Opération spéciale française… en Algérie

La France en Algérie n’a pas fait autrement que la Russie de Poutine en Ukraine avec son invasion appelée « opération spéciale ». Le terme employé à l’époque par la France était « événements d’Algérie » ou « Opérations de maintien de l’ordre en Algérie ». L’expression « Guerre d’Algérie » n’a été officiellement adoptée en France qu’en 1999. Rappelons qu’entre 1954 et 1962, 1 101 580 appelés ou rappelés et 317 545 militaires d’active ont été envoyés en Algérie. Les historiens estiment généralement les pertes algériennes (combattants et civils) entre 300 000 et 500 000 morts. Environ 25 000 à 30 000 soldats français ont perdu la vie.  La guerre entraîne automatique des dérives, y compris la torture employée systématiquement par l’armée française.

Stanislas Hutin, figure morale engagée contre la torture pendant la guerre d’Algérie, est mort le 2 septembre 2026

Son témoignage d’ancien appelé formé à l’école du catholicisme social à propos des horreurs vécues en 1955-1956 dans les mechtas (ou hameaux) du Nord-Constantinois ou des Aurès, a été repris dans les grands textes – ceux de Pierre-Henri Simon (1903-1972) ou de Pierre Vidal-Naquet (1930-2006) – dénonçant le dévoiement de l’« opération de police » sur l’autre rive de la Méditerranée.

Après le déclenchement de la guerre en Algérie, il est maintenu sous les drapeaux, embarqué à Port-Vendres (Pyrénées-Orientales) vers Alger à l’automne 1955, après une traversée chaotique de la France en convois ferroviaires secoués par la révolte des rappelés. Son unité est envoyée dans les Aurès. Il raconte le harcèlement nocturne par des fellagas invisibles dans la journée, la brutalité revancharde des officiers anciens d’Indochine, la mort en embuscade de camarades émasculés, la soif de vengeance des appelés pourtant réticents au départ. Surtout, le recours récurrent à la torture par des Français l’épouvante.

A la fin de janvier 1956, un adolescent, Saïd Boutout, est fait prisonnier par une patrouille. « Les hurlements de cochon qu’on égorge, entendus hier soir vers neuf heures, venaient du gosse, écrit-il. On l’a passé au magnéto [la “gégène”]. (…) Ce matin, je suis complètement brisé. » Dans une lettre à l’un de ses frères, il s’épanche : « J’ai l’impression de vivre exactement, mais en sens contraire, ce que nous avons vécu pendant la Résistance en 1943, 1944. Je fais, nous faisons, ce qu’ont fait les Boches. »

Des extraits de son journal trouvent place en 1957 dans l’ouvrage capital Contre la torture (Seuil), publié la même année par l’écrivain catholique Pierre-Henri Simon. Le livre marque un tournant dans la prise de conscience d’une partie de la société française concernant l’impasse morale de la guerre d’Algérie.

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Alban Liechti, refuznik de la guerre d’Algérie

extraits : Alban Liechti est le premier militaire à refuser ouvertement de tirer sur des Algériens. Durant son service militaire obligatoire, son régiment s’apprête en 1956 à être envoyé à Alger. Alors il écrit au président René Coty son refus de prendre les armes : « La guerre que font nos gouvernants au peuple algérien n’est pas une guerre défensive. Dans cette guerre, ce sont les Algériens qui défendent leurs femmes, leurs familles, la paix et la justice. C’est l’amitié entre Français et Algériens que je veux défendre. » Ce sera la prison pendant les quatre années suivantes….

de Gaulle, un anti-pacifiste nationaliste

extraits : Le général de Gaulle a été avant tout un militaire. Son seul principe dans un conflit reste traditionnel, « si tu veux la paix, prépare la guerre ». Il était d’obédience nationaliste. Il s’est toujours comporté comme un gradé avide de combats et donc de victimes. Pour l’Algérie, il a été colonialiste le plus longtemps qu’il a pu. Il se rend à Alger le 4 juin 1958. Il y prononce un discours aux Français d’Algérie où il scande « Je vous ai compris ! » Il proclame que « à partir d’aujourd’hui, la France considère que, dans toute l’Algérie, il n’y a qu’une seule catégorie d’habitants : il n’y a que des Français à part entière ». Deux jours plus tard à Mostaganem, il prononça ces mots : « Vive l’Algérie française ». Jusqu’à l’hiver 1961/62, il choisit de poursuivre la guerre, au prix de nombreuses victimes et d’un accroissement de l’usage de la torture.Le 25 juillet 1962, en Conseil des ministres, alors que les massacres de pieds-noirs et harkis ont commencé, Charles de Gaulle s’oppose au repli des harkis en France. Plusieurs dizaines de milliers d’entre eux sont torturés et massacrés.…

5 réflexions sur “Opération spéciale française… en Algérie”

  1. La guerre, c'est la guerre !

    – TÉMOIGNAGE. Quand Stanislas Hutin racontait la guerre d’Algérie dans son journal de bord (ouest-france.fr 02/03/2022)

    – Quand Jacques Chirac racontait à Match « sa guerre d’Algérie » (parismatch.com 26/09/2019)

    – « Notre premier devoir, c’est la vérité. Les anciens des forces supplétives, les Harkis et
    leurs familles, ont été les victimes d’une terrible tragédie. Les massacres commis en
    1962, frappant les militaires comme les civils, les femmes comme les enfants, laisseront
    pour toujours l’empreinte irréparable de la barbarie. Ils doivent être reconnus. »
    (Discours de M. Jacques CHIRAC, Président de la République, à l’occasion de la journée d’hommage national aux Harkis – 25 septembre 2001)

    – « La grandeur d’un pays, c’est d’assumer, d’assumer toute son histoire. Avec ses pages glorieuses, mais aussi avec sa part d’ombre. Notre histoire est celle d’une grande nation. Regardons-la avec fierté. Regardons-la telle qu’elle a été. C’est ainsi qu’un peuple se rassemble, qu’il devient plus uni, plus fort.» (Jacques Chirac)

    1. histoire coloniale

      – En ligne : Hommage à Stanislas Hutin, une voix, un engagement, une fraternité (histoirecoloniale.net)

      – La société française face à l’héritage de son passé colonial (histoirecoloniale.net)
      – Flashback : « Quand la France dévoilait de force des musulmanes en Algérie » (histoirecoloniale.net)
      – etc. etc. etc.

  2. langage guerrier

    À l’école, dans les entreprises, le sport… et la politique n’en parlons pas… le langage guerrier est partout. Partout ce ne sont que victoires, défaites, alliés, cibles (à atteindre), stratégies, réformes, boucliers (fiscal), réarmement (démographique et autre) etc. etc.
    Sans oublier les guerres, contre ceci et contre cela, contre tout et n’importe quoi !
    Bref, j’en ai parlé X fois. Pas que moi d’ailleurs :
    – Un vocabulaire guerrier systématisé ? Et signe de faiblesse ? (metahodos.fr/2023/02/28)
    – Comment l’usage du langage de guerre dans les discours médiatiques et politiques façonne notre vision du monde (stopfuellingwar.org)

    1. Hypocrisie partout !

      Et en même temps, et comme par hasard, dans le monde militaire ON s’applique à ne pas nommer un chat un chat. ON ne dit pas guerre, mais opération. Nuance !
      Spéciale ou extérieure peu importe. Le Top étant les opérations de pacification.
      Et puis ON ne dit pas tuer, ni massacrer… même pas bombarder, mitrailler, canonner… mais neutraliser. Ou encore traiter.
      – « Neutraliser » pour « Tuer », que signifie ce glissement sémantique? (journalisme.news.narkive.fr)
      – Pour le général Lecointre, « neutraliser » veut dire « tuer » (opex360.com)

      1. […] C’est un poison discret. Une vapeur sans odeur. Une crasse invisible. L’hypocrisie n’est pas un écart moral, c’est une norme sociale intégrée. Elle ne choque plus personne, elle fait tourner la machine. Elle est dans les slogans, dans les lois, dans les visages bienveillants qui camouflent le calcul. Elle est devenue la seule langue que tout le monde comprend sans effort. [etc.]

        (Le poison de l’hypocrisie : Comédie sociale ou désastre collectif ?
        blogs.mediapart.fr 6 mai 2025)

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