Nos écrits en 2005 sur le sentiment d’interdépendance

Nous sommes en 2026,

on réfléchit… de temps en temps !

04.06.2005 Coexistence pacifique

Il faudrait apprendre à composer avec la nature sauvage. C’est ce que font déjà les éleveurs italiens dans le parc national des Abruzzes où on dénombre 60 à 70 loups. Contrairement à la France, les bergers n’ont jamais perdu la mémoire de cette vie partagée avec les ancêtres des chiens et les techniques pastorales sont les mêmes depuis très longtemps. Un troupeau ne dépasse jamais 350 têtes et les bêtes sont accompagnées de chiens de type patous capables de les protéger. Les brebis sont parquées chaque soir dans des enclos, à l’abri de barrières métalliques hautes de deux mètres. C’est ce qui est préconisé en France, mais comme il faut aussi embaucher des bergers supplémentaires, pas grand chose ne se fait.

Au lieu de distribuer de l’argent supplémentaire ou de baisser les charges sociales pour réduire le chômage, mieux vaudrait retrouver une harmonie avec l’environnement, ce qui nécessitera de la sueur, beaucoup moins de matériel sophistiqué et beaucoup plus de main d’œuvre.

25.07.2005 La vraie valeur de la Biosphère

Pour l’anthropocentrisme habituel, seuls les humains possèdent une valeur intrinsèque et les êtres de nature ne constituent que des valeurs instrumentales adaptables aux besoins humains. Pour le pathocentrisme, les êtres sensibles (tous ceux qui peuvent souffrir) possèdent aussi cette valeur intrinsèque. Pour le biocentrisme tout être vivant, même si leur vie est limitée à la survie et la reproduction, puisque toute vie possède sa fin propre. Pour Biosphere, les humains doivent ouvrir leur esprit bien au delà : toute la communauté biotique (ensemble des organismes vivants au niveau d’un biotope) doivent être considéré comme formant un tout inaliénable caractérisé par la biodiversité et l’homéostasie de l’ensemble.

Les humains ne doivent être que les accompagnateurs des autres espèces dans l’odyssée de l’évolution, ils doivent donc diminuer drastiquement leur nombre, leur puissance et leur vanité pour apprendre l’humilité.

24.10.2005 Complémentarité et interdépendances

Les larves aquatiques de plusieurs variétés d’insectes représentent à certaines saisons une grande partie de la nourriture des poissons d’eau douce, tandis que d’autres larves se nourrissent du frai des prédateurs, ainsi l’éphémère pour le saumon. Par une sorte de chaîne circulaire, la destruction du moustique, nourriture de la truite qui mange aussi l’éphémère risque donc d’entraîner la raréfaction de ce dernier dans les eaux où, sans les insecticides, il serait abondant. Il y a aussi d’autres troublantes chaînes d’interdépendance comme celle qui lie les chats aux mulots, les mulots au bourdons et les bourdons au trèfle rouge : si les chats diminuent, les mulots proliféreront et dévoreront les bourdons qui n’assureront plus la pollinisation du trèfle rouge. Toute la Nature est donc liée par des liens étroits et toute créature vivante est nécessaire au bien-être de quelques-unes des myriades de formes de vie qui peuplent la Terre.

Il ne faut pas toucher brutalement à un élément de la Biosphère sans dommage irréversible et le plus souvent invisible au départ. C’est pourtant ce que font les humains qui se multiplient sans entrave car ils ont pris l’habitude de formater les conditions naturelles selon leurs exigences plutôt que de s’adapter à ces contraintes : malheur à eux.

27.10.2005 Substitution ou coopération ?

Une grande partie du développement de la société industrielle a été basée sur la technique de substitution entre facteurs de production (travail, capital technique et ressources naturelles) et la plupart des économistes extrapolent cette expérience passée pour prédire l’avenir : l’agriculteur fera des cultures hydroponiques après la désertification, le forestier cultivera des graminées à la place des forêts disparues, on changera de profession ou on émigrera au Nord. L’autre conception recherche la coopération avec la Nature et non la substitution anthropocentrée. Ainsi la nouvelle norme FSC (Forest Stewardship Council) pour une certification d’opérations forestières dans la forêt boréale exige non seulement le respect des conditions de travail mais aussi celui de la pérennité de la ressources, le maintien des écosystèmes et la sauvegarde des communautés locales.

Il est clair que la Biosphère ne pourra longtemps garder son intégrité si c’est la première tendance qui continue à faire la loi !

27.12.2005 Le dernier mot à la coopération

Le prix Nobel d’économie est habituellement décerné à d’ardents défenseurs de la microéconomie et de la compétition, ce qu’on appelle élégamment la « concurrence ». Oublions l’un des deux prix Nobel attribué à quelqu’un qui a justifié la course aux armements nucléaires en tant que forme imparfaite de coopération. Mais cette année 2005 le prix a aussi été décerné à R.Aumann « pour avoir amélioré notre compréhension du conflit et de la coopération ». Il y a d’abord la prise en compte du long terme : quand une interaction sociale se répète au cours du temps, le comportement agressif d’un acteur, même s’il lui est favorable à court terme, lui est défavorable à long terme s’il prend en considération la chaîne de réactions que son comportement va induire. Ensuite la vertu de la médiation qui favorise la coopération même si l’intermédiaire se contente de communiquer avec chaque acteur individuellement. Pour une fois l’économie se rapproche des fondements de l’écologie. Dans l’organisation symbiotique du vivant, ce n’est pas la compétition et la domination qui sont les stratégies les plus efficaces, mais les systèmes de coopération. Un naturaliste américain faisait remarquer qu’on ne trouve pratiquement pas d’individualisme dans la Nature, une communauté biotique fonctionne comme une république de plantes et d’animaux étroitement associés se rapprochant davantage d’un organisme autonome qu’aucune de ses parties constituantes. L’avantages des alliances biotiques, c’est que la coopération est totalement inconsciente, une interdépendance mutuelle automatique. C’est l’équilibre automatique du marché en dehors de toute présence humaine.

Le monde humain est chaotique et entraîne une fragmentation de l’être, alors que celui de la Nature est une communauté étroitement soudée, un organisme complexe unique qui transcende tous les conflits et toutes les mesquineries, un champ de matière parcouru de courants vitaux même si les relations entre proies et prédateurs ne sont pas de tout repos. L’intrusion de la volonté humaine ne peut que perturber cet équilibre dynamique sauf à construire le sens de la coopération non pas simplement entre humains, mais entre activité et humaine et respect des écosystèmes.

7 réflexions sur “Nos écrits en 2005 sur le sentiment d’interdépendance”

  1. Excentrique biocentré

    – « Pour le biocentrisme tout être vivant, même si leur vie est limitée à la survie et la reproduction, puisque toute vie possède sa fin propre. […] Les larves aquatiques […] moustiques […] truites […] chats […] mulots […] bourdons […] trèfle rouge […]
    Toute la Nature est donc liée par des liens étroits et toute créature vivante est nécessaire au bien-être de quelques-unes des myriades de formes de vie qui peuplent la Terre. »
    (Biosphère en 2005 : La vraie valeur de la Biosphère – Complémentarité et interdépendances)

    Sans oublier le nématode du pin. 🙂

  2. Esprit critique

    – « Dans l’organisation symbiotique du vivant, ce n’est pas la compétition et la domination qui sont les stratégies les plus efficaces, mais les systèmes de coopération. »
    ( 27.12.2005 Le dernier mot à la coopération)

    Stratégie… encore un mot guerrier. En fait, dans les écosystèmes compétition et coopération coexistent et se complètent. ON dit que la compétition assure la survie et l’adaptation, tandis que la coopération favorise la reproduction, la protection et la résilience des espèces.
    En ce qui concerne la notre, espèce, reste donc à voir ce qui prime. Si c’est la survie … à la guerre de tous contre tous, dans un monde de morts-vivants branchés de tous les côtés, survivant dans des bunkers climatisés … l’adaptation … à un monde déshydraté, pollué, à +5°… la reproduction … un monde de 15 milliards d’abrutis … la protection … contre les envahisseurs, la montée du niveau de la mer etc. etc. ou encore la résilience … que chacun peut alors penser comme bon lui semble.

    1. – « Un buzzword, ou mot à la mode, est un terme utilisé comme slogan pour désigner une nouveauté technique, commerciale ou conceptuelle et ainsi attirer l’attention sur celle-ci. Son emploi donne l’impression qu’il s’agit de quelque chose d’important et à la mode et que son utilisateur est quelqu’un de compétent » (Wikipédia)

      – « C’est un véritable hold-up sémantique : le cas d’un mot, un concept très sérieux, utilisé à outrance jusqu’à le vider de sa substance. Ce n’est pas un cas isolé. »
      («La résilience ne veut plus rien dire» : voici l’histoire d’un mot qui s’est retourné contre lui-même – Par Quentin Périnel – 4 septembre 2024 lefigaro.fr)

    2. résilience et résilience

      – « Boris Cyrulnik, éminent spécialiste du sujet, la définit avec justesse comme “la capacité à réussir à vivre et à se développer de manière socialement acceptable en dépit du stress ou d’une adversité qui comportent normalement le risque grave d’une issue négative”. […] Bernard Ollivier nous livre cette réflexion percutante : “La résilience, cette faculté de rebondir après les coups durs, ne s’acquiert pas dans les livres. Elle se forge dans l’adversité, comme l’acier dans le feu.” […] Jean Giono, maître dans l’art de dépeindre l’âme humaine, nous offre cette métaphore puissante : “Elle avait cette force particulière des arbres qui plient sous la tempête mais ne rompent pas, retrouvant leur droiture sitôt l’orage passé.” » ( Résilience : définition · exemples · synonymes · origine – laculturegenerale.com )

    3. Coopérer pour éviter les confusions

      – « Les notions de coopération, collaboration et compétition sont très souvent utilisées dans les différents champs des sciences de l’éducation et de la formation. Or, il se trouve que plusieurs confusions interviennent, que nous allons évoquer. […]
      Le contraire de la coopération n’est pas la compétition mais la sécession et la défection, « le fait de ne plus vouloir coopérer » (Laurent, 2018, p. 19). Deux raisons principales expliquent une intention coopérative, la prospérité de l’espèce humaine étant liée à sa capacité à coopérer […] Plus généralement, la coopération est une caractéristique propre à toutes les espèces vivantes, basée sur les principes de sécurité, de confiance et d’égalité. [etc.] »
      (Coopération, collaboration et compétition : entre tensions et proximité – pierre.cieutat.fr)

  3. – « Au lieu de distribuer de l’argent supplémentaire ou de baisser les charges sociales pour réduire le chômage, mieux vaudrait retrouver une harmonie avec l’environnement, ce qui nécessitera de la sueur, beaucoup moins de matériel sophistiqué et beaucoup plus de main d’œuvre. »

    Tout à fait ! Et pas forcément avec plus de sueur, et de larmes. Si le Chômage est une malédiction, alors il faut l’éradiquer. Si le Travail est sacré, alors il faut le partager. Les 30 heures par semaine ne doivent pas être pensées comme un égarement de l’esprit de gauchistes. Pensons déjà à toutes ces paires de bras qui ne foutent rien, quand elles ne brassent pas du vent. Tous ces gens qui exercent des métiers inutiles et néfastes (conception et vente de gadgets et autres saloperies, publicité, politique etc.) qui pourraient être reconvertis (reconverDis).

    1. Déjà dans l’agriculture bio :
      – L’agriculture biologique créatrice d’emplois (orientation-environnement.fr 16/07/2026)
      Mais aussi en nettoyeurs de l’environnement (fossés, forêts, rivières, plages), en bergers, dresseurs de chiens patous, muletiers et dresseurs de mules, etc. etc.

      – « Nous sommes en 2026, on réfléchit… de temps en temps ! »
      De temps en temps, ou tout le temps… seulement il faut voir comment.
      Pour ce qui est de réfléchir à construire ou obtenir le truc ou le machin au meilleur prix, alors là no problemo ! Mais après il ne faut pas leur en demander plus, à nos pauvres penseurs, savants, philosophes et autres intellectuels de pacotille.
      Autrement dit il ne faut pas rêver. Et ON en revient toujours à cette totale absence d’utopie (projet de société), à ce terrible manque d’imagination (décolonisation des imaginaires), et à cette satanée résignation (TINA).

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