Nos écrits en 2005 sur l’action politique

Nous sommes en 2026

et les politiciens sont anti-écolos !!!

01.02.2005 la biodiversité en péril

Selon l’Union mondiale pour la nature, 12 à 52 % des espèces actuelles seraient menacées. Le manque de précision provient des lacunes de l’inventaire des espèces, mais on peut déjà penser à une sixième extinction (la dernière a vu la disparition des dinosaures il y a 65 millions d’années) et cette fois l’activité humaine en est presque le seul et unique responsable. Il ne suffit pas d’accroître les connaissances comme le propose (le propose !) la Conférence internationale de Paris alors que la Biosphère ressent l’impérieuse nécessité que les humains passent à l’action et freinent leur activisme effréné. Mais pour François d’Aubert, ministre délégué à la recherche, « l’instruction de ce dossier devra être rapide afin qu’un rapport soit finalisé pour la prochaine conférence des parties à la Convention de la diversité biologique » (en l’an 2006 au Brésil). Combien d’espèces auront-elles disparues d’ici-là ?

Les scientifiques détectent les signes de la dislocation de la vie sur Terre et les politiques attendent…

28.02.2005 Les devoirs envers l’environnement

Le président J.Chirac avait lancé en janvier 2003 les premières assises de la charte de l’environnement : « Aux côtés des droits de l’homme de 1789 et des droits sociaux de 1946, et au même niveau, nous allons reconnaître les principes fondamentaux d’une écologie soucieuse de devenir de l’homme ». Le 28 février 2005, un texte était approuvé par les parlementaires réunis en Congrès :

« Le peuple français, Considérant,

« Que les ressources et les équilibres naturels ont conditionné l’émergence de l’humanité ;

« Que l’avenir et l’existence même de l’humanité sont indissociables de son milieu naturel ;

« Que l’environnement est le patrimoine commun des êtres humains ;

« Que l’homme exerce une influence croissante sur les conditions de la vie et sur sa propre évolution ;

« Que la diversité biologique, l’épanouissement de la personne et le progrès des sociétés humaines sont affectés par certains modes de consommation ou de production et par l’exploitation excessive des ressources naturelles ;

« Que la préservation de l’environnement doit être recherchée au même titre que les autres intérêts fondamentaux de la Nation ;

« Qu’afin d’assurer un développement durable, les choix destinés à répondre aux besoins du présent ne doivent pas compromettre la capacité des générations futures et des autres peuples à satisfaire leurs propres besoins ;

« Proclame :

Art. 1er. – Chacun a le droit de vivre dans un environnement équilibré et respectueux de la santé.

Art. 2. – Toute personne a le devoir de prendre part à la préservation et à l’amélioration de l’environnement.

Art. 3. – Toute personne doit, dans les conditions définies par la loi, prévenir les atteintes qu’elle est susceptible de porter à l’environnement ou, à défaut, en limiter les conséquences.

Art. 4. – Toute personne doit contribuer à la réparation des dommages qu’elle cause à l’environnement, dans les conditions définies par la loi.

Art. 5. – Lorsque la réalisation d’un dommage, bien qu’incertaine en l’état des connaissances scientifiques, pourrait affecter de manière grave et irréversible l’environnement, les autorités publiques veillent, par application du principe de précaution et dans leurs domaines d’attributions, à la mise en oeuvre de procédures d’évaluation des risques et à l’adoption de mesures provisoires et proportionnées afin de parer à la réalisation du dommage.

Art. 6. – Les politiques publiques doivent promouvoir un développement durable. A cet effet, elles concilient la protection et la mise en valeur de l’environnement, le développement économique et le progrès social.

Art. 7. – Toute personne a le droit, dans les conditions et les limites définies par la loi, d’accéder aux informations relatives à l’environnement détenues par les autorités publiques et de participer à l’élaboration des décisions publiques ayant une incidence sur l’environnement.

Art. 8. – L’éducation et la formation à l’environnement doivent contribuer à l’exercice des droits et devoirs définis par la présente Charte.

 Art. 9. – La recherche et l’innovation doivent apporter leur concours à la préservation et à la mise en valeur de l’environnement.

 Art. 10. – La présente Charte inspire l’action européenne et internationale de la France. »

La Biosphère constate avec soulagement que les humains reconnaissent pour la première fois dans un texte fondamental qu’ils ont des devoirs envers l’environnement beaucoup plus qu’ils n’ont de droit pour eux-mêmes. L’année 2005 n’est donc pas complètement vide de sens, même si on parle encore d’environnement plutôt que de protection de la Nature !

24.06.2005 La démocratie en panne

Bien plus que le vote, la démocratie, c’est aussi la reconnaissance des droits d’information et d’expression, la séparation des pouvoir ; bien plus que ces principes généraux, la démocratie c’est surtout l’existence de citoyens qui agissent en toute connaissance de cause et au mieux de l’intérêt de tous. Autant dire que la démocratie peut se fourvoyer par manque de clairvoyance ! Ainsi une procédure de démocratie directe comme le référendum, très chouette en apparence, est toujours interdite par la Constitution allemande à cause de la montée du nazisme. Quand les boussoles sont affolées, quand la démagogie s’allie au populisme, l’expérience historique montre que la démocratie a peu de chances d’aboutir à de bons résultats : ainsi s’explique pour partie le Non au projet de Traité constitutionnel européen, ainsi s’explique complètement la cécité humaine en matière d’énergie, une cécité sciemment entretenue : quatre pages de supplément inséré dans un quotidien national par une association intitulée alternatives, parler autrement de l’énergie pour ce titre : « Union européenne, un nouveau paysage énergétique ? ». Apparemment il s’agit d’une bonne analyse faite. En fait il s’agit d’une publicité initiée par Areva, entreprise qui « propose à ses clients des solutions technologiques pour produire l’énergie nucléaire et acheminer l’électricité ».

Sous couvert de s’occuper de l’indépendance énergétique de l’Europe élargie, cette publicité présente ainsi Areva : « AREVA, pour l’accès à l’énergie pour le plus grand nombre » (EDF et ses sbires s’ingénient à laisser croire que l’électricité est un bien essentiel), « AREVA pour la préservation de la planète » (comme on devrait le savoir, l’énergie nucléaire n’émet presque pas d’effet de serre !), « AREVA et sa responsabilité vis-à-vis des générations futures » (la gestion des déchets nucléaires, non résolues à ce jour, sera décidée en 2006 seulement et de toute façon imposée aux générations futures vu la durée de vie de ces déchets) ». La démocratie, ce n’est vraiment pas possible avec des journaux financés indirectement par les industriels et leurs pubs qui détournent la réalité et font du populisme. La démocratie peut aussi bien préserver la planète que laisser libre cours à la folie humaine !

28.06.2005 Hommage à l’impuissance

Il est rare que La Biosphère puisse faire un compliment sur une personnalité politique. Pourtant le discours de départ du ministre français de l’écologie Serge Lepeltier justifie cet hommage :

« Ces quatorze mois comme ministre de l’écologie m’ont beaucoup apporté, mais je suis un peu triste de partir alors que j’étais au milieu du gué ; pour des actions comme celles requises par l’écologie, il faut au minimum deux ans. J’ai réalisé que les enjeux environnementaux sont plus considérables qu’on ne le dit et qu’il est urgent de mettre l’environnement au cœur de toute politique. Les décisions qu’on a prises ne sont pas suffisantes, loin de là, mais j’ai dû entrer dans le système existant, et je pense qu’il faut totalement le changer. Mon ministère est un ministère qui dérange, l’«empêcheur de tourner en rond». Alors ceux que l’on dérange, les représentants d’intérêts particuliers, ne souhaitent qu’une chose, c’est qu’il n’existe pas. C’est ma crainte. On ne le supprimera pas, c’est impossible politiquement. Mais, sans le dire, on risque de n’en faire qu’une vitrine. Pourtant l’enjeu est tel qu’il faut absolument changer d’échelle. Sur le plan structurel, trois mesures me paraissent essentielles. D’abord, le budget. L’objectif minimal, c’est que le budget du ministère de l’Ecologie représente au minimum 1 % du budget de l’Etat. Cela paraît dérisoire, mais c’est le multiplier par trois ! Et puis il faut changer le périmètre de ce ministère, lui adjoindre l’Energie. La question centrale en matière d’écologie, c’est le changement climatique, et donc la question énergétique. Or ce ministère n’a pas la responsabilité de l’énergie, il ne l’a jamais eue. Il n’est donc pas responsable du développement des énergies renouvelables, des éoliennes, du solaire, c’est absurde ! Enfin, ce ministère doit être placé à un niveau plus élevé dans la hiérarchie gouvernementale, au même niveau que la Défense, les Affaires étrangères ou l’Intérieur. Sur le fond, je pense qu’il faut réconcilier économie et écologie et, pour cela, intégrer dans les coûts de production l’empreinte écologique. On pourrait, par exemple, faire passer la TVA à 33 % pour les produits les plus polluants et à 0 % pour les produits propres, la moyenne restant à 20 %.

Aujourd’hui, la France est enlisée, elle souffre aussi du manque d’emplois. Je pense que les valeurs de l’écologie [anticipation, respect de la nature donc de l’autre, équilibre, diversité] ­ peuvent être une des clés de la réorganisation de la société. Il faut que nous passions d’une société d’excès à une société d’équilibre ».

26.07.2005 Ministère de merde

La ministre de l’écologie N.Olin a annoncé que l’introduction de nouveaux plantigrades dans les Pyrénées aurait lieu au printemps 2006 et non à l’automne 2005. Malgré la mort récente de la dernière femelle Cannelle, Mme Olin veut éviter de braquer les élus locaux et les éleveurs : les considérations politiques l’emportent sur les engagements du ministre précédent S.Lepeltier.

Alors que pour sauver la biodiversité, il faudrait la magnifier, le ministère de l’écologie est de plus en plus étriqué, tant sur le plan économique que sur le plan politique. Dans le futur proche, il faudrait donc que ce ministère soit placé à un niveau qui lui confère une autorité interministérielle, une autorité transversale pour faire respecter la biodiversité, enrayer le changement climatique, se passer des ressources fossiles… Mais les humains préfèrent ne pas regarder l’avenir en face.

11.10.2005 Décroissance sélective

Il faut attendre la motion ponctuelle 17 des Verts en 2004 pour voir enfin défini politiquement le concept de décroissance. Ils disent en résumé que la critique anti-productiviste dont les Verts sont porteurs implique nécessairement la préconisation d’une décroissance ciblée sur des objectifs concrets :

décroissance

  • des hauts revenus

  • de l’exploitation des ressources non renouvelables

  • de la production et de la vente de pesticides

  • des transports aériens et routiers.

Cette décroissance sélective pourrait fournir le mot clé qui identifie l’écologie politique et le parti Vert comme tout autre chose qu’une composante « bobo » de la nébuleuse « gauche ». En effet ce mot irrécupérable (à l’inverse du développement durable) par les faiseurs de consensus mou résonne comme un avertissement grave avant le redoutable choc pétrolier structurel en préparation pour les très prochaines années. Malheureusement du point de vue de la Biosphère, on constate que ce n’était là qu’une toute petite motion dont personne chez les Verts, à part Y.Cochet et son dernier livre sur « Pétrole-apocalypse » (Fayard), n’a prolongé les prémices.

13.10.2005 Processus délibératif

Sur les questions d’environnement, il n’y a pas de décideur, il n’y a que des mécanismes de décision qui font interagir des individus ou des groupes qui ont à la fois des représentations différentes du problème débattu et des poids différents dans la discussion. Donc nécessairement le processus délibératif devient sans fin. Une conférence des citoyens sur un sujet (par exemple les OGM) n’aura que des impacts politiques et décisionnels faibles, que la préparation soit bâclée comme en France ou dure deux années comme en Suisse. Les politiques se contentent d’un affichage de volonté réformatrice en ne s’engageant que pour des actions minimales ou illusoires. En conséquence, un forum de citoyens doit être assuré de durer longtemps car seule la continuité permet les itérations successives nécessaires pour aboutir à un consensus efficace.

La Biosphère ne sera pas sauvée par des démarches participatives car plus rien dans la société actuelle n’a le pouvoir de durer quand les scientifiques s’opposent aux scientifiques, les politiques aux politiques, sans parler de l’impossible dialogue entre scientifiques et politiques, politiques et opinion publique, opinion publique et réalité. Seule la catastrophe réalisée (une pétroapocalypse ?) rassemble. Alors en attendant, que les plus courageux d’entre vous passent à l’action directe !

15.10.2005 L’écologie peut-elle être sous-traitée ?

A ses débuts le mouvement écologiste se voulait un mouvement biodégradable : on allait aux élections, puis on dissolvait le mouvement en se disant « Ça y est, maintenant les politiques vont réagir et prendre la question en charge, ce n’est plus notre boulot ». Et puis rien n’a bougé et c’est comme ça que les Verts se sont constitués, et puis presque rien n’a bougé encore une fois. Il faut constater que les politiques ne réagissent que par les rapports de force et non par rapport à la raison raisonnante : en effet ils ne peuvent intégrer les thèmes écologiques que dans la mesure où la société elle-même les a intégrés, ils ont toujours du retard par rapport à la réalité ! Que le PS sous-traite encore avec les Verts les problèmes écologiques, ou que l’UMP se contente des paroles de Chirac dites en 2002 au sommet de la Terre (« la maison brûle »), démontre bien cet état d’esprit arriéré.

Pour sauver la Biosphère, les militants des partis écologistes devraient en conséquence s’engager tous dans les partis traditionnels : les vieilles branches marxistes ou social-libérales feraient alors certainement de nouvelles pousses environnementalistes…

18.11.2005 Contamination des eaux

Une directive européenne sur la pollution causée par certaines substances dans le milieu aquatique a été édictée en 1976. A l’issue d’un long contentieux avec la France, la commission de Bruxelles a adressé une mise en demeure mi-2004 par laquelle elle critique l’absence d’un instrument juridique contraignant pour les normes de qualité dans les milieux aquatiques et l’insuffisance du programme d’ensemble (absence d’objectifs de réduction, critique du processus de sélections des substances, insuffisance de la surveillance…). En réponse à cette mise en demeure, la France se contente de proposer pour 2005 un état des lieux identifiant la présence de molécules polluantes dans les milieux aquatiques. De plus la commission européenne a annoncé en janvier 2005 qu’elle engageait des poursuites contre la France pour non-respect de la directive Natura 2000 ; notez bien l’écart entre les deux dates ! La France a pourtant déjà été condamné pour ce fait par la cour européenne de justice en 2001 et 2002.

La France se fout complètement de l’état de la Biosphère, les humains s’empoisonnent sans contrôle, mais que font donc les parlementaires français ?

26.12.2005 Enfin des villes qui agissent

Lyon fait travailler 17 moutons pour tondre les pelouses d’un cimetière de 2 hectares, c’est un cheval de trait qui ramasse les 257 poubelles du parc le plus fréquenté de la ville, on fait du désherbage manuel ou on laisse pousser l’herbe pour ne pas utiliser les phytosanitaires, les déchets végétaux enrichissent les sols, la population apprend à marcher sur des tapis de feuille mortes et on n’utilise que des bio-lubrifiants en attendant les biocarburants. Chalon sur Saône alimente le tiers des habitations de la ville avec une chaufferie au bois, les maisons en construction ont le label HQE (haute qualité environnementale), les employés municipaux sont éduqués à la lutte contre le gaspillage (extinction des ordinateurs avant de quitter le service…), des campagnes d’information et de conseils auprès des habitants sont entreprises : moralité, le programme d’action tablait sur une réduction de 5,2 % (objectif du protocole de Kyoto) des rejets de gaz carbonique en trois ans, on a dépassé les 8 %.

Puisque ces deux exemples montrent que d’autres voies sont possible, la Biosphère espère que les humains changeront de pratiques le plus rapidement possible.

4 réflexions sur “Nos écrits en 2005 sur l’action politique”

  1. Parti d'en rire

    Je dirais mieux, en 2026 les politiciens sont TOUS anti-écolos !!!
    Tiens la Preuve, ils sont TOUSTES anti-malthusiens. Natalistes quoi.

  2. – « […] Mon ministère est un ministère qui dérange, l’«empêcheur de tourner en rond». Alors ceux que l’on dérange, les représentants d’intérêts particuliers, ne souhaitent qu’une chose, c’est qu’il n’existe pas. C’est ma crainte. On ne le supprimera pas, c’est impossible politiquement. Mais, sans le dire, on risque de n’en faire qu’une vitrine. […] » (Serge Lepeltier en 2005)

    – « pour préserver l’avenir de la planète et de l’humanité, il faut engager des politiques ambitieuses très rapidement ». (L’ancien ministre Serge Lepeltier : « En matière de politiques environnementales, il faut aller plus loin et plus vite » – leberry.fr 06 juin 2020)

    Oui il faut, et yaka etc. (à suivre)

    1. esprit critique

      (suite) Seulement tout le monde voit le décalage entre les belles paroles et les actes.
      – « Notre maison brûle et nous regardons ailleurs » (Chirac en 2002)
      Et des comme ça, en 2026… nous en avons des tonnes et des tonnes ! Toujours plus !
      Quant à Serge Lepeltier, si ce n’est qu’il a vu juste, au sujet de la vitrine, n’oublions pas qu’il n’était pas le premier à parler du « ministère de l’impossible ».
      Tous en ont dit à peu près la même chose. Après coup bien sûr.
      De mon point de vue, il n’y a pas à rendre hommage au blablabla. Et surtout pas à l’hypocrisie. N’oublions pas non plus le bord politique de cet ex sinistre.
      En 2026 la Gauche est à la ramasse. Et l’Écologie avec, par la force des choses.
      Eh oui, et n’en déplaise à tous ceux qui croient encore qu’Elle pourrait être de droite…
      Ou alors au dessus… ou je ne sais où.
      Une chose est sûre, avec cette façon de penser Elle est partout, et donc nulle part !

      1. tous des faux-culs !

        – « Dans un message posté sur ses réseaux sociaux, en réaction aux incendies en Amazonie, Emmanuel Macron s’est inspiré de votre formule. Cette phrase, auriez-vous accepté de l’écrire pour lui ?
        Non, sûrement pas. Chez Emmanuel Macron, il y a les discours, les discours et les discours (sic). Il ne fait pas grand chose. [etc.] »
        (Jacques Chirac : l’histoire de sa phrase culte « Notre maison brûle et nous regardons ailleurs » – Reporterre – Entretien avec Jean-Paul Deléage 26 septembre 2019)

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