Nos écrits en 2005 sur l’impasse agro-industrielle

Nous sommes en 2026

et la FNSEA fait la loi

21.01.2005 Un bilan agricole négatif

L’agriculture est une illustration parfaite de l’échange constant entre matière et énergie. Basée sur l’assimilation chlorophyllienne, elle devrait donner plus qu’elle ne coûte puisqu’elle transforme l’énergie du soleil et les éléments de la terre. C’est ce qui a été fait pendant plusieurs millénaires, ce n’est plus le cas aujourd’hui de l’agriculture productiviste : on doit investir directement sous forme d’hydrocarbures deux fois plus d’énergie que ce qu’on récolte avec la mécanisation, les engrais, l’irrigation, la culture sous serre. Un étude réalisée aux Etats-Unis montre même que l’énergie consommée par l’ensemble de la chaîne alimentaire, compte tenu du processus de transformation et de la distance parcourue par les produits agricoles, représente 10 fois l’énergie restituée sous forme de calories utilisées pour l’alimentation humaine. L’histoire de l’agriculture n’est en fait qu’une succession d’échecs. Pourtant depuis toujours les humains sont liés au bloc de nutrition constitué par l’ensemble des êtres vivants et c’est la famine et la mort qui est l’agent régulateur de cet édifice quand il n’est pas préservé avec soin.

L’agriculture affiche dorénavant un bilan énergétique négatif, on ne peut même plus parler de rendements décroissants, mais de fuite en avant qui appauvrit la Biosphère et amène les humains au désastre.

31.02.2005 phytosanitaires, c’est la santé !

On commercialise d’abord, on retire ensuite. Fin 2003, sept des 13 substances actives organophosphorés ont été retirées du marché et deux autres doivent l’être. Il faut dire que ces insecticides ne s’attaquaient pas seulement aux petites bêtes qui gênent les agriculteurs, mais aux agriculteurs eux-mêmes. Il n’empêche que c’est seulement aujourd’hui que la Mutualité sociale agricole (MSA) s’attaque au problème de fond en annonçant une enquête épidémiologique à grande échelle sur les liens suspectés entre pesticides et cancer.

D’une manière ou d’une autre, une société biocide qui combat à coup de pesticides les insectes, les champignons (fongicides) et les « mauvaises » herbes (herbicides), les escargots, les « nuisibles » et même les vers de terre s’en prend forcément à elle-même.

24.08.2005 Duck rice

Un agriculteur japonais découvre dans un vieux livre d’histoire qu’il était auparavant courant de faire patauger les canards dans les rizières. En appliquant ce principe, Takao Furuno s’est rendu compte que les canards se nourrissaient des mauvaises herbes et des insectes parasites, laissant intact les plants de riz qu’ils n’apprécient guère. De plus leurs déjections sont d’excellents engrais qui nourrissent les sols et, en remuant les fonds, ils oxygènent l’eau. La ferme peut enfin se passer de produits chimiques alors même que les rendements à l’hectare s’améliorent. L’élevage des canards offre aux agriculteurs l’occasion d’utiliser les insectes comme une ressource alimentaire, puis de les manger sous forme de canards !

Dans la Biosphère, les déchets des uns sont la nourriture de l’autre, une agriculture bien comprise doit suivre les voies de la Nature.

02.11.2005 Révolution verte

La révolution verte ou variétés à hauts rendements introduites en Inde à la fin des années 1960 nécessite des surcoûts (engrais pesticides, mécanisation) qui ont été compensés un temps par une meilleure productivité. Mais à cause de la fragmentation des terres avec les successions familiales et les achats ostentatoires (motos, télévision couleur) exigés par la société moderne, les dépenses ont rapidement dépassé les recettes chez les paysans du Pendjab. Le suicide ces dernières années de centaines de fermiers insolvables (trois ou quatre par semaines en moyenne) se fait le plus souvent par absorptions de ce qui devait sauver l’agriculture, l’ingestion de pesticides. Des pratiques étrangères au mode de vie ancestral dans une population largement sous-éduquée arrive un jour ou l’autre à la faillite de ce système ; mais même si la population est bien scolarisée comme en France, cela n’empêche pas la disparition des petites exploitations, la concentration des terres et les cancers chez les agriculteurs.

Le système productiviste en agriculture, éloigné des cycles de recyclage de la Nature à la différence de l’agriculture biologique, n’a pas d’avenir.

03.11.2005 Cycle des aliments

La chaîne alimentaire est un processus cyclique. Les producteurs primaires captent l’énergie solaire et sont mangés par les herbivores qui, à leur tour, sont la proie des carnivores ; les cadavres de ces derniers, ainsi que toutes les autres matières mortes, sont mangés par les nécrophages et ce qui reste est décomposé par les microorganismes en éléments nécessaires aux producteurs primaires, de sorte que le cycle peut se reproduire. Tous les êtres vivants, y compris les activités humaines ancestrales, obéissent à ce processus. Dans son classique Farmer of forty centuries (1904), l’agronome américain F.H.King montre comment les agricultures traditionnelles, par exemple au Japon ou en Chine, restituaient à la terre toute la matière organique, ce qui avait permis d’en conserver la fertilité pendant plus de 4000 ans.

Aujourd’hui les pratiques agricoles aux USA ont épuisé en trois générations les riches prairies naturelles et ce système s’est répandu dans toutes les agricultures occidentalisées : que les Américanophiles soient maudits et que l’agriculture productiviste en crève…

04.11.2005 Des plantes indociles

Le colza est un hybride naturel de la navette (Brassica rapa) et du chou (Brassica oleracea) et dans cette lignée, il est donc susceptible de se croiser avec nombre de ses cousins, crucifères ou brassicacées. Des variétés transgéniques de colza qui tolèrent les insecticides pourraient donc donner cette caractéristique à de « mauvaises » herbes au détriment des cultures humaines. Une étude anglaise (Farm scale evaluation) a d’ailleurs démontré que ce n’était pas une simple hypothèse, même si les rares hybrides observés perdaient cette résistances au fil des générations. L’étude insiste cependant sur un autre inconvénient du colza : sur chaque mètre carré cultivé, de 1000 à 6000 graines tombent sur le sol et les repousses sont extrêmement fréquentes, d’autant plus que les graines peuvent demeurer en terre de cinq à dix ans avant de germer.

Quand la rotation des cultures est perturbée par l’exubérance des plantes, quand les humains continuent de disséminer leurs chimères génétiques, la Biosphère prévoit quelques catastrophes agricoles à venir.

13.12.2005 Du secteur tertiaire au désastre

La classification en secteurs d’activité remonte aux années 1940, on jugeait alors que les pays modernes se développaient en trois étapes, d’abord un primaire prépondérant (l’agriculture), puis une expansion du secondaire (l’industrie), et la maturité avec une proportion très forte de tertiaire (les services) : les sociétés les plus évoluées auraient la proportion de travailleurs la plus importante dans le secteur des services. En fait il s’agit d’un éloignement croissant des travailleurs par rapport à ce qui leur permet réellement de vivre, le travail de la terre. Le secteur de production de biens matériels a multiplié les choses au détriment des relations. Ce n’est pas l’extension des services qui a fondamentalement amélioré un système économique en démultipliant les travaux parasitaires dans un monde fini. Par exemple les services de proximité autrefois accomplis par la famille ou la collectivité géographiquement proche sont aujourd’hui prise en charge par des spécialistes qui se déplacent, ou vous demandent de vous déplacer, ce qui utilise des ressources matérielles et énergétiques supplémentaires. De toute façon un retournement de la conjoncture économique, un choc boursier ou pétrolier mettra à bas toute cette division sociale du travail. Cela s’est réalisé en 1929, cela se reproduira quand les ressources fossiles s’épuiseront.

Le secteur des service est en bout de chaîne de la pyramide artificielle qui décompose l’activité humaine en spécialisations de plus en plus fines, de moins en moins nécessaires ; le niveau de l’emploi en est d’autant plus fragile. La Biosphère vous aura averti, à vous d’en tenir compte.

21.12.2005 Tous chimiquement contaminés

Nous ne sommes plus à l’époque de la peste et du choléra car nous nous défendons de mieux en mieux contre les épidémies, mais nous nous révélons impuissants à juguler les maladies que nous créons nous-mêmes. Le volume des substances chimiques atteint aujourd’hui 400 millions de tonnes au niveau mondial, une multiplication par 400 par rapport aux années 1930. En effet rien de plus facile, la règle de mise sur le marché consiste à n’en avoir aucune, il faut attendre que des substances entraînent des dégâts très apparents sur la santé pour les retirer du marché : c’est la preuve par l’homme, l’évaluation a posteriori. Sur 100 000 molécules chimiques actuellement commercialisées, 3000 seulement ont fait l’objet d’un examen sérieux. Il y a sept ans, le Conseil européen décidait de réformer la commercialisation des substances chimiques, il y a quatre ans un Livre Blanc était publié qui pose le nouveau principe : « Pas de données, pas de marché », une inversion du système en vigueur. C’est là l’enjeu du projet de directive REACH (Registration Evaluation Authorization of Chemicals). Or le responsable de l’industrie dans la commission européenne proposait en octobre 2005 de renvoyer la charge de la preuve sur les gouvernements, c’est-à-dire d’attendre des financements collectifs pour sauvegarder les profits privés : il faut avant tout protéger un secteur d’activité qui emploie 1,9 millions de salariés dans l’UE.

La commission environnement du Parlement européen a refusé de suivre la commission… Il faut espérer que de plus en plus d’humains défendront la bonne santé de la Biosphère.

1 réflexion sur “Nos écrits en 2005 sur l’impasse agro-industrielle”

  1. La Loi du Pognon est une impasse

    – Arnaud Rousseau : « Le pronostic vital de l’agriculture française est engagé »
    (Le Figaro 7 juillet 2026)
    – À la tête de la FNSEA, qui est Arnaud Rousseau, le businessman qui voulait passer pour un paysan ? (L’Humanité 21 juillet 2025)

    Pour l’eau c’est Véolia. Pour le Béton et l’Artificialisation c’est Vinci et Lafarge.
    Pour l’Agriculture, et l’Agroalimentaire… il n’y a pas que la FNSEA, qui fait la Loi.
    Il y aussi et surtout les Bayer, Lactalis, Danone et autres Avril et Compagnie !
    Et pour tout c’est pareil, c’est le Pognon qui fait la Loi !

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