Ordo Amoris, le pape François contre JD Vance

L’un des derniers combats du pape fut la lutte contre la politique d’expulsion des migrants lancée par la Maison Blanche. Et sa dernière rencontre officielle fut avec le vice-président des Etats-Unis, J. D. Vance, converti au catholicisme en 2019. Vance possède le même référentiel d’extrême droite que Jean-Marie Le Pen. En 1984, celui-ci exprimait son attachement aux droits hiérarchiques : « J’aime mieux mes filles que mes nièces, mes nièces que mes cousines, mes cousines que mes voisines. Il en est de même en politique, j’aime mieux les Français. Et on ne me fera jamais dire autre chose. (« L’Heure de vérité », France 2). Il s’agit d’une manifestation d’égoïsme clanique à l’opposé de l’ouverture vers l’autre manifestée par le pape François et les altruistes.

Le conservateur J. D. Vance avait aussi théorisé l’amour de la communauté avant celle des migrants : « En tant que dirigeant américain, mais aussi en tant que citoyen américain, votre compassion va d’abord à vos concitoyens. Cela ne signifie pas que vous devez haïr les gens de l’extérieur de vos frontières, mais il existe ce concept traditionnel – et je pense que c’est un concept très chrétien, soit dit en passant – selon lequel il faut aimer sa famille, puis son prochain, puis sa communauté, puis ses concitoyens dans son propre pays, et ensuite, on peut se concentrer et donner la priorité au reste du monde », avait-il déclaré, le 30 janvier 2025.

Le pape avait dénoncé cette interprétation théologique : « L’amour chrétien n’est pas une expansion concentrique d’intérêts qui s’étendent peu à peu à d’autres personnes et groupes. Le véritable ordo amoris à promouvoir est celui que nous découvrons en méditant constamment sur la parabole du Bon Samaritain, c’est-à-dire en méditant sur l’amour qui construit une fraternité ouverte à tous, sans exception. » En ce sens, Vance, Trump et tous les nationalistes ne peuvent se revendiquer chrétiens.

Mais Ordo Amoris, traduit par «ordre de l’amour» ou «ordre de la charité», reste soumis à interprétation. C’est un concept abordé par saint Augustin, un théologien de l’Antiquité, qui affirmait que chacun et chaque chose devaient être aimés comme il se doit. Il décrit la hiérarchie ou priorisation appropriée de l’amour. Mais l’« ordo amoris » de Thomas d’Aquin stipule que nous devons d’abord prendre soin de notre famille, puis de la communauté, puis de la nation et, seulement ensuite, des personnes comme les réfugiés ou les migrants, c’est-à-dire les étrangers. L’affaire est d’autant plus délicate que nous sommes tous des étrangers sur notre territoire actuel d’appartenance. Homo sapiens a éliminé les néandertaliens en France. Que ce soit Trump, Vance et toute la population américaine qui n’est pas autochtone, ce sont tous des descendants d’immigrés qui ont effectué un grand remplacement des Indiens sur ce qu’on appelle aujourd’hui les USA.

Le point de vue des écologistes altruistes

En fait il s’agit d’un choix fondamental d’existence, qu’on peut poser sur le mode binaire. D’un côté l’égoïsme, l’exubérance irrationnelle mais si merveilleuse du pillage total de la planète au profit de quelques-uns aujourd’hui mais au détriment de tous les autres. De l’autre l’altruisme, une austérité assumée pour laisser des ressources viables aux générations futures et de l’espace pour les autres espèces vivantes. On peut donc de façon contradictoire s’intéresser à l’avenir lointain ou adhérer aux codes d’une bande de prédateurs.

Le premier maillon d’une chaîne de raisonnements est indémontrable, il ne peut être prouvé. C’est ce qu’on appelle un axiome, un postulat ou un point de vue métaphysique, ontologique. Dit plus simplement, il s’agit d’un simple souhait du type « Je pense que Dieu existe » ou « C’est mon souhait que les êtres dotés d’un cerveau comme le nôtre, fruit d’un développement de plusieurs centaines de millions d’années en interaction avec toutes les formes de vie, défendent un mode de vie qui ne soit pas favorable uniquement à leur propre espèce mais à la totalité de l’écosphère dans toute sa diversité et sa complexité (Arne Naess) ». Tel devrait être le postulat d’un écologiste, combattre l’égoïsme et favoriser l’altruisme. Mais c’est seulement un principe de vie posé a priori, les destructeurs de la planète gardent leur propres objectifs à l’opposé. C’est un combat d’idées sur l’Ordo Amoris.

D’un point de vue éthique, nous devrions être comme Gandhi. Quand on lui demandait : « Comment faites-vous toutes ces choses altruistes tout au long de l’année ? », il répondait : « Je ne fais rien d’altruiste. J’essaie de progresser dans la réalisation de Soi. »

En savoir plus grâce à notre blog biosphere

Choisir l’égoïsme du présent ou l’altruisme envers avenir

extraits : Rien ne fonde une obligation de faire des enfants tout en pensant à leur avenir lointain. Nicholas GEORGESCU-ROEGEN l’avait exprimé d’une formule magnifique : « Peut-être le destin de l’homme est-il d’avoir une vie brève, mais fiévreuse, excitante et extravagante, plutôt qu’une existence longue, végétative et monotone. Dans ce cas, que d’autres espèces dépourvues d’ambition spirituelle – les amibes par exemple – héritent d’une Terre qui baignera longtemps encore dans une plénitude de lumière solaire ! » Alors comment sortir de l’impasse conceptuelle ?….

Charité bien ordonnée commence par soi même…

extraits : Tout ce qui nous fait sortir de la fabrication d’une intelligence collective mérite d’être signalé. Et Donald Trump est le grand champion en la matière. Le président américain a ordonné dès le 20 janvier 2025 la suspension de tous les programmes d’aide étrangère des Etats-Unis pour une durée de 90 jours. Trump assure que ces programmes « servent à déstabiliser la paix mondiale en promouvant dans les pays étrangers des idées qui vont directement à l’encontre de relations harmonieuses et stables à l’intérieur des pays et entre les pays ». Gesticuler est une chose, manier une tronçonneuse une autre, faire les deux simultanément est déconseillé….

Pour reverdir l’être, le SOI ouvert au monde

extraits : Le SOI est la construction métaphorique de l’identité et du potentiel d’action de l’être, le terreau hypothétique dans lequel nous plantons nos stratégies de survie, pour la convergence de l’instinct de préservation, du besoin d’être en accord avec soi-même, et des limites de l’intérêt personnel. Une transformation s’opère : la notion classique du soi de la culture dominante qui nous a conditionnés est remise en question. Ce qu’Alan Watts a appelé « l’ego dans sa capsule de peau », et ce que Gregory Bateson a dénoncé comme « l’erreur épistémologique de la civilisation occidentale », perd sa dépouille. Apparaissent alors les fondations plus solides de l’identité et de l’intérêt personnel, ce que le philosophe Arne Naess appelle le Soi du monde (the ecological self, littéralement, le ‘soi écologique’), profondément relié avec les autres êtres et la vie de notre planète. C’est ce que je préfère appeler « reverdir l’être. »….

Pour en finir avec l’exaltation de SOI

extraits : Arne Naess propose une humanisation écologique par la pleine réalisation de soi, qui devient « Soi » en s’ouvrant à l’ensemble de l’écosphère, à tous les êtres humains et aux espèces animales. Dans cette capacité du soi à s’étendre en se liant aux autres, Arne Naess dit se situer sur une crête entre « sur la gauche l’océan des perceptions mystiques et organiques, sur la droite, l’abysse de l’individualisme atomiste. » C’est un véritable changement anthropologique dont il propose la mise en pratique, conduisant à apprécier la qualité de la vie plutôt qu’un haut niveau de vie. Cela jusqu’à dire que seul l’homme est capable de s’identifier par l’imagination à l’autre et même à l’animal….

16 réflexions sur “Ordo Amoris, le pape François contre JD Vance”

  1. M. STREIT René

    Débat : Concernant l’immigration aux États-Unis, le Pape dit à Vance :« JD Vance a tort : Jésus ne nous demande pas de hiérarchiser notre amour pour les autres. »

    Pourtant cela n’empêche pas la discrimination positive sans contredire l’esprit de la Bible : « Exode :12:48 Si un étranger en séjour chez toi veut faire la Pâque de l’Éternel, tout mâle de sa maison devra être circoncis; alors il s’approchera pour la faire, et il sera comme l’indigène; mais aucun incirconcis n’en mangera… » BIZARRE quelqu’un pourrait-il m’éclairer ?

    1. bonjour René
      Ton commentaire se réfère à la bible alors que le pape se réfère aux Évangiles.
      Une explication de l’essor du christianisme a été de faciliter la conversion en supprimant obligation de circoncision.
      En espérant avoir répondu à ton attente…

  2. – « Préférer ceux qui vous sont proches ne me semble pas un crime, je me méfie d’un amour inconditionnel ou toute préférence est niée en fonction d’un a priori politique. »
    (Didier BARTHES 25 avril 2025 à 10:34)

    Un a priori politique, dites-vous, Monsieur BARTHES… Finalement je vous donne raison. Comment pourrais-je aimer (comme j’aime mon chien) l’auteur de ce misérable commentaire À 18:03 ?
    Quant à l’autre (À 10:06 – 13:54 et 13:56), là encore ON ne va pas se mentir… je ne peux pas dire non plus que j’éprouve pour lui de l’amour. De la compassion… à la limite. Misère misère !

    1. Toi qui prétends combattre la haine, alors que tu l’exprimes de manière hypocrite sous couvert de soit disant « compassion »…

      Puis tu me parles d’amour plus bas dans les commentaires…

      Mais il y a un truc essentiel que l’on étudie en philosophie… L’amour ne peut pas exister sans l’existence de la haine ! Et oui si la haine n’existerait pas alors l’amour serait de valeur nulle ! (puisqu’on ne pourrait plus comparer un sentiment d’un autre). L’un ne pouvant pas exister sans l’autre et réciproquement… Bref si tu éradiques la haine tu éradiques aussi l’amour…. Hélas ton combat contre la haine s’avère vain !

      Pour ma part, je préfère laisser les deux coexister (d’autant que ça serait gaspiller mon énergie que de tenter d’éradiquer l’un ou l’autre) et surtout de laisser le libre arbitre à chacun d’aimer et d’haïr qui l’on veut ! Ainsi soit il ! (en tout cas tu n’as pas à me dicter qui je dois aimer ou pas)

      1. – « La Haine est augmentée par une haine réciproque, et l’Amour peut au contraire la détruire. » (Spinoza)
        – « La haine est un sentiment qui ne peut exister que dans l’absence de toute intelligence. » (Tennessee Williams)
        – « Ne pas aimer n’est pas haïr : la haine n’est pas le contraire de l’amour […] Écho probable d’un authentique désespoir, la haine n’en est pas moins un appel à la limite. »
        (Virginie Megglé ; psychanalyste – mieux-etre.org/Amour-haine-une-relation.)
        =˃ Avant de sombrer dans la haine… moi aussi j’en appelle à la limite. À la Modération si vous préférez. Celle de ce blog qui dit œuvrer à faire progresser l’intelligence collective. (à suivre )

        Modération à Michel C.
        Nous vous rappelons que la modération de ce blog se fait a posteriori,
        il y a donc un délai avant qu’un message injustifié soit mis à la corbeille.

        1. Non l’amour ne tue pas la haine ! Au mieux l’amour met la haine en sommeil… Regardez le nombre de couples amoureux et passionnés qui se déchirent… Il n’y a qu’un trait d’union entre les deux, c’est la trahison, trahison réelle ou supposée…

  3. Didier BARTHES

    Préférer ceux qui vous sont proches ne me semble pas un crime, je me méfie d’un amour inconditionnel ou toute préférence est niée en fonction d’un a priori politique. D’abord c’est souvent un mensonge pour se donner bonne image, mais en plus cela me semble une règle de vie assez curieuse, je ne vois pas comment ne pas donner priorité à ceux qui m’accompagnent et qui me sont chers, j’y verrais même une trahison.

    1. Monsieur Barthès, comme l’exprime le pape, « L’amour chrétien n’est pas une expansion concentrique d’intérêts qui s’étendent peu à peu à d’autres personnes et groupes. » Pour un croyant, l’amour n’est pas exclusif.
      Concrètement, nous sommes toujours obligés de faire des choix. Votre fils a tué une personne, est-ce que vous le dénoncez parce que c’est un criminel, ou le protéger parce que c’est votre fils ? Votre fille est prise en otage, est-ce que vous faites tout pour la sauver ou vous n’intervenez pas parce que céder au chantage, c’est mettre la main dans l’engrenage des enlèvements contre rançon. En d’autres termes, faut-il privilégier ses proches ou agir pour l’intérêt collectif ?
      L’amour inconditionnel pour ses proches peut mener à des errements, on doit toujours contextualiser son action.

    2. esprit critique

      Vous avez deux enfants, qui vous sont évidemment très chers, en train de se noyer… Lequel allez-vous secourir en premier ? Celui qui ne sait pas nager, ou bien celui qui est le moins moche, le moins fainéant, le moins vieux, celui qui a le plus de chances de «réussir» dans la vie… ou je ne sais quoi.
      Et alors demandez-vous tout simplement… POURQUOI ?
      Cherchez à comprendre ce qui vous pousse à raisonner ainsi, à préférer Pierre à Paul… Serait-ce là encore une Loi de la Nature ?
      Prenez juste un peu de temps pour méditer, ce dilemme.

  4. Didier BARTHES

    Sur Vance je serais plus modéré, certes Trump et Musk sont des gens qui semblent sans limite et en cela plutôt dangereux, la trahison envers l’Ukraine me semble bien peu pardonnable.
    Mais Vance a aussi dit des choses qui, même si le personnage ne nous plait pas, doivent être entendues.
    – Que l’Europe devait prendre en charge sa propre défense (car sinon nous resterons éternellement les vassaux des Etats-Unis, est ce que nous souhaitons, d’ailleurs les même qui critiquent Vance critiquent aussi notre dépendance vis à vis de ce pays)
    – Que la liberté était menacée en Europe
    Ces deux choses me semblent vraies, nous devons juger chaque sujet sur lui-même et non en fonction de la personne qui l’évoque.

    1. Esprit critique

      Ne mélangez pas tout ! Ce n’est pas parce que Vance dit que la Terre est ronde, et qu’il croit en Dieu, qu’il nous faut oublier ce qu’il EST.

      – « Le président Donald Trump a été le premier à prendre la parole, suivi du vice-président J.D. Vance, du secrétaire à la Défense Pete Hegseth et du secrétaire aux Transports Sean Duffy. Chacun d’entre eux a établi un lien entre la collision aérienne survenue la veille à Washington et cette notion de diversité au cœur des programmes de DEI (diversité, équité et inclusion) dont la nouvelle administration souhaite l’éradication complète au sein du gouvernement fédéral – et au-delà. »
      ( Un racisme qui ne dit pas son nom – lapresse.ca 5 févr. 2025 )

      P.M : Crash de Washington : Donald Trump met en cause les politiques de « diversité »
      ( euronews.com/2025/01/31 )

      1. Didier BARTHES

        Je n’ai pas parlé de ce qu’il est, j’ai parlé de ce qu’il a dit sur deux points précis avec lesquels je suis d’accord, c’est tout.

  5. Oui enfin les migrants c’est bien beau de leurs donner des droits mais ils ont aussi des devoirs ! Notamment de vivre de leur travail et non pas d’abuser de notre hospitalité par nos systèmes sociaux ! Beaucoup d’entre eux ne cotisent pas et ne payent pas d’impôts mais ne vivent que d’allocations, de logements sociaux ainsi que de soins gratuits, sans compter les pensions de retraite ! S’ils ne travaillent pas alors ils doivent rentrer chez eux dans leurs pays ! Vivre de prestations sociales et de logements sociaux sans travailler mais en faisant payer les autres à leurs places ça s’appelle de l’esclavagisme ! Désolé mais les français n’ont pas vocation à devenir leurs esclaves !

    1. les histoires d'A finissent mal en général

      Désolé mais il n’est pas question ici des droits et des devoirs, ni du Travail, encore moins de la retraite et patati et patata… ON parle de L’AMOUR !
      Amore mio dis-nous… ça te parle l’amour ? Un peu, beaucoup, passionnément… ?
      C’est bien ce que je pensais. Et Ordo Amoris encore moins je suppose.
      Misère misère !

  6. Esprit critique

    Les jours (sujets) se suivent et se ressemblent. C’est fou comme ON peut interpréter de mille façons les choses. Notamment les paroles et les écrits.
    – « Entre Ce que je pense, Ce que je veux dire, Ce que je crois dire [etc.] » (Bernard Werber)
    Quant à la «Parole de Dieu», la Bible, les Évangiles, le Coran … alors là je vous dis pas !
    De plus quand il s’agit de traductions de traductions, truffées de paraboles.
    Pourtant, dans ces textes sacrés, les paraboles (voir définition) ne sont pas seulement là pour aider à comprendre le Message… mais plutôt pour être méditées.

    – « Méditer : Soumettre à une profonde réflexion ; étudier » (Larousse)
    Méditer, réfléchir, étudier… ce que Vance et tant d’autres n’ont certainement pas le temps de faire. Et encore s‘il n’y avait que ça. Comme le chantait Georges, le temps ne fait rien à l’affaire.
    (à suivre)

    1. (suite) Résultat … Ordo Amoris c’est du grand n’importe quoi.
      Pour Vance, J-M Le Pen et Jean Passe, ON se doit d’aimer d’abord les Siens.
      Et les Autres ensuite… s‘il en reste un peu… de l’amour à vendre.
      Pour beaucoup les Siens ce sont les enfants, parents, frères et sœurs etc.
      Pour ceux qui ânonrien à foot de la famille ce sont les amis.
      Pour Vance et Compagnie les Siens (les amis) ce sont les super riches.
      De son côté Trump se doit d’aimer d’abord les prostituées. Du moment qu’elles soient comme lui, super vulgaires. Que voulez-vous c’est écrit dans la Bible. Misère misère !

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