Nos écrits en 2005 sur l’action individuelle

Nous sommes en 2026

et l’éco-anxiété mine les militants

09.10.2005 Modification des comportements ?

En France, la distance moyenne parcourue par véhicule progresse (autour de 17 000 kilomètres déjà) et les déplacements domicile-travail ne cessent de s’allonger : presque 61 % des actifs ayant un emploi en 1999 travaillaient hors de leur commune de résidence et les trajets atteignent en moyenne une quinzaine de kilomètres chaque jour. La vie de famille et l’achat d’une résidence sont en effet difficilement compatible avec le rapprochement du lieu de travail ; ainsi les 2800 salariés de Toyota dans le nord de la France habitent à plus de 30 kilomètres de leur usine. D’un autre côté la voiture est une ressource essentielles pour l’Etat, elle concentre une part importante de la fiscalité indirecte : la moitié des foyers fiscaux ne sont pas assujettis à l’impôt sur le revenu, mais ils sont tous soumis aux prélèvements obligatoires sur la bagnole (TIPP, TVA, carte grise, taxes sur les assurances). Il faut bien débourser au jour le jour et rembourser d’une manière ou d’une autre les 1000 milliards de dette accumulés par l’Etat français ces vingt dernière années ! Dans ces conditions, ni les ménages ni l’Etat n’ont intérêt à se passer de la bagnole. Alors comment modifier les comportements si ce n’est par le renchérissement du prix à la pompe ?

La Biosphère constate que tout ce qu’on apprend aux étudiants en économie n’était que mensonge et billevesées, ainsi de la recherche de l’intérêt personnel comme fondement du bonheur collectif et du maintien de l’emploi sans aucune considération du stock et de la destination des ressources fossiles. Cette erreur fondamentale qui a justifié le capitalisme et le liberté individuelle de faire n’importe quoi empêche la révolution mentale vers une restriction drastique des déplacements. La soi-disant « science » économique devrait modifier de toute urgence son discours pour étayer un renversement de l’action citoyenne et politique.

14.10.2005 Impuissance médiatique

En 1992, une étude australienne a montré que la télévision présentait le sort des victimes de catastrophes sans restituer leur contexte historique et social ; encore plus grave, les évènements étaient présentés comme étant hors de tout contrôle individuel ou collectif. Une autre étude en 1993 sur le traitement du thème environnemental dans la presse écrite française relevait aussi des comportements de dénonciation sans que soit évoqué la possibilité d’une mobilisation populaire. Aujourd’hui encore presse et télévision se caractérisent toujours par une préférence pour des horizons proches et une description d’un univers sur lequel l’emprise de la fatalité est grande, où l’individu est isolé et impuissant, où l’action des pouvoirs publics est insuffisante.

Pourtant des actions individuelles telles que le tri de déchets ou le renoncement à la voiture n’acquièrent un sens que dans le cadre d’une vison collective de la cohésion sociale : le consensus sur la sobriété volontaire n’adviendra qu’à partir du moment où s’instaurera la croyance de chacun en la soumission de tous les autres, c’est-à-dire sous l’emprise de la nécessité de sauver la Biosphère… et les humains par la même occasion.

15.10.2005 Votre profil écologique

La dernière enquête pour l’Ademe (agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie) montre que la pollution arrive en tête des préoccupations des Français, devant même le chômage et les inégalités sociales. Pourtant 56 % des personnes interrogées considèrent que les gestes individuels pour lutter contre l’effet de serre ne sont pas efficaces alors même que 50 % des émissions de gaz carbonique sont liées aux usages privés de l’énergie. Science&Vie d’octobre propose une série de tests conçus à partir des données de l’Ademe, batterie de questions-réponses qu’il est urgent de diffuser, ainsi :

  1. un thermostat d’ambiance programmable permet de réduire sa consommation d’énergie de… 10 à 20 %

  2. Rouler à 90 km/h au lieu de 115 réduit la consommation d’essence de… 20 %.

  3. Au début des années 70, il y avait 2,5 millions d’éléphants, combien en reste-t-il… 400 000

  4. Jusqu’à combien de pucerons une coccinelle dévore-t-elle chaque jour… 100 à 200

  5. Les emballages représentent… 50 % des déchets ménagers

  6. Pour digérer un chewing-gum, la nature met… 5 à 6 ans

  7. Se brosse les dents pendant 3 minutes en laissant le robinet ouvert, c’est gâcher jusqu’à… 18 litres

(seule la bonne réponse a été conservée)

Puisse tous les enseignants de l’univers enseigner la protection de la Biosphère !

16.10.2005 The limits to growth

Dans son livre paru en 1972, The limits to growth, le Club de Rome a fait extrapoler par un organisme de recherche reconnu les données existantes pour formuler des scénarios du futur avec cinq paramètres : la croissance démographique mondiale, l’alimentation per capita, la production industrielle, la pollution et les stocks de ressources non renouvelables. Les auteurs ont reconsidéré en 1992 la validité de leurs projections et, l’inertie étant extrêmement importante dans l’évolution de ces paramètres, vingt ans n’ont rien changé : ainsi l’alimentation a atteint son sommet dans le monde en 1984, à peu près au moment indiqué par le rapport et la croissance démographie a commencé à ralentir au début des années 1990, encore une fois suivant la projection du scénario. Tout continue de présager une situation chaotique aux alentours de 2025.

Les personnes qui veulent encore en 2005 toujours plus de croissance économique et démographique sont des personnes nuisibles non seulement pour la santé de la Biosphère, mais en conséquence pour l’espèce humaine elle-même.

16.11.2005 Pédagogie de la catastrophe

Le progrès technique n’est plus un choix de la conscience, mais une drogue à laquelle vous êtes tous accoutumés et à laquelle il est presque impossible de renoncer volontairement : même le militant écologiste au sortir d’une réunion pour sauver la planète retourne le plus souvent chez lui en voiture et non à pied, tourne le commutateur plutôt que d’allumer la chandelle, prend une bière au frigidaire plutôt que d’aller tirer l’eau du puits et regarde la télévision en continuant de pester contre l’abêtissement de la société du spectacle. Seul un échec historique de la civilisation fondée sur l’utilitarisme et le progrès pourrait faire découvrir que le bonheur n’est pas de vivre en grand, mais de vivre bien. Seule une catastrophe du type pétroapocalypse pourra dessiller les yeux de tous ces adeptes plus ou moins fascinés par la technique.

La Biosphère attend, elle est patiente, très patiente, elle existe depuis 3,5 milliards d’années, les homo sapiens depuis 150 000 ans environ, la révolution industrielle depuis 200 ans seulement !

1 réflexion sur “Nos écrits en 2005 sur l’action individuelle”

  1. Parti d'en rire

    – « Nous sommes en 2026 … et l’éco-anxiété mine les militants »

    Serait-ce donc ça, le Problème… cette foutue maladie, à la mode (dans l’air du temps), qui est en train de tuer, à petit feu, tous nos braves militants ?
    Et qui en attendant les fait terriblement souffrir, les pauvres, allo Maman bobo !
    Mais si ce n’est que ça, je vous rassure, enfin j’essaie. Parce que je sais bien qu’ON dit que pour la guérir, disons la gérer… l’engagement militant est un bon remède.
    – Engagez-vous, rengagez-vous, qu’ils disaient …. (ensae.org 3 juillet 2017)
    Engagez-vous, vous verrez du pays ! La bonne blague. Bref, il ne faut pas toujours écouter ce qu’ON dit. Mais nom de dieu quand un remède ne marche pas, qu’est-ce qu’ON fait ??!!
    Eh ben ON en change, tout connement ! Et pour commencer ON change de toubib, ou de rebouteux. Jusqu’à trouver ce qui marche le mieux. C’est terrible ça, en plus je l’ai dit mille fois… à chacun sa came bordel !

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