PAC, politique agricole… commune ???

PAC 2013. Le 13 mars 2013, les parlementaires européens ont voté à Strasbourg les quatre rapports portant sur la réforme de la PAC – paiements directs, développement rural, organisation commune de marché et règlement horizontal. Portant sur la période 2014-2020, les mesures sont faibles et les textes manquent cruellement d’ambition.

La crise de l’agriculture européenne dure pourtant depuis de longues années. Son budget conséquent est régulièrement remis en cause, car il est distribué de manière très inéquitable entre les agriculteurs. Favorisant souvent de grandes exploitations et la domination d’une agriculture industrielle intensive, la PAC alloue à l’inverse de maigres subventions à destination des pratiques agricoles responsables et à l’aménagement territorial durable. Dommageables à l’environnement, les aides de la PAC le sont également à l’économie des pays en développement, dont le secteur agricole fait face aux politiques de dumping des prix pratiqués sur les produits agricoles par l’Europe. A la suite du vote, la présidente du WWF France a déclaré : « Bien que nous saluions le fait que le Parlement européen a bloqué les pires aspects de la proposition de sa Commission agriculture, ce vote demeure décevant. Le Parlement n’a pas intégré des règles aussi basiques que le respect de la Directive Cadre sur l’Eau ou la protection des zones humides. Il a aussi manqué d’ambition pour faire du contenu du verdissement un véritable moyen d’aller vers une agriculture plus résiliente et plus bénéfique pour l’environnement. Le verdissement a donc été rétabli sur sa forme, par rapport aux propositions initiales, mais manque toujours de fonds. » La prochaine réforme de la PAC n’aura lieu que dans 7 ans, en 2020.

PAC 2020. La PAC fait l’objet d’une nouveauté, chaque État membre devra présenter un « plan stratégique national », une déclinaison nationale des grandes orientations européennes de la PAC. La Commission nationale du débat public (CNDP) vient de publier le bilan de huit mois de concertation sur la politique agricole commune. « Rarement la CNDP aura eu à traiter d’un enjeu aussi fortement marqué par la défiance », note Chantal Jouanno, la présidente de cette autorité administrative. Finalement, il ne fallait pas moins de 224 pages de rapport pour rendre compte des 1 083 propositions et de l’ensemble des échanges. Sur le fond, la demande de sortir d’un système des aides à l’hectare pour aller vers l’aide à l’actif a fait consensus, pour éviter une course à l’agrandissement et à la concentration des exploitations. La souveraineté alimentaire est devenue un sujet incontournable dans les échanges après les premiers mois de confinement. Les questions environnementales se sont imposées comme une préoccupation majeure, et une forte demande s’est exprimée d’accélérer la transition agroécologique. En revanche, les moyens de mise en œuvre divisent : quelle place accorder à l’agriculture bio dans le tissu productif, comment réduire l’usage des produits phytosanitaires ? Le ministre de l’agriculture a désormais jusqu’au 7 avril pour apporter sa réponse.

Débat : Quelques réactions sur le monde.fr et nos réponses :

Sejas : Toujours ce rêve d’une agriculture familiale heureuse sans engrais et sans pesticide. En 1840, avant la révolution verte, il fallait que la moitié des Français travaillent dans l’agriculture pour nourrir l’autre moitié. Et la nourriture était très chère pour les ouvriers.

Biosphere : Pas de pays sans paysans, pas de nourriture sans paysans. La période de l’agriculture industrielle, basée sur les ressources fossiles, va se terminer faute de carburant. Alors il y a aura une inversion, l’exode rural deviendra le retour à la terre. Les produits agricoles seront plus cher, le travail à la ferme plus physique que l’emploi tertiaire. Cela sera très dur, accompagné de beaucoup de drames individuels et collectifs. Mais on ne peut éviter les réalités d’une déplétion énergétique si ce n’est s’adapter, se convertir aux emplois durables, manger beaucoup moins de viande et plus du tout d’alimentation issue de l’industrie.

Un lecteur du Val de Marne : Je suis très sceptique sur cette vision fermière et familiale… Les exploitations céréalières doivent devenir toutes petites ? Quelle rentabilité ? Si on divise les parcelles il faudra beaucoup plus d’agriculteurs pour les exploiter… vous allez les trouver où ? Vous voulez aussi la fin de l’industrie pour revenir à l’artisanat ? Je ne vois pas pourquoi le travail familial garantirait le bon produit sain et la préservation de l’environnement.

Biosphere : Lecteur du Val de Marne, habiter un département du grand Paris s’accompagne d’une dépendance très grande vis-à-vis des exploitations agricoles extérieures. Une crise économique profonde comme il faut s’y attendre étant donné la surchauffe de notre système techno-industriel actuel est donc un risque. Il vous faudra oublier les grandes phrases hors sol du type « bon produit sain et préservation de l’environnement ». Les générations futures reviendront au travail de la terre et à l’artisanat. Les exploitations agricoles deviendront beaucoup plus petites, familiales, alimentés en main d’œuvre par la désurbanisation.

ca_alors : Le choix d’une photo illustrant l’agriculture ‘productiviste’ est bien symptomatique de la ligne éditoriale du MONDE. Mais c’est oublier que nourrir 7.5 milliards de personnes nécessite une mécanisation de l’agriculture. L’Histoire retiendra sans doute que la bataille contre la faim dans le monde est l’une des plus grandes conquêtes de l’humanité. Les excès ne doivent pas faire oublier qu’une famille modeste dépense maintenant 15% de son budget à la nourriture contre plus de 30% il y a quelques dizaines d’années.

Biosphere : L’agriculture « productiviste » a oublié que sans énergie fossile, elle est vouée au néant. De toute façon, malgré nos prouesses techno-agricoles, la faim dans le monde touche encore plusieurs centaines de millions de personnes. Quant à la loi d’Engel qui décrit l’évolution du budget alimentaire, elle va s’inverser. Cette  « loi » énonce qu’au fur et à mesure que le revenu augmente, la part des dépenses alimentaires diminue. Historiquement, notons d’abord que c’est l’augmentation du pouvoir d’achat plutôt que les performances de l’agro-industrie qui a permis de consacrer la plus grande part de son budget à des dépenses secondaires. De plus l’agriculture, le fondement même de notre survie, est paradoxalement subventionnée par l’Union européenne (la PAC) ; on ne paye pas le vrai prix de notre alimentation. Enfin la pression à la baisse des prix concédés aux agriculteurs par les grands distributeurs est une anomalie. Dans l’avenir, nous reviendrons à une situation plus normale, moins de gadgets achetés et beaucoup plus d’argent consacré à notre alimentation de base.

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3 réflexions sur “PAC, politique agricole… commune ???”

  1. Simplicité volontaire

    Un lecteur du Val de Marne très sceptique sur cette vision fermière et familiale, sur la rentabilité de si petites parcelles, se demande où on va trouver tous ces nouveaux agriculteurs nécessaires, pour les exploiter.
    Ce lecteur du Val de Marne qui dit ne pas voir, ce qui est pourtant évident, n’a certainement pas idée du nombre de paires de bras actuellement disponibles sur le dit marché du travail. Sans compter ceux occupés à brasser du vent et tous ceux qui feraient encore mieux de brasser du vent. Maintenant si les Français rechignent à se salir le mains, s’ils préfèrent brasser du vent, ou passer leur temps à inventer, fabriquer ou vendre toutes sortes de gadgets et d’innovations à la con, on peut aussi faire venir de la main d’oeuvre étrangère. Main d’oeuvre et matière grise et en même temps. Pour notamment apprendre à ce lecteur du Val de Marne comment ont peut y arriver avec beaucoup moins.

  2. Théodule Yaca

    – « Encore un comité Théodule pour afficher de la concertation […] La FNSEA dictera son interprétation de la PAC, et on mettra en avant quelques colifichets pour amuser la galerie. J’espère me tromper mais les dernières actions de ce gouvernement laissent peu d’espoir. » (le troll affamé : 11/01/2021-08H20)
    C’est ce que je pense moi aussi. La nouvelle PAC se doit évidemment d’être «verte » et sociale et en même temps. Parions que sur le papier elle le sera.

    – « Exploitation, exploitant : faut arrêter d’exploiter !!! Faut restaurer l’image du bon paysan qui préserve ses terres et la biodiversité. » (Yom Yeruhsalayim : 11/01/2021-09H01)
    C’est sûr ! Alors yaca et faucon. Maintenant je serais surpris que les productivistes bannissent les mots EXPLOITATION, EXPLOITANT, RENTABILITÉ, COMPÉTITION etc. de leur vocabulaire. Quant à les faire disparaître de leur logiciel de pensée, je n’ose même pas y penser.

  3. Le principal reproche qui est fait à la PAC est celui de favoriser les gros. Encourageant ainsi les petits à s’endetter jusqu’au cou, afin d’agrandir et intensifier leur exploitation, d’augmenter les rendements, toujours plus etc. Le cercle vicieux. Ce qui entraîne comme conséquences, non seulement un tel taux de suicides chez les agriculteurs, mais la baisse du nombre d’exploitations, la destruction d’emplois agricoles, la destruction des paysages et de la biodiversité. La Cata. On n’oubliera pas la destruction des liens entre voisins, entre paysans.
    Il est évident que le métier de paysan est un métier d’avenir. Comme celui de maréchal ferrant. De beaux métiers, et réellement utiles pour le coup ! N’en déplaise à tous ceux qui se prennent pour des winners, qui croient avoir réussi dans la vie, etc. alors qu’ils ne sont que des tocards.

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