Nous devenons de plus en plus stupides

II y a un siècle, si l’on demandait à quelqu’un ce qu’un chien et un lapin avaient en commun, il répondait volontiers “Les chiens chassent les lapins”. Aujourd’hui ce serait plutôt “Ce sont deux mammifères”. Avec la scolarisation poussée, les individus sont devenus plus aptes à classer et raisonner de manière abstraite. À partir des années 1930, aux États-Unis comme dans une grande partie du monde développé, les scores de QI ont donc commencé à grimper. Et ils n’ont plus cessé de le faire, gagnant en moyenne près de 3 points par décennie.

En 2023, Elizabeth Dworak choisit ce constat pour son mémoire. Elle décida d’analyser les résultats de 394 378 tests de QI réalisés aux États-Unis entre 2006 et 2018 afin de vérifier si la progression était toujours à l’œuvre. Le résultat a montré un recul dans trois catégories importantes des tests de QI : le raisonnement matriciel, qui évalue la résolution de problèmes visuels abstraits ; les suites de lettres et de chiffres, qui mesurent la reconnaissance de schémas ; et le raisonnement verbal, qui porte sur la résolution de problèmes faisant appel au langage.

Mais si de nombreux outils permettent de mesurer l’intelligence, quantifier la stupidité se heurte à un problème de quantification. La “pure bêtise” serait étroitement liée au QI, avec des personnes qui ne parviennent pas à suivre un raisonnement logique et échouent à tirer des conclusions adaptées à la situation. Vient ensuite “la bêtise par ignorance”, qui découle d’un manque d’éducation ; quand on n’a pas de bases parce qu’on n’a pas appris l’essentiel dans la vie, on peut être très malin, on ne trouvera jamais la bonne solution. Mais aussi la “stupidité émotionnelle”, quand les émotions prennent le pas sur la réflexion et amènent à des décisions irréfléchies. Le déclin est le plus marqué dans les deux premières catégories.

Après cette publication, la plupart des réactions étaient toutes convergentes : « Les scores de QI baissent ? Vous ne m’apprenez rien ». La bêtise reste une notion difficile à définir, mais remarquablement facile à reconnaître lorsqu’on la rencontre. Dans presque tous les domaines de la vie, nous privilégions désormais des comportements, des divertissements et même des systèmes de pensée qui sollicitent toujours moins notre cerveau. Pour la plupart d’entre nous, le smartphone est devenu une sorte de parc de loisir de poche qui nous évite d’avoir à supporter le moindre moment d’ennui. Intuitivement, on a le sentiment qu’un tel usage ne peut qu’endommager certains de nos circuits cognitifs. Depuis Marshall McLuhan et Neil Postman, on sait que chaque nouveau média transforme notre manière de penser. Le médium reste le message. Sauf qu’aujourd’hui le médium, c’est la foule.

La transformation la plus profonde tient surtout au volume inouï de bruit humain auquel nous sommes désormais connectés en permanence. En théorie, il s’agit d’une démocratisation de l’expression. En pratique, cela ressemble parfois à une lobotomie participative. Aujourd’hui, des cerveaux hérités du paléolithique sont bombardés chaque heure par les pensées de centaines d’inconnus. Être intelligent, ce n’est plus aussi sexy qu’avant, aujourd’hui, ce qui compte surtout, c’est le nombre d’abonnés que vous avez sur Twitch. À l’échelle mondiale, 17 % de la population considère désormais TikTok comme une source d’information digne de confiance. Il est extrêmement difficile de discerner la bonne (in)formation, à supposer que quelqu’un ait encore envie de la chercher alors que les fils d’actualité débordent de divertissements, de contenus absurdes et d’une infinité de sous-genres pornographiques toujours plus alléchants. Et comme si cela ne suffisait pas, Donald Trump continue d’appliquer la stratégie popularisée par Steve Bannon, celle qui consiste à “inonder l’espace public avec de la merde”, saturant tous les canaux d’un bruit de fond permanent et poussant sans cesse le volume.

Désormais, ce sont les voix les plus bruyantes et les moins informées qui imposent les termes du débat, obligeant tous les autres à parler leur langage. Un quart de l’électorat américain est aujourd’hui constitué de ce que les politologues appellent des “low-information voters”, des électeurs peu informés, incapables de citer le nom de leurs représentants et qui s’informent principalement à travers leurs réseaux sociaux habituels. Ces électeurs deviennent décisifs dans les scrutins les plus serrés, à condition que les campagnes parviennent à les atteindre par des messages suffisamment simples et émotionnels pour entrer en résonance avec le peu d’informations dont ils disposent.

Plus le monde devient complexe, plus les métaphores censées l’expliciter deviennent simplistes.

[Ce résumé est fait à partir du numéro 1869 de Courrier international,“Sommes-nous devenus stupides”, en vente du 27 août au 2 septembre 2026. On explique fort bien pourquoi ce blog biosphere a aussi peu d’influence, il est beaucoup trop intelligent pour ce que sont devenus les gens]

14 réflexions sur “Nous devenons de plus en plus stupides”

  1. Le président national de la Coordination rurale, Bertrand Venteau, devrait répondre devant le tribunal correctionnel d’Auch ce jeudi 3 septembre 2026 de ses propos tenus le 19 novembre 2025 lors du congrès du syndicat agricole, jour de son élection à la présidence.

    Selon le procès-verbal de convocation en justice qui lui a été notifié le 29 janvier 2026, M. Venteau doit répondre du chef de « provocation publique et directe non suivie d’effet à commettre un crime ou un délit », pour avoir déclaré publiquement, à Auch : « Les écolos, la décroissance, veulent nous crever, nous devons leur faire la peau. »
    France nature environnement et Générations Futures, notamment, seront présentes à l’audience en tant que parties civiles.

    1. – « Durant sa jeunesse, Bertrand Venteau étudie au lycée agricole Les Vaseix à Limoges. Il en est exclu temporairement en 1998 pour « alcoolémie accompagnée d’irrespect de l’équipe éducative » […] Particulièrement critique contre l’écologie, il déclare vouloir supprimer l’Office français de la biodiversité, et affirme vouloir s’opposer aux écologistes et à la décroissance. Auprès du média Vert, il indique douter de la réalité du réchauffement climatique [etc.] » (Wikipédia : Bertrand Venteau)

      Même si les alcoolos ne sont pas forcément tous des cons… nous avons donc là un bel exemple. Parce que l’irrespect, ça oui c’est ce qui les caractérise peut-être le mieux.
      Ce pauvre type va donc être jugé, pour avoir dit de misérables conneries. Et c’est tant mieux. Et j’en connais d’autres dans son genre. Misère misère !
      – Bertrand Venteau jugé le 3 septembre : que risque-t-on pour provocation publique à commettre un crime ou un délit ? (kohenavocats.com)
      –

    2. mon dieu, quelle couche !

      – « Dans le journal Sud Ouest, l’intéressé assume pleinement les propos qui lui valent ce procès. « Après tout ce qui s’est passé cet été, mes propos étaient pleins de sens », a-t-il déclaré. Il promet de se rendre à Auch « confiant face à des Jadot, des Biteau, des Tondelier » et assure qu’« un jour il va falloir désigner les responsables » de la sécheresse et des incendies de l’été. » (Le patron de la Coordination rurale, qui veut « faire la peau » aux écolos, va être jugé jeudi – Reporterre 31 août 2026)

      1. Misère misère !

        – DIRECT. Procès Venteau à Auch : « Si moi je vais devant la justice, Sandrine Rousseau doit y passer aussi… » Suivez le rassemblement d’agriculteurs de la Coordination Rurale et la contre-manifestation écologiste (ladepeche.fr/2026/09/03)

        Chacun pourra juger de la pertinence des propos des un(e)s et des autres.
        Autrement dit voir où est le bon sens. Ainsi que le «bon sens» que suivent celles et ceux qui ont perdu le boussole.

    3. – « Avant d’en être empêchée par le président du tribunal, l’avocate de la défense a tenté d’affirmer que son client avait fait l’objet de « deux poids, deux mesures […] dans la rapidité du traitement des dossiers », alors que c’est au parquet d’Auch qu’est revenue l’affaire Lyhanna, traitée avec lenteur. Elle a demandé la relaxe, plaidant que les propos relevaient d’une « métaphore ». »
      (« Faire la peau aux écolos » : Bertrand Venteau, le patron de la Coordination rurale, plaide le débat d’idées – lanouvellerepublique.fr)

      30.000 € d’amende avec sursis. Encore un juge rouge… qu’ON dira.
      Et une avocate qui en tient également un grosse couche.
      Une métaphore… c’est c’là oui ! Comme les grues de l’autre misérable.
      Comprenne qui pourra. 😉

    4. Sur le fond le 3 septembre, Bertrand Venteau n’a manifesté aucune remise en question. Interrogé directement par le président du tribunal, qui lui demandait si l’appel à « faire la peau » aux écologistes était un discours digne d’un président de syndicat national, le dirigeant de la CR a maintenu sa position, réduisant ses propos à une « simple métaphore » relevant du « débat d’idées ». Il a réaffirmé qu’il tiendrait exactement les mêmes propos aujourd’hui.
      Le procureur a requis à son encontre 30 000 euros d’amende avec sursis. Le délibéré sera rendu le 15 octobre 2026.

    5. La Coordination rurale du Lot-et-Garonne a été condamnée mardi en appel à près de 170 000 euros d’amendes et de dommages et intérêts pour des dégradations. Le syndicat a notamment été condamné pour des dépôts illégaux de déchets devant les locaux de l’Office français de la biodiversité ainsi que pour des dégradations sur des bâtiments publics. Plusieurs agriculteurs poursuivis individuellement ont eux aussi été condamnés à des amendes, solidairement avec le syndicat.
      L’arrêt de la cour d’appel pourrait créer un dangereux précédent, a déclaré Bertrand Venteau, président national de la Coordination rurale. Bertrand Venteau craint que les antennes locales soient plombées par ce type d’amendes, que le syndicat national ne peut régler à leur place. « Nous dérangeons trop », a-t-il jugé.

  2. – « Le titre devrait être « Nous sommes vraiment stupides », c’est une réalité même dans les milieux qui se croient informés, et qui récitent les recettes du passé !!! » (Biosphère)

    – « ON leur a dit au mois d’avril, à la télé dans les journaux, de pas se découvrir d’un fil, que l’printemps c’était pour bientôt, les vieux principes du seizième siècle et les vieilles traditions débiles, ils les appliquent tous à la lettre, ils m’font pitié ces imbéciles ! » (Hexagone – Renaud)

    – « ON leur dit des efforts, ils disent OK. C’est de votre ressort, ils disent OK. Qu’est-ce qu’ils sont cons ! ON leur dit ça augmente, ils disent OK. ON dit ça augmente encore, ils disent OK.
    Qu’est-ce qu’ils sont cons… » (Qu’est-ce qu’ils sont cons – Matthieu Côte)

    Les recettes du passé, les vieux principes de 16ème siècle… alors ça c’est sûr, ON les connaît.
    Et même par cœur. Et pour s’en Débarrasser… alors là je vous dis pas !
    La Décolonisation des imaginaires… c’est pas gagné. Misère misère !
    (à suivre)

    1. esprit critique

      (suite) Par exemple cette expression, qui remonte justement au 16ème siècle… « comme chien et chat ». Pour qualifier des relations tendues entre deux individus, qui se disputent ou se cherchent querelle pour n’importe quoi. Eh ben aujourd’hui ON continue de l’employer, l’ânonner. Alors qu’ON ferait mieux de venir chez moi, pour voir à quel point mon petit monde fait bon ménage. 😉
      Nous sommes vraiment stupides, ça c’est sûr ! Le devenons-nous de plus en plus ?
      En effet ça c’est moins sûr. Ne serait-ce que parce que depuis longtemps nous savons que la stupidité (l’idiotie, l’imbécillité, la niaiserie, la bêtise… la Connerie quoi) est notre lot à tous (toustes). Plus ou moins bien sûr. La Connerie (bêtise humaine) se manifeste de multiples façons, et dans tous les domaines. Ce qui fait que des cons, hélas, ce n’est pas ça qui manque. (à suivre)

    2. Vieux con d'anarchiste bourgeois

      (suite à 10:15) Et là encore nous en avons de diverses sortes.
      Et même dans tous les genres. Des petits cons et des petites connes, des grands et des grosses, des jeunes et des vieilles, et j’en passe des connards et des connasses.

      Biosphère distingue la “pure bêtise”, qui serait étroitement liée au QI… “la bêtise par ignorance”, qui découle d’un manque d’éducation … et la “stupidité émotionnelle”, quand les émotions prennent le pas sur la réflexion. Je reconnais que ce n’est pas con comme façon de ne pas mélanger les carottes et les navets. Je rajouterais toutefois une quatrième famille, celle de celles et ceux qui cumulent ces trois tares.
      J’en profite pour rappeler que la Connerie est un réel et sérieux sujet d’études. Pour des philosophes, des sociologues et même des psychologues. De nombreux ouvrages traitent du sujet. S’il y en a que ça intéresse, je peux leur en faire une liste. 🙂

      1. Parti d'en rire

        Si je comprends bien… c’est plutôt Courrier international qui fait cette distinction, entre la pure et celle de l’ignorance, et celle des émotions. Mais peu importe.
        En tous cas je rejoins Biosphère pour dire que tout ça explique fort bien pourquoi ce blog a aussi peu d’influence. Beaucoup trop intelligent !
        Pour ce que sont devenus les gens (ON)… qui sont, comme ils sont. Misère misère !
        Peut-être, alors… Biosphère devrait-il faire preuve d’un plus de juste mesure…
        Et se mettre un peu plus à leur niveau. En tous cas, moi, c’est toujours ce que je m’efforce de faire. Plus con que moi tu meurs !

  3. Les aides pour les secteurs les plus exposés à la hausse du prix des carburants, les agriculteurs, les pêcheurs et le secteur du BTP, « seront reconduites » pour les mois de septembre et octobre, a annoncé ce 3 septembre la ministre déléguée à l’énergie, Maud Bregeon. Le guichet pour les grands rouleurs, à destination des ménages modestes, sera prolongé d’un mois.

    L’État n’aide pas à nous désintoxiquer des carburants fossiles. Encore des subventions brûler notre climat toujours plus. C’est #A fond vers le mur en chantant !

    1. Je ne comprends pas… Quand le prix du beefsteak augmente je paie l’augmentation, quand mon entreprise va mal je n’attends pas de subvention et quand mon loyer augmente personne ne me donne quoi que ce soit. Et là, avec une dette publique de 3 500 milliards d’euros, l’État aide pourtant à détraquer le climat !

      1. L'ordre et la nécessité

        Ce n’est pourtant pas très compliqué à comprendre.
        1) L’État veille au maintien de l’Ordre Établi.
        2) Les aides publiques sont une nécessité.
        Une nécessité pour calmer le Jeu. Autrement dit pour éviter la Chienlit, comme disait le grand Charles. Un mot repris par notre petit Manu en 2024, pour justifier sa décision de dissoudre l’Assemblée nationale… par la nécessité d’éviter « la chienlit ».

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