Osons la paix avec l’écologie politique

Voici un échange instructif entre Frederic Kalfon, co-responsable de la Commission Défense du parti « Les Écologistes » , et Michel Sourrouille, membre de la commission Paix&Désarmement du même parti.

Kalfon : Un responsable écologiste cultivait le pacifisme critique, la défiance envers l’OTAN, le refus de l’économie de guerre. Les travaux récents des Écologistes montrent que nous avons fait notre mue stratégique.

Sourrouille : J’aimerais savoir comment on passe d’un positionnement historique des Verts à un virage à 180 degrés qui s’aligne sur le positionnement militariste de Macron, à savoir réarmement et dissuasion nucléaire. Des « travaux » dont on ne connaît rien ne suffisent pas pour nous faire passer d’un parti opposition à un parti aligné sur le complexe militaro-industriel.

Kalfon : La puissance peut être protectrice, elle peut dissuader l’agression sans tirer un coup de feu, elle peut être le rempart de la paix et du droit.

Sourrouille : C’est du Macron tout craché qui disait le 2 mars 2026 : « Pour être libre, il faut être craint et, pour être craint, il faut être puissant. Cette augmentation de notre arsenal nucléaire en témoigne. »

Pour le pacifisme qui est une option de changement à long terme, se faire craindre, c’est refuser de se faire aimer. Contraindre, c’est le contraire de la liberté. L’écologie politique doit soutenir les instances internationales dédiées à la paix, pas un surarmement de la France. L’écologie politique doit faire progresser le TNP ainsi que le TIAN, pas s’enfermer dans un discours « de puissance ».

Kalfon : Nous, écologistes, tenons aujourd’hui le même diagnostic, l’OTAN est devenue un instrument transactionnel aux mains de Washington.

Sourrouille : Il faut dire et redire que Kalfon ne représente pas les écologistes, il n’est que membre du CF et porte-parle d’une commission opaque qui oublie que la défense peut être militaire, mais aussi œuvrant pour accroître nos capacités de résistance civile.

Kalfon : L’allié américain n’est plus fiable, et l’Europe doit cesser de sous-traiter sa sécurité, Il faut donc construire une défense européenne crédible et autonome.

Sourrouille : Ce positionnement est absolument le même que celui de tous les autres partis, de l’extrême gauche à l’extrême droite à quelque nuance près sur l’idée de souveraineté nationale. L’écologie politique a donc un avantage aux yeux des électeurs, présenter l’alternative « si tu veux la paix, prépare la paix », une stratégie qui s’oppose frontalement à la vulgate historiquement perdante « si tu veux la paix, prépare la guerre ».

Kalfon : Nous, écologistes, exigeons que l’augmentation du budget de la défense ne se fasse jamais au détriment des services publics, de la protection sociale et de la transition écologique.

Sourrouille : Il n’y a pas que les écologistes qui devraient tenir ce discours, mais absolument tous les partis sans exception, ce qui n’est pas le cas. L’augmentation des dépenses militaires de la France au détriment du reste a été voté sans sourciller par les députés ; le groupe social-écologiste a préféré honteusement s’abstenir.

Kalfon : Nous, écologistes, avons franchi un pas décisif, nous ne sommes plus dans le refus dogmatique de l’arme nucléaire, mais dans une approche réaliste et encadrée.

Sourrouille : Il est évident maintenant que monsieur Kalfon croit que « les écologistes », c’est lui. Est-ce le signe d’un trouble narcissique ou la volonté d’instaurer une prophétie auto-réalisatrice ?

Kalfon : Nous reconnaissons que la dissuasion est une réalité stratégique incontournable et qu’un désarmement unilatéral n’est pas à l’ordre du jour. Nous proposons une dissuasion suffisante, mutualisée au niveau européen

Sourrouille : Il se confirme encore une fois que Kalfon s’aligne complètement sur la position de Macron d’une dissuasion « avancée » telle que formulée à L’Île Longue. Je rappelle que le conseil fédéral des Verts a pris historiquement plusieurs fois position contre la dissuasion nucléaire, un truc très onéreux qui ne dissuade rien du tout. Kalfon oublie-t-il que Vladimir Poutine a multiplié les menaces d’usage de l’arme nucléaire depuis l’invasion de l’Ukraine en 2022 ? Et faire reposer la sécurité sur la peur, c’est accepter une logique de prolifération généralisée.

Kalfon  : On a longtemps présenté les écologistes comme hostiles par principe à toute intervention militaire extérieure. Ce n’est plus vrai, et cela ne l’a peut-être jamais été de façon aussi absolue qu’on le dit.

Sourrouille : Ceux qui veulent falsifier l’histoire ne sont pas de bons historiens. Je rappelle que l’intervention militaire d’un pays dans un autre pays est voué à l’échec, le Mali en est un des derniers signes cuisants pour la France. C’est l’ONU seule qui est normalement qualifiée pour une intervention de protection de la paix et non « un commandement militaire européen » selon les vœux de Kalfon.

Kalfon : Nous, écologistes, défendons une Europe capable de « dissuader, de protéger, d’agir, et surtout, de proposer un modèle fondé sur l’habitabilité de la planète, la justice sociale et la coopération transcontinentale ».

Sourrouille : Moi, écologiste depuis 1974 (mon vote pour René Dumont), dont le père a subi 26 mois de camp de concentration, qui est objecteur de conscience depuis 1971, qui a participé activement à l’écriture du livre « Désobéir à la guerre » (le passager clandestin, 2013), je voudrais bien savoir ce qui permet à Frédéric Kalfon de s’exprimer « au nom des écologistes » ?

En savoir plus grâce à notre blog biosphere

Un débat en France sur la dissuasion nucléaire

extraits : Aujourd’hui le contexte géopolitique international militarise les esprits, à commencer par celui du président Macron. Voici quelques éléments du débat qui fracture actuellement la société en matière de dissuasion nucléaire. Frédéric Kalfon appartient à la commission « défense » du parti « Les Écologistes ». Il s’aligne sur le positionnement de Macron, notre correspondant Michel Sourrouille réagit….

 

7 réflexions sur “Osons la paix avec l’écologie politique”

  1. Le 11 novembre aurait du être supprimé depuis longtemps, le 8 mai devrait être en discussion politique et le 14 juillet ne devrait pas être un défilé militaire.
    La journée internationale de la paix est déjà célébrée chaque année le 21 septembre. Elle est dédiée à la paix et particulièrement à l’absence de guerre, qui doit se manifester par un cessez-le-feu dans les zones de combat. Elle est observée dans de nombreux pays depuis sa création en 1981. Elle suffit, nous devons transcender les nationalismes qui ont chacun leur motivation. Le 8 mai en France est surtout connu parce que c’est un jour férié, le 8 mai 1945 est signe d’une défaite pour les Allemands, et en Russie c’est le 9 mai où on parade pour « célébrer la victoire ». C’est seulement par une démarche transnationale que nous pourrions instaurer une paix durable.

    1. concernant la Question d’annuler le 11/11 ou le 8/5, depuis l’annonce de VGE (Valery Giscard d’Estaing), qui souhaitait une seule et unique Journée consacrée aux guerres (comme en GB), ayant entraîné une levée de bouclier des associations d’anciens combattants, des politiques, ONGs, considérant que le 8 mai était et reste (avec raison), la date de la fin de la IIe guerre mondiale (60 millions de morts), fin du nazisme qui méritait d’être maintenue « quoi qu’il en coûte »!
      Ce qui a été fait !
      Idem conserver le 11/11 pour commémorer la fin de la Première guerre mondiale (18 millions de morts).
      Conserver à 6 mois de distance ces deux commémorations reste utile pour nous rappeler que les menaces de guerres sont toutes réelles.

      1. antimilitarix

        Je ne crois pas que ces 2 journées servent à nous rappeler que les menaces de guerres sont réelles, vu que c’est tous les jours qu’ON nous le rappelle.
        Non, ce sont d’abord des jours fériés, donc de vacances.
        Comme le dimanche, qui n’est plus le jour du Seigneur depuis longtemps.
        Je ne veux donc pas qu’ON les supprime. Ni le lundi de Pâques, ni celui de la Pentecôte, ni Noël, ni le 1er mai, fête du muguet. Sans oublier le 14 juillet.
        Par contre ce jour là j’aimerais bien qu’ON supprime ces put. de défilés militaires. Et aussi ces saloperies de feux d’artifice qui terrorisent mon chien.

  2. Cet échange montre clairement qu’il y a désormais deux camps irréconciliables. Et donc que les débats (échanges) ne servent finalement à rien. Si ce n’est à montrer, et/ou rappeler aux uns et aux autres, qu’au sein d’un même parti (famille, chapelle etc.) il peut exister de sacrées différences, de points de vue. Michel Sourrouille doit se rendre à l’évidence, il est aujourd’hui dépassé.
    Non pas dans le sens de ringard, ou has been, je ne me permettrais pas, mais tout simplement minoritaire. Si ce n’est ultra-minoritaire. C’est comme ça, les temps changent.
    Alors je ne lui conseillerais évidemment pas de suivre l’air du temps, ce qui n’est qu’une ambition de feuille morte (Gustave Thibon), ni de marcher dans les clous et suivre le troupeau, en bêlant. Non. Maintenant s’il pense pouvoir, depuis l’intérieur… faire évoluer ce parti, alors je lui souhaite bon courage.

    1. Notre cher Michel a aussi la possibilité d’aller voir ailleurs, de s’encarter au Parti des Bisounours, ou à l’ALP (Amis des Lions et des Papillons) mais bon. Je plaisante bien sûr. Quoique. 😉

      – « J’aimerais savoir comment on passe d’un positionnement historique des Verts à un virage à 180 degrés qui s’aligne sur le positionnement militariste de Macron [etc.] »
      => Exactement comme chez les Socialos ! Quand ils ont tourné à droite.
      « Celui qui n’accepte pas la rupture avec la société capitaliste ne peut être au PS » qu’il disait Mitterrand au congrès d’Epinay de 1971. Et puis ON a vu la suite, le dit Tournant de la Rigueur, et puis ON en a avalé des couleuvres, et des grosses !
      Là encore il fallait suivre l’air du temps, et s’adapter au Système.
      Mais non camarades, ce n’est pas du tout une trahison, encore moins une capitulation ! Eh oui brave gens, ON appelle ça le pragmatisme, le « réalisme politique » !
      (à suivre)

      1. (suite) Mais non camarades, le Combat n’est pas fini, la Lutte continue, tous ensemble tous ensemble ! Et demain le Capitalisme sera enfin raisonnable ! Sage et pacifié. Bref sociabilisé !
        Et donc durable, équitable et tout et tout. Et là il ne restera plus qu’à le barbouiller d’une bonne couche de vert, qui deviendra la couleur à la mode.
        Telle était donc la chanson douce qu’ON nous chantait pour nous la mettre. Bien profond !

        – « Sourrouille : Ce positionnement est absolument le même que celui de tous les autres partis, de l’extrême gauche à l’extrême droite à quelque nuance près sur l’idée de souveraineté nationale. […] »

        Ce n’est pas tout à fait vrai. Pas en tous cas à l’extrême gauche, qui rappelons-le… diffère quelque peu des dits Insoumis. (à suivre)

      2. anticapitalix

        (et fin) Certes ces deux-là n’intéressent pas trop non plus les me(r)dias… vu peut-être qu’ils ne font pas bézef aux élections… mais il ne faut quand même pas les oublier.
        Et même si l’écologie n’est pas au cœur de leur discours, n’oublions pas que tout est lié. En tous cas ça ne coûte pas grand chose de les écouter, ni de lire leur programme. Commun ou non, ON verra.

        – Union sacrée autour de Macron et de la dissuasion nucléaire
        (npa-revolutionnaires.org 4 mars 2026)
        – Le CPN du NPA-Révolutionnaires propose une campagne commune à Lutte ouvrière pour la présidentielle de 2027
        – « L’écologie sans lutte des classes, c’est du jardinage ! »
        (npa-revolutionnaires.org 15 mai 2025)
        – Écologie : la véritable menace contre l’environnement et la planète, c’est le capitalisme (lutte-ouvriere.org 20 avril 2026)

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *