Nous ne croyons que ce que nous voulons croire

Lorsque des croyants découvrent que la prophétie au cœur de leurs croyances ne se réalisa pas, loin de renoncer à leur foi, ils bâtissent une explication « logique » à l’échec de leur prophétie et redoublent de ferveur. Le psychologue américain Leon Festinger, à partir de l’étude d’une secte, a défini son concept de « dissonance cognitive » : ainsi désigne-t-il l’inconfort mental que nous ressentons lorsque nous sommes confrontés à des convictions contradictoires, un malaise que notre cerveau cherche à réduire en modifiant nos croyances, voire notre interprétation des faits.

De nombreuses expérimentations, menées sur des étudiants mis en situation, ont confirmé le déclenchement d’esquives cognitives visant à retrouver une cohérence de soi lorsqu’on affronte une contradiction interne : déni, oubli, nouvelle hiérarchie de ses valeurs, etc. La théorie de la dissonance cognitive présente un modèle plutôt robuste. ll n’y a pas que les croyants en des théories fumeuses qui pratiquent la dissonance cognitive.

– Par exemple une théorie applicable à bien d’autres croyances, la technolâtrie qui sauve. Certes cette technique ne marche pas, mais une autre, plus tard, donnera bien une solution. C’est ce qui explique le nombre de friches industrielles et les fusées d’Elon Musk.

– La plupart des négationnistes du climat, on a beau leur expliquer la validité scientifique des études du GIEC, ils continueront à croire de plus belle à leurs illusions. Il suffit d’entendre Trump déclarer que le réchauffement climatique, c’est une escroquerie. Cela coupe court à toute possibilité de rationalité, et on s’empresse de contredire ou d’interdire tout ce qui va à l’encontre de la foi climato-sceptique. Quitte avec Trump, cas extrême de refus de la réalité objective, d’interdire toute information publique sur le réchauffement climatique. Casser le thermomètre est une manière de soigner sa dissonance cognitive..

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Tout savoir sur la dissonance cognitive (extraits)

Le psychosociologue Leon Festinger a appelé « dissonance cognitive » la situation de notre psyché lorsque se mettent à l’habiter deux croyances contradictoires. De ce sentiment d’inconfort, nous tendons inconsciemment vers un état de stabilité, d’apaisement, vers un état dans lequel cette tension puisse être résolue.

James Howard Kunstler : « C’est une constante de l’histoire humaine que les évolutions les plus importantes sont souvent les plus ignorées, parce que les changements qu’elles annoncent sont tout simplement impensables. On peut qualifier ce processus de « problème hors contexte », phénomène si éloigné de l’expérience des gens qu’ils ne peuvent comprendre les informations disponibles. On peut aussi l’appeler « dissonance cognitive ». La plupart des économistes orthodoxes ne reconnaissent aucune limite à la croissance projetée dans l’avenir. Otages de leur propre système, ils ne sont pas capables de concevoir une autre forme d’économie.

Stéphane Foucart emploie deux dénominations significatives de la dissonance cognitive: « schisme de réalité » et « double pensée » : « Les politiques savent que nous allons dépasser le seuil de 2°C, passage vers des perturbations ingérables. Ou bien la conscience trouve le moyen d’éviter d’y penser en participant à une mascarade nommée COP21. Il y a une telle opposition entre ce qu’on sait de dramatique et le besoin absolu de pouvoir conserver les choses en l’état qu’on veut ignorer ce qui fait mal….

Lire, La fabrique du mensonge (comment les industriels manipulent la science et nous mettent en danger) de Stéphane Foucart

extraits : Qui considère que le changement climatique d’origine anthropique est une réalité ? Toutes les grandes sociétés savantes compétentes. Ce consensus de la communauté scientifique se cristallise dans les rapports du GIEC qui rassemblent des milliers d’études publiées sur le sujet. En dépit de cela, le discours climato-sceptique fait florès. Comment une telle dissonance cognitive, ce hiatus entre ce que nous croyons et ce que nous savons, s’est-elle construite ? Les entreprises incommodées par la question climatique ont eu massivement recours à une galaxie de think tanks qui ont propagé dans la sphère publique un discours pseudo-scientifique. Pour insinuer le doute.

11 réflexions sur “Nous ne croyons que ce que nous voulons croire”

  1. Déni et mensonge

    Au sujet des négationnistes du climat (négateurs du changement climatique anthropique), des tas d’études ont été faites. Bien que les explications tournent toujours autour du déni, je pense qu’il ne faudrait pas oublier les menteurs. Ceux que j’appelle les « faux sceptiques » (comme fosse septique) et qui font seulement semblant de ne pas y croire.

    – « Une erreur fréquente est d’associer le mot « déni » au mot « mensonge ». C’est regrettable, car le déni et le mensonge sont deux choses très différentes. […]
    Le mensonge est fait consciemment. Les gens savent quand ils mentent. Ils ne sont peut-être pas capables de contrôler leur mensonge, mais ils en sont conscients. Le déni se produit à un niveau diffèrent, inconscient. »
    (Psychologie : sortir du déni et faire face à ses problèmes – lepetitjournal.com)

    1. Esprit critique

      Peut-ON dire de Trump qu’il est dans le déni climatique ?
      Qui peut dire ce qu’il pense réellement ? Un jour il dit une chose, le lendemain une autre, il oublie ce qu’il a dit, ou alors il fait semblant d’avoir oublié… il ment comme un arracheur de dents… et pour couronner le tout il est complètement cinglé. Narcissique, attardé etc. ce pauvre type collectionne toutes les tares.
      Souvenez-vous de ce misérable lobbyste de Monsanto (Docteur Patrick Albert Moore, expert environnementaliste canadien)… celui qui jurait qu’ON pouvait boire du Roundup sans aucun risque. Et combien comme ça, de ces gros menteurs !?

  2. Faire comme les autres

    – « Même si nous aimons croire que nos décisions sont individuelles et rationnelles, une grande partie de nos comportements est influencée par notre besoin de nous intégrer, d’être acceptés, et d’éviter la désapprobation sociale. Comprendre les raisons profondes du conformisme social permet d’éclairer nos réactions, de mieux analyser nos choix et d’identifier les mécanismes psychologiques qui façonnent nos interactions quotidiennes. » (Pourquoi avons-nous tendance à nous conformer aux normes sociales ? – mon-psychotherapeute.com)

  3. Savoir est une chose, croire en est une autre, c’est évident. Du moins pour ceux qui ont “fait “ un peu de philo. Et un peu lu Platon. Tout est croyance, c’est entendu. Sauf qu’entre une simple opinion (genre idée reçue) et une conviction (genre vérité scientifique) il y a une sacrée différence.
    Nous ne croyons que ce que nous VOULONS croire. Oui. Si ce n’est que ce que nous POUVONS… croire. Là encore, vouloir est une chose et pouvoir en est une autre. J’ai beau vouloir décoller en agitant les bras… ça ne marche pas. Et je ne fais que du vent. Et encore. 🙂
    Le mécanisme du déni (de réalité) est bien connu, il rentre bien sûr dans le cadre plus large de ce déséquilibre (tension, stress) appelé dissonance cognitive.

    1. – « Le déni consiste parfois à minimiser ou à simplifier à outrance un problème complexe. Puisqu’elle prendrait du temps, l’analyse approfondie d’un problème apparaîtrait comme une excuse pour ne rien faire. Nier la complexité d’un problème ou affirmer qu’elle n’est qu’une difficulté à surmonter risque de justifier une intervention inappropriée qui a déjà fait ses preuves. La simplification aboutit souvent à des solutions de « bon sens » qui reposent sur des arguments d’autorités, un système de croyances ou un consensus socioculturel. […]
      Lorsque le déni est lui-même l’objet d’un déni, la situation se complique et s’aggrave. »
      ( Dénis du réel et dissonance cognitive – mouvementpourundeveloppementhumain.fr )

      Mon dieu que tout ça est compliqué ! Retenons seulement que la simplification permet de ne pas se faire mal à la tête, avec des choses trop compliquées. Les exemples ne manquent pas.
      Le Problème c’est les Autres, yaka les renvoyer chez eux ! Le Poumon vous dis-je !
      Si ce n’est, le Pognon vous dis-je ! 🙂

    2. Biais de confirmation « Lorsque je me renseigne sur un sujet, je favorise les informations qui appuient mon hypothèse et j’ignore les informations qui la contredisent. »
      Biais pro-endogroupe « Mon groupe est meilleur que le tien. »
      Biais de croyance « Si ça correspond à mes croyances et connaissances, c’est sûrement valide. »
      Biais de réification « Le simple fait de nommer une chose me fait croire qu’elle existe. »
      Biais de fixation « Quand je dois trouver une solution à un problème, je fixe mon attention sur la première idée qui me vient à l’esprit, au détriment des autres possibilités. »
      Biais d’angle mort « Les autres sont plus biaisés que moi. »

      1. Plus biaisé que moi tu meurs !

        Entre les illusions, d’optique et autres, les paralogismes, et autres sophismes, et en plus les biais (cognitifs)… et ce n’est ça qui manque (*) … c’est vrai qu’il n’est pas facile de se forger une conviction, digne de ce nom.
        Et si je rajoute la fatigue… alors là il y a de quoi ne plus croire en rien.
        Ou alors croire en n’importe quoi. Comme tout le monde quoi.
        Autrement dit, penser (faire, et vivre) … comme les autres.

        * Découvrez l’univers des biais cognitifs (biais-cognitif.com)

        – « Une des raisons pour lesquelles l’humour est si efficace est qu’il capte notre attention de manière unique. […] Cependant, l’effet d’humour peut également avoir des inconvénients. Par exemple, il peut biaiser notre perception de l’importance des informations. Les éléments humoristiques peuvent rendre des informations moins pertinentes plus mémorables au détriment de faits plus importants mais moins divertissants. » (Effet d’humour – biais-cognitif.com)

  4. Le premier article de notre blog « biosphere » a été posté le 13 janvier 2005, il propose chaque jour un « point de vue des écologistes ». Hébergé par le serveur ouvaton.org, c’est un Journal indépendant sur l’actualité, nous ne sommes alignés sur aucune chapelle.
    https://biosphere.ouvaton.org/blog/
    Ce blog est directement relié à un site, on peut aller de l’un à l’autre rapidement.
    https://biosphere.ouvaton.org/
    Notre site « biosphere » est relativement statique, les contenus y sont organisés par pages pour la plupart anciennes. Mais c’est un « réseau de documentation des écologistes » qui fournit à peu près toute la culture que devrait avoir un écologiste militant. Nous avons une volonté de formation des citoyens. Nous ne sommes pas un réseau social qui met en contact n’importe qui pour n’importe quoi grâce à Facebook, TikTok, Twitter (X)…
    Prière par vos commentaires de faire en sorte d’améliorer l’intelligence collective, merci.

    1. N’importe quelle question peut être examinée de sept points de vue au moins, tous exacts en soi, mais non dans le même temps ni dans les mêmes circonstances. 

      1. Bernard Werber

        Entre ce que je pense, ce que je veux dire, ce que je crois dire, ce que je dis, ce que vous avez envie d’entendre, ce que vous croyez entendre, ce que vous entendez, ce que vous avez envie de comprendre, ce que vous croyez comprendre, ce que vous comprenez… il y a dix possibilités qu’on ait des difficultés à communiquer. Mais essayons quand même. 🙂

      2. – « Chacun a raison de son propre point de vue, mais il n’est pas impossible que tout le monde ait tort. » (Ghandi)
        Logiquement… et si ON croit tout ce que ce vieux sage raconte… il n’est donc pas impossible que lui aussi ait tort.
        Et idem pour Bernard Werber, et Pierre, Paul et Jacques, tout le monde quoi.
        Eh ben,. je me demande bien ce qu’il me reste à croire…

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