Nos écrits en 2005 sur l’extinction des espèces

Nous sommes en 2026

et la biodiversité fout le camp

15.01.2005 Solidarité avec les bonobos

D’un côté le tsunami pourrait faire aujourd’hui 150 000 victime humaines, de l’autre chimpanzés, gorilles, orangs-outans et bonobos risquent de complètement disparaître dans une ou deux décennies. D’un côté les soubresauts de la planète laissent en vie largement plus de 6 milliards d’humains, de l’autre l’activité de ces mêmes humains élimine leurs plus proches cousins par la déforestation, la chasse et la pression de la démographie humaine. D’un côté les aides publiques d’urgence en faveur de l’Asie dépassent déjà 1,2 milliards de dollars (sans compter la générosité privée), de l’autre il faudrait seulement 25 millions de dollars pour enrayer l’irrésistible baisse des populations de primates.

L’humanité envoie en avion ses touristes occidentaux à l’autre bout du monde pour accélérer le
changement climatique, mais elle n’a presque aucun respect pour la vie des non-humains sous toutes ses formes ; l’humanité s’apitoie sur son propre sort, mais elle n’a pas beaucoup de considération pour le déclin de la biodiversité dont elle est pourtant le principal responsable. Il y a quelque chose d’absurde sur cette planète…

01.02.2005 Planète malade

L’ONU a envoyé 1306 savants prendre la température du globe. Le diagnostic est tel qu’on le redoutait : « Environ 60 % des écosystèmes permettant la vie sur Terre ont été dégradés par l’activité humaine, principalement au cours des 50 dernières années ». Cette dégradation entraîne un accroissement des inégalités entre les peuples et constitue une cause majeure de la pauvreté dans les zones rurales. Mais il apparaît aussi qu’il n’existe pas en la matière de problème géostratégique jugé suffisamment important pour qu’on en tienne compte : il n’y a pas d’enjeu économique à court terme, donc pas de formations de groupes d’intérêt, donc pas de gens qui se battent contre cette dégradation.

Les générations futures géreront les ruines de la civilisation thermo-industrielle… comme elles le peuvent !

07.05.2005 Il y a cinquante ans

« Les botanistes organisent (en 1955) au Muséum national d’histoire naturelle une exposition intitulée : L’homme contre la nature. Au moment même où certains songent à fertiliser le Sahara, il est important de constater que les humains transforment de plus en plus rapidement en désert le reste de la terre, ivre qu’ils sont de construire des villes, des routes et des aérodromes. L’ensemble des superficies ainsi couvertes et rendues improductives dépasse déjà 1 500 000 kilomètre carrés. Que n’avait donc pas encore supprimé l’homme ? Il avait déjà éliminé en cinquante ans (1905-1955) quarante espèces de mammifères et d’oiseaux de la surface de la Terre. Demandons-nous si, dans cette lutte de l’homme contre la Nature, destruction ne signifie pas en définitive autodestruction ».

Cet article est paru dans le journal « Le Monde » du 7 mai 1955, cinquante ans après la situation de la biodiversité nous apparaît d’autant plus grave.

21.08.2005 Un printemps sans hirondelles

Pesant entre 13 et 33 grammes, une hirondelle en chasse attrape en moyenne un gros insecte toutes les six secondes et un petit toutes les trois. Le prédateur humain a ainsi à son service un allié de choix dans la lutte biologique contre les insectes. Mais en quinze ans l’hirondelle rustique a perdu 36 % de ses effectifs et l’hirondelle de fenêtre 84 %. C’est la faute aux pesticides du productivisme agricole qui enlève son gagne-pain aux insectivores, mais c’est aussi la faute d’une époque qui lave tout au karcher et n’accepte pas les nids des hirondelles si graciles.

Alors que l’hirondelle est apparue au miocène il y a 35 millions d’années, l’activisme humain actuel pourrait la faire complètement disparaître en quelques années, comme d’ailleurs beaucoup d’autre espèces. L’équilibre de la Biosphère est en péril alors que les humains appartiennent aussi à la biosphère…

23.09.2005 Le cauchemar de Darwin

Il s’agit d’un film d’Hubert Sauper qui passe en catimini dans de petites salles, c’est en effet un film qui hurle contre la mondialisation libérale, ce qu’il ne faut pas faire dans les CGR. En Tanzanie dans le lac Victoria, on a introduit la perche du Nil ( à l’origine paraît-il pour le plaisir seulement de quelques pêcheurs de gros poissons) qui a dévoré en quelques décennies toutes les autre espèces existantes. Les beaux filets de cet énorme poisson s’envolent par avion vers l’Europe ou le Japon pour le plus grand profit de quelques industriels occidentaux alors que la vie des autochtones est saccagée, vouée à la prostitution ou à manger ce qui reste, les arêtes. Il n’y a plus d’écosystème viable, seulement un évolutionnisme appauvri par l’interventionnisme intéressé des humains. On sort de ce film bouleversé, atterré par l’inconscience humaine : c’est sans doute le seul film intéressant de l’année 2005 !

Les humains devraient cultiver le goût de la contemplation de la Nature plutôt que s’abrutir de son exploitation forcenée, ils devraient vivre le plus possible de façon autonome dans des communautés villageoises comme le voulait Julius Nyerere qui négocia la formation de l’Etat fédéral de Tanzanie en 1964 puis en devint Président : mais la sagesse d’un seul homme ne peut suffire.

17.11.2005 REACH, pas très riche

Les députés européens se sont prononcés le 17 novembre sur les contraintes à imposer à l’industrie chimiques (directive REACH). Le rapporteur général du projet, le socialiste italien G.Sacconi, avait supplié ses collègues de ne pas prendre des positions radicales. En fin de compte le compromis a été approuvé par 407 voix (dont celle des socialistes français et des communistes) contre 155 et 41 abstentions. L’enregistrement des produits impose aux industriels de démontrer leur innocuité, mais l’objectif est passé de 30 000 substances à 12 000. Le principe d’une autorisation limitée des substances extrêmement préoccupantes (cancérigènes, mutagènes ou toxiques pour la reproduction) touche 1 500 produits sur 30 000. Les votes hostiles sont venus à la fois des Verts (le texte ne va pas assez loin) et d’un certain nombre de démocrates chrétiens allemands (le texte va trop loin). Le Conseil européen, co-législateur, devrait avant la fin de l’année approuver (ou non) cette version révisée (et allégée !) : l’exercice démocratique est si compliqué que les humains avancent au pas de l’escargot !

Du point de vue de la Biosphère, c’est un juste retour des choses que les humains s’empoisonnent à petit feu en résistant à petites doses après avoir diffusé dans la Nature les insecticides, raticides, herbicides et autres phytocides.

9 réflexions sur “Nos écrits en 2005 sur l’extinction des espèces”

  1. Comme il ne faut pas prendre tout ce que raconte au premier degré, parce qu’ON ne sait jamais… pour moi il n’y a aucun doute… l’Homme est bien le premier responsable de la disparition d’un bon nombre d’espèces. Comme il est également responsable du Réchauffement Climatique, de la Pollution en général, et de pas mal de perturbations d’équilibres écologiques.
    Mais de là à l’accuser d’être la Cause Première d’une « 6ème extinction de masse » …
    – Crise de la biodiversité : les scientifiques divisés sur la notion de « sixième extinction » des espèces
    (Le MONDE 20 août 2025)
    – La sixième extinction de masse est-elle vraiment à nos portes ? Une étude sème le doute
    ( lanature.ca/2025/10/28 )

    (à suivre)

    1. Là encore, comme pour le Réchauffement, ON peut toujours penser que cette étude (américaine) a été financée par les lobbys du Pétrole, de la Chimie, du Pognon etc.
      En tous cas pour moi il n’y a aucun doute non plus, cette Dé-extinction (lire Le retour du mammouth à 11:41) est une folie. Une de plus ! Du même genre que la Géoingénérie sensée solutionner le problème du Climat. La folie de cette satanée religion du Progrès qui progresse, et des innovations qui innovent, pour des siècles et de siècles amen.
      Cette folie qui n’est qu’une… parmi tant d’autres de notre époque.

  2. Beaucoup de gens bien intentionnés parlent de la 6 ème extinction qui nous menace.
    Elle ne nous menace pas, elle est déjà passée.
    Les mammifères terrestres vertébrés sauvages ne représentent plus que 2 % de la masse totale des mammifères (vertébrés terrestres aussi). Autrement dit, les hommes et leurs animaux domestiques (élevage) en représentent 98 % !
    Autrement dit encore, nous avons tout éradiqué en prenant la place du reste du vivant et nous avons pris cette place… du fait de nos effectifs.
    Un prédateur de notre taille, c’est au maximum 5 à 10 millions sur la planète (et je suis large dans l’estimation), nous sommes 1000 fois plus, tout est dit !

    1. Le retour du mammouth

      Mais non Monsieur Barthès, ce n’est pas vrai, ON n’a pas encore TOUT éradiqué !
      Mais pourquoi ce besoin d’exagérer, d’en rajouter au Tableau, comme s’il n’était pas assez noir comme ça !? Regardez seulement « chez nous », où ON peut toujours admirer des tonnes et des tonnes d’ongulés, notamment de sangliers. Oui bon je sais, un chevreuil ça a moins de gueule qu’un loup. Et un sanglier bien moins laineux qu’un mammouth. Mais bon… 🙂

  3. Le retour du mammouth

    Extinction des espèces… et encore s’il n’y avait que ça. Extinction de la réflexion, de la culture, de la juste mesure, du savoir vivre, de la confiance, de l’espoir et j’en passe. Tout fout le camp.
    ON appelle ça la Décadence. Ou Décivilisation, Déconfiture, Débandade, etc.
    Pourtant Sénèque nous dit que quand ON n’a plus d’espoir, il ne faut Désespérer de rien. ON dit aussi qu’il reste l’espérance. Mais bon, c’est facile à dire tout ça.
    Sur Biosphère ON adooore les mots en Dé. Mais attention, pas TOUS non plus. Pour moi, le seul vrai espoir qu’il nous reste c’est la Dé-extinction. Là encore il suffit d’y croire, au retour du mammouth.

    – « Un tournant important dans ce projet d’envergure a été franchi en 2025 […] Colossal Biosciences, pionnier de la lutte contre l’extinction, espère ramener des éléphants ressemblant à des mammouths dans la toundra arctique d’ici 2028. » (L’essor des résurrections génétiques et de la dé-extinction – sigmaearth.com 15 juin 2025)

      1. Parti d'en rire

        C’est écrit Monsieur Barthès, ON va le mettre dans dans la toundra arctique !
        Où vous pourrez le voir très bientôt. En attendant, « chez nous » vous pouvez toujours admirer les ongulés, notamment les sangliers, et ce n’est pas ça qui manque !
        Oui bon je sais, c’est moins photogénique qu’un mammouth. Mais comme ON dit, faute de grives ON mange du merle.

        1. Didier BARTHES

          Vous ne parlez en ce cas que d’un type de mammouth, le mammouth laineux, certes le plus médiatisé, mais pas le plus impressionnant. Mais surtout hélas (outre la manipulation génétique qui est loin d’être acquise) il faut tenir compte du fait qu’avec le réchauffement climatique, les hautes latitudes de l’hémisphère Nord risquent bien de devenir de plus en plus peuplées (ce sera notre refuge à nous les humains) ce qui exclut les grands animaux. Regardez les éléphants, il y en avait en France avant (et des lions aussi), mais une fois les hommes arrivés… ce fut fini.
          Nous ne sommes pas compatibles avec les grands animaux, nous voulons tout pour nous, votre exemple régulier sur les sangliers est bien peu représentatif, il est une exception (justement liée au fait que nous avons exclu leurs prédateurs (loup, lions, autres félins).

        2. à poil laineux !

          En ce cas vous voulez parler probablement, et entre autres, du terrible lion des cavernes et du fameux tigre à dent de sabre. Et puis du Palaeoloxodon antiquus, cet éléphant qui vivait en Europe il y a fort longtemps.
          Qu’est-ce qui a bien pu les faire disparaître, ces trois-là ?
          Ce ne serait pas un méchant coup de froid, par hasard ?

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *