Objections à la dissuasion macroniste

Le président de la République a annoncé le 2 mars 2026 la « mise en place progressive d’une dissuasion avancée », offrant notamment la possibilité pour les alliés européens « de participer aux exercices de la dissuasion » nucléaire française. Au lieu de lutter contre la prolifération, Macron veut mettre des bombes partout. Notre spécialiste répond à cet adepte de la guerre en fauteuil. Quand on est président, il suffit d’appuyer sur un bouton pour déclencher un cataclysme. Envisager à l’avance que c’est possible, c’est vouloir un crime de masse. Emmanuel Macron est un assassin potentiel, il devrait être jugé pour cela.

Emmanuel Macron : Tous ceux qui auraient l’audace de vouloir s’en prendre à la France savent le prix insoutenable qu’il y aurait pour eux, à payer.

Michel Sourrouille : La dissuasion marche si elle marche, mais si l’ennemi passe outre, le système de croyance sur lequel elle repose s’effondre. On ne peut pas gagner une guerre nucléaire. On ne peut que compter le nombre de morts civils. De plus la dissuasion « avancée » accroît les risques de guerre nucléaire, elle ne peut être perçue qu’agressive vis à vis de la Russie; cela ressemble à l’épisode des missiles Pershing dans les années 1980.

50% du budget de la défense devrait être consacré à la résistance non-violente, à la géopolitique citoyenne, à l’élimination des causes de la guerre. On n’élabore pas une société humaine sur des monceaux de cadavres. 

Emmanuel Macron : Nous devons penser notre stratégie de dissuasion dans la profondeur du continent européen, dans le plein respect de notre souveraineté, avec la mise en place progressive de ce que j’appellerais une dissuasion avancée.

Michel Sourrouille : La prévention et la résolution non violente des conflits représente une valeur fondamentale de l’écologie politique. Elle s’avère indispensable pour répondre à la montée des crises internationales : raréfaction des matières premières et des énergies non renouvelables, crises alimentaires, diminution des ressources en eau potable, dérèglement climatique générant des mouvements massifs de populations et des inégalités.

Une communauté socialiste d’hommes et de femmes éduqués aux méthode de la non-violence aussi intensément qu’ils le sont aujourd’hui aux méthodes de la violence pourrait permettre à une armée étrangère d’envahir son territoire et parvenir malgré tout à établir une défense du socialisme qui aurait de bonnes chances de triompher. Telle serait une dissuasion réellement avancée.

Emmanuel Macron : Il ne s’agit pas d’entrer dans une quelconque course aux armements. Cela n’a jamais été notre doctrine.

Michel Sourrouille : Mensonge. Macron a fait augmenter les dépenses militaires alors que la France est surendettée. Macron fait construire un nouveau sous-marin lanceur d’engins de mort. On croit mourir pour la patrie ; on meurt pour des industriels », écrivait déjà Anatole France en 1922. Tous les hommes d’État affirment que l’armement de leur propre nation est préparé uniquement pour des raisons de défense. Tous les hommes d’État affirment que l’existence d’armement dans un pays étranger constitue une raisons pour la création immédiate de nouveaux armements dans leur pays. Chaque nation se sent tenue d’imiter les autres. Les canons sont pointés vers les canons, les avions contre les avions, les bombes chimiques contre les bombes chimiques. Un acte de désarmement unilatéral abaisserait les tensions internationales.

L’existence d’une armée est en soi une raison de faire la guerre. Une nation désarmée ne peut en aucun cas être accusée d’être un agresseur. Il y a toutes les raisons de croire qu’un mouvement de la France vers un désarmement universel aurait un impact considérable.

Emmanuel Macron : Ma responsabilité est d’assurer que notre dissuasion conserve et qu’elle conservera à l’avenir son pouvoir de destruction assuré dans l’environnement dangereux, mouvant et proliférant. C’est pourquoi j’ai ordonné d’augmenter le nombre de têtes nucléaires de notre arsenal.

Michel Sourrouille : Il faut absolument remettre en cause le dogme de la dissuasion nucléaire. L’hiver nucléaire est toujours possible, il suffit d’appuyer sur un bouton. Hiroshima et Nagasaki victimes d’une bombe nucléaire montre que rien n’arrête certains dirigeants. La possession de la bombe par les USA n’a pas empêché l’URSS de se la procurer. La non-possession de la bombe par l’Iran n’a pas empêché Israël de se la procurer. La défense contre une attaque nucléaire surprise est impossible. Cela arrive si vite.

La France n’a adhéré au TNP (traité sur la non prolifération des armes nucléaires) que 22 ans après son entrée en vigueur. Elle n’a jamais « négocié de bonne foi » en faveur du désarmement nucléaire comme l’exigent l’art. VI du TNP et l’avis consultatif de la CIJ de 1996. Il faut d’urgence arrêter le programme de modernisation des armes nucléaires et adhérer au Traité sur l’interdiction des armes nucléaires (TIAN) adopté le 7 juillet 2017 par la Conférence des Nations Unies.

Emmanuel Macron : Pour être libre, il faut être craint et, pour être craint, il faut être puissant. Cette augmentation de notre arsenal en témoigne.

Michel Sourrouille : Se faire craindre, c’est refuser de se faire aimer. Contraindre, c’est le contraire de la liberté. Ce n’est pas le complexe militaro-industriel qui doit faire la loi sur une planète mondialisée ; on doit soutenir les instances internationales dédiées à la paix. La France, troisième exportateur d’armes dans le monde, devra agir pour une réduction et une reconversion substantielle de l’industrie de l’armement. Pour motiver les autres, on doit montrer l’exemple.

Alors que le TNP exige depuis 1992 de la France des « mesures efficaces relatives à la cessation de la course aux armements nucléaires à une date rapprochée », et depuis 2010 de « réduire encore le rôle et l’importance des armes nucléaires dans tous les concepts, doctrines et politiques militaires et de sécurité », la France modernise et accroît son arsenal nucléaire en lançant notamment un sous-marin lanceur d’engins de mort.

Emmanuel Macron : Notre sécurité ne s’est jamais conçue dans les seules limites de notre territoire, au plan conventionnel comme au plan nucléaire.

Michel Sourrouille  : La sécurité obtenue par la préparation de la guerre ne peut jamais arriver à instaurer la paix. La politique étrangère de la France en matière de sécurité collective doit contribuer à la mise en place d’un nouvel ordre mondial organisé dans le cadre des Nations Unies. L’armée française confiée à l’ONU deviendrait une force de paix considérable. Les réformes défendues par les écologistes ne peuvent se faire sur une planète en perpétuel conflit.

Rappelons la Charte de l’ONU  : « Nous, Peuples des Nations Unies, résolus à préserver les générations futures du fléau de la guerre qui deux fois en l’espace d’une vie humaine a infligé à l’humanité d’indicibles souffrances. » Cette Charte stipule que les États doivent résoudre leurs différends de manière pacifique et s’abstenir d’utiliser la force armée.

Emmanuel Macron : La dissuasion nucléaire française a vocation à dissuader tout Etat de s’en prendre à nos intérêts vitaux. Quels sont-ils ? Nous ne les avons jamais énoncés précisément, à dessein.

Michel Sourrouille : L’emploi de bons moyens est d’une plus grande importance que la poursuite de bonnes fins. Il en est ainsi parce que de bonnes fins ne peuvent pas été atteintes par de mauvais moyens. Accepter la possibilité de l’hiver nucléaire, c’est aller à l’encontre de tous les intérêts vitaux d’une nation, pas besoin donc de les définir.

La guerre nucléaire n’est pas la continuation de la politique par d’autres moyens, elle constitue une rupture avec les moyens classiques de la politique, à savoir le dialogue, la négociation, la gestion pacifique des conflits.

Emmanuel Macron : A coup sûr nos intérêts, s’ils couvrent le territoire hexagonal et ultramarin, ne peuvent se confondre avec le seul tracé de nos frontières nationales.

Michel Sourrouille : Chacun sa patrie, terreau de la guerre. Les différents récits nationaux européens ne sont pas compatibles. Il existe un Tout plus vaste dont la patrie n’est qu’un morceau.

Accorder à une partie de l’espace géographique la vénération qui ne peut revenir qu’à notre mère la Terre, c’est de l’idolâtrie.

Emmanuel Macron : Nous avons d’abord resserré en juillet dernier les liens avec le Royaume-Uni, partenaire majeur et puissance nucléaire indépendante avec laquelle nous reconnaissons depuis 1995 qu’il n’y a pas de situation engageant les intérêts vitaux de l’une sans que ceux de l’autre ne soient affectés.

Michel Sourrouille : La seule définition qui convient au mot « nation » est une communauté organisée pour faire la guerre. Resserrer les liens entre deux nations, c’est mathématiquement multiplier les causes de la guerre. On trouvera toujours des prétextes à défendre des « intérêts vitaux ».

Emmanuel Macron : Nous entrons sur le chemin de ce que j’appellerai la dissuasion avancée. Je préfère le dire tout de suite, il n’y aura aucun partage de la décision ultime, ni de sa planification, ni de sa mise en œuvre. En vertu de notre Constitution, elle appartient au seul président de la République comptable devant le peuple français.

Michel Sourrouille : Donner à un seul homme la possibilité de déclencher immédiatement le feu nucléaire, c’est l’inverse d’un système démocratique. Le Parlement devrait être systématiquement consulté, ce qui est incompatible avec le dogme de la dissuasion.

Les opérations militaires de la France devraient à chaque fois être sous mandat international catégorique. Le respect du droit international est la seule boussole politique fiable à même d’identifier un chemin viable vers la paix. Nous fermerons toutes les bases militaires à l’étranger, nous n’accepterons plus de bases américaines en Europe.

Emmanuel Macron : Nos forces aériennes stratégiques pourront ainsi se disséminer dans la profondeur du continent européen. Cette dispersion sur le territoire européen, à la manière d’un archipel de forces, compliquera le calcul de nos adversaires et donnera à cette dissuasion avancée beaucoup de valeur pour nous.

Michel Sourrouille : Prévenir le risque de guerre ne passe pas par la militarisation de la tension partout où cela est possible, mais au contraire par la démilitarisation des possibles partout où on peut. Certes le projet d’Europe fédérale passe par une véritable politique européenne de sécurité et de défense. Mais il s’agira uniquement (de Forces d’interposition dûment formées à la prévention et la résolution non violente des conflit. Créer un service civil européen portera un message de paix. Donner la possibilité aux jeunes de se déclarer objecteurs de conscience, opposés à l’usage collectif des armes, est une nécessité reconnue internationalement au niveau juridique.

Aucun des maux que l’on veut éviter par la guerre n’est un mal plus grand que la guerre elle-même. Il en coûterait cent fois moins pour protéger la planète que pour préparer sa destruction…Le respect du droit international est la seule boussole politique fiable à même identifier un chemin viable vers la paix. Les pacifistes sont des personnes qui tirent les leçons de l’Histoire. Macron est une personne déterminée à ne pas tirer les leçons de l’expérience passée.

9 réflexions sur “Objections à la dissuasion macroniste”

  1. Dès les premières heures du conflit en Iran, le modèle d’IA générative d’Anthropic « Claude » a été utilisé par l’armée américaine pour planifier l’attaque lancée le 28 février 2026. La machine fait trop vite pour les centres de décision. L’érosion du contrôle exercé par les humains est d’autant plus préoccupante que, d’après une étude menée par Kenneth Payne au King’s College de Londres, les principaux modèles développés par OpenAI, Anthropic et Google choisissent de recourir à l’arme nucléaire dans 95 % des cas de conflits auxquels ils sont exposés. Ce pourcentage indique que le tabou nucléaire n’est pas aussi prégnant dans le raisonnement de programmes d’IA qu’il ne l’est dans l’imaginaire humain.

    1. esprix critix

      – « En ce qui concerne l’efficacité militaire, il est sans doute utile de rappeler que l’indépassable théoricien Clausewitz (1780-1831) mettait en garde, dans son traité De la guerre, contre la perspective d’une « méthode qui fournirait des plans de guerre et de campagne fixes et comme sortant tout prêts d’une machine », ajoutant que celle-ci « devrait être rejetée sans condition » […]
      Ne comprenant pas le raisonnement de la machine et supposant qu’elle effectue des calculs bien plus complexes qu’eux, le personnel militaire se limite souvent à approuver ses choix, réduisant « l’humain dans la boucle » à un simple droit de veto. »

      (« Le recours à l’IA dans le cadre des opérations militaires marginalise la prise de décision humaine » – ifri.org 11/03/2026)

  2. Didier BARTHES

    La maîtrise totale, excluant quiconque d’autres de l’utilisation des armes nucléaires, est une base fondamentale de notre défense. Il est inimaginable qu’un homme tout seul sans consultation, ni des français, ni du parlement veuille changer ce genre de règles.
    Si les intérêts vitaux de Malte sont menacés (ou en ce moment, de Chypre) devrons-nous mettre l’usage de l’arme nucléaire française dans l’affaire ? On va sur une pente très dangereuse et irréfléchie, ce n’est pas la première fois avec les pouvoirs récents

    1. En fait, ce qui vous semble vous chagriner le plus dans cette affaire, c’est l’idée de la mettre en commun. D’en faire profiter les Autres, de notre put’ de Bombe.

      1. Didier BARTHES

        Disons que ça m’inquiète, ça peut nuire à notre indépendance et multiplier les possibilités d’usage, ce qui est quand même angoissant. D’autant que pour le parapluie envers les autres, pour l’instant au moins, il y a encore l’OTAN. Ne réveillez pas de Gaulle je n’ose imaginer ce qu’il dirait du président actuel.

  3. esprit critique

    À quoi bon vouloir dissuader Macron de vouloir mettre en place sa fumeuse dissuasion avancée ? Que voulez-vous, il y croit ! Et le comble c’est qu’il n’est pas le seul. Vous pouvez donc leur exposer tous les arguments les plus rationnels qui soient, ils n’en ont rien à foutre !

    – « Efficacité et légitimité.
    Tous les pays qui développent des armes nucléaires le font au nom de leur sécurité. […]
    Selon des détracteurs de la dissuasion nucléaire, la première difficulté réside dans le fait qu’il s’agit d’une théorie qui ne peut donc être démontrée et que les conséquences si elle venait à échouer seraient terribles […] La deuxième difficulté réside dans le caractère instable de la dissuasion nucléaire et dans le risque qu’elle échoue : chaque camp a peur d’être dépassé par l’autre sur le plan de son potentiel militaire offensif et de la capacité à détruire celui de l’autre ce qui conduit à une spirale sans fin de course aux armements [etc.] » (à suivre)

    1. (suite) « La Cour internationale de justice rend le 8 juillet 1996 un avis consultatif qui déclare que la menace ou l’emploi d’armes nucléaires serait généralement contraire aux règles du droit international applicable dans les conflits armés. Néanmoins, dans ce même avis, […] La Cour a conclu que ni le droit coutumier ni le droit conventionnel ne contient d’interdiction spécifique et complète des armes nucléaires et que tout emploi d’une arme de cette nature serait soumis aux principes ordinaires du droit relatif au recours à la force et du droit international humanitaire […]
      Des chercheurs tels que Robert L. Holmes ont noté que le recours à de telles théories constitue une violation d’une présomption morale déontologique fondamentale qui interdit le meurtre de vies innocentes. […]
      (à suivre)

      1. (et fin) « Selon lui ( Robert L. Holmes) , il est à la fois irrationnel et immoral d’utiliser une méthodologie pour perpétuer la paix internationale qui repose exclusivement sur le développement continu de nouvelles versions des armes mêmes qu’elle est censée interdire» (Wikipédia : Dissuasion nucléaire)

        Conclusion : La dissuasion macroniste avancée n’est donc, ni réellement efficace…
        ni réellement légitime.
        Et finalement elle est parfaitement assortie au bonhomme. Ni ni !

  4. – « Emmanuel Macron est un assassin potentiel, il devrait être jugé pour cela. »

    Par qui ? Pas par La Haye, puisqu’il n’est qu’un assassin potentiel. Et qu’il n’a donc pas encore de sang sur les mains. Quoique…
    En attendant, c’est donc à l’Opinion qu’il revient de juger ce pauvre Macron.
    Et ça justement Elle sait faire, et même qu’Elle ne s’en prive pas, de juger, la Girouette. Et ce pour tout et n’importe quoi. Ainsi il n’y a pas si longtemps 78% des Français le jugeaient MAUVAIS ! Une impopularité RECORD ! Et voilà qu’en quelques jours sa cote remonte.
    Comme à la Bourse, une mouche qui passe et hop !
    – Sondage : la guerre au Moyen-Orient dope la popularité d’Emmanuel Macron
    (letelegramme.fr 06 mars 2026)

    – « Emmanuel Macron : Il ne s’agit pas d’entrer dans une quelconque course aux armements.
    Cela n’a jamais été notre doctrine.
    Michel Sourrouille : Mensonge. »
    Ben oui. Comme quoi il suffit d’être un menteur et un va t’en guerre pour avoir la côte.

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