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Sans écologisme, la démocratie part en vrille

Autrefois l’exercice du pouvoir était facile, les communications étaient limités dans l’espace, et un livre ne sert pas à ouvrir les consciences quand on ne sait pas lire. Selon le cardinal de Richelieu (1585-1642), apprendre à lire, écrire et compter « remplit le pays de chicaneurs propres à ruiner les familles et troubler l’ordre public, plutôt qu’à procurer aucun bien ». La bible était la seule référence, mais son interprétation était monopolisée par un clergé à la solde au pouvoir.

Depuis les jeunes ont tous appris à lire, écrire ou compter à partir du XIXe siècle, mais il n’y a pas eu de révolution culturelle, seulement soumission à un autre conformisme, principalement marchand. La prospérité économique des Trente Glorieuses (1945-1974) a fait office d’opium pour le peuple, la vie politique se déroulait entre politiciens comme le faisait remarquer Michel Debré dans « Ces princes qui nous gouvernent » dont voici un extrait judicieusement choisi par Pierre Fournier : « Le propre de l’individu est de vivre d’abord sa vie quotidienne, ses soucis et ceux de sa famille l’absorbent. Le nombre de citoyens qui suivent les affaires publiques avec le désir d’y prendre part est limité : il est heureux qu’il en soit ainsi. La cité, la Nation où chaque jour un grand nombre de citoyens discuteraient de politique serait proche de la ruine. La démocratie, ce n’est pas l’affectation permanente des passions ni des sentiments populaires à la discussion des problèmes d’Etat. Le simple citoyen qui est un vrai démocrate se fait, en silence, un jugement sur le gouvernement de son pays et lorsqu’il est consulté à dates régulières pour l’élection d’un député par exemple, exprime son accord ou son désaccord. Après quoi, comme il est normal est sain, il retourne à ses préoccupations personnelles – qui ont leur grandeur – ne serait-ce que par ce qu’elles ont de nécessaire, non seulement pour chaque individu, mais pour la société. »* En France jusqu’en 1968 le contenu des informations à la télévision était contrôlé par le pouvoir.

Aujourd’hui les contestations secouent l’ensemble de la planète d’Alger à Bagdad en passant par Hongkong, La Paz ou Santiago. Et la France a ses « gilets jaunes » récurrents. Chacun de ces mouvements est différent et naît de circonstances particulières mais il y a des points communs. Après le libre-échange généralisé qui a soutenu la croissance économique vient l’acte II de la mondialisation, une volonté d’expression populaire facilitée par Internet et les réseaux sociaux. La mondialisation permet une communication généralisée créant, au Sud comme au Nord, une visibilité sur le monde qui n’existait pas auparavant. On compte maintenant 400 millions de téléphones connectés en Afrique. Au troisième trimestre 2019, Facebook comptait 1,62 milliard d’utilisateurs actifs chaque jour dans le monde. D’où à la fois l’échange facilité, les frustrations partagées et la rage qui en découle. On découvre les opportunités de la société de consommation et l’impossibilité d’en profiter comme on voudrait. Il faut alors un bouc émissaire. Le dénominateur commun à tous ces mouvements tient à la mise en cause du « système », argument si bien utilisé par les populistes de droite ou de gauche. Le seul message est alors de clamer que seul le peuple (ou son porte-parole) peut remédier à une situation qui se dégrade. C’est d’autant plus redoutable que cette notion relève de l’imaginaire démocratique (« le pouvoir au peuple »), mais reste floue dans sa signification concrète. Cette mise en accusation des élites et de tous les représentants en général rend la situation très complexe car, sur cette base de revendications multiples et mouvantes, aucune négociation n’est possible. Quand des dizaines de milliers de manifestants ne se satisfont pas de la démission d’un gouvernement, le pouvoir en place est démuni. La démission d’Evo Morales en Bolivie laisse par exemple un dangereux vide politique difficile à combler, la mort de plusieurs dictateurs a mis leur pays à feu et à sang. Il n’y a plus d’espace pour des initiatives capables de désamorcer la protestation, il n’y a plus de langage commun possible. Les seuls éléments de langage alternatifs, nous les abordons régulièrement sur notre blog biosphere. Ils sont principalement liées à la problématique écologique : Acteurs absents (démocratie), Conférences de consensus (décisionnel), écologie profonde (éthique), écocentrisme (biocentrisme), Non-violence (relationnel), Fécondité raisonnée (démographie), Décroissance maîtrisée (économie), Sobriété partagée (consommation), Techniques douces (production).

À lire aussi sur notre blog biosphere, Nécessité pour la foule, partager un langage commun

* Charlie Hebdo n°119 du 19 février 1973

Biosphere-Info : l’écologie, technophobe ?

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L’écologie, étude de la complexité des interrelations multiples, ne peut être caricaturée par des phrases du type « l’écologie, c’est le retour à la bougie ». Entre la technophobie et la religion du progrès technique, il y a des techniques appropriées au contexte biophysique. Ce qui est certain, c’est que le blocage par la limitation des ressources naturelles et le coût de la complexité vont faire disparaître une grande partie de la mécanisation de notre existence ; le robot n’est pas l’avenir de l’homme. Démonstration :

1) Un classement synthétique des techniques

11) tableau comparatif du Nouvel Observateur de juin-juillet 1972, « spécial écologie – La dernière chance de la Terre » 

Société à technologies dures Communautés à technologies douces
Grands apports d’énergie
Matériaux et énergie non recyclés
production industrielle
priorité à la ville
limites techniques imposées par l’argent…
Petits apports d’énergie
matériaux recyclés et énergie renouvelable
production artisanale
priorité au village
limites techniques imposées par la nature…

L’évolution historique a fait passer la société de la colonne de droite à la colonne de gauche, le futur probable sera constitué du mouvement inverse.

12) tableau comparatif des auteurs

auteur de référence : Jacques Ellul, La technique ou l’enjeu du siècle (1960)

Analyses convergentes Techniques douces Technoscience
Lewis Mumford (1956). démocratique autoritaire
Ivan Illich (1973) outil convivial, techniques manuelles Outil complexe, énergie exosomatique
Ted Kaczynski (2008) technologie cloisonnée technologie systémique (exemple du réfigérateur)
Philippe Bihouix (2014) « low tech » High Tech

Notre société cultive un sentiment de besoins illimités grâce à la profusion actuelle d’énergies fossiles qui met à notre disposition des esclaves mécaniques. Sans pétrole, la majorité du PIB disparaîtra, l’évolution vers la simplification des techniques est donc inéluctable.

2) Techniques et ressources naturelles 

21) l’exemple du  déplacement

Chaque technique correspond à un besoin, une création sociale toujours relative. Ainsi par exemple du besoin de déplacement. Au Moyen Age, 90 % des biens que consommait un paysan étaient produits dans un cercle de cinq kilomètres autour de son habitation ; le paysan restait près de chez lui. Aujourd’hui certains rêvent de populariser le tourisme spatial.

Mais baser le besoin de déplacement sur le slogan « plus loin, plus souvent plus vite et moins cher » se heurte aux limites de la biosphère. Toute mobilité autre que la marche ou le cheval nécessite de l’énergie et aussi des métaux. Or les métaux, toujours moins concentrés sous terre, requièrent plus d’énergie, tandis que la production d’énergie, toujours moins accessible, requiert plus de pétrole. Le peak oil sera donc vraisemblablement accompagné d’un peak everything (pic de tout) et réciproquement.

Nous pouvons donc classer les méthodes de déplacement de celle qui rend la personne le plus autonome possible à celles qui dépendent d’une organisation industrielle. Nous sommes passés de l’utilisation de notre énergie endosomatique, propre à notre corps, puis nous avons ajouté l’énergie exosomatique, énergie animale, et l’énergie du feu (bois, énergie fossile, nucléaire…) pour finir par se déplacer avec des machines de plus en plus monstrueuses.

marche cheval vélo train Voiture Voiture électrique Avion Fusée

Le soi-disant progrès technique nous a fait passer de la gauche du tableau à la droite en épuisant les ressources non renouvelables et en créant une pollution dont le réchauffement climatique n’est qu’un des aspects. Le paradigme actuel du déplacement motorisé va s’inverser, le mot d’ordre deviendra « moins loin, moins souvent, moins vite… et beaucoup plus cher ». Les mouvements anti-aéroport, anti-autoroutes ou anti-LGV (ligne à grande vitesse) préfigurent  cette évolution. Comme disait le Sheikh Rashid ben Saïd al-Maktoum, émir de Dubaï : « Mon grand-père se déplaçait en chameau. Mon père conduisait une voiture. Je vole en jet privé. Mes fils conduiront des voitures. Mes petits-fils se déplaceront en chameau. » 

Bien entendu cela ne dit rien du niveau des inégalités acceptables. La marche était ignorée autrefois par l’aristocratie avec la chaise à porteur et le privilège d’aller à cheval. Être écologiste, c’est être aussi partisan de la sobriété partagée et d’une tcehnique au service de tous et non de quelques-uns.

22) Généralisation du raisonnement

Voici d’autres domaines de réflexion, avec classement de l’approprié à l’inacceptable :

– Energie humaine > solaire passif > éolien > hydroélectrique > bois > biomasse > photovoltaïque > agrocarburants > Gaz > pétrole > charbon > nucléaire

– Maison non chauffée > bois > Géothermique > gaz > électricité > fuel > charbon

– Bouche à oreille > téléphone fixe collectif > téléphone fixe au foyer  > téléphone mobile > mobile 3G > nouvelle génération…

– Radio  > cinéma (collectif) > télévision noir et blanc (individualisée) > télévision couleur analogique > passage au numérique

Le problème, c’est de déterminer où se trouve le seuil de l’inacceptable et quelles procédures démocratiques permettrait d’y arriver.

3) Techniques et complexité

Plus une technique de déplacement est sophistiquée, plus elle s’accompagne d’une complexité croissante. Il y a allongement du détour de production, c’est-à-dire utilisation d’un capital technique de plus en plus imposant, et division extrême du travail social avec intervention de spécialistes, ingénieurs, réseau commercial… Or plus une structure est complexe, plus elle est fragile. Avec le blocage énergétique vu dans la partie précédente, le risque d’un effondrement systémique s’amplifie.

Joseph Tainter a bien analysé le mécanisme dans son livre de  1988 l’effondrement des sociétés complexes  (traduction française en 2013) :  «  Les organisations socio-politiques nécessitent un investissement accru, simplement pour préserver le statu quo. Cet investissement se présente sous des formes telles que l’inflation bureaucratique, l’accroissement de la spécialisation, l’augmentation des coûts du contrôle intérieur et de la défense extérieure. Toutes ces augmentations doivent être supportées en prélevant des sommes plus élevées sur la population sans lui conférer d’avantages supplémentaires. Le rendement marginal dans la complexité se dégrade proportionnellement, d’abord progressivement, puis avec une force accélérée. Divers segments de la population accroissent une résistance active ou passive, ou tente ouvertement de faire sécession. A ce stade, une société complexe atteint la phase où elle devient de plus en plus vulnérable à l’effondrement. »

Bien des auteurs depuis le rapport au Club de Rome en 1972 prédisent l’effondrement de la civilisation thermo-industrielle. Ils s’appuient sur les réalités biophysiques et des considérations socio-économiques systémiques. De nos jours, les mots « effondrement » et « collapsologie » sont médiatisés, l’inquiétude devient palpable dans la population.

Face à cela d’autres auteurs parient sur la découverte technique qui sauve, et on se retrouve en présence de fantasmes comme « le moteur à eau » ou la fusion nucléaire. Cette technophilie est encore généralisée, que ce soit au niveau des politiques, des entreprises ou du citoyen moyen. Elle s’apparente à une religion, dans le futur ce sera mieux car on trouvera bien quelques chose ! Il y a un culte de l’innovation dont Elon Musk est un symbole, voyage sur Mars, hyperloop, etc. Même le principe de précaution est contesté par l’obligation d’innovation. Penser que les OGM résoudront la faim dans le monde, que les nanotechnologies sont la clé des énergies renouvelables, qu’ITER est la solution pour les énergies du futur, que la biomédecine résoudra les problèmes de santé, que la géoingénierie luttera contre le réchauffement climatique… toutes ces promesses technologiques permettent de se détourner des problèmes sociopolitiques graves et de reporter à plus tard les indispensables mesures pour faire face au réchauffement climatique et à la descente énergétique.

Conclusion : L’écologie n’ est pas technophobe

Dans un contexte d’urgence écologique on doit changer de comportement pour aller vers plus de sobriété : refus d’utiliser des techniques énergivores et des matériaux non recyclables, refus de l’objet à la mode, refus des incitations publicitaires, etc. Avec ces critères d’intensité énergétique et de complexité, on peut aborder tous les domaines où l’emprise technologique se fait sentir, y compris s’aventurer dans le domaine de la bioéthique : une procréation hétérosexuelle directe, c’est mieux que le verre (pour le sperme) et la paille (pour la fécondation), c’est largement préférable à une procréation médicalement assistée, c’est infiniment plus acceptable qu’une DPI (diagnostic préimplantatoire, pratiqué sur les embryons fécondés in vitro), le plus détestable étant la futuriste ectogénèse avec utérus artificiel, même si c’est désiré au nom de « l’émancipation de la femme » (Henri Atlan). La médicalisation totale de notre existence, depuis la fécondation jusqu’à l’acharnement thérapeutique en fin de vie en passant par la technicisation des mécanismes naturels de l’accouchement nous a habitué à une existence d’assistés par machine interposée. Le passage à une autre forme de société, à techniques simples et douces, ne sera pas une mince affaire.

Mais il est nécessaire de faire mentir la loi de Gabor : « Tout ce qui est techniquement possible sera nécessairement réalisé ». Le complément de cette loi, « Tout ce qui est techniquement faisable se fera, que sa réalisation soit jugée moralement bonne ou condamnable » devrait nous inciter à redonner de la morale à notre comportement d’utilisateur de techniques. A l’hubris technologique, il faut opposer le sentiment de modération, vivre la convivialité directe les uns avec les autres plutôt qu’utiliser des substituts techniques à nos capacités relationnelles.

Face à la domination techno-industrielle, il est nécessaire de changer de comportement individuel, mais aussi s’engager dans une association environnementale (de type formel ou informel) et/ou adhérer à un parti écolo, sachant que ces trois actions sont complémentaires. On peut par exemple refuser le smartphone et les voyages en avion, adhérer à Technologos, ou devenir acteur de l’écologie dans un parti…

Références bibliographiques

1954, Jacques Ellul, démesure de la société technicienne

1956, Mumford, l’embrigadement technologique

1973, Ivan Illich et l’outil convivial

1988, Ellul et le bluff technologique

2008, Kaczynski contre la technologie cloisonnée

2014, Bihouix, Low tech contre High tech

2015, Mumford contre les techniques autoritaires

Les limites de la loi « bioéthique »

Qui a le droit de vivre et qui a le devoir de mourir ? C’est la bioéthique qui est censée nous donner des réponses sur la fin de vie, la procréation médicalement assistée, le clonage, etc. Un Comité consultatif national d’éthique (CCNE) a été créé en 1983 pour mieux baliser le terrain. Les premières dispositions législatives ont été prises en 1994 avec l’adoption de trois lois sur la bioéthique. L’une d’entre elles prévoyait que la procréation médicalement assistée ne peut avoir pour objet que de traiter une stérilité ou d’éviter la transmission à l’enfant d’une maladie génétique grave. En outre, elle était réservée aux couples hétérosexuels vivants, en âge de procréer et vivant ensemble depuis au moins deux ans, l’un des gamètes au moins devant provenir d’un des deux partenaires. L’éthique change avec l’évolution des mœurs, très rapidement aujourd’hui, trop rapidement. En juin 2017, le CCNE s’est déclaré cette fois favorable à l’insémination avec donneur de femmes seules ou homosexuelles. Plus de référence aux couple hétérosexuels, la loi sur le mariage pour tous est passé par là.

ll n’y a actuellement aucune stabilité dans la définition des valeurs qui régissent nos comportements, même en matière de vie et de mort. En l’absence de données scientifiques qui puissent fonder nos conceptions de la naissance et du décès, tout devient possible. Il suffit qu’une majorité d’opinion semble se dégager pour qu’un gouvernement à la recherche du buzz lui emboîte le pas. Or la démocratie suppose la prise en compte d’avis éclairés plutôt que d’opinions, c’est là une condition nécessaire pour définir le bien commun. L’illusion en matière d’éthique est qu’une solution « juste » pourrait résulter du déballage non dosé des intérêts, des convictions, des impressions, et des espoirs. Le consensus est impossible car chacun aura ses raisons d’avoir raison contre tous les autres. Il faudrait donc prendre la question éthique autrement.

Où sont les limites, limite de l’intervention de l’État sur nos vies, limite de l’utilisation des techniques, limite aux intérêts économiques et financiers ? On ne pourra pas définir de limites dans le cadre de délibérations sociales glorifiant la toute-puissance de l’espèce humaine. Il faut donc faire appel à des contraintes externes, imposées par la nature. L’activisme humain perturbe toutes les lois de la nature, les cycles de l’eau, du carbone, du phosphore, et même celles de la naissance et de la mort. Donner la vie malgré sa stérilité n’est que l’aboutissement d’une civilisation techno-industrielle qui donne aux humains la possibilité d’échapper à l’équilibre naturel dynamique qui empêche une espèce de proliférer continuellement au détriment de son milieu. L’avenir n’est pas à obtenir un enfant à tout prix, mais à faire moins d’enfants. L’avenir n’est pas à vivre 1000 ans, mais à savoir reconnaître et accepter quand vient l’heure de notre mort. Nous devrions avoir la lucidité de pouvoir choisir les techniques qui nous mettent en conformité avec les lois de la nature. Si nous ne le faisons pas, la pénurie énergétique nous obligera de toute façon à aller vers une éthique plus proche de nos aptitudes physiques directes sans passer par les structures médicales, institutionnelles ou technologiques. Il y a des techniques dures comme le DPI (diagnostic préimplantatoire) et les mères porteuses. Il y a des techniques douces comme le préservatif ou le stérilet. Il y a des techniques dures comme les soins palliatifs reliés à des tuyaux. Il y a le droit de mourir dans la dignité.

Notre texte du 11 janvier 2018, Bioéthique, qui a le droit de vivre… ou de mourir ?, toujours actuel !

L’écologie politique, un parti de gouvernement ?

Aux européennes du 26 mai 2019, le candidat d’Europe Ecologie-Les Verts Yannick Jadot a recueilli 13,47 % des suffrages exprimés sur un positionnement ni gauche ni droite : « Le mandat que nous avons reçu, c’est de sauver l’avenir, pas le passé. » Depuis, il proclame sa volonté aux municipales de « gagner Paris, Nantes, Rennes, Toulouse »…. Il veut exercer le pouvoir, avec la présidentielle de 2022 en ligne de mire. Pourtant le parti était devenu ces derniers temps une coquille vide, dévitalisé par ses luttes internes et son alliance avec le PS de François Hollande. Une résurrection est-elle possible ? L’écologie politique peut-elle incarner un parti de gouvernement ? Le contexte s’y prête. L’écologie est devenue la principale préoccupation des électeurs et la grande cause de mobilisation des jeunes. Et si EELV se mettait comme les Verts allemands à s’unir tantôt avec la gauche, tantôt avec le centre droit pour exercer des responsabilités de premier plan, une page politique serait bel et bien tournée. C’en serait fini de « la social-écologie » à laquelle s’accrochent les socialistes pour tenter de refaire surface.*

Ce qui peut permettre le succès de ceux qui posent l’écologie comme pierre angulaire de toute politique, ce sont les urgences environnementales. Une prise de conscience réelle qui n’a qu’un an à peine. On votait Vert depuis la présidentielle de 1974 comme aiguillon pour faire avancer la cause écologique, aujourd’hui cela devient un vote de conviction. Voter Écolo, un vote utile, c’est nouveau et mobilisateur. L’attachement des populations à leur pays et à leur territoire sera une force considérable pour protéger ce qui peut encore l’être des désastres qui s’annoncent. Mais l’ampleur des mesures à prendre, qui doivent témoigner d’une rupture radicale avec la société de croissance, seront difficiles à prendre. Il suffit de se rappeler que les manifestations des Gilets jaunes pendant des mois et des mois avaient pour point de départ un refus de la taxe carbone, mesure pourtant indispensable pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Toutes les mesures jugées punitives et technocratiques visant à une transition autoritaire seraient largement rejetées. Il était facile d’agréger les votes sur « je suis le parti du climat et de l’avenir, on doit agir pour nos enfants ». Il sera beaucoup plus difficile de rassembler sur « on doit sortir du système productiviste, de la croissance économique, de la société de consommation, de la défense du pouvoir d’achat, et lourdement taxer les produits polluants du panier de la ménagère et du budget du conducteur ». D’autre part l’électeur peut rattacher un certain nombre de domaines à l’écologie, santé, Agriculture, Politique de l’énergie et du logement etc… Mais comment l’écologie politique peut-elle aborder d’autres facettes du pouvoir, la politique éducative, la Défense nationale, les Affaires Étrangères, les flux migratoires ?

Qui peut imaginer que le défi écologique pourra se relever seulement à la marge ? Chaque ministère traditionnel devrait avoir une optique écologique explicite dans son périmètre d’action. Par exemple, le ministère de la Jeunesse, qui actuellement ne s’intéresse qu’aux jeunes d’aujourd’hui, sera également celui des Générations futures. Nous voulons un gouvernement qui considère que l’écologie est un problème transversal, qui doit être traité en synergie par tous les ministres sans exception :

  1. ministre de l’Économie biophysique et des Flux financiers
  2. ministre de l’Énergie durable en adéquation avec les besoins
  3. ministre de l’Équilibre entre population et alimentation
  4. ministre du Travail et du Temps partagé
  5. ministre de la Protection civile des populations
  6. ministre de la Relocalisation et de la mobilité
  7. ministre des techniques douces et appropriées
  8. ministre de l’Espérance de vie en bonne santé
  9. ministre de la Sobriété partagée et de la Lutte contre les inégalités
  10. ministre de la Jeunesse et des Générations futures
  11. ministre de la Nature et de la Biodiversité
  12. ministre de la Subsidiarité entre territoires

NB : Dans son livre « L’écologie à l’épreuve du pouvoir » (2016), Michel Sourrouille détaille le programme de chacun de ces ministères en montrant que l’écologie est la matrice dans laquelle doit se former tous les autres paramètres : un politique performant est d’abord un bon écologiste.

Créez votre communauté résiliente

Depuis 1972, le rapport au club de Rome a dénoncé la course à la croissance en démontrant les limites de la planète. Depuis 1974 et le premier choc pétrolier, nous savons que notre civilisation dépend du pétrole.  Depuis 1990 et le premier rapport du GIEC (groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), nous savons que l’humanité va faire face à un réchauffement climatique. Nous savons aussi de façon scientifique que le choc des hydrocarbures n’est qu’une partie des dégradations écologiques qui menacent nos sociétés. Comment agir efficacement ? L’échec des conférences internationales et les inerties gouvernementales montre que cette voie est trop lente. Pratiquer à l’échelle personnelle la simplicité volontaire semble nécessaire mais insuffisant. Ce qui nous semble le plus pragmatique, c’est d’agir directement au sein de sa communauté d’appartenance pour en restaurer la résilience, la capacité de résister aux chocs.

Ce paradigme ou modèle de référence porte des noms différents : Communautés intentionnelles ou Ecovillages ou Agenda 21 local ou Towns transition ou Plan climat ou Cités jardins ou communautés de résilience … La profusion des termes montre la richesse de cette alternative à l’ère des combustibles fossiles. Il ne s’agit pas d’une nouvelle théorisation, mais d’une pratique applicable au Nord comme au Sud, par les gens de droite comme par les gens de gauche, par les urbains et les paysans, par les chefs d’entreprise et par les travailleurs. Tout le monde est concerné puisqu’il s’agit de rendre notre avenir durable.

 1) l’objectif : instaurer un territoire de résilience

– une démarche logique : Les jumeaux hydrocarbures (pic pétrolier et réchauffement climatique) nous imposent une descente énergétique. Il ne s’agit pas de catastrophisme, mais d’une réalité. Le meilleur moyen est de tendre localement à l’autonomie alimentaire et énergétique.

– une démarche non idéologique : il y a un intérêt commun à adopter une telle voie, quelle que soit l’appartenance politique des habitants d’un territoire. Agir ensemble sur son territoire implique décentralisation en acte, mais aussi soutien de l’Etat à ce mouvement.

– une démarche pragmatique : le territoire doit élaborer un plan d’action de descente énergétique (Pade), ce qui peut rejoindre des pratiques locales existantes (plan climat local, AMAP, SEL, MAB, Velocity, point info-énergie, jardins partagés…) pour une dynamique collective.

2) un changement technique : usage de techniques douces

– doux à la nature : application du principe du berceau au berceau, c’est-à-dire un nouveau modèle économique où la notion même de déchets est bannie au profit de cycles fermés. Il faut suivre l’exemple de la nature qui opère selon un métabolisme au sein duquel le déchet n’existe pas.

– doux à la société : utilisation d’une spécialisation limitée et d’appareillages simplifié ; renouveau de la paysannerie et de l’artisanat ; principe de coopération et non de concurrence.

– doux politiquement : il s’agit d’instaurer une démocratie locale, sachant que seul le local est durable. L’avènement d’un territoire de résilience ne peut se faire qu’avec la participation de tous.

 3) un changement culturel

– limitation des besoins : les limites de la planète, qui ne se mesurent pas seulement au gaspillage des ressources fossiles, imposent une sobriété joyeuse et l’abandon du culte de la croissance.

– changement de valeurs : pour une éthique de la Terre qui combine respect de la nature (de ses cycles, des  différentes formes du vivant…) et défense des intérêts des acteurs absents (générations futures, non-vivants, habitants des autres territoires)

les trois principaux ouvrages de référence sur les communautés de résilience

2006 Les Ecovillages de Jonathan Dawson

2010 Manuel de transition de Rob Hopkins

2011 comment sortir de la société de consommation (World Watch Institute)

Site Internet des Territoires de Transition

http://www.transitionfrance.fr/

Rêveries d’un ingénieur solitaire, Philippe Bihouix

Dans son dernier livre*, Philippe Bihouix complète son analyse antérieure des techniques douces**. Ce qui de Thomas More à Gordon Moore sous-tend son raisonnement, c’est l’opposition entre les fausses utopies et le réalisme nécessaire aujourd’hui pour faire face à l’urgence écologique. Il bataille contre le techno-solutionnisme et fait une analyse bien documentée des hyperloop et autres fantasmes comme la conquête d’exoplanètes. Nous n’arriverons pas à bouger la terre pour la mettre en orbite autour d’un soleil de rechange !Ses arguments sont toujours étayés de façon précise, il constate par exemple qu’un million de véhicules autonomes exigeraient autant d’échanges de données que trois milliards de personnes connectées sur leurs tablette. Impossible à mettre en œuvre ! Il analyse bien d’autres aspects des débats contemporains comme l’eugénisme, le transhumanisme ou le malthusianisme. C’est d’ailleurs un des rares intellectuels français à penser qu’il y a surpopulation : « C’est malheureusement mathématique. S’il y avait seulement un million de Terriens, chacun pourrait se permettre d’avoir une empreinte écologique cent fois supérieure à celle d’aujourd’hui. A douze ou quinze milliards, il faudra au contraire se serrer violemment la ceinture, surtout s’il faut laisser quelque place à une nature résiduelle environnante. (page 227) »

Philippe Bihouix reste modeste : « Qui suis-je, ingénieur solitaire, passant quelques heures face à mon ordinateur, pour donner des leçons d’efficacité politique ? (page 318) » Mais on ne peut que constater avec lui que s’accorder sur une plate-forme commune tient de la mission impossible tant les querelles de chapelle sont légion et les messages noyés dans un flot continu d’informations de toutes sortes. Son ouvrage est profondément lucide, dont foncièrement pessimiste. Il nous faudrait « simplifier » le monde, tâche herculéenne. Il est aussi nécessaire de traiter nos problèmes au plus proche de leur source car mieux vaut éviter que réparer ; nous faisons le contraire. Il ne voit pas beaucoup d’autres solutions à l’impasse dans laquelle nous sommes entrés à vive allure si ce n’est le retour de la vertu, agir sans attendre de résultats immédiats : « Ce qui compte, c’est l’esprit » (dernier chapitre page 345 à 366). A l’heure où homo sapiens fait plutôt penser à l’homo demens, c’est une conclusion pragmatique. Un livre qui fait réfléchir, à lire attentivement pour mieux comprendre avant d’agir.

* Philippe Bihouix, Le bonheur était pour demain (les rêveries d’un ingénieur solitaire), 374 pages pour 19 euros, collection Anthropocène du Seuil (avril 2019)

** L’âge des Low tech (Vers une civilisation techniquement soutenable), collection Anthropocène du Seuil (2014)

présentation du blog

Ce blog existe depuis le 13 janvier 2005, il propose une analyse quotidienne du « point de vue des écologistes ». L’écologie est multiple, chaque article est soumis à vos commentaires. Vous pouvez aussi proposer un texte, il suffit de l’envoyer à biosphere@ouvaton.org . L’intelligence collective se constitue par la complémentarité des approches.

Il faudrait que se diffuse dans la population un langage commun dont on pourrait poser les termes de façon suivante : Acteurs absents (démocratie), agriculture biologique (production), communautés résilientes (relocalisation), conférences de consensus (décisionnel), décroissance maîtrisée (économie), Descente énergétique (énergie), écologie profonde (éthique), écocentrisme (valeur), fécondité raisonnée (démographie), Migration limitée (déplacements), Monnaie locale (échange), Non-violence (relationnel), Revenu maximum (revenu), Sobriété partagée (consommation), Techniques douces (organisation), etc. Ce sont des thématiques qui sous-tendent le contenu de ce blog biosphere. A nos lecteurs d’en faire bon usage…

Biosphere est une association loi 1901 ayant pour raison d’être de défendre les intérêts de la biosphère, un espace-temps dans lequel chacun de nous n’est qu’une maille dans la trame du vivant. Son président et fondateur, Michel SOURROUILLE.

NB : pour connaître les règles de modération des commentaires sur ce blog :

https://biosphere.ouvaton.org/blog/regles-de-moderation-des-commentaires/

A la poubelle tous nos vieux téléphones si pratiques !

L’opérateur Orange a cessé le 15 novembre de commercialiser des abonnements de téléphonie fixe classique en vue de la numérisation complète de son réseau*. C’est le début de la fin pour les téléphones fixes « à l’ancienne » . L’opérateur va les basculer sur un réseau dit « IP » (Internet Protocol). La prise « en T » ne disparaîtra pas : c’est par ce branchement qu’arrive l’Internet (en particulier l’ADSL). Le seul changement pour les abonnés concernés sera l’envoi, par Orange, d’un boîtier qui devra être branché sur cette prise, et qui se chargera de « numériser » les communications téléphoniques. Le réseau historique RTC (réseau téléphonique commuté), trop vieux, était soi-disant trop coûteux à entretenir.

Sur ce blog, nous avons déjà traité cette transformation en mars 2016 : Fin du téléphone fixe, encore une arnaque des marchands. Nous sommes lancés dans une course sans fin où le dernier gadget électrotechnique remplace le précédent alors que tout le monde commençait à être équipé. Pourquoi la télé après la radio, nous savons maintenant que nous n’avons rien gagné au change. Pourquoi la télé couleur après la télé noir et blanc, pourquoi dorénavant la télé par Internet ? Quel avantage réel ? Il n’y a pas de réponse crédible à ces questions sauf à parler de techniques douces. On programme le remplacement d’une technique qui marche, qui était généralisée et qui restait simple par des trucs compliqués au nom du « progrès ». Or nous savons déjà que les ressources qui nous procurent l’électricité vont se raréfier, que nous allons vers l’intermittence de l’électricité à domicile (c’est le propre des énergies renouvelables), qu’Internet est une vaste poubelle et que la technique nous rend esclave de la technique. Car le plus inquiétant, c’est que tout le monde ou presque marche dans la technophilie, rares sont les personnes qui vivent aujourd’hui sans portable. Ainsi ces échanges très techno-techniques sur lemonde.fr, et notons que Catherine R travaille chez Orange :

Christine R : Si j’ai bien compris cette manœuvre implique de passer par une box et nécessitera un branchement électrique (et du coup un fonctionnement wifi ) permanent .. le vieux téléphone fonctionnait lui sans électricité

Catherine R. @ Christine : Les vieux analogiques vintage, oui. Mais pas les terminaux sans-fil.

Jacofee @ Christine : Vous n’avez pas lu l’article avec attention. Orange mettra à disposition un boîtier pour les abonnés sans internet. Pas de wifi ici.

Frogeater : Je pense toutefois qu’elle a raison: le téléphone qui se suffit du courant RTC n’existera plus, on devra brancher son téléphone (même fixe, même sans WiFi) sur secteur. En cas de panne de courant pas de téléphone (à part le portable).

Catherine R. @ frogeater : niveau sécurité, en cas de coupure de courant, que se passera-t-il ? La grande majorité des lignes utilise déjà des postes téléphoniques qui ne fonctionnent que branchés au réseau électrique, ce qui ne pose pas de problème dans la mesure où les coupures restent exceptionnelles et de courte durée et que l’équipement en téléphones mobiles est suffisamment répandu pour offrir une alternative en cas d’urgence.Pour les usages spéciaux comme les télé-alarmes par exemple, Orange proposera des batteries de secours, destinées à prendre le relais du réseau électrique.

HN : Le début de la déconnexion des prises RTC est prévu pour 2023, pile l’année prévue pour la fin du déploiement ADSL en France avec une couverture à 100%. Heureux hasard n’est-ce pas ?

Catherine R. @ HN : Non, pas l’ADSL ! La fibre optique. L’ADSL est la technologie sur le réseau cuivre. Ce n’est pas un « heureux hasard «  ! 😂 C’est juste une nécessité absolue de remplacer une technologie par une autre lorsque cette dernière est opérationnelle ! Le réseau cuivre est donc appelé à disparaître à l’horizon 2023. Il sera débranché lorsque toute une zone déterminée aura été entièrement équipée en fibre optique.

Un homme : LE problème est que dans certaines zones rurales, zones de montagne les coupures électriques sont fréquentes en cas d’orage notamment ET que les technologies de tel par IP nécessitent (comme les portables pour faire fonctionner les émetteurs) d’avoir d’une alimentation électrique alors que la technologie RTC fonctionne même si le réseau élec est HS. Donc dans ces situations panne élec vous êtes injoignable et ne pouvez joindre et ceci est grave notamment en cas de besoin urgent(incendie médical)

Timshel : Non, la ligne sera toujours alimentée en 48V depuis le NRA. Et le boitier convertissant le signal en IP sera ainsi directement alimenté, sans raccordement sur une prise électrique. Bref, les gens qui ne veulent que du téléphone auront toujours la possibilité d’appeler et recevoir des appels, même en cas de coupure électrique.

Catherine R. : Il est possible que les zones très éloignées des équipements du réseau Orange ne soient pas éligibles à la VoIP. Dans ce cas précis, Orange s’est associé avec l’opérateur Nordnet afin de proposer la solution Service Universel sur satellite.

* https://www.lemonde.fr/pixels/article/2018/11/15/orange-prepare-la-disparition-des-lignes-telephoniques-fixes-traditionnelles_5383938_4408996.html

Le Comité consultatif national d’éthique ne sert à rien

Qui a le droit de vivre et qui a le devoir de mourir ? Le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) a été créé en 1983 pour mieux baliser le terrain, il n’est pas décisionnaire. Sa synthèse publiée le 4 juin n’est pas non plus un sondage, elle ne reflète pas le sentiment général des Français. Le président du CCNE, Jean-François Delfraissy, observe que « des opinions divergentes se sont exprimées » sur l’ouverture de la procréation médicalement assistée (PMA) à toutes les femmes. Sur la fin de vie, il y a désaccord entre ceux qui veulent conserver la législation actuelle et ceux qui veulent aller plus loin. La ministre de la santé, Agnès Buzyn, a déjà dit que la question de la fin de vie ne figurerait pas dans la future loi de bioéthique. Par contre certaines valeurs sont très majoritairement partagées, en particulier l’attachement à l’autonomie des personnes et à la non-commercialisation du corps humain. Cette dernière a toujours existé fortement en France et cela continue, contrairement à d’autres régions du monde où elle est remise en cause. L’objectif était seulement de retranscrire de façon neutre ce que le CCNE avait entendu de la part de ceux qui ont participé aux états généraux. Sur certains sujets, des positions militantes se sont exprimées.*

De toute façon les avis sur les questions sociétales divergent autant entre les philosophes qu’entre les individus lambda. L’éthique c’est du toc quand il n’y a plus de références communes dans une société, ce qui est le cas aujourd’hui. Ni les religions, ni aucun autre texte plus ou moins sacralisés ne peuvent donner de lignes de conduite incontestables. Les procédures démocratiques, elles-mêmes contestables, définissent temporairement ce qui paraît le plus acceptable étant donné l’état présent de l’opinion publique. Le consensus durable est impossible car chacun aura ses raisons d’avoir raison contre tous les autres. Il faudrait donc prendre la question éthique autrement.

Où sont les limites, limite de l’intervention de l’État sur nos vies, limite de l’utilisation des techniques, limite aux intérêts économiques et financiers ? On ne pourra pas définir de limites dans le cadre de délibérations sociales glorifiant la toute-puissance de l’espèce humaine, de ses désirs, de ses fantasmes. Il faut donc faire appel à des contraintes externes, celles qui sont imposées par la nature. L’activisme humain perturbe toutes les lois de la nature, les cycles de l’eau, du carbone, du phosphore, et même celles de la naissance et de la mort. Donner la vie malgré sa stérilité n’est que l’aboutissement d’une civilisation techno-industrielle qui donne aux humains la possibilité d’échapper à l’équilibre naturel dynamique qui empêche une espèce de proliférer continuellement au détriment de son milieu. L’avenir n’est pas à obtenir un enfant à tout prix, mais à faire moins d’enfants. L’avenir n’est pas à vivre 1000 ans, mais à savoir reconnaître et accepter quand vient l’heure de notre mort. Nous devrions avoir la lucidité de pouvoir choisir les techniques qui nous mettent en conformité avec les lois de la nature. Si nous ne le faisons pas, la pénurie énergétique nous obligera de toute façon à aller vers une « éthique » plus proche de nos aptitudes physiques directes sans passer par les structures médicales, institutionnelles ou technologiques. Il y a des techniques dures comme le DPI (diagnostic préimplantatoire) et les mères porteuses. Il y a des techniques douces comme le préservatif ou le stérilet. Il y a des techniques dures comme les soins palliatifs reliés à des tuyaux. Il y a le droit de mourir dans la dignité, en toute simplicité.

* LE MONDE du 6 juin 2018, Comité d’éthique : « Il n’y a pas de consensus sur la procréation médicalement assistée »

Linky, technique diabolique ou instrument à notre service

Une chaîne humaine en Isère et une manif à Bordeaux pour s’opposer aux compteurs Linky*, cela appelle à plus de réflexion. Toute introduction d’un nouveau outil pose le problème de son acceptabilité socio-économique et écologique. Les écologistes font une distinction entre les techniques douces et les techniques dures. Ivan Illich, dans son livre La convivialité (1973), avait défini ainsi le statut de l’outil : « Je distingue deux sortes d’outils : ceux qui permettent à tout homme, plus ou moins quand il veut, de satisfaire les besoins qu’il éprouve, et ceux qui créent des besoins qu’eux seuls peuvent satisfaire. » En d’autre termes, l’outil préserve-t-il notre autonomie, comme une simple bêche pour travailler la terre, ou nous fait-il dépendre d’une société complexifiée comme l’automobile ? Linky est bien à classer dans les techniques hétéronomes, celles qui nous font dépendre des autres et empêchent notre autonomie. Mais il faut alors aller jusqu’au bout du raisonnement : refuser Linky, c’est refuser de dépendre d’un réseau électrique centralisé sur lequel nous n’avons aucune prise. Ce refus serait une attitude de recherche de simplicité volontaire qui a toute notre estime et nos encouragements. Sinon un compteur reste un compteur, qui nous relie à des poteaux électriques et, in fine, à une centrale nucléaire pour 75 %. Que ce soit par le compteur traditionnel ou par celui dit « intelligent », l’État connecte nos foyers à des systèmes communicants centralisés. Linky ne fait que faciliter le pilotage de nos consommations, donc de la production électrique.

Bien sûr Linky a des désavantages. Remplacer systématiquement des compteurs qui fonctionnaient parfaitement, c’est assurément un gaspillage. Linky supprimera aussi de l’emploi dans les entreprises sous-traitantes chargées de relever périodiquement les compteurs. Linky semble n’avoir aucune tolérance à de ponctuels dépassements de puissance, par opposition aux compteurs précédents. Pas mal de consommateurs vont devoir augmenter leur puissance souscrite et donc payer plus cher. Et c’est EDF qui choisirait à tout moment à quel tarif vous êtes facturé, il n’y aurait plus de tarif fixe. Dire de ce compteur qu’il est « intelligent », c’est effectivement bafouer ce que pourrait être l’intelligence humaine. Mais les avantages semblent l’emporter. L’opérateur qui nous fournit notre courant a besoin de Linky pour préparer une gestion fine du réseau, besoin inéluctable à terme (sources intermittentes, stockages locaux, déséquilibres entre consommation et production). Quant à dévoiler notre consommation électrique, on ne voit pas en quoi cela serait une atteinte nos libertés. A travers les portables, nos données bancaires, les cookies sur notre ordinateur, on sait que nous sommes déjà espionnés à tout moment. Inutile d’être sur Facebook pour être pisté, il suffit d’avoir un smartphone. Et nous ne parlons pas des objets connectés (frigo, enceinte musicale Bose, Sonos, Google Home…). Tous ces objets font déjà partie du quotidien de beaucoup de personnes. En fait Linky a bien moins d’informations à communiquer, il ne sait rien de nos envies ou de nos turpitudes. En définitive ce nouveau compteur, qui vise à mieux connaître les consommations et productions individuelles instantanées, semble nécessaire à la transition écologique de notre alimentation électrique vers des énergies renouvelables et relocalisées. Notons que la liberté individuelle dans nos sociétés de masse n’existe pas, si tant est qu’elle ait déjà existé : les communautés restreintes ont aussi leurs moyens de contrôle sur l’individu.

Notre véritable liberté, c’est de savoir résister à ce qui met véritablement en péril le bien commun. La dénonciation de Linky est non seulement anecdotique, mais relève d’une analyse très très superficielle de l’emprise de la technologie sur nos destins collectifs. Par contre certaines luttes anti-techniques valent le coup, réagissant contre des dysfonctionnements socio-économiques, de vrais dangers écologiques, une atteinte aux générations futures… Les motifs de contestation sont innombrables, « stop plastique », « non aux néo-nicotinoïdes », « l’EPR ne passera pas par moi », « les écrans nous empoisonnent », etc.

Articles antérieurs sur notre blog

3 mai 2018 : Le compteur Linky n’entraîne pas mort d’homme !

18 mars 2018 : Faut-il être contre les compteurs Linky ?

* LE MONDE avec AFP du 5 mai 2018

L’addiction aux écrans, signe de folie technologique

Deux groupes actionnaires d’Apple demandent à l’entreprise de lutter contre l’addiction des plus jeunes à ses smartphones. Près de la moitié des enfants de moins de 11 ans en possèdent un aux Etats-Unis. Cette proportion grimpe à 90 % chez les 12-17 ans. Préférant leur smartphone, les adolescents voient moins souvent leurs amis, ont moins de relations amoureuses, deviennent dépressifs... 50 % des adolescents états-uniens reconnaissent une dépendance.* Facebook dit vouloir protéger les enfants… et lance sa messagerie pour les 6/12 ans. Deux ex-patrons de Facebook ont plaidé coupables d’avoir contribué, en toute connaissance de cause, à une entreprise qu’ils jugent menaçante pour l’individu et la société. « Nous avons créé des outils qui déchirent le tissu social », a déclaré Chamath Palihapitiya, qui a interdit à ses enfants d’utiliser « cette merde ». Pour Sean Parker, le réseau a été conçu pour « exploiter les faiblesses humaines » et « Dieu seul sait ce que ça fait aux cerveaux de nos enfants ». Les deux « repentis » parlent d’un système sciemment conçu pour rendre l’internaute captif d’un plaisir souvent narcissique.** Les écrans droguent les gens au même titre que l’alcool, le tabac ou les machines à sous. Sauf que cette drogue, au lieu de n’abîmer que la personne qui la pratique, devient un danger collectif. Internet dans toutes ses variantes professionnelles ou ludiques est en fait un instrument de déconstruction et de destruction des relations interpersonnelles. Il faut ajouter le coût environnemental pour procurer un écran à presque toute la population du monde. C’est une technologie dure, non appropriée à la cohésion sociale et à des ressources naturelles limitées, mieux vaudrait des techniques douces.

Barack Obama est d’accord avec nous. « Zuckerberg a une véritable inquiétude sur le rôle de Facebook », a-t-il révélé Obama lors de sa conférence parisienne du 2 décembre. « Il veut encourager une communauté démocratique » alors que les puissants algorithmes du réseau ne font que « renforcer les problèmes » en enfermant les utilisateurs dans leurs certitudes parfois extrémistes. Une inquiétude que l’ancien président américain vient de réaffirmer dans un entretien à la BBC en invitant les « facebookiens » à se désintoxiquer un peu et à « se retrouver dans un pub, un lieu de culte, un quartier »

Quelques commentateurs sur lemonde.fr pour compléter l’idée qu’il faut se désintoxiquer des écrans. THOMAS FERRARI s’exclame : « Arrêtons l’hypocrisie, TOUS les écrans sont absolument déconseillés avant 5 ans et à limiter autant que possible après. Ils ont un impact négatif sur l’apprentissage, le langage et les processus de mémorisation en général. Ça a été prouvé maintes fois. Mais on continue à vendre des films, des logiciels pseudo éducatifs, des tablettes soi-disant adaptées, etc. parce qu’on est soumis aux intérêts des entreprises du secteur. » Pour un Marseillais, « Décrocher de son algorithme est aussi difficile, si ce n’est plus, que décrocher du tabac, de l’alcool, de la drogue… L’image est tellement belle quand je suis si moche, elle me donne tant d’amis, que je ne rencontrerai jamais, elle me fait communiquer avec toute la planète quand j’affiche du buzz qu’un autre buzz vient tout aussitôt effacer… Il est toujours dans ma main, il vibre quand je vibre, et je suis perdu quand je le perds. Je cours acheter alors le dernier modèle, et là, je revis… » Narko a toujours refusé de « créer un compte Facebook, en raison du caractère superficiel et parfois destructeur des « relations » qui y sont affichées (plus que véritablement nouées) et de la menace massive que cet outil fait peser sur la vie privée. La pauvreté des contenus que mes voisins dans les transports en commun font défiler sur leur « mur » ne fait que me conforter dans ce choix. L’avenir, ce n’est pas Facebook, ou alors il y a de quoi s’inquiéter. » Mais la semaine sans écran n’a pas fait beaucoup d’émules…

* LE MONDE du 10 janvier 2018, L’addiction des enfants aux iPhone, comparable à « la malbouffe »

** L E MONDE du 9 janvier 2018, Zucki au pilori

Bioéthique, qui a le droit de vivre… ou de mourir ?

Qui a le droit de vivre et qui a le devoir de mourir ? C’est la bioéthique qui est censée nous donner des réponses sur la fin de vie, la procréation médicalement assistée, le clonage, etc. Un Comité consultatif national d’éthique (CCNE) a été créé en 1983 pour mieux baliser le terrain. Les premières dispositions législatives ont été prises en 1994 avec l’adoption de trois lois sur la bioéthique. L’une d’entre elles prévoyait que la procréation médicalement assistée ne peut avoir pour objet que de traiter une stérilité ou d’éviter la transmission à l’enfant d’une maladie génétique grave. En outre, elle était réservée aux couples hétérosexuels vivants, en âge de procréer et vivant ensemble depuis au moins deux ans, l’un des gamètes au moins devant provenir d’un des deux partenaires. L’éthique change avec l’évolution des mœurs, très rapidement aujourd’hui, trop rapidement. En juin 2017, le CCNE s’est déclaré cette fois favorable à l’insémination avec donneur de femmes seules ou homosexuelles. Plus de référence aux couple hétérosexuels, la loi sur le mariage pour tous est passé par là.

Il n’y a actuellement aucune stabilité dans la définition des valeurs qui régissent nos comportements, même en matière de vie et de mort. En l’absence de données scientifiques qui puissent fonder nos conceptions de la naissance et du décès, tout devient possible. Il suffit qu’une majorité d’opinion semble se dégager pour qu’un gouvernement à la recherche du buzz lui emboîte le pas. Or la démocratie suppose la prise en compte d’avis éclairés plutôt que d’opinions, c’est là une condition nécessaire pour définir le bien commun. L’illusion en matière d’éthique est qu’une solution « juste » pourrait résulter du déballage non dosé des intérêts, des convictions, des impressions, et des espoirs. Aujourd’hui le président Macron met en place des États généraux de la bioéthique* sur la période du 18 janvier au 7 juillet 2018 : « Ce sera un vrai débat philosophique dans la société. » Sauf qu’une assemblée ouverte à tous peut être un lieu précieux d’information mais ne se prête pas au recueil d’un « avis citoyen ». Il faudrait pour cela s’assurer préalablement que les citoyens consultés représentent un échantillon représentatif de la population, qu’ils ne portent pas d’intérêts particuliers, et qu’ils sont tous suffisamment informés avant de s’exprimer. Ce n’est pas le cas pour ces États généraux. L’objectif est d’ouvrir le débat le plus largement possible, ce qui ne peut qu’entraîner la confusion générale. Le président du CCNE qui pilote ce fourmillement n’a voulu exclure aucun sujet, l’essentiel va se noyer dans les détails. On laissera s’exprimer ceux qui ont un avis tranché et souvent non négociable comme les représentants des diverses religions, l’association « La Manif pour tous » (opposée à toute évolution de la loi), l’association des familles homoparentales… Rien n’est prévu pour permettre la réflexion de chacun. Le consensus est impossible car chacun aura ses raisons d’avoir raison contre tous les autres. Il faudrait donc prendre la question éthique autrement.

Où sont les limites, limite de l’intervention de l’État sur nos vies, limite de l’utilisation des techniques, limite aux intérêts économiques et financiers ? On ne pourra pas définir de limites dans le cadre de délibérations sociales glorifiant la toute-puissance de l’espèce humaine. Il faut donc faire appel à des contraintes externes, imposées par la nature. L’activisme humain perturbe toutes les lois de la nature, les cycles de l’eau, du carbone, du phosphore, et même celles de la naissance et de la mort. Donner la vie malgré sa stérilité n’est que l’aboutissement d’une civilisation techno-industrielle qui donne aux humains la possibilité d’échapper à l’équilibre naturel dynamique qui empêche une espèce de proliférer continuellement au détriment de son milieu. L’avenir n’est pas à obtenir un enfant à tout prix, mais à faire moins d’enfants. L’avenir n’est pas à vivre 1000 ans, mais à savoir reconnaître et accepter quand vient l’heure de notre mort. Nous devrions avoir la lucidité de pouvoir choisir les techniques qui nous mettent en conformité avec les lois de la nature. Si nous ne le faisons pas, la pénurie énergétique nous obligera de toute façon à aller vers une éthique plus proche de nos aptitudes physiques directes sans passer par les structures médicales, institutionnelles ou technologiques. Il y a des techniques dures comme le DPI (diagnostic préimplantatoire) et les mères porteuses. Il y a des techniques douces comme le préservatif ou le stérilet. Il y a des techniques dures comme les soins palliatifs reliés à des tuyaux. Il y a le droit de mourir dans la dignité.

* LE MONDE du 7-8 janvier 2018, Bioéthique : des États généraux pour ouvrir le débat le plus largement possible

Nos vœux pour 2018, une Grande Métamorphose écolo

On peut expliquer l’ histoire humaine en dessin animé :
http://www.youtube.com/embed/WfGMYdalClU

On peut aussi espérer pour 2018 une Grande Métamorphose :

L’or noir va quadrupler, passant de 60 dollars le baril à 240 dollars en fin d’année. En effet Mohammed ben Salmane, le nouvel homme fort d’Arabie saoudite, a cessé de fournir du pétrole à bas prix ; il a décidé d’en garder le plus possible pour ses générations futures. La facture pétrolière française explose. Emmanuel Macron, déjà porteur de l’urgence climatique face à Trump, décide de profiter de la cherté du pétrole pour modifier nos comportements. Après une intense campagne de sensibilisation de la population aux enjeux écologiques, la réduction à 80 km/h sur les routes ordinaires (votée en début d’année) s’élargit à une vitesse limitée à 100 km/h sur toutes les autoroutes. La taxe carbone est étendue à toutes nos dépenses énergétique, il y a rationnement par le prix. Un projet de brider la puissance des moteurs est mis à l’étude. Après discussion (mouvementée) au niveau de l’Union Européenne, il est prévu que la taxe carbone aux frontières sera adopté en 2019. De plus tout accord international, tout échange commercial avec l’extérieur, sera dorénavant soumis aux normes écologiques et sociales européennes.

En France, les inégalités sont exacerbées par la pénurie d’énergie et dénoncées non seulement par la France insoumise mais aussi par une grande partie des élus LRM. Un revenu maximum autorisé, bonus et revenus du capital compris, est fixé à dix fois le salaire minimum par un vote presque unanime du Parlement. Une intense campagne d’explication dans les médias et les écoles insiste sur la fragilité extrême de notre société thermo-industrielle, devenue trop complexe et incapable de se réformer. La plupart de nos concitoyens se rendent compte que la résilience au choc pétrolier ne pouvait s’effectuer que par l’autonomie alimentaire et énergétique acquise au niveau local. L’État décide d’abandonner la plupart de ses prérogatives au bénéfice des entités territoriales ; les Girondins gagnent contre les Jacobins. Emmanuel Macron fait un discours du 14 juillet révolutionnaire, annonçant un virage à 180 degrés, les trois D : Démondialisation, Désurbanisation, Décroissance heureuse. Notre cher Président, porté par les sondages, est devenu le plus ardent des écolos. Il décide fin 2018 la programmation impérative de la sortie totale du nucléaire. EDF se voit imposer de soutenir non seulement le solaire et l’éolien, mais de s’appuyer sur les acteurs du terrain. Mais l’essentiel du plan gouvernemental reste la mise en place de mesures d’économies d’énergie dans tous les domaines. La psychologie collective change puisque tout le monde est en train de changer. Les municipalités réduisent l’éclairage public de nuit, parfois même le suppriment complètement. Les citoyens commencent à bouder volontairement les escalators et à faire de l’exercice physique dans les escaliers. Prendre son vélo ou marcher est devenu tendance, rouler en voiture est désormais ressenti comme passéiste, si ce n’est condamnable. On commence à culpabiliser de gaspiller.

En 2018, le nombre de chômeurs explose, provoqué par le coût de l’énergie. Mais les solidarités de proximité jaillissent comme une évidence, de toute part. Les familles élargies se recomposent, on garde les personnes âgées dans le foyer familial le plus longtemps possible. Le suicide assisté devient une norme. Les couples restent plus longtemps en couple, partageant difficultés… et appartement. Ils décident de faire moins d’enfants, et les enfants partagent la même chambre dans des maisons qui devient plus petites, plus faciles à chauffer. Les habitants des villes se demandent ce qu’ils vont manger, ils commencent à s’organiser. Les jardins partagés se multiplient au milieu des HLM, les tomates poussent sur les balcons. Les pelouses deviennent des potagers, les jardins d’ornement font place à des arbres fruitiers. Le compost d’appartement devient une obligation consentie. Il y a de moins en moins d’employés et de cadres, moins d’emplois surnuméraires. Mais les artisans, petits commerçants, et paysans se multiplient dans tous les domaines. Avoir fait des études longues est devenu un handicap, l’intelligence manuelle est appréciée. La reconversion des tâches effectuées par nos esclaves mécaniques est en effet devenue nécessaire. Des techniques douces sont mises en place, la force physique et l’ingéniosité humaine permet de suppléer l’obsolescence de la thermodynamique industrielle. On casse un peu partout les grosses machines qui ont produites le chômage de masse, on les recycle. Le luddisme est de retour… le ludique aussi, la joie de vivre plus sobrement, plus simplement. Chacun comprend qu’aller moins vite, moins loin et moins souvent pouvait procurer le bonheur. Les voitures rouillent, les rotules se dérouillent : marcher dans la forêt devient le nec plus ultra, plus besoin de paradis artificiels. La France est devenue le pays que le monde entier veut imiter… puisque le Bonheur national brut a remplacé le PIB.

Que l’année 2018 devienne le chemin d’un paradis sur Terre. Nous te souhaitons une bonne année où l’œuf sera pondu dans le poulailler familial, le lait produit dans une économie domestique, le miel récolté dans des ruches partagées. 

Violences obstétricales, médicalisation de l’accouchement

Dans le Tennessee, des sages-femmes dispensent les savoir-faire perdus depuis que le système médical états-uniens recourt aux techniques modernes pour faire venir les enfants au monde. Aux Etats-Unis, un tiers des femmes accouchent par césarienne, ce qui génère des risques tant pour la mère que pour l’enfant. Le programme de The Farm a permis de former de nombreuses sages-femmes et a attiré l’attention sur la surmédicalisation de l’accouchement, démontrant que la césarienne est rarement nécessaire. Sur les 3000 naissances intervenues dans le cadre de ce programme depuis 1971, seules 2 % ont été réalisées par césarienne. En considérant les ressources tant financières qu’écologiques indispensables à l’intervention chirurgicale, la diminution des interventions chirurgicales inutiles est inéluctable. La sagesse ancestrale prendra toute sa place dans un avenir aux ressources limitées.*

En France aujourd’hui, la secrétaire d’Etat chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes a dit vouloir lutter contre les « violences obstétricales ». L’absence d’explications et de recueil du consentement des patientes, par exemple pour l’utilisation des forceps ou la pratique d’une épisiotomie sont mis en cause, car ils rendent ces gestes incompréhensibles. Il y a encore en France 30 % d’épisiotomies (44 % pour le premier enfant, 14 % ensuite). La péridurale et la position allongée sont devenues routinières. Quasiment toujours médicalisé, l’accouchement est aujourd’hui standardisé. Pendant sa grossesse, la future mère peut être suivie par une demi-douzaine de personnes différentes. « On a l’impression de n’être plus qu’un utérus », résume Magali.**

La naissance est un processus physiologique naturel sur lequel il convient d’interférer le moins possible. Rappelons que l’acte de donner la vie n’est pas une maladie ! Rappelons que les techniques dures, technicisée, remplacent de plus en plus dans tous les domaines les techniques douces et conviviales. Notre société, en s’éloignant toujours plus de la nature, se dénature. Les écologistes véritables ne veulent pas de l’hyper-contrôle des personnes du berceau à la tombe, ils ne veulent pas de la main-mise des spécialistes dans tous les domaines de leur existence, ils veulent retrouver une certaine autonomie, ils crient « halte à la technique pour la technique ». C’est sous la pression des médecins que les pouvoirs publics ont déconseillé en France dès 1972 les accouchements à domicile. Pourtant l’accouchement dans son propre lit était la règle pour les générations antérieures. Cf. nos articles antérieurs sur les accouchements  à domicile :

Accouchement, désert médical ou société surmédicalisée ?

Donner la vie n’est pas une maladie

Bien naître, bien-être

* WWI, Vers une prospérité durable

** http://www.lemonde.fr/sante/article/2017/08/30/la-violence-de-l-accouchement-en-question_5178270_1651302.html#rqsba2IM81b1VvpA.99

Le peuple n’existe pas, c’est une abstraction construite

Extrême droite et ultragauche se rejoignent. « Contre la droite du fric, la gauche du fric, je suis la candidate de la France du peuple », affirmait Marine Le Pen lors du lancement de sa campagne présidentielle. L’affiche électorale de Jean-Luc Mélenchon est du même tonneau : un portrait de lui-même surmonté du slogan « La force du peuple ». C’est le règne du populisme. Les présidentiables 2017 pratiquent presque tous cette référence illusoire au « peuple ». Ils disent qu’ils sont à l’écoute du peuple, ils vont le faire parler par l’intermédiaire d’un référendum ou de la démocratie participative, ils en reviennent toujours à leur point de départ, la voix du peuple s’expriment par leur propre bouche. Illusion, illusionnistes. La population est en réalité un ensemble hétérogène de voix dissemblable et dissonante, qui peut dire oui un jour et non le lendemain, qui cherche surtout à voter selon son propre intérêt, qui cherche le plus souvent à satisfaire ses avantages catégoriels et non à promouvoir le bien commun. D’où l’avalanche de promesses diverses de la part des présidentiables à une multiplicité de groupes. Il existe pourtant des peuples particuliers, rendus homogènes par une culture spécifique, le peuple rom ou le peuple catho, la mentalité de gauche ou le conservatisme de droite. Mais ils se caractérisent par leur différence, pas par des traits communs. Personne ne peut s’arroger le droit de parler au nom de tous, au nom du « peuple ». Et la physionomie des peuples évoluent. Contre le pouvoir du capital, le peuple communiste avait ses mots d’ordre et son catéchisme marxiste : exploitation de l’homme par l’homme, lutte de classes, syndicat courroie de transmission, dictature du prolétariat, etc. Le peuple communiste avait sa solidarité de classe, dans l’atelier, dans les banlieues rouges, dans les mutuelles, dans le syndicat. Le peuple communiste existait, il n’existe presque plus. Le peuple écolo n’existe pas encore, il existera un jour.

Il existe un peuple écolo qui est encore en germe, mais il a vocation d‘être rassemblé par un culture commune au XXIe siècle. Comme le pensait Marx, ce sont les circonstances matérielles qui déterminent les consciences et non l’inverse. Notre existence sociale est conditionnée par une réalité qui nous dépasse : les rapports de production chez les communistes, la géologie des richesses minières et l’état des écosystèmes pour un écologiste. Les réalités biophysiques s’imposent à nous tous, nous sommes tous mortels, nous vivons tous des emprunts à la biosphère, nous rejetons tous dans la nature des déchets plus ou moins recyclables. L’impératif écologique nous impose à tous un comportement commun basé sur le sens des limites et la considération du long terme. Mais nous sommes tous à des moments différents de la conscience écologique, car jusqu’où peut aller par exemple la simplicité volontaire ? Jusqu’à imiter Diogène et habiter dans un tonneau ou habiter un endroit basse consommation énergétique ? Aucun présidentiable ne peut se faire le porte-parole de ce peuple écolo, il peut juste essayer de concrétiser par des politiques publiques les éléments qui permettent le changement de comportement. Par exemple taxer fortement les consommations de carbone incite aux économies d’énergie et permet de remplacer le slogan « plus vite, plus loin, plus souvent »  par son contraire. En fait il faut apprendre individuellement et collectivement la complexité, loin des discours simplistes du Front National et simplificateurs de la gauche ou de la droite. L’écologie politique relaye le constat de l’écologie scientifique, la planète est exsangue, l’austérité est notre destin commun.

Les richesses naturelles étant en quantité limitées et rapidement décroissantes pour les non renouvelables, la seule solution pour vivre en paix est le partage équitable de la pénurie. Il y aura un peuple écolo quand la majorité des citoyens refusera le voyage en avion, la voiture individuelle et les trois heures de télé par jour. Le peuple écolo préférera jouer au ballon plutôt que regarder un match de foot, il préférera une partie de belote plutôt qu’une séance télé. La simplicité volontaire des uns se conjuguera avec la décroissance conviviale des autres.Il y aura un peuple écolo quand il y aura effet boule de neige : tu fais parce que je fais parce que nous voulons tous faire de même. Cela commence par des petits gestes, économiser l’énergie, prendre l’escalier plutôt que l’escalator ou l’ascenseur, boire bio, c’est-à-dire boire de l’eau. L’écolo utilise des techniques douces et rejette les techniques sophistiquées. Il sait que marcher à pied vaut mieux que de prendre un vélo, mais le vélo est bien préférable à l’autobus ou au train. L’écolo fait plutôt du covoiturage et rapproche son domicile de son lieu de travail, il isole sa maison et baisse la température dans ses pièces. Il choisit de vivre à l’étroit plutôt qu’augmenter son emprise sur les sols arables, il fait ce qu’il doit et le bonheur lui est donné de surcroît. Un parti politique définit le sens de l’histoire. Un présidentiable propose un projet de société. Mais quand on demande aux autres de changer de comportement, la logique impose de changer soi-même pour que les autres changent. Un parti politique digne de ce nom est composé de militants qui vivent ce qu’ils prêchent. Il y aura un peuple écolo convaincu par la politique quand les militants d’EELV (Europe Ecologie Les Verts) commencement à donner l’exemple de la sobriété énergétique et de la simplicité volontaire.

Le peuple n’existe pas, c’est une abstraction construite

Extrême droite et ultragauche se rejoignent. « Contre la droite du fric, la gauche du fric, je suis la candidate de la France du peuple », affirmait Marine Le Pen lors du lancement de sa campagne présidentielle. L’affiche électorale de Jean-Luc Mélenchon est du même tonneau : un portrait de lui-même surmonté du slogan « La force du peuple ». C’est le règne du populisme. Les présidentiables 2017 pratiquent presque tous cette référence illusoire au « peuple ». Ils disent qu’ils sont à l’écoute du peuple, ils vont le faire parler par l’intermédiaire d’un référendum ou de la démocratie participative, ils en reviennent toujours à leur point de départ, la voix du peuple s’expriment par leur propre bouche. Illusion, illusionnistes. La population est en réalité un ensemble hétérogène de voix dissemblable et dissonante, qui peut dire oui un jour et non le lendemain, qui cherche surtout à voter selon son propre intérêt, qui cherche le plus souvent à satisfaire ses avantages catégoriels et non à promouvoir le bien commun. D’où l’avalanche de promesses diverses de la part des présidentiables à une multiplicité de groupes. Il existe pourtant des peuples particuliers, rendus homogènes par une culture spécifique, le peuple rom ou le peuple catho, la mentalité de gauche ou le conservatisme de droite. Mais ils se caractérisent par leur différence, pas par des traits communs. Personne ne peut s’arroger le droit de parler au nom de tous, au nom du « peuple ». Et la physionomie des peuples évoluent. Contre le pouvoir du capital, le peuple communiste avait ses mots d’ordre et son catéchisme marxiste : exploitation de l’homme par l’homme, lutte de classes, syndicat courroie de transmission, dictature du prolétariat, etc. Le peuple communiste avait sa solidarité de classe, dans l’atelier, dans les banlieues rouges, dans les mutuelles, dans le syndicat. Le peuple communiste existait, il n’existe presque plus. Le peuple écolo n’existe pas encore, il existera un jour.

Il existe un peuple écolo qui est encore en germe, mais il a vocation d‘être rassemblé par un culture commune au XXIe siècle. Comme le pensait Marx, ce sont les circonstances matérielles qui déterminent les consciences et non l’inverse. Notre existence sociale est conditionnée par une réalité qui nous dépasse : les rapports de production chez les communistes, la géologie des richesses minières et l’état des écosystèmes pour un écologiste. Les réalités biophysiques s’imposent à nous tous, nous sommes tous mortels, nous vivons tous des emprunts à la biosphère, nous rejetons tous dans la nature des déchets plus ou moins recyclables. L’impératif écologique nous impose à tous un comportement commun basé sur le sens des limites et la considération du long terme. Mais nous sommes tous à des moments différents de la conscience écologique, car jusqu’où peut aller par exemple la simplicité volontaire ? Jusqu’à imiter Diogène et habiter dans un tonneau ou habiter un endroit basse consommation énergétique ? Aucun présidentiable ne peut se faire le porte-parole de ce peuple écolo, il peut juste essayer de concrétiser par des politiques publiques les éléments qui permettent le changement de comportement. Par exemple taxer fortement les consommations de carbone incite aux économies d’énergie et permet de remplacer le slogan « plus vite, plus loin, plus souvent »  par son contraire. En fait il faut apprendre individuellement et collectivement la complexité, loin des discours simplistes du Front National et simplificateurs de la gauche ou de la droite. L’écologie politique relaye le constat de l’écologie scientifique, la planète est exsangue, l’austérité est notre destin commun.

Les richesses naturelles étant en quantité limitées et rapidement décroissantes pour les non renouvelables, la seule solution pour vivre en paix est le partage équitable de la pénurie. Il y aura un peuple écolo quand la majorité des citoyens refusera le voyage en avion, la voiture individuelle et les trois heures de télé par jour. Le peuple écolo préférera jouer au ballon plutôt que regarder un match de foot, il préférera une partie de belote plutôt qu’une séance télé. La simplicité volontaire des uns se conjuguera avec la décroissance conviviale des autres.Il y aura un peuple écolo quand il y aura effet boule de neige : tu fais parce que je fais parce que nous voulons tous faire de même. Cela commence par des petits gestes, économiser l’énergie, prendre l’escalier plutôt que l’escalator ou l’ascenseur, boire bio, c’est-à-dire boire de l’eau. L’écolo utilise des techniques douces et rejette les techniques sophistiquées. Il sait que marcher à pied vaut mieux que de prendre un vélo, mais le vélo est bien préférable à l’autobus ou au train. L’écolo fait plutôt du covoiturage et rapproche son domicile de son lieu de travail, il isole sa maison et baisse la température dans ses pièces. Il choisit de vivre à l’étroit plutôt qu’augmenter son emprise sur les sols arables, il fait ce qu’il doit et le bonheur lui est donné de surcroît. Un parti politique définit le sens de l’histoire. Un présidentiable propose un projet de société. Mais quand on demande aux autres de changer de comportement, la logique impose de changer soi-même pour que les autres changent. Un parti politique digne de ce nom est composé de militants qui vivent ce qu’ils prêchent. Il y aura un peuple écolo convaincu par la politique quand les militants d’EELV (Europe Ecologie Les Verts) commencement à donner l’exemple de la sobriété énergétique et de la simplicité volontaire.

Yannick Jadot et la fin programmée de notre monde

« Je n’ai pas envie d’être le candidat de la fin du monde, a déclaré Yannick Jadot. Que l’on ne nous raconte pas que l’écologie c’est le retour à la bougie, alors que s’il y a une idéologie, un programme qui a besoin de toutes les innovations, technologiques, sociales, financières pour bâtir le monde de demain, c’est bien l’écologie. »* Nous faisons deux commentaires à cette assertion du candidat de l’écologie à la présidentielle 2017 avec cette idée clé, politiques et médias doivent éviter les simplismes !

D’abord aucun écologiste ne parle de « la fin du monde ». Nous sommes (sauf accident) sortis de l’hiver nucléaire que nous promettait la course à la bombe atomique du temps de la guerre froide. Par contre la fin de notre monde, une société thermo-industrielle bercée par les délices de l’énergie fossile, est déjà et sera encore plus demain une réalité. L’effondrement passé de toutes les grandes civilisations est un fait avéré. Quand une société devient ingérable à cause de sa complexité et de l’épuisement des ressources qui permettaient de faire face à ses dysfonctionnements, elle se contracte et se fragmente comme l’a fait l’empire romain. Cela ne veut pas dire que la fin de notre monde sera brutale, l’effondrement a déjà commencé. Alors que les riches ont normalement une capacité d’épargne, l’endettement vertigineux des Etats des pays développés montrent déjà que depuis des années on vit au dessus de nos moyens. La montée du protectionnisme et des nationalismes est un autre signe de la fin de la mondialisation « bienfaitrice ». La période actuelle est lourde de risques, et Yannick Jadot le reconnaît : « Avec Trump et Poutine, nous avons un nouveau monde de collaboration pour le pire, protectionnisme pour Trump et expansionnisme côté Poutine, un monde d’addition des intérêts nationalistes. Nous sommes près de la rupture… » Ne plus donner la propriété aux intérêts nationaux, c’est un complet bouleversement de la politique telle qu’elle est conçue aujourd’hui au niveau international. Il faut le dire, la protection du niveau de vie des Américains (ou des Français…) doit être remis en question. Un candidat écologiste à la présidence ne peut pas bercer les citoyens de fausses promesses, le monde de demain sera plus dur et nous devons nous y préparer. Entrer dans la voie de la sobriété heureuse, c’est remettre en cause tous les fondements de la société de consommation, la publicité et la mode, l’achat à bas prix et les soldes, les produits venant de l’autre bout du monde. Produire et se déplacer autrement, c’est aller à l’inverse de toutes les conceptions culturelles aujourd’hui. Oui, la fin prévisible de notre monde devrait être expliquée aux citoyens par Yannick Jadot.

Au niveau technologique, il est vrai que les imbéciles parlent des écolos comme d’un « retour à la bougie » ou à « l’âge de pierre ». Il ne s’agit pas d’opposer de façon simpliste technophobes et technophiles. Des auteurs ont présenté un dualisme, techniques acceptables d’un côté, pernicieuses de l’autre :  techniques démocratiques ou autoritaires pour Mumford (1962), outil convivial ou hétéronomes pour Ivan Illich (1973), techniques « enchâssées » et techniques « branchées » pour Teddy Goldsmith et Wolfgang Sax (2001), technologie cloisonnée contre technologie systémique avec Ted Kaczynski (2008). Un  tableau synthétique avait déjà été présenté dans un numéro spécial du Nouvel Observateur en juin-juillet 1972, « spécial écologieLa dernière chance de la Terre » :

Société à technologies dures Communautés à techniques douces
Grands apports d’énergie non renouvelable

Matériaux non recyclés

production industrielle

priorité à la ville

séparé de la nature

limites techniques imposées par l’argent…

Petits apports d’énergie renouvelable

matériaux recyclés

production artisanale

priorité au village

intégrée à la nature

limites techniques imposées par la nature…

La résilience, la capacité de résister à effondrement de la civilisation thermo-industrielle, passe nécessairement par la sobriété partagée et par les low tech, les techniques douces aux humains et à la nature. C’est le discours que j’attends du 8ème candidat de l’écologie à la présidentielle depuis 1974.

* LE MONDE du 6 janvier 2016, L’écologiste Yannick Jadot refuse d’être le « candidat de la fin du monde »

Dialogue sur l’alternative politique au catastrophisme

L’auteur du livre « L’écologie à l’épreuve du pouvoir » se propose de répondre à vos commentaires à propos du sommaire détaillé ci-dessous de son livre :

chapitre 1 : une présidentielle incontournable mais inconfortable

– la présidentielle, une élection devenue essentielle

– présidentielle et législatives, le duo infernal

– Président et Premier ministre, mariage et divorce

– pourquoi une candidature écolo à la présidentielle

– pourquoi une candidature écolo à la présidentielle 2017

chapitre 2 : des présidents en titre, des présidentiables écolos (1959-2017)

Charles de Gaulle, Georges Pompidou, Valéry Giscard d’Estaing (René Dumont), François Mitterrand 1981 (Brice Lalonde), François Mitterrand 1988 (Antoine Waechter), Jacques Chirac 1995 (Dominique Voynet), Jacques Chirac 2002 (Noël Mamère et Corinne Lepage), Nicolas Sarkozy 2007 (Dominique Voynet et José Bové), François Hollande (Eva Joly).

chapitre 3 : des partis balbutiants au niveau écologique

Extrême droite ; gauche communiste ; gauche socialiste ; droite ; centre ; extrême gauche ; l’écologie politique cristallisée sous forme de parti ; Comités de soutien et d’action.

chapitre 4 : Programmes écologistes, quelques éléments historiques (entre 1971 et 2016)

1971, Philippe Saint Marc, Nicholas Georgescu Roegen, le message de Menton… 1972 The Limits of Growth… 1974 la campagne de René Dumont… 1975 Joël de rosnay… 1976 Arne Naess… 1990 Elinor Ostrom… 1995 Rapport Europe Soutenable… 2001 Charte des Verts mondiaux (Canberra)… 2005 Charte de l’environnement… 2006 Pour un pacte écologique… 2007 Le Parti Pour La Décroissance (PPLD)… 2009 Prospérité sans croissance… 2010 Les huit R selon Serge Latouche… 2012 Le programme présidentiel idéal… 2015 Osons, plaidoyer d’un homme libre… 2016 pour une primaire des gauches et des écologistes.

chapitre 5 : organigramme d’un gouvernement écolo (page 133 à 212)

Un Président pour la France et la stabilité de la planète

Premier ministre en charge de l’écologie, question transversale

1. ministre de l’économie biophysique et des flux financiers

2. ministre de l’énergie durable en adéquation avec les besoins

3. ministre de l’équilibre entre population et alimentation

4. ministre du travail et du temps partagé

5. ministre de la protection civile des populations

6. ministre de la relocalisation et de la mobilité

7. ministre des techniques douces et appropriées

8. ministre de l’espérance de vie en bonne santé

9. ministre de la sobriété partagée et de la lutte contre les inégalités

10. ministre de la jeunesse et des générations futures

11. ministre de la nature et de la biodiversité

12. ministre de la subsidiarité entre territoires

chapitre 6 : perspectives pour le XXIe siècle, donner vie à l’utopie (page 213 à 270)

– un changement de paradigme : prépondérance du facteur Biosphère

– le concept d’égalité : abolition de la richesse économique

– le concept de liberté, un mécanisme d’aliénation à dépasser

– la solidarité : moins de biens, plus de liens

– la problématique malthusienne : l’action sur la population et l’alimentation

– le processus technologique : la limitation de l’innovation

– la nature des communications : valorisation des rapports de proximité

– les acteurs du changement : de la toute puissance étatique à l’autonomie individuelle

– la question éthique : les valeurs comme processus de hiérarchisation des choix

– le processus de décision : vers une démocratie élargie

chapitre 7 : Démocratie ou écofascisme, les tendances actuelles

La crainte d’un écofascisme pas si écolo que ça

Des raisons d’espérer : la formation d’un peuple écolo

La tendance actuelle, un bipartisme « écologie politique » versus « extrême droite »

BIBLIOTHEQUE : les grands livres de l’écologie politique (page 287 à 320)

Une présentation des auteurs est suivie d’un extrait du livre.

1516 (L’utopie de Thomas More) ; 1576 Discours de la servitude volontaire ou le Contr’un (Etienne de La BOETIE) ; 1798 Essai sur le principe de population (Robert Malthus) ; 1849 La désobéissance civile (Henry David Thoreau) ; 1899 Théorie de la classe de loisir (Thorstein Veblen) ; 1925-1929 Gandhi – Autobiographie ou mes expériences de vérité ;1940 Testament agricole, pour une agriculture naturelle (Sir Albert Howard) ; 1948 La planète au pillage (Fairfield Osborn) ; 1949 Almanach d’un comté des sables (Aldo Leopold) ; 1955 Tristes tropiques (Claude Lévi-Strauss)1956 Les transformations de l’homme (Lewis Mumford) ; 1957 The Breakdown of Nations (Leopold Kohr) ; 1960 La technique ou l’enjeu du siècle (Jacques  Ellul) ; 1962 Le Printemps silencieux (Rachel Carson) ; 1965 Avant que nature meure (Jean Dorst) ; 1965 Le Cours d’une Vie (Louis Lecoin) ; 1968 Arcadie, essai sur le mieux vivre (Bertrand de Jouvenel)1969 Le Jardin de Babylone (Bernard Charbonneau) ; 1971 La bombe P (Paul Ehrlich) ; 1971 The entropy law and the economic process  (Nicholas Georgescu-Roegen) ; 1972 La dernière chance de la terre (collectif) ; 1972 Les limites de la croissance ou rapport au Club de ROME (collectif) ; 1973 La convivialité (Ivan Illich) ; 1976 Ecologie, communauté et style de vie (Arne Naess) ; 1979 Que la crise s’aggrave (François Partant) ; 1979 Le principe responsabilité (Hans Jonas) ; 1979 Vivre sans pétrole (Jean Albert Grégoire)

LEXIQUE à l’usage des électeurs (page 321 à 366)

Acteur absent, élément-clé d’une démocratie écologique

Anthropocentrisme, pose le problème de la place des humains dans la nature

Assemblée du futur, en remplacement du sénat actuel

Associations, l’intermédiaire nécessaire entre l’individu et l’Etat

Biodiversité, un exemple de l’interdépendance des populations

Bipolarisation, écologie politique contre conservateurs

Calendrier (inversion du -), la présidentialisation du pouvoir

Candidat « naturel », l’art de conserver le pouvoir

Cohabitation, Président et Premier ministre en contradiction

Comités de soutien et d’action, préalable à un parti durable

Conférence de citoyens, une manière de personnifier la démocratie de masse

Conflit d’intérêts, le poids de l’économique sur le politique

Conseiller de l’Elysée, en route vers le libéralisme bancaire

Constitution, ne doit pas être modifiée en urgence

Contre-productivité institutionnelle, le risque d’inconvénients supérieurs aux avantages

Croissancisme, une illusion partagée par tous les Présidents jusqu’à présent

Décroissance, ce n’est pas une récession économique

Démocratie représentative, ne peut être rattachée à un territoire déterminé

Démocratie participative, une évolution institutionnelle positive

Droit de l’environnement, un foisonnement source d’inefficacité

Droite ou Gauche, un classement obsolète

Ecologie, un vaste ensemble à découvrir ensemble

Effet rebond, dont l’antidote est l’effet débond

Eléments de langage, opération de communication contre l’écologie

Equations de référence, IPAT et Kaya

Fiches de travail pour présidentiable écolo

Financement d’une présidentielle, on peut faire plus avec moins

Indicateurs d’avenir, face au simplisme du PIB (Produit intérieur brut)

Parrainage, une présélection pour la présidentielle

Parti, deux conceptions opposées

Planification, à l’heure des choix de la sobriété partagée

Politique monétaire, l’importance du taux d’intérêt

Primaire, une nouveauté dans le paysage politique français

Promesses électorales, des paroles en l’air

Référendum, la démocratie directe n’a pas toujours raison

Second tour de la présidentielle, l’art de devenir écolo… ou pas

Solidarité gouvernementale, une habitude anti-démocratique

Tirage au sort, le meilleur moyen d’assurer la démocratie

Transparence, la vertu première d’une démocratie

Triangulation, le petit jeu des politiciens politicards

ZAD, zone à défendre

source : « L’écologie à l’épreuve du pouvoir » de Michel Sourrouille

aux éditions Sang de la Terre, juillet 2016

Écologie, un vaste ensemble à découvrir ensemble

La politique repose sur des « éléments de langage » que les membres de la classe dirigeante s’efforcent de propager dans la presse et d’inculquer à l’opinion publique. Michel Sourrouille propose aux électeurs dans son livre* un lexique pour pouvoir mieux se situer face aux jeux du pouvoir et mieux comprendre les enjeux de la démocratie. Exemple, la multiplicité des domaines de l’écologie :

 » Un citoyen bien éduqué aux réalités matérielles et psychologiques de notre existence connaîtrait la plupart des expressions ci-dessous. Cela faciliterait la gouvernance d’un pays, les responsables politiques et les citoyens posséderaient en effet un langage commun.

Écologie scientifique : Anthropocène ; bioéconomie (économie biophysique, éconologie) ; catastrophe ; couche d’ozone ; analyse du cycle de vie (craddle to craddle) ; biodiversité ; boucles de rétroaction positives (effet de seuil) ; descente énergétique (déplétion pétrolière) ; désertification ; énergie grise ; entropie ; externalités négatives ; holisme ; méga-machine ; peak all ; pic pétrolier ; réchauffement climatique ; ressources halieutiques (épuisement) ; stress hydrique…

Écologie politique : Acteurs absents ; agriculture biologique/raisonnée/productiviste ; agriculture vivrière/d’exportation ; carbone (taxe/carte/marché) ; casseurs de pub ; classe globale (classes sociales) ; communautés de transition (résilience) ; conférence de citoyens ; contre-productivité (Illich) ; les (débond/rebond, démondialisation, démilitarisation, dépollution, dépopulation, désurbanisation, dévoiturage) ; décroissance (subie/voulue/différentielle) ; développement durable (oxymore) ; diversité (culturelle/alimentaire/politique) ; écototalitarisme ; écologie industrielle ; effondrement (de la civilisation) ; efficacité énergétique ; faucheurs volontaires ; Grands travaux inutiles ; greenwashing (écoblanchiment) ; lanceurs d’alerte ; (néo)luddites ; monopole absolu (Illich) ; obsolescence (programmée) ; peuple écolo ; sciences citoyennes ; soutenabilité/durabilité (faible/forte) ; techniques douces/dures…

Écologie comportementale (psycho-écologie) : Associations environnementales ; autolimitation ; culpabilité/responsabilité ; effet rebond/débond ; locavore ; incroyables comestibles ; interactions spéculaires ; mode (refus de la -) ; monnaie locales (complémentaires) ; les R (réévaluer, reconceptualiser, restructurer, redistribuer, relocaliser, réduire, réutiliser, recycler) ; SEL (système d’échange local) ; semaine sans écran (sans achat, sans télé,…) ; sens des limites ; simplicité volontaire ; sobriété (énergétique, globale) ; les SUR (surabondance, suractivité, surcommunication, surconsommation, surdéveloppement, suremballage, surendettement, suréquipement, surmédicalisation, surpâturage, surpêche, surproduction…) ; végétarien/végétalien/carnivore…

Écologie philosophique : Anthropisation ; anthropocentrisme ; biocentrisme ; écocentrisme ; écologie profonde/superficielle ; éthique de la Terre ; holisme/individualisme ; humanisme/anti-humanisme ; nature/culture…

Écologie réparatrice (superficielle) : Croissance verte ; écologie industrielle /productive ; géo-ingénierie ; capture du carbone ; fusion (nucléaire) ; enfouissement des déchets ; incinérateurs ; nanotechnologies ; OGM ; surgénérateurs ; technophile/phobe ; technoscience. »

L’écologie à l’épreuve du pouvoir » (Un avenir peint en vert pour la France ?)

(éditions Sang de la Terre, en librairie depuis juillet 2016, 370 pages pour 19 euros)

Une écologie de rupture contre la société croissanciste

L’idée-clé de l’écologie politique, c’est la conscience aiguë que nous avons déjà dépassé les limites de la biosphère. Il faudra donc faire des efforts dans tous les domaines. Il ne s’agit pas d’écologie punitive, mais de soutenir une écologie de rupture. A ceux qui lui demandaient comment sortir de la crise, l’écologiste Teddy Goldsmith répondait en souriant : « Faire l’exact contraire de ce que nous faisons aujourd’hui, et ce en tous les domaines. »

Voici un exemple de rupture avec la société croissanciste :

Ce que défend un parti politique traditionnel # Ce que pourrait proposer un parti écologiste
1 Analyse simplificatrice de la réalité # Approche systémique des interdépendances avec la biosphère
2 Crise conjoncturelle, politique de court terme # effondrement de la civilisation thermo-industrielle
3 Priorité à la croissance et risque de récession/dépression # Maîtrise de la décroissance
4 Acceptation des inégalités de revenus # Revenu maximum autorisé
5 Appropriation privée privilégiée # Gestion collective des biens communs
6 Ecologie non punitive, soutien des intérêts à court terme # Ecologie de l’état d’urgence, garante du long terme
7 Dualisme homme / nature # Biocentrisme et écocentrisme
8 Ecologie superficielle, réparatrice # Ecologie profonde, éliminant les causes des dysfonctionnements
9 Priorité à l’économie, censé résoudre tous les maux # ressources naturelles, base de l’économie et des avancées sociales
10 Mythification du PIB, option quantitative # Priorité au qualitatif, IBED (indicateur de bien-être véritable).
11 Ignorance des limites biophysiques # Sens des limites matérielles et éthiques
12 Civilisation minière, extractiviste # Utilisation uniquement de ressources renouvelables
13 Alignement à gauche ou à droite # Ecologie au delà des divisions politiques traditionnelles
14 Loi du marché et individualisme # Lois de la nature et apprentissage du collectif
15 Règne de la concurrence et de la compétition # Apprentissage de la coopération et du partage
16 Marchandisation des rapports sociaux, culte de l’avoir # Valorisation des relations, des liens, de l’être
17 Mondialisation des échanges et libre-échange # Démondialisation, relocalisation, monnaies locales
18 Politique macroéconomique de relance # Politique de sobriété énergétique et de partage
19 Politique de l’emploi global # Politique de l’emploi utile
20 Salarisation et emplois publics # Augmentation de la part des profession indépendantes
21 Soutien aux grandes entreprises # Valorisation des artisans, paysans et PME
22 Soutien à l’agro-industrie, la monoculture # Agriculture biologique, polyculture/élevage
23 Priorité à la technoscience # Mise en œuvres de techniques douces, appropriées
24 Politique d’infrastructures, de grands projets # Rapprochement des lieux de vie, de travail et de loisirs
25 Option tout voiture # Dévoiturage
26 Politique d’allongement des études # Apprentissage court du savoir être et du savoir faire
27 Priorité à la spécialisation dans une société complexe # Formation à la polyvalence dans un système productif simplifié
28 Accentuation de la division du travail # Raccourcissement du détour de production
29 Allongement des circuits de distribution # Priorité aux circuits courts, alimentaires, biens et services
30 Prime à l’intérêt national dans négociations internationales # Vers l’union des peuples, nous n’avons qu’une planète
31 Politique militariste # Apprentissage de l’action non violente
32 Maintien de la force de frappe # Désarmement nucléaire unilatéral
33 Politique militaire interventionniste sur les théâtres extérieurs # Neutralité militaire de la France vis-à-vis de l’étranger
34 Journée d’appel et de défense # Initiation à l’objection de conscience
35 Assistance du berceau à la tombe # Recherche des solidarités de proximité
36 Politique familiale nataliste (allocations familiales, quotient…) # Neutralité de l’Etat, éducation à la capacité de charge
37 Etatisation, centralisation # Soutien à la formation de communautés de résilience
38 Politique de l’offre d’énergie (nucléaire et renouvelable) # Incitation à la réduction des besoins en énergie exosomatiques
39 Marché carbone # Taxe carbone avec prévision carte carbone (rationnement)
40 Soutien de la consommation par la publicité # Suppression de la publicité, indicateurs qualité/prix
41 Effet de mode, obsolescence programmée# Produits de base, réparables, recyclables…
42 Politique du spectacle (foot, société de l’écran…) # Loisirs de proximité avec contact physique direct avec autrui
43 Rupture entre EELV et les citoyens # Exemplarité des militants EELV dans leur comportement
44 Coupure entre EELV et les associations environnementales # Double appartenance (parti et associatif) du militant EELV
45 Electoralisme, recherche de postes # Faire évoluer les idées, formation d’un peuple écolo
46 Syndicat des élus, évolution clanique # Tirage au sort entre candidats à un poste
47 Bureaucratisation # Aucun cumul des mandats
48 Démocratie représentative restreint e# Représentation des acteurs absents (générations futures, non humains)
49 Démocratie participative diluée # Organisation de conférence de consensus
50 Alliance avec un parti croissanciste # Alliance avec des mouvements anti-productivistes
51 Autonomie contractuelle avec un projet vague ou non respecté # Si alliance, liberté totale de parole et de vote des écolos
52 Participation au gouvernement # … uniquement si on obtient le ministère de l’écologie
53 Primaire fermée sur un parti pour les présidentielles # Primaire présidentielle ouverte à un candidat EELV
54 Scrutin majoritaire pour les législatives # Nombre de parlementaires proportionnel au résultat de la primaire

Il vous suffit maintenant de constater que les deux schémas partisans sont opposés point par point ! Pour faciliter ton travail de commentaire, utilise la numérotation pour préciser ce sur quoi tu veux exprimer…