Nos écrits en 2005 sur l’épuisement hydrique

Nous sommes en 2026

et le monde entier a soif

30.03.2005 De l’eau, de l’eau

« Chaque être humain a droit à 50 litres d’eau potable par jour ». C’est le minimum indispensable tel que défini par l’OMS (organisation mondiale de la santé). A Johannesburg, chaque foyer reçoit gratuitement 6000 litres par mois, soit la dose journalière normalisée pour quatre personnes. Mais dans les townships, il y a en moyenne huit personnes par maison auxquels il faut ajouter les « backyards » ou cabanes au fond du jardin qui peuvent entasser 5 ou 6 personnes supplémentaires.

La Biosphère ne pense pas que l’eau puisse rester un bien gratuit quand les humains abusent de cette libre disponibilité pour se multiplier indéfiniment…

17.08.2005 De l’eau à sa portée

Belle-Île en mer au large du Morbihan est principalement alimentée en eau de pluie avec trois retenues d’eau d’une capacité totale de 850 000 m3. Mais le risque existe de se retrouver bientôt en rupture d’eau potable en raison de la sécheresse alors que la population de l’île est passée avec le tourisme de 5000 à 50 000 habitants. On envisage le plus sérieusement du monde un ravitaillement par cargo-citerne, reste à construire une plate-forme d’accostage.

Pourtant la solution parait limpide à la Biosphère, il suffit que les touristes n’aillent plus sur Belle-Île ! Il faut savoir vivre avec les ressources locales quand la pénurie s’accroît, cela passe par une limitation des déplacements et des besoins.

19.09.2005 Une institutionnalisation de l’eau

La loi française du 3 janvier 1992 a promu l’eau comme « patrimoine commun de la nation » et posé le principe d’une gestion équilibrée des eaux entre les usagers et le respect de la nature. Encore faut-il, pour légiférer en matière environnementale, que la France soit poussée par une Directive-cadre européenne en l’an 2000. Mais il faut encore attendre la loi du 21 avril 2004 pour prétendre atteindre un « bon état écologique » de toutes les ressources en eau, et ce pour 2015 !!! C’est dans ce cadre dévoyé que les citoyens sont amenés à exprimer leur avis sur la gestion de l’eau entre le 2 mai et le 2 novembre 2005. Débat bâclé puisque les Français commencent juste à savoir courant septembre  qu’il existe une consultation nationale!

La Biosphère ne sera pas sauvée par des démarches participatives car plus rien dans la société actuelle n’a le pouvoir de durer quand les politiques s’opposent aux politiques, les scientifiques aux scientifiques, sans parler de l’impossible dialogue entre politiques et scientifiques, opinion publique et réalité. Seule la catastrophe réalisée rassemble, et en matière d’eau elle est déjà là au niveau national et international.

20.09.2005 Histoires d’eau

Avantage et inconvénient à la fois, les humains sont les seuls animaux capable de reculer pour mieux sauter. Ils passent en effet quelques heures à construire un seau au lieu de boire directement à la source, et ils accroissent ainsi leurs ressources. Ils peuvent aussi allonger ce détour de production en construisant une canalisation et ils obtiennent alors de l’eau à volonté. Un investissement en temps se transforme en capital technique, ce qui permet de capter de plus en plus d’eau. Cette facilité d’accès à l’eau qui coule à domicile ne peut qu’accroître la demande : chaque Français consomme en moyenne 150 litres d’eau par jour dont moins de 2 litres pour la boisson. Il faut en effet constater qu’une douche nécessite 30 à 60 litres, un bain 150 à 200, une lessive en machine 90 à 120 et une chasse d’eau 10 litres à chaque fois. Des quantités énormes d’eau sont acheminées par 800 000 km de canalisations, soit deux fois la distance de la Terre à la Lune. Il faut aussi ajouter les usagers industriels et agricoles. Ainsi dans le bassin Adour-Garonne 2000 industriels utilisent autant d’eau que les 7 millions d’habitants qui y vivent et les surfaces agricoles irriguées couvrent 600 000 hectares.

Les humains n’ont jamais pensé qu’en détournant l’eau de son cours naturel, ils mettaient en péril toute une faune et une flore qui vivait en aval, désormais ils vont eux aussi connaître la pénurie.

21.09.2005 Consultation nationale sur l’eau

Quelle eau voulons-nous en 2015 ? Le comité de bassin Adour-Garonne adresse un questionnaire aux usagers dont certaines réponses à cocher se passent de commentaire :

– Pour satisfaire les besoins en eau présents, faire confiance au progrès technique pour préserver l’avenir.

  • Il est normal que chacun utilise à volonté l’eau qu’il trouve près de chez lui.

  • Les collectivités publiques doivent assumer les coûts des efforts anti-pollution.

  • Constituer et stocker des réserves.

La Biosphère aime au contraire ce genre de réponses :

  • Intensifier dès aujourd’hui les économies d’eau.

  • Aider les agriculteurs à entretenir les zones humides.

  • Chaque usager doit participer au financement des travaux anti-pollution (principe pollueur-payeur).

  • Réduire les surfaces irriguées…

22.09.2005 La guerre de l’eau

Après trois ans de bataille politique, Suez quitte l’Argentine. Le groupe français avait rappelé aux autorités qu’elles avaient refusé de respecter une clause du contrat de concession prévoyant que, en cas de dévaluation du peso, les prix devraient être ajustés automatiquement. Mais l’avenir politique du président Nestor Kirchner était en jeu lors des élections prochaines en octobre : alors d’accord pour les augmentations, mais après le scrutin. Dans un pays émergent comme l’Argentine, secoué par des crises socio-économiques d’une rare violence, la gestion de l’eau est devenue une variable politique importante. Le niveau des tarifs (eau, mais aussi électricité, gaz, téléphone) est un sujet d’affrontements permanents entre les autorités et les multinationales.

La Biosphère sait que tous ces besoins faussement essentiels comme l’électricité et le téléphone tomberont un jour prochain dans les oubliettes de l’histoire car il faudra beaucoup travailler simplement pour un peu d’eau potable et l’alimentation de base.

25.09.2005 Moins d’eau dans les canalisation !

L’indice d’exploitation des ressources en eau de la France, c’est-à-dire le rapport entre les prélèvements (33 milliards de m3) et les apports de pluie (175 milliards) s’élève déjà à 19 %. Un quart de l’eau consommée va au maïs irrigué qui nécessite 1000 à 3000 m3 d’eau par an et par hectare, ce qui ne restitue presque rien au milieu naturel. La répétition des sécheresse comme celle de 2005 et le réchauffement climatique imposent donc des changements dans la gestion de l’eau. Mais si la ministre française de l’écologie plaide pour le recul de la culture du maïs, le ministre de l’agriculture affirme tout au contraire que la France « a besoin » de maïs. Il déclare publiquement que « l’irrigation est une nécessité «  et qu’il souhaite bâtir un programme décennal de stockage de retenues ». A son avis, il faudrait en effet des ressources nouvelles. Face à lui la ministre de l’écologie se révèle dominée, impuissante, elle ajoute : « Je n’imposerai rien, je ne suis pas ministre de l’agriculture ». Mais l’eau ne se crée pas, elle a un volume déterminé qui ne fait que se recycler par évaporations, pluies et infiltrations. Ainsi une retenue artificielle empêche l’eau de pluie de réalimenter les nappes. De plus tout ce qui est pris en plus par une espèce l’est au détriment des autre espèces animales et végétales.

Les milieux naturels souffrent encore plus que les humains, près de 3 500 kilomètres de cours d’eau en France ont été mis à sec, entraînant la mort de la faune et d’une partie de la flore. Pour la Biosphère, ce n’est pas seulement la culture du maïs qui devrait être remise en cause, mais l’ensemble des utilisations forcenées de l’eau par des humains avides et gaspilleurs : un ministère de l’écologie devrait prédominer face au ministère de l’agriculture…

9 réflexions sur “Nos écrits en 2005 sur l’épuisement hydrique”

    1. Parti d'en rire

      Surtout si ces 8 milliards veulent tous avoir une piscine individuelle !
      Mais quel culot tout de même !!! Surtout quand ON pense à ce dont a besoin chaque jour un éthiopien. Et qu’ON compare à ce dont a « besoin » un ricain … ou un lyonnais.

      1. Didier BARTHES

        Justement, un éthiopien voudrait aussi avoir une piscine, tous les hommes veulent être plus riches, qu’ils ne sont il n’y a que vous, parangon de vertu, qui aimez la pauvreté ou vous donnez bonne conscience ou bonne image e, la défendant.
        C’est une drôle de définition du culot quand même que le fait d’avoir raison.

        1. Petite histoire, connue

          Au bord de l’eau dans un petit village côtier mexicain, un bateau rentre au port, ramenant plusieurs thons. En voyant cela, un businessman américain complimente le pêcheur mexicain sur la qualité de ses poissons et lui demande combien de temps il lui a fallu pour les capturer :
          – « Pas très longtemps », répond le Mexicain.
          – « Mais alors, pourquoi n’êtes-vous pas resté en mer plus longtemps pour en attraper plus ? » demande le Ricain.
          Le Mexicain répond que ces quelques poissons suffiront à subvenir aux besoins de sa famille. L’Américain demande alors :
          – « Mais que faites-vous le reste du temps ? »
          – « Je fais la grasse matinée, je pêche un peu, je joue avec mes enfants, je fais la sieste avec ma femme. Le soir, je vais au village voir mes amis. Nous buvons du vin et jouons de la guitare. J’ai une vie bien remplie. »
          (Pour connaître la suite, démerdez vous !)

  1. super hypocrisie

    – « Je n’imposerai rien, je ne suis pas ministre de l’agriculture ».
    ( La ministre de l’écologie de l’époque. 25.09.2005 Moins d’eau dans les canalisations ! »

    Ben oui. Et le ministre de l’agriculture n’est pas non plus ministre de l’écologie. Et encore moins de l’éducation, ou de la santé etc. Alors comme ça tout le monde se renvoie la baballe, ou tape en touche, se blanchissant ou se verdissant ainsi sa petite conscience. Hypocrisie totale !
    Tout le monde se souvient bien sûr de Nicolas Hulot… de son fumeux Grenelle, et de sa tout aussi géniale idée… celle de la création d’un « super-poste de vice-Premier ministre ».
    – Démission de Nicolas Hulot : l’occasion d’un « super-ministère » ? (batiactu.com 29/08/2018)
    Et ON connait la suite.

  2. esprit critique

    – « Belle-Île en mer au large du Morbihan est principalement alimentée en eau de pluie […]
    Mais le risque existe de se retrouver bientôt en rupture d’eau […] Pourtant la solution parait limpide à la Biosphère, il suffit que les touristes n’aillent plus sur Belle-Île ! »
    (Biosphère 17.08.2005 De l’eau à sa portée)

    Non. Il suffit que les touristes qui vont sur Belle-Île amènent leur eau.
    Comme ON fait tout naturellement quand ON va là où il n’y a pas d’eau.
    Pensons également à toutes ces piscines, sur Belle-Île… notamment dans les hôtels.
    Alors que la mer est à deux pas. Si ça ce n’est pas une aberration… alors c’est quoi ?
    Comme tous ces Aqua Parcs, avec toboggans géants et tout le toutim, à deux pas des plages.

    1. eau = pognon

      – « La loi française du 3 janvier 1992 a promu l’eau comme « patrimoine commun de la nation » et posé le principe d’une gestion équilibrée des eaux entre les usagers et le respect de la nature. » (19.09.2005 Une institutionnalisation de l’eau)

      Et c’est bien pour ça qu’ON en a donné la gestion au Privé. Aux Suez et autres Véolia.
      Au Pognon quoi ! Et ça aussi si c’est pas une aberration alors c’est quoi !?

  3. L’eau est un bien commun. D’accord, mais faut-il encore bien comprendre le sens de cette affirmation devenue slogan : bien commun à tous les êtres vivants et non aux seuls êtres humains. La loi LEMA (Loi sur l’Eau et les Milieux Aquatiques), 2006 rév. 2010 hiérarchise les usages ou ayants-droits : 1 – eau potable, 2 – milieux naturels et 3 – usages économiques. Or de 1980 à aujourd’hui, une part du groupe 3 (irrigants) n’hésite pas à passer en 1er avec la complicité de l’exécutif. En fait, il aurait fallu établir l’ordre suivant : 2 – 1 – 3, ce pourquoi je m’étais battu lors de l’écriture de la loi, car l’eau potable vient des milieux naturels et surtout faire respecter la loi par le groupe 3.

    1. 1 - 2 -3 nous irons au bois

      De mon point de vue… 1 -2 – 3 est ce qu’il y a de plus logique. Voire normal. Parce que je ne pense pas qu’un arbre ou un poisson se soucie des humains qui meurent de soif. Pas plus d’ailleurs que de tout le reste. Oui je sais, c’est là mon côté anthropo. 🙂
      Maintenant il est tout aussi évident que les intérêts économiques (le Pognon) ne devraient pas primer sur les besoins essentiels, des humains comme des autres êtres vivants. Et l’eau en fait évidemment partie.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *