notre bimensuel : écolosceptiques, organisation du déni

Les membres de la classe globale (ceux qui ont les moyens d’avoir une voiture individuelle) savent plus ou moins consciemment que demain il faudra changer de mode de vie, mais aujourd’hui les comportements ne varient qu’à la marge. Pourquoi ? Voici quelques éléments de réflexion dans notre bimensuel. L’abonnement à BIOSPHERE-INFO est gratuit, il suffit d’envoyer un courriel à biosphere@ouvaton.org

écoloscepticisme et organisation du déni

Biosphere-Info n° 349 (16 au 31 avril 2015)

1/3) Quelques explications de l’écoloscepticisme
Malgré la catastrophe en marche, pourquoi nous ne faisons rien ? D’abord le message médiatique est brouillé. Chez les marchands de journaux, la longue liste des revues vantant les charmes de l’automobilisme est incomparablement plus longue que celle des articles analysant la crise écologique. Dans la quasi-totalité des médias, les pages planète (ou son équivalent) couvrent une surface minime, si ce n’est inexistante. Si par un bienheureux hasard un journaliste consacre son papier à un phénomène écologique, il y a de fortes chances que sa tendance à donner aussi la parole aux anti-écolos induit l’incapacité à se forger véritablement une opinion. Quand on rajoute les milliards d’euros que la publicité consacre à inciter à consommer tout et n’importe quoi et le fait que les entreprises pratiquent l’écoblanchiment, difficile de contrôler ses achats et de consommer à bon escient. La loi du moindre effort s’installe dans la détermination de nos choix.

De toute façon les capacités d’un individu de résister au formatage collectif sont généralement insignifiantes. On peut tenir un discours écolo entre amis mais ne pas être en mesure d’agir en ce sens au niveau syndical, politique ou même associatif. L’éducation actuelle entraîne à la soumission, pas à prendre de la distance avec le discours dominant ; autorité du père, du prêtre, du maître, du chef, du patron, etc. Le discours véhiculé par la hiérarchie reste celui de la classe dominante, plus vite, plus loin, moins cher. Il faut prendre sa voiture, partir en vacances en avion, avoir envie de désirer toujours plus. Le sens des limites et l’autolimitation ne sont pas des modèles admis de comportement. Or nous agissons en interaction spéculaire, comme un miroir de ce qui nous entoure : je fais parce que tu fais ainsi parce que tout le monde agit de la sorte. Dès le plus jeune âge, nous imitons nos parents, puis nos copains, puis nos amis. Les individus ne peuvent se penser qu’à l’unisson. Plus les acteurs sont nombreux, moins il y aura de chance pour qu’un individu se sente capable d’agir unilatéralement. Si nous nous distinguons, c’est pour suivre les sirènes du marketing qui nous susurrent de suivre la mode et d’en avoir une plus grosse.

Il y a aussi la pression du confort, la force des habitudes. Il paraît impensable de se passer de la voiture, de la télé et du portable. Dans le cas du changement climatique, nous sommes à la fois spectateurs et acteurs, et ce conflit interne ne peut que renforcer notre désir de négation. Nous assistons donc à la négation de la conscience (« Je ne savais pas »), la négation de l’action (« Je n’ai rien fait »), celle de la capacité personnelle à intervenir (« Je ne pouvais rien faire » et « personne ne faisait rien ») et au rejet de la faute sur les autres (« les responsables, ce sont les capitalistes, les multinationales, les riches, les Américains, les Chinois, etc. »). Nous nous efforçons de diluer notre responsabilité. Les gens attendent que quelqu’un d’autre agisse à leur place et subsument leur responsabilité personnelle dans celle du groupe.

Ensuite nous ne nous sentons pas en capacité d’agir directement sur des phénomènes planétaires comme le pic pétrolier, le réchauffement climatique ou l’extinction des espèces. Les problèmes sont d’une telle envergure et d’une telle nature que la société ne dispose d’aucun mécanisme culturel pour les accepter. D’autant plus que ces phénomènes sont la plupart du temps invisible, les pollutions comme le réchauffement ou les radiations ne sont pas directement perçues. Quant aux déchets encombrants, on les enterre ou on les fait brûler ; ils disparaissent. On peut qualifier ces processus écologiques globaux de « problème hors contexte », phénomène si éloigné de l’expérience des gens qu’ils ne peuvent assimiler les informations disponibles.

Enfin quand nous sommes confrontés à des tendances contradictoires, nous souffrons de dissonance cognitive, la situation de notre psyché lorsque se mettent à l’habiter en nous deux croyances contradictoires. Nous ne trouvons alors notre équilibre psychologique qu’en suivant la pente de la facilité, suivre la croyance qui va arranger le plus de monde possible. Il est donc très fréquent que les individus commettent des actes qui sont en contradiction avec leur point de vue. Les gens ne peuvent pas supporter trop de méchante réalité. La classe globale, perdue dans les sombres extases de l’info-spectacle permanent, de la consommation-divertissement et de la compulsion automobile, ont beaucoup de mal à interpréter les forces grandissantes qui vont transformer radicalement les conditions de la vie quotidienne dans une société technologique éloignée de la nature. D’ailleurs la plupart des économistes orthodoxes ne reconnaissent aucune limite à la croissance projetée dans l’avenir. Otages de leur propre système, ils ne sont pas capables de concevoir une autre forme d’économie. Les politiques leur emboîtent le pas. Les médias mettent les choses en musique. Les journaux publient par exemple de sinistres mises en garde quant à l’évolution du climat, tout en proposant quelques pages plus loin des articles invitant avec enthousiasme le lecteur à partir en week-end à Rio. Le refus d’une prise de conscience est donc profondément implanté dans une société saturée d’informations qui néglige d’apprendre à séparer le bon grain et l’ivraie. Bref, il ne suffit pas d’informer.

L’imaginaire culturel est tel que la plupart des Américains pensent vraiment que le pétrole est surabondant, voire inépuisable. Leur réflexion s’arrête souvent là. James Howard Kunstler écrivait en 2005 : « Le public américain suppose que lorsque le pétrole sera épuisé, l’humanité sera passé au système énergétique suivant (le candidat actuellement préféré reposant sur l’hydrogène) et qu’il se présentera juste à temps, par livraison spéciale, parce que l’économie de marché en a décidé ainsi et que le libéralisme ne nous a jamais laissés tomber. Pour beaucoup d’Américains, qui n’ont jamais connu que le monde de l’énergie bon marché, il est tout simplement impossible d’imaginer la vie sans pétrole. Croire que l’économie de marché fournira automatiquement un substitut aux combustibles fossiles est une forme de pensée magique. » (La fin du pétrole, le vrai défi du XXIe siècle) »

D’autant plus que la notion de progrès technique, autre pensée magique, a été profondément instillée dans les têtes : le pétrole sera épuisé sans doute mais on trouvera bien quelque chose, alors prenons le volant. La plupart d’entre nous ne peuvent tout simplement pas considérer la possibilité que la civilisation industrielle ne sera pas sauvée par l’innovation technologique. Comment un pays qui a envoyé des hommes sur la Lune pourrait-il éprouver autre chose qu’une confiance quasi divine en ses capacités à triompher des difficultés ? James Howard Kunstler ajoutait : « Nous avons tendance à confondre l’énergie et la technologie. Si elles vont main dans la main, elles ne sont pas la même chose. Le pétrole est un cadeau unique de la géologie, qui nous a permis d’utiliser l’énergie accumulée par des millions d’années d’insolation. Lorsque nous aurons achevé de le brûler, il aura disparu à jamais. La technique n’est que le matériel pour employer ce combustible. Autrement dit, une bonne partie de notre technologie actuelle ne fonctionnera pas sans pétrole, et sans la « plate-forme » du pétrole nous risquons de ne pas avoir les outils nous permettant de dépasser le niveau présent de technique fondé sur les combustibles fossiles. » Les partisans de la fuite en avant comptent pourtant sur des découvertes nouvelles pour réparer les dégâts des technologies précédentes. L’illusion technologique est inacceptable pour la bonne raison qu’on l’on ne joue pas au poker avec l’avenir de l’humanité.

Les Occidentaux se précipitent vers l’avenir en somnambules. Dans son livre (Vivre sans pétrole), Jean Albert Grégoire écrivait déjà en 1979 : « L’observateur ne peut manquer d’être angoissé par le contraste entre l’insouciance de l’homme et la gravité des épreuves qui le guette. Comment l’automobiliste pourrait-il admettre la pénurie lorsqu’il voit l’essence couler à flot dans les pompes et lorsqu’il s’agglutine à chaque congé dans des encombrements imbéciles ? Cette situation me paraît beaucoup plus inquiétante encore que celle des Français en 1938. Ceux qui acceptaient de regarder les choses en face apercevaient au-delà des frontières la lueur des torches illuminant les manifestations wagnériennes, ils entendaient les bruits de bottes rythmant les hurlements hystériques du Führer. Tous les autres refusaient de voir et d’entendre. On se souvient de notre réveil en 1940 ! »
Le siècle dernier a été marqué par les mensonges d’Etat et la négation de masse. Un exemple que le XXIe siècle n’est pas obligé de suivre, ce qu’il fait pourtant tel un aveugle jusqu’à maintenant.

2/3) une analyse de Bertrand Méheust
La politique de l’oxymore de Bertrand Méheust (La Découverte, 2009)
Je suis convaincu qu’une catastrophe est en gestation, mais je ne partage pas la conviction que les démocraties modernes possèdent les ressorts nécessaires pour la prévenir et l’affronter. Le danger du système libéral, c’est que, ayant disqualifié tous ses concurrents, il n’a plus d’extérieur et ne peut se contraindre lui-même dans des délais utiles. Le marché, en s’efforçant par tous les moyens de poursuivre sa course, mettra l’humanité en péril. Il possède encore de nombreux espaces, de nombreux interstices et il pourra continuer de se déployer.
La pression du confort est une notion décisive. Il est sous-entendu (hors discussion, sauf dans les milieux encore marginaux de la décroissance), que le confort moderne, au sens large où nous l’entendons aujourd’hui, est un acquis irréversible. Cette façon de penser est largement due au fait que les générations nées depuis les années 1970 n’ont pas connu d’autres conditions de vie et ne dispose pas d’éléments de comparaison. Un jeune des banlieues déshéritées, aujourd’hui, dispose de moyens de confort que n’avait pas le roi Louis XIV, notamment l’eau chaude au robinet, les WC et le chauffage. Cette révolution du confort est le premier moteur de la pression sur la nature entraînée par nos gestes quotidiens. Il se trouve qu’aucun système démocratique ne semble pouvoir fonctionner aujourd’hui en dessous d’une certaine pression de confort. Si une Sparte démocratique existe quelque part dans le monde contemporain, je demande qu’on me la montre. Inéluctablement, la démocratie moderne, c’est-à-dire la démocratie libérale où l’individu prime sur le collectif, démultiplie les besoins des hommes et augmente la pression sur l’environnement. Partout où l’individu devient une valeur centrale, ses besoins personnels s’accroissent avec l’étendue de sa sphère personnelle ; son espace vital minimal augmente en même temps que ses exigences de mobilité ; il lui faut manger plus de viande ; il lui faut consommer davantage de produits culturels ; il veut tout cela, et plus encore, pour ses enfants.
Le propre de l’oxymore est de rapprocher deux réalités contradictoires. Développement durable, agriculture raisonnée, marché civilisationnel, financiarisation durable, flexisécurité, moralisation du capitalisme, vidéoprotection, etc. La montée des oxymores constitue un des faits révélateurs de la société contemporaine. Le clip publicitaire qui nous montre la chevauchée d’un 4×4 dans un espace vierge cherche à nous conditionner à l’idéologie consumériste : en associant deux réalités contradictoires, l’espace naturel et la machine qui le dévore, il nous suggère perfidement la possibilité de leur conciliation. Si la contradiction et le conflit sont inhérents à tout univers mental, ils atteignent dans le nôtre une dimension inégalée. Plus l’on produira des oxymores, plus les gens soumis à une sorte de double bind permanent, seront désorientés, et inaptes à penser et à accepter les mesures radicales qui s’imposeraient. C’est ici le lieu de rappeler l’étymologie grecque d’oxymore, qui signifie « folie aiguë ».

3/3) Sur notre blog, quelques extraits
http://biosphere.blog.lemonde.fr/2012/02/19/pourquoi-lecoloscepticisme-triomphe-actuellement/
… Il est toujours étonnant de constater la force de l’écoloscepticisme alors que tous les indicateurs de santé de la biosphère ont viré au rouge. Stéphane Foucart se penche encore une fois sur les dessous du lobby climatosceptique* : rémunération par les entreprises, expertises bidon, désinformation virale… En fait l’écoloscepticisme est en phase avec un système moribond. Quant tout fout le camp, les gens sont prêts à soutenir ceux qui les rassurent, l’extrême droite en France et ailleurs, le Tea Party aux USA, les marchands d’illusions. On ne veut pas imaginer le pire, on veut continuer à croire au progrès technique qui sauve, à la hausse infinie du pouvoir d’achat, au maintien de ses privilèges…
* LE MONDE du 18 février 2012, Le Heartland Institute, un think tank qui conteste lascience climatique, est fragilisé par une fuite de documents.

http://biosphere.blog.lemonde.fr/2012/05/01/maurice-tubiana-arretons-davoir-peur/
… Dans son dernier livre, « Arrêtons d’avoir peur ! », Maurice Tubiana ne fait que reprendre les tartes à la crème de l’écoloscepticisme déjà étalées dans des livres aux titres redondants : « Le fanatisme de l’apocalypse » de Pascal Bruckner, « L’apocalypse n’est pas pour demain » de Bruno Tertrais, « Les prêcheurs de l’apocalypse » de Jean de Kervasdouén, etc. Comme tous ces prêcheurs du « dormez braves gens, dormez », Maurice Tubiana aime les insecticides, les OGM, la radioactivité, l’énergie nucléaire, les ondes électromagnétiques…

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10 réflexions sur “notre bimensuel : écolosceptiques, organisation du déni”

  1. Bernard Durand

    @apis mellifica
    La technologie a été de tous temps utilisée comme moyen d’asservissement et de conquête par des groupes humains sur d’autres ainsi que sur les animaux et la nature en général, il suffit de penser aux armements. Mais le problème est plus dans l’homme que dans la technologie. Croire que revenir à des technologies plus frustes résoudra le problème est de l’angélisme. Je pense que la proportion de gens libres de leurs mouvements et de leurs pensées est bien plus grand dans les sociétés très développées technologiquement que dans les autres. Que l’on pense par exemple à l’époque féodale, caractéristique des sociétés agricoles, et qui perdure dans la plupart des pays peu développés.

  2. Apis Mellifica

    Bernard Durand, dire que la technologie est un moyen c’est une autre façon de dire qu’elle est neutre et que seul compte ce que l’on en fait. J’accorde pour ma part beaucoup d’intérêt à ceux qui pensent que la technologie n’est pas neutre mais qu’elle est – au minimum – orientée par l’industrie (le capital) et l’État, dans le but de maintenir et d’étendre le pouvoir économique et le pouvoir politique qui le sert. J’accorde également une certaine légitimité à ceux qui disent que la technologie s’est mue en un système suffisamment puissant pour asservir l’homme plutôt que le servir… Je ne pense pas qu’il existe à proprement parler de techno-phobie (la technologie étant consubstantielle à l’humain), c’est plutôt un artifice de langage destinée à diaboliser une minorité qui dérange un peu en simplifiant ses propos, un «mot poison» comme il en existe tant – venant nourrir au passage l’espèce de décomposition intellectuelle qui caractérise notre époque. Ce faisant, on passe à côté d’une idée assez juste qui consiste à dire que la technologie a une histoire, que celle-ci est souvent liée à l’histoire de la volonté de domination d’un groupe sur un autre, ou d’une société sur une autre, et donc des moyens que ceux-ci se donnent pour l’assurer. C’est faire preuve d’angélisme et de naïveté que de croire que la technologie viendrait seulement de l’intelligence humaine (certes considérable), de son aspiration au savoir (légitime) et de l’ingéniosité dont il fait preuve pour transformer ses connaissances en applications pratiques. En passant à côté de tout cela on peut se retrouver comme individu (et comme citoyen) à servir avec talent des intérêts puissants qui sont en réalité profondément nuisibles socialement et écologiquement.

  3. Bernard Durand

    @ Didier Barthès, pour une espèce animale, l’épanouissement c’est le nombre, pas la régression démographique. Et le nombre augmente jusqu’aux limites permises par la physique, et en particulier la nourriture et l’énergie disponibles, et la biologie, prédateurs et maladies. Ce que vous décrivez est un équilibre énergétique durable, peut-être ?, qui ne garantit aucun épanouissement psychologique. Je n’ai pas le sentiment que cet épanouissement ait existé à aucun moment de l’histoire humaine pour la très grande majorité des hommes, sauf dans les contes de fée. Il me semble même que la Révolution Industrielle a permis un certain épanouissement à une bien plus forte proportion de l’humanité que les époques précédentes, et a prolongé l’enfance de beaucoup.
    Quant à la pression de sélection, il n’ y en a effectivement plus guère sur le plan physique dans les pays développés puisque la société protectrice avec l’aide de la médecine s’efforce continuellement d’augmenter la survie. Il y a donc une variété de plus en plus grande de gênes en circulation. Où cela nous mène-t-il, aucune idée.

  4. Bernard Durand
    Je suis assez d’accord avec votre description, quand à la façon dont se sont déroulés les évènements qui ont amené l’homme à sa situation de domination actuelle.
    Sur l’exemple de l’élevage (bio ou pas d’ailleurs) il est plus productif que l’état naturel certes ,si on le rapporte à la surface de l’élevage proprement dit, mais il faudrait en toute logique aller compter les surfaces nécessaires (et l’énergie) pour produire ce que l’on va chercher ailleurs pour le permettre.
    Je précise que je ne crache pas sur la technologie, j’adore la science au sens de comprendre, j’admire la technologie, simplement je ne lui fais pas confiance pour gérer le monde, je crois vraiment que c’est une ambition au delà de nos possibilités, car une bonne gestion suppose un équilibre global et non une gestion au profit d’une seule espèce, c’est contraire à toutes les lois de la nature, je ne crois pas que cela marchera.
    Je ne sais à combien d’habitants (humains) retournerait la planète si nous renoncions à la technologie. On dit généralement qu’avant l’entrée dans le néolithique (c’est à dire au passage d’économie de prédation à une économie de production) nous étions entre 5 et 10 millions soit à peu près mille fois moins qu’aujourd’hui, c’est en effet l’ordre de grandeur maximum pour une espèce de grands prédateurs,(les lions avant l’arrivée de l’homme étaient sans doute sur l’ensemble des continents à peu près à cet ordre de grandeur)
    Est-ce que revenir à des effectifs beaucoup plus modestes (ce qu’à terme je crois nécessaire, sans aller forcément jusqu’à une division par mille) conduira à nous priver de beaucoup d’intelligence ? Je l’ignore, mais si la totalité (comme c’est sur le point de se faire) de la mégafaune devait disparaitre nous priverions la Terre de beaucoup de beauté.
    Beaucoup d’hommes font-ils beaucoup d’intelligence ? Collectivement je ne suis pas sûr et même individuellement il faudra encore que le monde soit suffisamment harmonieux pour que ces intelligence bénéficient du contexte nécessaire pour s’exprimer.
    En tout cas si nous allons si loin dans la destruction de la nature et que l’Homme lui même disparait il n’y aura plus d’intelligence humaine du tout. (notons aussi, mais c’est un sujet encore plus tabou que la démographie, qu’il n’existe aujourd’hui plus aucune pression de sélection naturelle en faveur de l’intelligence, ni en faveur de beaucoup d’autres choses d’ailleurs, à très long terme cela peut être dramatique pour l’espèce).
    Pour que l’humanité s’épanouisse, il faut d’abord qu’elle dure, et pour cela je crois que revenir à un rôle plus modeste sur la planète serait un préalable. Je nous verrais bien (pour être durables) retourner dans trois ou quatre siècles aux effectifs du temps de Jésus Christ (200 millions) , il suffirait pour cela pendant quelques générations de faire sensiblement moins d’enfants. Cela vaudrait peut-être le coup pour leur proposer un monde vivable. Et aussi pour ne pas moralement condamner notre espèce qui ne laisserait sinon sur la Terre qu’un souvenir de destruction.

  5. Bernard Durand

    Didier Barthès, tout à fait exact, mais la technologie n’est qu’un moyen. Les révolutions technologiques ne font que donner accès à des sources de nourriture et d’énergie accrues qui sont utilisées par l’homme (et les animaux), pour croître et multiplier, selon la recommandation des religions (et faire triompher bien sûr la vraie religion !). C’est à partir de la révolution industrielle que les hommes ont progressivement commencé à rompre avec ce credo, et commencé à privilégier le confort sur le nombre.
    Il y a au bout de ma rue un élevage de poulets « bio ». Sur la surface occupée, les ressources naturelles disponibles en nourriture ne permettraient pas de faire vivre en liberté plus de 5 ou 6 poules et un coq, et encore si les renards ne les voient pas.
    Il y en a 200 ! Sans source d’alimentation extérieure ( bio bien sûr!), on revient à la case départ!
    Les chasseurs cueilleurs étaient dans la même situation que des poulets en liberté, et de ce fait étaient très peu nombreux. Etant plus intelligents que des poulets, ils ont utilisé cette intelligence pour avoir plus de chance de survie, et ont développé des technologies pour cela, dont le feu, les propulseurs de javelot, les haches et les couteaux en pierre taillée etc…Tout cela déjà au détriment des animaux. Puis ils ont inventé l’agriculture et le capitalisme. puis est venue la Révolution Industrielle.
    Tout ceci pour dire que cracher sur la technologie, c’est non seulement cracher dans sa soupe, mais aussi dans celle des autres, et d’une certaine façon le refus de se servir de son intelligence.
    La nature n’a jamais été une gestionnaire de quoi que ce soit. Il y a des millions d’espèces qui ont disparu, non pas par volonté de la déesse Nature, mais pour des raisons physiques ou de possibilités d’adaptation à un milieu changeant. Et aucun animal n’a été jusqu’à présent été un gestionnaire conscient de la destinée de son espèce. L’homme sera-t-il le premier?
    Quant à la disparition des espèces provoquée par l’homme ! Oui, mais depuis qu’il existe. Le phénomène ne fait que s’accélérer. Mais en toutes choses l’homme est anthropomorphiste: il ne voit que certaines espèces, celles qui lui servent et elles qui lui plaisent. Mais il y d’autres mondes, celui des bactéries ou des invertébrés par exemple, dont on ne voit et ne dit rien !
    Quant au retour à la case départ, c’est revenir à une population d’au plus 1 million de personnes et donc la perte de plusieurs milliards d’intelligences, qui n’auront pas su ce qu’était l’écologie.

  6. L’exemple du pont est juste…. mais pour le pont, je ne suis pas certain qu’il soit généralisable à la question globale de notre avenir.
    Il existe quand même des raisons très puissantes pour s’inquiéter fortement de l’avenir. Quant au caractère néfaste de la technologie, il faut bien préciser à quel niveau on se situe, au niveau individuel nous sommes nombreux à en bénéficier, mais au niveau global, il existe une corrélation extrêmement forte entre le développement de la technologie et la destruction des équilibres biologiques de la planète.
    La technologie nous donne un pouvoir supplémentaire dont nous sommes tentés d’user pour nous faire les gestionnaires de la planète. Il semble pourtant qu’à travers les 4 milliards d’années (ou presque) de la vie, la nature se soit de loin montrée meilleure gestionnaire que nous mêmes qui avons presque tout détruit au cours des 200 dernières années (dont la moitié des animaux sauvages vertébrés au cours des 45 dernières).
    La technologie notamment nous permet provisoirement d’être de plus en plus nombreux ce qui constitue de loin le principal facteur de destruction de tous les écosystèmes, nous occupons la place des autres êtres vivants tout simplement parce que la Terre est de surface finie. Aucune technique ne pourra contrarier, ce caractère limité de notre planète. D’ailleurs pendant cette division du nombre d’animaux par deux, les hommes, eux, multipliaient leurs effectifs par deux.

  7. Bernard Durand

    @avionnette, la peur est un instinct de survie, mais elle produit parfois des résultats désastreux: il n’y a pas si longtemps des centaines de personnes sont mortes écrasées sur un pont par une foule affolée qui a cru pour une obscure raison que le pont allait s’effondrer! Et ceux qui cherchent systématiquement à faire peur assouvissent me semble-t-il parfois plus un obscur instinct de pouvoir sur les autres qu’ils ne se préoccupent de l’humanité.
    Quant à dire que la science et la technologie sont systématiquement néfastes, cela me paraît relever plus de la religion que d’une observation objective des faits.

  8. Bonjour,
    Mr Durand, premier commentaire, est passé à côté de la substance du texte principal. ce que dit ce texte précisément c’est que les gens n’ont pas peur du tout de l’apocalypse en construction, et ce pour de multiples raisons partiellement listées. c’est bien d’une augmentation de la peur que pourrait venir notre salut, en rappelant au passage que ce comportement naturel, la peur, à vocation à aider à la survie.
    Quant aux supposées exagérations des écologistes – ce qui irait dans le bons sens, celui d’une peur grandissante -, elles semblent simplement décrire la démesure technologique qui fait de chaque nouvelle innovation une nuisance supplémentaire grave dans un environnement en état de dégradation avancée. Il serait d’ailleurs courageux de commencer à dire qu’il n’est plus temps de s’épuiser à présenter les preuves des nuisances, souvent impossibles à obtenir à court-terme, mais de mettre fin au développement technologique qui nous promet la fin du monde par la science.
    http://la-bibliotheque-resistante.org
    http://objectifdemocratie.org

  9. La liberté c’est choisir mais tout devient choix, de l’assiette à l’arme nucléaire. De prendre son carosse d’une tonne ou le vélo ou le tram…
    N’avons nous pas les décideurs politiques qui rassurent ? Au plaisir de ne pas les croire ! L’éthique du poker menteur…
    Ceux pres des hublots de l’avion verront le choix tragique

  10. Bernard Durand

    Attention, l’écolo scepticisme se nourrit aussi malheureusement de plus en plus maintenant des exagérations incessantes de l’Ecologie  » politique » qui est en train de provoquer un rejet. « Arrêtons d’avoir peur » est en quelque sorte le contrepoint de « Arrêtons de faire peur ». Les ondes électromagnétiques sont un bon exemple de ces exagérations: il est maintenant convenu qu’il faut en avoir très peur, malgré les expériences montrant que les personnes électrosensibles en ressentent les effets même quand elles n’y sont pas soumises, il suffit pour cela de leur dire qu’il y en a dans la pièce, et pourtant en chaque point du globe ou presque, nous en sommes constamment environnés. Sans elles, ni mobiles, ni télévision, ni GPS…
    Le recherche de la vérité n’est pas un match de catch. Le goût pour la connaissance, ainsi que l’honnêteté et l’écoute des arguments des autres en sont des ingrédients essentiels

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