en 2005 sur l’action des entreprises

Nous sommes en 2026

et l’écoblanchiment domine encore

23.06.2005 le nucléaire au plus offrant

En première page d’un grand quotidien national : «  Pétrole, le spectre de la pénurie ». En page 18, l’article intégral qui mise sur les huiles extra-lourdes, forer encore plus profond, explorer l’Arctique… Ne vous inquiétez pas braves gens, qui cherche trouve ! Mais le plus significatif est cet autre titre, même page : « La vraie alternative à long terme, c’est le nucléaire ». C’est un point de vue (non publicitaire, rédactionnel) exprimé par le PDG de la banque d’investissement Suez. La Biosphère note que la filiale électrique de Suez (Electrabel) est un partenaire d’EDF de longue date, Suez a aussi des participations croisées dans des centrales nucléaires en France et en Belgique, Suez souhaite donc participer au programme de réacteur nucléaire EPR dont la construction est prévue en France. La Biosphère note en outre que ce PDG ne parle jamais d’économiser l’énergie !

Comment faire confiance à ce PDG ? Comment un lecteur-citoyen qui n’a jamais entendu parler du réseau « Sortir du nucléaire » ou de l’association « Négawatt » peut-il s’y retrouver au milieu de toutes ces informations manipulées par les industriels et les financiers ? La démocratie peut aussi bien préserver la planète que laisser libre cours à la folie humaine !

14.07.2005 EDF, que de la pub !

EDF s’engage à produire une énergie aussi performante que pleinement maîtrisée et respectueuse de l’environnement. C’est l’intitulé principal de quatre pages de publicité payées par le lobby nucléaire, analysons leur justification ? Pour l’une, « Le nouveau logo possède une symbolique qui renvoie à une empreinte animale, donc à la nature ». Un autre affirme que les centrales nucléaires respectent des sites parmi les plus beaux de France en démontrant que la taille, nécessairement gigantesque des réacteurs, n’exclue pas une insertion harmonieuse dans la nature grâce à des formes spécifiques prenant en compte les deux éléments essentiels que sont le vide et la lumière. Et puis il ne faudrait pas oublier qu’EDF soutient généreusement la Fédération française Handisport : « Avec l’escrime, la proximité de l’électricité est très forte puisque chaque touche allume un voyant lumineux. Câblés et branchés, les escrimeurs sont ainsi doublement bourrés d’énergie ! ». En définitive quatre pages de conneries !

La Biosphère se demande comment les humains peuvent encore supporter l’impudence d’EDF, si ce n’est que tout le monde croit maintenant que l’électricité est essentielle, peu importe alors les moyens de l’obtenir.

15.08.2005 Blockbuster

Le groupe pharmaceutique français Sanofi Aventis devrait bientôt commercialiser un blockbuster, c’est-à-dire une nouvelle molécule miracle qui fera exploser le chiffre d’affaires. En effet le rimonabant permettrait non seulement d’arrêter de fumer sans prendre un gramme après 10 semaines de traitement, mais il ferait aussi perdre à un obèse en moyenne annuelle 9 kg tout en augmentant son taux de bon cholestérol et en baissant le taux de triglycérides. Le rimonabant agit en effet sur les mécanismes du cerveau et des cellules nerveuses qui interviennent dans le contrôle de l’équilibre énergétique de la personne. Plutôt que de limiter un système techno-industriel pernicieux, la chimie adapte les gens…

La Biosphère se marre : les individus se croient complètement libres dans une société où on les a fortement incité à fumer et à grignoter n’importe quoi n’importe quand, et après on leur fait prendre « librement » des pilules qui les soulage du poids de leurs inconséquences.

24.09.2005 Leader des services de développement durable

On peut ainsi lister les enjeux du développement durable : la croissance démographique et son corollaire la concentration urbaine ; les menaces sur la qualité des ressources naturelles et leur renouvellement ; le réchauffement climatique du à l’effet de serre ; l’accès aux services essentiels dans le pays émergents. Ce n’est pas là le discours d’un écologiste, mais celui d’H.Proglio, PDG de l’entreprise Veolia-environnement, première entreprise mondiale de services à l’environnement, partenaire du développement des grandes cités, expert en eau et propreté. Ses objectifs d’entreprise sont donc les suivants : privilégier l’économie des ressources rares et leur protection, le recyclage et la valorisation, la production ou l’utilisation d’énergies renouvelables. Très bien, 20 sur 20.

Mais quand Veolia construit en Israël une usine de dessalement de l’eau de mer pour alimenter 10 % de la population israélienne, quand Veolia réutilise après traitement 10 % des eaux usées pour irriguer les espaces verts d’un golf, soit 100 000 m3 d’eau par an, la Biosphère commence à se méfier de cette contradiction entre le discours et les actes.

22.12.2005 Nous disons protéger l’environnement

Les grosses entreprises éditent des brochures luxueuses intitulées « rapport environnement et citoyenneté ». Ainsi les Aéroports de Paris sont fières de déclarer en couverture : « We support the Global Impact » (pacte mondial de l’ONU pour le développement durable, regroupant des entreprises de tous les pays). Les Aéroports de Paris se gardent bien de mesurer les émissions de gaz à effet de serre des avions en vol et la destruction d’une ressource rare, le pétrole, que cela implique. En fait l’objectif en tant qu’opérateur logistique est surtout centré sur l’image qu’on veut donner de la qualité de vie des riverains. Quant à l’impact de ses activités au sol, peu de choses : l’application de normes (ISO 14001) quand on peut le faire, une centrale électrique de secours qui est obligé de fonctionner en continu à cause d’un démarrage trop lent des turbines, des analyseurs de fumée (on est de plus en plus fort pour constater les dégâts), des audits et des discours pour « former les acteurs à tous les projets futurs », un « aéroport écologique » puisque on met à disposition des entreprises sous-traitantes un système de diagnostic environnemental ! Le lecteur devient aussi très informé, il peut ainsi savoir qu’au décollage, les moteurs des avions tournent à plein régime et émettent essentiellement des oxydes d’azote, à l’atterrissage les combustions sont incomplètes et il y a donc rejet de monoxyde de carbone et d’hydrocarbures imbrûlés ! Et alors ?

Pour normaliser le climat de la Biosphère, il est malheureusement encore loin le temps où les humains se rendront compte que les aéroports doivent disparaître puisque les avions n’auraient jamais du voler…

4 réflexions sur “Nos écrits en 2005 sur l’action des entreprises”

  1. Misère misère !

    En 2026 l’écoblanchiment domine encore… bien évidemment.
    Et probablement encore plus qu’il y a 20 ans. Aujourd’hui TOUT est vert, propre, durable, recyclable, écoconçu et tout et tout. Le nucléaire et l’électricité, bien sûr. Les bagnoles, les avions, les vélos, les trottinettes etc. etc. etc. Même les jeux du cirque. Le Tour de France, les J.O et j’en passe n’ont jamais été aussi « écologiques ».
    Et là derrière le monde du Pognon. Les banques et bien sûr les entreprises. Les plus grosses étant les plus vertes, bien évidemment. Belles chartes, beaux logos, belles pubs et tout le toutim !
    Et enfin il eut été dommage d’oublier nos politicards, et donc nos gouvernements. (à suivre)

    1. HYPOCRISIE TOTALE !

      (suite) Nos gouvernements, nos dirigeants… que NOUS avons mis là, démocratiquement !
      Et qui, comme ON peut le voir, tous les jours… s’efforcent de lutter contre toutes ces catastrophes qui nous tuent de tous les côtés, lentement mais sûrement.
      Le Réchauffement, la Pollution, la Malbouffe, la Corruption, la Guerre etc. etc. etc.
      Et même contre l’Ecoblanchiment.
      – Évitez les pièges de l’écoblanchiment : quand c’est trop vert pour être vrai ! (economie.gouv.fr)
      – L’arsenal juridique de la lutte contre l’écoblanchiment bientôt complété : impacts de la directive européenne 2024/825 (economie.gouv.fr 30/09/2025)

      1. Misère misère !

        Et que dire du con-sot-mateur… électeur à ses heures ?
        Si ce n’est qu’il s’accommode plutôt pas mal de cette hypocrisie totale.
        Du moins, c’est l’impression qu’il me donne. Mais bon…

  2. Parti d'en rire

    Du Greenwasking au Greenhushing, en passant par le Whataboutism, le Reporting, le Backlash, sans oublier les Woke. J’adoooore les anglicismes ! Explications :
    Comme le Greenwashing est de plus en plus fliqué, et sanctionné, saloperies d’obligations va, il ne fait donc plus assez recette. Du coup les entreprises, toujours à la pointe de l’innovation, ont inventé une nouvelle stratégie. Le Greenhushing. Qui consiste à ne pas se vanter. La Modération quoi.
    Oui mais voilà, là encore elles ne sont pas à l’abri du Whataboutism. Autrement dit des mauvaises langues. Du coup les entreprises, notamment les plus « honnêtes », les pauvres, ne savent plus trop quoi inventer. Autrement dit sur quel pied danser. C’est formidable !
    Mais moi je leur fais entièrement confiance. Autrement dit ON n’en sort pas.
    – Greenhushing : le nouveau danger en matière de communication environnementale
    (welcometothejungle.com 22 juil. 2024)

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