optimisme pétrolier !

Selon l’agence gouvernementale d’information sur l’énergie, en 2009 le baril de pétrole serait en moyenne à 51 dollars. Dans le même numéro du Monde (11 décembre), à la même page dans un autre article, la Banque mondiale mise sur un baril à 75 dollars en 2009. Mais tous ces experts n’en savent absolument rien. Le pétrole était à 150 dollars en juillet 2008, il pourrait être à 200 dollars en 2009. Mais en 2005, l’institution financière Ixis CIB notait que si le prix du pétrole avait augmenté depuis 1974 au rythme optimal d’une ressource épuisable, il vaudrait déjà 122 dollars en 2005 (alors qu’il ne cotait que 66,6 dollars au 22 septembre). Le même organisme évoquait la possibilité d’un cours du baril à 360 dollars en 2015. Seule compte aujourd’hui pour les Américains et la Banque mondiale la loi du marché et la spéculation, l’épuisement des ressources n’est pas à l’ordre du jour.

La Banque mondiale estime en effet qu’il n’y aura pas de pénurie de matières premières dans les vingt ou trente prochaines années. Mais son expertise se limite au ralentissement de la demande (baisse de la population et des revenus), pas à la contrainte géologique de l’offre : l’état des réserves. On se contente d’affirmer sans rire que « les réserves prouvées de pétrole demeure de façon incroyablement constante à environ 40 années de production ». Pourtant d’autres spécialistes se sont penchés sur le pic pétrolier et parlent de surévaluation des réserves. Le point culminant de la production mondiale de pétrole est envisagée pour 2037 par le National Intelligence Council des USA (qui défend les illusions américaines), quelque part entre 2013 et 2037 par l’Agence internationale de l’énergie (qui défend les pays riches importateurs), mais avant la fin de cette décennie par l’Aspo (Association for the study of peak oil and gas) lors  de son colloque à Lisbonne en 2005. En effet les réserves mondiales, estimées aujourd’hui à 2275 milliards de barils, seraient seulement de 1750 milliards. L’Aspo est composée de spécialistes de l’industrie pétrolière comme son fondateur l’Irlandais Colin Campbell qui a dirigé le département Géologie d’Amoco avant de terminer sa carrière comme vice-président de Fina. Ces analystes nous ont appris que les quotas de répartition entre membres de l’Opep étaient indexés sur une prétendue augmentation constante de leurs réserves. Il est vrai aussi que Shell a déjà reconnu qu’un tiers de ses réserves « prouvées » étaient imaginaires.

 Les organismes monétaires, (banque mondiale, FMI, Fred) nous leurrent depuis des années en poussant à la croissance à crédit. On voit le résultat avec le tsunami financier actuel. Il me semble probable qu’en matière de ressources en matières premières, l’optimisme forcé de certaines institutions aboutira bientôt à un résultat similaire : un krach écologique.

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