Pablo Servigne, covid-19 et effondrement

Des intellectuels que nous estimons visionnaires nous montrent la voie d’une spiritualité écologique qui s’épanouira au XXIe siècle. Ainsi Pablo Servigne, inventeur avec Raphaël Stevens de l’expression collapsologie :

« La pandémie montre l’extrême vulnérabilité de nos sociétés, leur degré d’interconnexion, de dépendances et d’instabilité. J’anticipais beaucoup de crises graves, en particulier financière, climatique ou énergétique, mais celle-là, je ne l’ai pas vue venir, alors que je la connaissais en théorie. J’ai « lissé » ma présentation des risques : dans les conférences ou les articles, je ne citais même plus les pandémies, parce qu’elles font très peur. Le piège serait de considérer cette crise comme uniquement sanitaire. C’est une crise globale, systémique. Si la finance s’effondre, provoque des politiques autoritaires ou identitaires, cela pourrait déboucher sur des guerres, des maladies et des famines, qui, elles, interagissent en boucle. Les catastrophes sont désormais la réalité de la génération présente : nous en vivrons de plus en plus tout au long du siècle. Reste que le confinement est une expérience très intéressante de renoncement : on renonce aux transports, aux voyages, etc. Dans quels cas est-ce désagréable ou agréable ? Quand le déconfinement viendra, on aura goûté à ce qui était vraiment essentiel. Les questions de vie ou de mort nous amènent à une certaine sagesse. Cela nous apprend l’auto-limitation et l’humilité, ce qui est capital pour la suite. Il faut retrouver de l’autonomie à toutes les échelles (individuelle, locale, nationale). Bref, des principes inverses au monde actuel, globalisé, technicisé et libéral… » Quelques réactions sur lemonde.fr :

Philippe Clément : Je rends un immense hommage à ce monsieur qui a la franchise de dire ce qui de fait résume les théories de collapsologie :  » Cette crise, je ne l’ai pas vue venir, même si je la connaissais en théorie ». Même Yves Cochet, personnalité très estimable, mais perdu dans ses délires bobos sur fond de confinement provincial dans un bel espace, hindouistes maison et toilettes sèches, n’avait pas une telle distance vis-à-vis de lui même !

Thibaut : Intéressant, mais aussi désespérant. Je me demande dans quelle mesure les collapsologues ne sont pas encore trop optimistes, notamment quand ils affirment que l’humanité serait encore capable de bifurquer.

Titouan : Si je comprends bien ce mec est génial parce qu’il dit que le pire peut toujours arriver, et tout ça serait la conséquence du libéralisme et de notre mode de vie occidental. Je ne vois pas le rapport avec le virus, on peut juste dire que les gains de productivité ont permis à la population mondiale de croître à tel point que les chauves-souris sont au contact de l’homme. A part supprimer les 3/4 de l’humanité et revenir 200 ans en arrière, quelle autre conséquence en tirer ?

Lithopedion : La proposition est la décroissance. La décroissance est un effondrement planifié et contrôlé dans la mesure du possible afin de limiter les dégâts. Dans le cas présent, cela signifierait de créer des zones autonomes, indépendantes énergétiquement, économiquement, pour éviter la propagation de la maladie et pour offrir plus de résilience en cas d’autres catastrophes. Imaginez si nous avions la possibilité d’être autonome en France ? Il aurait suffit de fermer les frontières et personne n’aurait été contaminé. Mais ce n’est pas possible dans un monde globalisé.

Eljulio : Manifestement beaucoup de contributeurs n’ont pas lu son livre « Comment tout peut s’effondrer« . D’une part il évoque le risque d’une pandémie qui provoquerait potentiellement un recul du PIB mondial de 12.6% d’après certaines études (la réalité pourrait dépasser la fiction !). Plus largement, il réalise une très bonne synthèse très pédagogique, des risques qui menacent des domaines malheureusement variés : la finance, les écosystèmes, l’accessibilité aux ressources naturelles, les infrastructures vieillissantes, les rendements agricoles etc. Il explique également très bien l’aspect systémique des problèmes, et les blocages socio-techniques, cognitifs et psychologiques qui ne nous permettent pas de les traiter (ou seulement de manière très cloisonnée et parcellaire). Je vous invite à mettre à profit le temps dont on dispose pour LIRE le livre qui bousculera certainement les certitudes de certains, mais qui apportera un éclairage peut être salutaire!

NB : Pablo Servigne a été aussi contributeur en 2014 du livre collectif « Moins nombreux, plus heureux (l’urgence écologique de repenser la démographie »

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8 réflexions sur “Pablo Servigne, covid-19 et effondrement”

  1. Deux mots sur cette saloperie de virus. Déjà n’allons pas croire que c’est lui qui va foutre tout par terre. Et encore moins nous sauver de quoi que ce soit. Certes il n’arrange rien mais si ça n’avait pas été lui, tôt ou tard c’est autre chose qui aurait rajouté un bon coup à notre décrépitude (crise financière, énergétique ou autre).
    De toute façon, prévisions ou pas, nous n’avons pas encore tout vu. En attendant, cette crise nous montre non seulement à quel point nous sommes fragiles, mais aussi à quel point nous sommes devenus fous. Si on voulait foutre par terre toute l’économie et faire mourir des millions de gens de peur… dans l’intérêt du climat, de l’espace vital etc. bref dans l’intérêt de la planète bien sûr 😉 … on ne s’y prendrait pas autrement. Merci donc les pangolins.

    1. On raconte que le Covid pourrait rendre sourd. Si ce n’est que ça, les rescapés du Covid seraient enfin libérés du tintamarre merdiatique. D’un autre côté ils ne pourraient pas non plus écouter chanter les oiseaux. Comme quoi on ne peut pas avoir le beurre et en même l’argent du beurre.
      En attendant c’est sûr le Covid rend fou. Et nous n’avions vraiment pas besoin de ça.

  2. Pablo Servigne dit : « Reste que le confinement est une expérience très intéressante de renoncement […] Il faut retrouver de l’autonomie à toutes les échelles (individuelle, locale, nationale). »
    Une expérience très intéressante ? Tu parles Charles ! Comme si nous étions plus avancés après ça. En attendant c’est bien joli tout ça, mais comment yaca et faucon ?
    Je suis assez d’accord avec Titouan. Avec Thibaut aussi, sauf que je ne mets pas tous les collapsologues dans le même panier (nous en parlions hier). Et puis gardons-nous du désespoir.
    Eljulio nous conseille vivement de LIRE le bouquin de Pablo Servigne. Et moi je conseille de REGARDER la vidéo de la série NEXT de Clément Montfort : «NEXT #6 : Le déni face à l’effondrement» (2018). Le fameux bouquin est en toile de fond, le film dure 27min, je le trouve marrant, Didier Super est super et le psychiatre explique très bien.

  3. @ Lithopedion : La proposition est la décroissance. La décroissance est un effondrement planifié et contrôlé dans la mesure du possible afin de limiter les dégâts.

    –> C’est surtout que la décroissance est inéluctable, après reste soit à l’organiser ou la subir. En tout cas, ça m’aura bien fait marrer lorsque j’ai répondu aux baby-boomers qu’ils nous ont légués que des montagnes de dettes et des dégâts environnementaux, ils m’ont répondu qu’ils nous ont légués tout de même de gros héritages technologiques ! Tu parles ! Héritages technologiques qui, non seulement on ne pourra pas préserver, mais qui sont justement la cause des dégâts environnementaux. Comme dit Jancovici, on transforme notre environnement pour en faire de quelque chose sans valeur. Et il faudra résoudre de plus en plus de problèmes avec de moins en moins de moyens. Baby-boomers générations capricieuses qui nous répond « Après nous le déluge, et on en a rien à péter »

    1. Alors comme ça tu as cloué le bec à ces vieux cons de babyboomers…
      Mais combien étaient-ils exactement ? Et toi, en tant que bon jeune con, tu oses dire qu’ils n’en ont rien à péter… Veux-tu dire que TOUS les babyboomers se foutent de tout ? C’est comme ça que tu vois les choses ? Misère misère !

      1. Vu les résultats et vu l’inertie, on peut conclure que oui, puisque les baby-boomers étant la génération la plus nombreuse ! Retraités qui affectionnent rouler en 4×4 et des voyages aux 4 coins du monde en croisière et en avion grâce à des retraites chapeaux payés à crédit sur le dos des générations suivantes.

        1. Donc c’est comme ça, comme tu analyses les choses, comme tu les racontes, TOUS les babyboomers ! Eh ben toi au moins tu ne fais pas dans la dentelle, ni dans la demi mesure. Comme dit Lino Ventura dans Les Tontons flingueurs, les cons ça ose tout, c’est même à ça qu’on les reconnaît. Misère misère !

        2. Et inversement, si j’ai bien compris, TOUS les jeunes sont comme toi, exemplaires, modérés en toutes choses, pas du tout embourgeoisés, jamais de 4X4, ni d’avion etc. Parce que les jeunes sont tout le contraire de ces cons de vieux, comme moi. Parce qu’eux au moins ils sont TOUS soucieux de l’avenir, du leur bien sûr, mais aussi de celui des générations suivantes, pour des siècles et et des siècles amen.
          Si c’est comme ça que tu vois le monde je pense que tu te trompes grave. Comme chantait Brassens, le temps ne fait rien à l’affaire, etc. La preuve, regarde toi et puis regarde moi. 🙂 🙂

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