Les Verts et la guerre, un reniement

La conversion des Verts au militarisme débridé pourrait surprendre. Entre défense de l’arme atomique, « économie de guerre et écologie de paix », leur discours n’est pas toujours lisible, mais la volonté de réarmer l’Europe est explicite. Le zèle des Verts pourrait surprendre, tant la force politique aime à revendiquer son « pacifisme ». Pourtant, à y regarder de plus près, cette conversion au militarisme le plus débridé apparaît comme la conclusion logique d’un long itinéraire de soutien aux « interventions extérieures » et d’intégration au régime guerrier de la Ve République. De la liquidation de l’héritage antimilitariste des années 1970 au soutien des guerres de François Hollande, retour sur quelques-uns des jalons qui ont mené les Verts à cette surenchère guerrière.

Vincent Rissier

En 2011, Eva Joly, alors candidate EELV pour les présidentielles, défend la suppression du défilé du 14 juillet, symbole de « cette France guerrière ». Les Verts affirment volontiers leur attachement au « pacifisme », ou à la « non-violence », comme un héritage lointain des grandes mobilisations écologistes des années 1970 et 1980.

A l’époque, le mouvement écologiste et le mouvement contre la guerre sont étroitement liés. C’est l’ère de la lutte contre l’extension du camp militaire du Larzac, rythmée par les slogans « le blé fait vivre, les armes font mourir », ou « contre l’armée, le nucléaire et les promoteurs !  ». La mention du nucléaire est loin d’être anecdotique. En effet, les combats contre l’arme atomique et le nucléaire civil battent également leur plein avec les mobilisations de Flamanville, de Plogoff. Le mouvement est puissant : les 100 000 personnes réunies en 1980 sur la Baie des Trépassés en Bretagne forcent Mitterrand à abandonner le projet de Plogoff ainsi que celui du Larzac.

C’est donc un héritage particulièrement subversif que doivent assumer les Verts. Un héritage toutefois encombrant : « en assumant la responsabilité d’être une instance de pouvoir, les partis écologistes hésitent à assumer les héritages de la pensée pacifiste. Lorsque l’écologie politique amorce son processus d’institutionnalisation, qu’elle devient un acteur politique – notamment dès 1984 –, elle ébauche une réflexion sur la question pacifiste. Pour s’intégrer au régime de la Ve République, taillé pour la guerre, il fallait arrondir les angles.

Dès les années 1990, les Verts offrent la démonstration de la flexibilité d’un « pacifisme d’opportunité ». S’ils refusent par exemple la guerre du Golfe en 1991, lors de leur participation au gouvernement Jospin ils défendent les bombardements du Kosovo en 1998 et l’intervention terrestre en Afghanistan en 2001.  Alors que l’OTAN invente à l’occasion de son intervention les termes de « frappe chirurgicale » et de « guerre humanitaire », les Verts ne sont pas en reste : Dominique Voynet et Daniel Cohn Bendit revendiquent les bombardements comme « nécessaire au nom de la souveraineté éthique  ».  Dorénavant, « pacifisme d’opportunité » oblige, les opérations militaires françaises sont l’occasion pour les Verts d’exhiber leur mine la plus accablée, de rappeler leur attachement au « pacifisme » tout en signant des deux mains leur soutien aux massacres.

Ce mouvement de conversion au militarisme est accéléré par le 11 septembre 2001 et l’appel de Bush à une « Guerre globale contre le terrorisme ». EELV soutient ainsi explicitement la guerre en Libye de Sarkozy : « c’est le droit international qui en sort renforcé », peut-on entendre à l’époque sur les bancs écologistes à l’Assemblée. Les Verts soutiennent la guerre en Irak, et les guerres africaines de Hollande, se permettant même d’ironiser sur leur conversion à l’activisme militaire : « cette fois, on n’est pas dans le manichéisme d’une attaque impérialiste de la Françafrique ! », se vantait le secrétaire national d’EELV Pascal Durand à propos de l’accord donné au groupe à l’intervention au Mali.

A l’instar des Verts allemands, fers de lance du militarisme outre-Rhin, EELV poursuit la radicalisation de sa position à la faveur de la guerre en Ukraine. Dès l’invasion de Poutine, les Verts se sont positionnés dans le camp de la surenchère militariste en revendiquant non seulement l’envoi d’armes à l’Ukraine, mais également la nécessité de réarmer l’Europe. « Le pacifiste que je suis répugne à l’écrire, mais il convient de se préparer à d’autres offensives et donc à pouvoir nous en défendre. L’ère dans laquelle nous entrons est pleine de périls et nous ne pouvons pas espérer nous y préparer à la manière de l’autruche », écrivait en février 2022 l’ex-secrétaire national d’EELV, David Cormand.

Dans le Livre Vert de la Défense, publié en 2013, EELV y fait son mea-culpa : « il est juste de dire aussi, que nous, écologistes, n’avons pas su faire le pas vers l’institution militaire », avant de proposer à l’armée un cheminement commun sur la voie du développement durable : «  comment pouvons-nous imaginer une transition énergétique et écologique sans l’institution militaire ?  ». On y apprend les implications du changement climatique et de la course aux ressources stratégiques pour les armées, le rôle que devrait prendre l’armée dans la protection de la biodiversité, surtout dans les colonies françaises. Les Verts poursuivent leur transformation avec une commission ad-hoc inaugurée en 2024, qui a «  la responsabilité de démontrer que les forces armées françaises peuvent être employées en accord avec les principes de l’écologie politique  », et « la responsabilité de faire de la défense française un modèle de Transition vers les énergies renouvelable, d’adoption de pratiques durables et de protection des écosystèmes sensibles, tant dans son action que dans sa réflexion post-conflit ».

L’interrogation « comment pouvons-nous imaginer une transition énergétique et écologique sans l’institution militaire ? » est significative du retournement de sens opéré par les écologistes. Les armées polluent autant que le secteur de l’aérien et du fret maritime cumulés et sèment dévastation environnementales et souffrances partout où elles passent : « l’extermination des ennemis et la destruction de l’environnement physique sont des objectifs étroitement liés dans la conduite des guerres [1] », comme le relève l’économiste Claude Serfati. Quant à l’utopie de la « décarbonation » des armées, «  il n’est pas question pour les états-majors que les demandes faites aux armées de réduire leur empreinte environnementale réduise leurs capacités stratégiques  [2] ». A titre indicatif, « 80% du pétrole consommé par l’Etat américain l’est par les forces armées [3] », comme le relève le sociologue Razmig Keucheyan. Comment imaginer une sortie de la crise écologique sans mettre à bas l’armée est la seule manière rationnelle de poser la question.

Les discours délirants prononcés actuellement par les Écologistes pour défendre conjointement le réarmement de l’Europe, l’arme atomique et la décarbonation de l’économie, sont le débouché logique d’une écologie qui s’est fondue dans le capitalisme et affiche comme seul objectif de le verdir en se pliant à ses règles. Au passage, elle s’est pleinement intégrée à une Ve République taillée pour la guerre, au sein de laquelle cette écologie a prouvé, par son soutien à d’innombrables boucheries, qu’elle était prête à assurer les intérêts de l’impérialisme français.

Construire une riposte écologiste contre la marche à la guerre nécessite de rompre frontalement avec cette écologie de la défaite. Et de renouer avec l’héritage subversif qu’elle cherche sans cesse à enterrer en le vidant de sa substance, celui de l’antimilitarisme écolo des années 1970.

[1] Claude Serfati, Un monde en guerres, Paris Textuel, 2024, p. 98.

[2] Ibid., p. 101

[3] Razmig Keucheyan, La nature est un champ de bataille, La découverte, 2018 (2014)

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Les écolos, pour ou contre la guerre ?

Voici un échange entre militants écolos qui mérite d’être connu.

Jean-Paul : Le milliardaire tchèque Michal Strnad est devenu l’entrepreneur de défense le plus riche du monde après que l’introduction en bourse très réussie de son entreprise CSG a fait grimper les actions d’environ 30 %, portant sa fortune à environ 37 milliards d’euros. Environ 68 % du chiffre d’affaires provient maintenant des pays de l’OTAN, l’Ukraine représentant environ 42 % des ventes en 2024.

Françoise : Il est plus que probable que l’industrie militaire ne se contentera pas d’alimenter la résistance ukrainienne. La dynamique d’une surproduction militaire au niveau européen comme mondial est lancée, au moment où l’ONU est ébranlée par les coups de boutoir trumpiens. En outre, parler de réussite (financière) a quelque chose d’indécent quand le but est la mort. Savez-vous que tout ce qui a trait au militaire n’est pas pris en compte pour les émissions de GES (ni pour la biodiversité)?

Michel Sourrouille : Jean-Paul, si tu veux la paix prépare la guerre… et tu auras la guerre ! Si tu veux la paix prépare la paix…c’est pas facile, mais c’est la seule voie…

Jean-Michel : Bon, ça va, les pacifistes à trois balles ! Vous voulez désarmer l’Ukraine ? Dites-le franchement. Et si ce n’est pas votre volonté, dites-nous comment on peut résister à l’agression russe sans matériel militaire (non-violence active, je sais)

Michel Sourrouille : Jean-Michel, l’analyse d’un événement internationalisé est toujours complexe. Il faut en particulier distinguer le passé, le présent et le futur.

– L’Ukraine occupée sans résistance armée aurait évité un grand nombre de morts et de destructions, sans oublier la menace nucléaire qui a été agité. C’est ça l’idéal pacifiste.

– L’Ukraine envahie pose le problème du soutien extérieur contre un Poutine impérialiste. Les USA (et les Européens) aurait donné dès le départ de la guerre tout l’armement nécessaire aux Ukrainiens et l’armée russe aurait été défaite… C’est le pragmatisme d’une action quand on ne peut pas faire autrement. J’ajoute cependant l’usage possible de l’arme nucléaire décidée par un Poutine acculé dans ses retranchements ; un type qui décide tout seul de ce qu’il veut peut décider n’importe quoi. Le dogme de la « dissuasion » nucléaire est une illusion.

– Quant à la non-violence active dont parle Jean-Michel à juste titre, il s’agit d’un changement d’imaginaire contre un complexe militaro-industriel qui fait la loi actuellement. C’est donc une tâche de longue haleine, mais si on ne prépare pas les citoyens aux capacités de résistance à l’injustice, nous sommes voués à faire des guerres indéfiniment. Nous avons la chance depuis 1949 d’avoir une internationalisation institutionnelle qui préfigure la paix mondiale. L’ONU a été conçu comme un instrument dont l’objectif explicite est d’éviter les guerres entre États. Si j’étais président de la république française, je mettrai toutes nos forces armées sous l’égide de l’ONU… plus personne n’oserait attaquer la France, ni Trump envahir le Groenland.

Au niveau individuel, si tout le monde était objecteur de conscience comme moi, il n’y aurait plus d’armées, il n’y aurait plus de guerre. Mais je prends toujours soin de montrer à la fois l’idéal et le pragmatisme, les situations sont toujours complexes et l’action différenciée selon le moment. Je suis objecteur de conscience, statut de 1971, insoumis à l’incorporation à l’ONF imposé par l’État et je me suis engagé dans l’armée à 32 ans (1er RIMA) pour conserver mon poste de prof de sciences économiques et sociales et me permettre toute ma carrière de débattre avec les élèves de la complexité des relations entre économie, socio-politique, technologie, démographie et écologie…

Alain : Et donc pour « préparer la paix » en Ukraine, on fait quoi ? On désarme l’Ukraine ? Je ne savais pas que Les Écologistes avaient une tendance trumpiste. Vous avez un texte d’orientation ? 

Michel Sourrouille : Il existe un texte d’orientation que vous connaissez peut-être, la Charte des Verts mondiaux adoptée à Canberra en 2001 dont voici quelques extraits :

« Nous déclarons notre engagement en faveur la non-violence et nous nous efforçons de créer une culture de paix et de coopération entre les États, au sein des sociétés et entre les individus pour en faire le fondement de la sécurité mondiale. Nous pensons que la sécurité ne doit pas reposer principalement sur la force militaire mais sur la coopération, sur un développement économique et social sain, sur la sécurité environnementale et le respect des droits de l’Homme.

Conditions :

    • Une conception globale de sécurité mondiale qui donne la priorité aux aspects sociaux, économiques, écologiques, psychologiques et culturels d’un conflit, au lieu d’une conception fondée prioritairement sur les rapports de forces militaires ;
    • Un système mondial de la sécurité susceptible de prévenir, de gérer et de résoudre les conflits ;
    • L’élimination des causes de la guerre grâce à la compréhension et au respect des autres cultures, à l’éradication du racisme, à l’encouragement de la liberté et de la démocratie et à l’élimination de la pauvreté dans le monde ;
    • Un désarmement général et complet, notamment par des accords internationaux, afin de garantir une interdiction complète et définitive des armes nucléaires, biologiques et chimiques, des mines anti-personnel et des armes à l’uranium appauvri ;
    • Le renforcement de l’ONU en tant qu’organisation mondiale en charge de la gestion des conflits et du maintien de la paix ;
    • L’établissement d’un code de conduite rigoureux concernant les exportations d’armes à des pays où les droits de l’Homme sont bafoués. »….

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50 ans après Ehrlich et « La Bombe P »

Faut-il (re)lire Malthus et les malthusiens ?

Les programmes de l’enseignement secondaire invitent régulièrement à aborder la question de la population mondiale et de l’éventuelle surpopulation planétaire. Au XXe siècle, les inquiétudes démographiques concernaient surtout la capacité à nourrir et à assurer les conditions d’existence d’une humanité en très forte croissante (1,6 milliards en 1900, 6 milliards en 2000). Aux inquiétudes concernant le développement se sont ajoutées les inquiétudes environnementales : subvenir aux besoins d’une humanité croissante impliquerait, dans beaucoup d’espaces, de poursuivre la pression sur les milieux déjà soumis à des atteintes anthropiques. Cela, d’autant plus que l’accroissement démographique s’accompagne d’une augmentation de la part des urbains.

Les adjectifs de « malthusiens » et « néo-malthusiens » ont été utilisés pour critiquer les prises de position les plus pessimistes, notamment l’une des plus emblématiques d’entre elles, celle des biologistes Paul et Anne Ehrlich (La Bombe P, sept milliards d’hommes en l’an 2000, 1968).

Jusqu’à récemment, l’une des réponses scientifiques à ces raisonnements passait par des solutions technicistes selon lesquelles l’ingénierie humaine pourrait réparer les « conséquences fâcheuses » des dégradations environnementales. On ne lit pas les projections démographiques aujourd’hui de la même manière que dans les années 1970. Alors que d’un côté se pose toujours la question du développement et de l’accès au bien-être de toute l’humanité, de l’autre se pose aussi celle de la finitude des ressources et des atteintes environnementales.

Dans ce contexte, plusieurs publications récentes invitent à relire Thomas Malthus, ou en tout cas à reconsidérer les thèses de cet économiste britannique. Pour Yves Charbit, Malthus fonctionne comme un « épouvantail » représentant tous ceux qui estiment que la population mondiale augmente trop vite. Il estime que cela a fait oublier les capacités de Malthus à proposer des modèles économiques pertinents pour comprendre son époque. Il rappelle que ses idées, tombées dans l’oubli lorsque l’amélioration des conditions de vie a entraîné la baisse de la natalité au XIXe siècle, ont été réactivées avec les inquiétudes démographiques du second XXe siècle. En fait, la pensée de Malthus est plus complexe que ce qu’on en dit habituellement, notamment parce qu’il avait proposé plusieurs scénarios, dont un qui prévoyait la croissance du secteur agricole, en contradiction avec l’idée d’un plafond des subsistances habituellement attachée à son nom.

Dans un article de 2009, Paul et Anne Ehrlich reviennent sur leur ouvrage qui s’est vendu à plus de deux millions d’exemplaires, La Bombe P. Ils tiennent à justifier la position qu’ils avaient adopté dans leur ouvrage écrit il y a cinquante ans. Pour eux, non seulement ils avaient vu juste, mais encore étaient-ils trop optimistes. Parmi les conséquences de l’augmentation démographique, ils avaient sous-estimé certaines des dégradations environnementales à venir, notamment climatiques et écosystémiques, que l’état des connaissances scientifiques de 1968 ne permettait pas encore de prévoir. Ce type de positions est assez proche de celles du « 2e appel des 15 000 scientifiques » de 2017, dont l’une des préconisations était d’« estimer une taille de population humaine scientifiquement défendable et soutenable à long terme. »

Pour compléter

15 000 scientifiques alertent sur l’état de l’environnement mondial

Le texte commence ainsi : « Il y a vingt-cinq ans, l’Union of Concerned Scientists et plus de 1 700 scientifiques indépendants, comprenant la majorité des lauréats vivants des prix Nobel de sciences, signaient « l’avertissement à l’humanité des scientifiques du monde » de 1992. […] Ces professionnels préoccupés appelaient l’humanité à mettre un frein à la destruction environnementale et avertissaient qu’un « grand changement dans notre gestion de la terre et de la vie était nécessaire, afin d’éviter de plonger l’humanité dans une vaste misère ». »

L’appel donne également des exemples des choix que l’humanité peut faire pour une transition vers la durabilité (en précisant qu’elles ne sont pas classées par ordre d’importance ou d’urgence) :

 Estimer une taille de population humaine scientifiquement défendable et soutenable à long terme,  en rassemblant les nations et leurs dirigeants autour de cet objectif vital ;

– Poursuivre la réduction des taux de fécondité en assurant aux femmes et aux hommes l’accès à l’éducation et aux services de planning familial volontaire, notamment là où ils font encore défaut ;

– Accentuer l’éducation des enfants à la nature et à l’environnement extérieur, ainsi que l’engagement global de la société dans l’attention portée à la nature ;

– Accentuer l’éducation des enfants à la nature et à l’environnement extérieur, ainsi que l’engagement global de la société dans l’attention portée à la nature ;

    • – Réduire le gaspillage alimentaire grâce à une meilleure éducation et une meilleure infrastructure ;– Promouvoir une transition alimentaire vers des alimentations principalement végétales ;

      – Réorienter les investissements monétaires et réduire la consommation pour entraîner un changement environnemental positif ;

      – S’assurer que les prix, la fiscalité et les systèmes d’incitation prennent en compte les coûts réels que nos modèles de consommation imposent à notre environnement ;

– Adopter massivement les sources d’énergie renouvelable tout en interrompant les subventions à la production d’énergie issue de sources fossiles ;

    • – Maintenir les services écosystémiques en arrêtant la destruction de forêts, prairies et autres habitats naturels ;

– Repeupler les écosystèmes avec des espèces indigènes de faune sauvage, en particulier les prédateurs de fin de chaîne alimentaire, pour restaurer les processus et les dynamiques écologiques ;

– Créer des réserves bien financées et bien gérées d’une proportion significative des habitats terrestres, marins, d’eau douce, et aériens ;

– Élaborer et adopter des instruments politiques adéquats pour remédier à la défaunation, à la crise du braconnage et à l’exploitation et au trafic des espèces menacées.

 

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Paul Ehrlich, le digne successeur de Malthus

Paul R. Ehrlich, né en 1932, est mort le 13 mars 2026. Il était pluridisciplinaire, écologue et écologiste, lépidoptériste, biologiste de l’évolution, démographe… et malthusien. Son dernier article, paru en 2023, était intitulé : « La mutilation de l’arbre de la vie par l’extinction massive de genres animaux. »

Enfant, il était passionné par les papillons et on désir d’étudier ces animaux était né de la crainte qu’ils ne disparaissent – ce qu’ils commençaient à faire dans son quartier, sous l’effet du défrichage, des pesticides et de l’urbanisation. Cela a produit chez lui une profonde tristesse et une volonté d’inverser la destruction en cours du monde vivant, avant qu’il ne soit trop tard.

C’est surtout grâce à un livre publié en 1968, The Population Bomb, qu’il accède à la notoriété. Vendu à plus de 2 millions d’exemplaires dans le monde, il sera l’un des premiers textes à alerter sur les périls environnementaux engendrés par la recherche insatiable de la croissance démographique – quatre ans avant la publication du célèbre rapport du Club de Rome sur les limites à la croissance. Il sera traduit en français sous le titre La Bombe P (Fayard, 1972).

Voici le diagnostic de Paul Ehrlich

« Lorsque des cellules vivantes prolifèrent sans contrôle, il y a cancer ; l’explosion démographique c’est la multiplication sans contrôle des êtres humains. Si nous ne soignons que les symptômes du cancer, le malade peut en être soulagé quelques temps : mais tôt ou tard il mourra, souvent après d’atroces souffrances. Tel sera le destin d’un monde atteint d’explosion démographique si les symptômes seuls sont traités. Nous devons reconvertir nos efforts et tenter l’ablation du cancer. Cette opération demandera de nombreuses décisions qui sembleront brutales et sans pitié. La douleur pourra être intense. Mais la maladie a fait de tels progrès que seule la chirurgie la plus énergique pourra désormais  sauver le malade… »

Ses contradicteurs soulignaient que certaines de ses prévisions, parmi les plus inquiétantes, ne se sont jamais produites. Ehrlich répond :

 « Ce qui est souvent décrit comme des prévisions “fausses” n’était que des scénarios, clairement présentés comme des histoires qui devaient aider à penser le futur et dont certaines ne se réaliseraient pas, expliquait Paul Ehrlich au Monde en 2013. Mais la principale erreur du livre a été de sous-estimer la vitesse à laquelle la révolution verte [modernisation des techniques agricoles] s’est propagée dans les pays pauvres. Cela a sauvé beaucoup de vies, mais nous a aussi mis sur les rails où nous sommes désormais, vers de plus vastes famines. »

En 2013, pour son élection à la Royal Society de Londres, il avait publié dans la revue de la société savante, avec son épouse et coautrice de toujours, Anne Ehrlich, un long texte intitulé « Un effondrement de la civilisation mondiale peut-il être évité ? » Réponse dont il ne s’est jamais départi : oui, mais avec une probabilité de seulement 10 %.

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Tout savoir sur Paul Ehrlich, « la bombe P »

extraits : Les méchants anti-malthusiens ont l’habitude de dénigrer des personnes et des livres sans les avoir lu car il est bien plus facile d’attaquer le messager plutôt que d’essayer de comprendre le message. Ainsi Paul Ehrlich dont le livre de 1971, « la bombe P » (P pour population), relance médiatiquement le message malthusien et qui aujourd’hui est attaqué, y compris par Greenpeace….

L’animal dominant, évolution démographique et environnement de Paul et Anne Ehrlich (2008)

extraits : Quarante ans après la publication de son livre The population Bomb, le scientifique Paul Ehrlich persiste et signe : la surpopulation – associée aujourd’hui à la surconsommation – est au centre de la crise environnementale à laquelle la planète est confrontée. A en croire les médias ainsi que les déclarations de nos hommes politiques, les problèmes environnementaux, tels qu’ils sont reconnus aujourd’hui, peuvent être résolus par des changements mineurs en matière de technologie et de recyclage (T). Des véhicules ultralégers et économes en carburant présenteront de toute évidence des avantages à court terme, mais au fur et à mesure que la population et la consommation augmenteront, ils rejetteront toujours plus de dioxyde de carbone (et de caoutchouc vaporisé) dans l’atmosphère. Aucune avancée technologique ne permettra que la population ou l’abondance matérielle continuent à augmenter. Et face à cet état de fait, il est pour le moins étonnant de traiter par le mépris les deux problèmes, pourtant si liés, de la population et de la consommation….

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débat Commoner/Ehrlich, le débat démographique

Ehrlich, Borlaug, démographie et semences

Paul Ehrlich, les mensonges de Greenpeace

à lire aussi, Stéphane Foucart

https://www.lemonde.fr/disparitions/article/2026/03/18/paul-r-ehrlich-biologiste-et-auteur-d-un-celebre-livre-sur-la-demographie-la-bombe-p-est-mort_6672048_3382.html

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La bombe Ehrlich vient d’exploser

Ecologue et écologiste, lépidoptériste, biologiste de l’évolution, démographe à ses heures et surtout intarissable pessimiste, Paul R. Ehrlich est mort à Palo Alto (Californie), le 13 mars 2026.

C’est grâce à un livre publié en 1968, The Population Bomb, qu’il accède à la notoriété. Vendu à plus de 2 millions d’exemplaires dans le monde, il sera l’un des premiers textes à alerter sur les périls environnementaux engendrés par la recherche insatiable de la croissance démographique– quatre ans avant la publication du célèbre rapport du Club de Rome sur les limites à la croissance. Il sera traduit en français sous le titre La Bombe P (Fayard, 1972).

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Macron veut laisser une trace dans l’histoire

Le président Macron veut laisser une trace dans l’histoire. Ce ne sera pas le centre Pompidou ou la bibliothèque François-Mitterrand. Ce sera des gadgets coûteux, temporaires et inutiles à l’heure de la mondialisation et des instances internationales : un sous-marin nucléaire, un nouveau porte-avion nucléaire, un réarmement militaire généralisé… Il nous faudrait changer d’imaginaire social et Macron perpétue nos erreurs passées, la militarisation des esprits.

Le « France libre » : Emmanuel Macron a dévoilé le nom du futur porte-avions français

Ce prochain porte-avions aura 310 mètres de long, il déplacera 80 000 tonnes et disposera de deux réacteurs nucléaires. Seuls deux pays au monde disposent de porte-avions nucléaires, les Etats-Unis (11 bâtiments) et la France. Il représentera un tonnage 1,8 fois supérieur à celui du Charles-de-Gaulle. Avec trois rails de catapulte, au lieu de deux actuellement, il maximisera la capacité d’envol des 40 aéronefs embarqués. Il représentera un « investissement majeur » de près de 10 milliards d’euros. La question d’un deuxième porte-avions continue aussi de se poser, alors qu’un seul bâtiment n’est disponible que 65 % du temps.

« Ce nom scelle pour l’avenir un serment : pour rester libres, il nous faut être craints ; pour être craints, il nous faut être puissants et pour être puissants, être prêts ⁠aux efforts », a souligné M. Macron.

Le point de vue des écologistes pacifistes

La France a-t-elle besoin d’un autre sous-marin nucléaire : NON ! La France a-t-elle besoin d’un nouveau porte-avion : NON. Pacifisme béat et bêlant me dira-t-on !

Nul besoin de toujours plus d’armes de plus en plus sophistiquées si la France confie ses forces armées ordinaires à l’ONU, la seule organisation avec ses casques bleus à vouloir la paix dans le monde et des moyens d’action pour imposer ses forces d’interposition…

Une nation qui pratique la course aux armements ne veut pas la paix, mais la guerre, ne veut pas la liberté, mais d’inutiles dépenses au détriment de tout le reste…

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Macron veut un porte-avion pour son Noël (décembre 2025)

extraits : Dans le projet de loi de finances (PLF) 2026, la défense passait alors de 50,5 milliards d’euros de dépenses hors pensions en 2025 à 57,2 milliards en 2026, soit une hausse de plus de 13 %. Cela ne suffisait pas à Macron. Le 21 décembre 2025, ce président qui ne servait plus à rien a donné le coup d’envoi de la construction du futur porte-avions français destiné à remplacer le Charles-de-Gaulle et qui doit entrer en service en 2038….

Un projet français pour la paix mondiale

extraits : Mieux vaudrait mettre l’armée française sous les couleurs de l’ONU. L’Organisation des Nations Unies (ONU) a été instaurée en 1945 dans le but de préserver la paix et la sécurité internationales. Cet objectif est intégré dans la Charte des Nations Unies : « Nous, Peuples des Nations Unies, résolus à préserver les générations futures du fléau de la guerre qui deux fois en l’espace d’une vie humaine a infligé à l’humanité d’indicibles souffrances. »

Cette Charte stipule que les États doivent résoudre leurs différends de manière pacifique et s’abstenir d’utiliser la force. Les Casques bleus sont constitués principalement de militaires prêtés par des pays membres de l’ONU. La France, en confiant ses forces armées à l’ONU pour le maintien de la paix, ferait basculer nos forces armées d’une préparation dédiée à la guerre vers une simple force d’interposition. Qui attaquerait la France alors qu’elle se positionne dans l’orbite des Nations unies ?….

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l’origine de l’écologie politique, 1970

Voici la naissance de l’écologie politique grâce aux éléments tirés du livre de Pascale Audinenau sur « L’aventure du journal Écologie Infos » (1972-1992) titré « On ne dira pas que nous n’avons rien fait ».

L’écologie politique naît dans la période 1968-1974. Plusieurs combats commencent, comme le Comité contre la pollution de La Hague avec Didier Anger. Jean-Luc Burgunder dont il sera question tout au cours de ce livre, édite le 9 novembre 1970 « Pollution Non », puis Écologie Hebdo et Écologie Infos qui disparaîtra en 1992 après 600 publications sous ses différentes formes. Il a donc été le témoin de l’histoire des Verts, il écrivait en 1981 :

« Une décennie pour ce jeune mouvement qui pose la question de la croissance industrielle, celle des relations de l’homme avec son milieu, de l’homme envers l’homme, de la quantité et de la qualité, et interpelle un monde ayant atteint ses limites, et par conséquent sa viabilité… »

Considéré comme l’un des grands précurseurs de la contestation écologique, Pierre Fournier collaborateur de Hara Kiri, répondait ainsi aux lecteurs de son mensuel (n° 73 du 22 juin 1970) :

« Ceux qui me reprochent de me polariser sur les problèmes d’ environnement sont mal informés : si nous ne les solutionnons pas et très très vite, nous crèverons, Je ne peux pas piffer ce mot d’environnement, il pue l’anthropocentrisme alors que, justement la prise de conscience qui l’a mis à la mode annonce la fin d’un anthropocentrisme dépassé. C’est parce qu’elle provoque un bouleversement fondamental des attitudes philosophiques qui fondent le monde moderne que cette prise de conscience été ajournée jusqu’à l’ultime échéance. Le réel, que nous avions cru ployer, se redresse et nous gifle la gueule. Va falloir compter avec « la nature » autour de nous, en nous. »

Pierre invente l’expression « révolution écologique » en 1971. Il crée en novembre 1972 « La Gueule ouverte », mais il est foudroyé par un accident cardiaque le 15 février 1973, à 35 ans.

La candidature de René Dumont à la présidentielle 1974

Avant même que la maladie du président Pompidou ne soit connue, l’idée de présenter un candidat écolo à la présidentielle se profile lors du congrès de Nature et Progrès de novembre 1972. Le 9 avril 1973, le choix s’est porté sur l’agronome René Dumont, alors âgé de 70 ans. Grâce à une mobilisation sur tout le territoire, René est en mesure de déposer 180 signatures au Conseil constitutionnel. Le 19 avril 1974, René Dumont donne sa vision de l’écologie :

« L’écologie, c’est en somme tout ce qui regarde la vie du système végétal, du système animal, la vie dans tous ses aspects, y compris la vie microbienne, et actuellement c’est cette totalité de vie qui est menacée par l’ensemble des destructions, L’homme est arrivé sur la Terre un peu comme un accident et il s’est dit : C’est moi le patron ! Le patron évidemment, mais de là à tout détruire… Il est en train de scier la branche sur laquelle il est assis… »

Le journaliste Jean-François Kahn déclare qu’une candidature écologique est politiquement idiote ! Pour René Dumont, les problèmes soulevés par l’écologie sont bien politiques : « J’avancerai que, si les écologistes ne sont pas au pouvoir cette fois-ci, ils peuvent l’être un jour – les écologistes sont une force politique montante… ». A la question « Pourquoi cette candidature ? », je réponds :

« Les citoyens n’ont jamais droit à la parole, cette campagne électorale vous la donne : le jeu politique traditionnel, les structures bureaucratiques cachent les vrais questions qui se posent à nous tous. Le 11 mai 1971, 2200 scientifiques de 23 pays se sont adressés dans le message de Menton à tous les hommes pour les mettre en garde contre le danger sans précédent que fait courir à l’humanité la civilisation industrielle. Aucun de nos dirigeants n’a entendu cet appel. La politique n’appartient pas aux spécialistes de la politique, la politique vous appartient. »

Mais le mouvement écologique n’a pas encore trouvé son unité comme le reconnaissait René Dumont le 19 avril 1974 :

« Il est très divisé, comprenant des gens dont les options politiques dont différentes. Il va de la personne qui défend l’arbre ou le parc devant chez elle, sans plus de revendications, à celle qui pose le problème du changement total de notre style de vie, de notre société de consommation, de notre optique de civilisation technicienne abusive… Pour ma part, je souhaiterai qu’à l’issue de cette compagne présidentielle j’ai été une sorte de catalyseur de l’ensemble des forces écologiques désirant créer un mouvement écologique… »

La difficile émergence d’un parti écolo

Le comité de campagne de René Dumont lance un appel le 14 mai 1974 pour des assises à Montargis le 15 et 16 juin. C’est bien de la création d’un parti politique qu’il s’agit. Une hypothèse loin d’être accepté par tous les militants dont beaucoup revendiquent leur liberté. Pour d’autres, la question du positionnement politique est centrale, l’écologie, de droite ou de gauche ? Jean-Luc Burgunder se souvient : « Cabu, il était d’abord de gauche, puis écolo ; alors que moi, je suis d’abord écolo, puis de gauche… »

L’unité ne se fera pas à Montargis, trop de divergences sur la forme, sur la manière de faire, sur le but.

En ce printemps 1981, une nouvelle ère semble s’ouvrir avec l’arrivée au pouvoir de François Mitterrand. C’est le contraire qui s’est produit.

La 36e proposition du programme du candidat socialiste, celle d’un referendum sur le nucléaire et le développement des énergies renouvelables, ne sera jamais appliqué. Le 7 octobre 1981, le premier ministre Pierre Mauroy réaffirme l’importance du nucléaire dans la politique d’indépendance énergétique de la France et annonce la construction de 6 nouvelles centrales. On censure à la radio-télévision, en particulier à propos du « pacifisme ». Droite ou gauche, peu importe. C’est le même nucléaire, c’est-à-dire une énergie centralisée, un même type de société, les mêmes TGV, les mêmes autoroutes, la même agriculture, la même croissance, la même exploitation du capital naturel, enfin le même mépris pour l’écologie, Celle-ci ne serait-elle pas, d’après Mitterrand, « un prurit qui démange les jeunes gens et passe avec l’âge ».

René Dumont adresse une lettre ouverte contre la tentative de récupération qui appelait au rassemblement des forces de gauche en 1986 autour du président Mitterrand : « Qui cherche d’abord le pouvoir n’est pas apte à bien comprendre les grands problèmes de notre temps, c’est bien dommageable ».

Mais le mouvement écologiste est éclaté, il y a le Mouvement écologique créé en 1980, la Confédération écologique de 1981… La perspective des élections européennes du 17 juin 1984 impose de partir groupés. Rendez-vous est donné pour les 28 et 29 janvier 1984 à Clichy-la-Garenne,,

Seulement 143 personnes se sont déplacées, 63 pour les Verts-Parti écologiste et 80 pour les Verts-Confédération ; on dénombre au total 542 mandats. La liste « Les Verts-Europe écologie » conduite par Didier Anger n’obtient que 3,36 % des voix aux Européennes. Brice Lalonde avec les radicaux de gauche et l’Union centriste radicale obtient 3,32 % des voix. Aucune des deux listes ne passe la barre des 5 %, une contre-performance qui financièrement aura un coût.

Jean-Luc Burgunder aime à répéter avec ironie que « l’ennemi de l’écolo, c’est l’écolo lui-même ».

Après avoir dénoncé les errements et les conséquences d’un politique politicienne malade, l’écologie s’enferme à son tour dans un conformisme ennuyeux, à la remorque de l’évènement et sans ambition. En rupture avec ses racines, tournées vers elle-même, privilégiant l’électoralisme, sur quelle cohérence l’écologie politique s’appuie-t-elle ?

Sylvain Garel en 2023 : « Aujourd’hui, nous ne serons sans doute pas encore capables d’inverser le changement climatique, mais je reste persuadé que les écolos prendront le pouvoir dans les pays développés. Ce qu’on disait il y a cinquante ans se confirme, et nous sommes le seul idéal né de 1968 qui tienne encore la route. Tout le reste s’est cassé la figure. »

épilogue

Comment et de quoi ont vécu Jean-Luc et Sylvie Burgunder au cours de toutes ces années entièrement consacrées à la bataille pour la préservation de l’environnement et la diffusion des idées écolos ? « Mal », lance sans détour Jean-Luc : « On n’a jamais bien vécu du journal. » En cet automne 2022, les comptes sont vite faits, Sylvie touche une retraite d’environ 230 euros mensuels… Mais en 2024, le militantisme est toujours là. Jean-Luc se déclare viscéralement opposé à tout dogmatisme, la révolte n’est pas prêt de le lâcher.

On ne dira donc pas qu’ils n’auront rien fait, Jean-Luc et Sylvie ont soutenu l’information écolo depuis 1970, dès les prémices de l’écologie politique. Merci à ce couple.

l’origine de l’écologie politique, 1970 Lire la suite »

Défense civile ou défense militaire ?

Nous avons reçu cette analyse qui mérite votre attention.

POUR UNE RELANCE DU CONCEPT DE DÉFENSE CIVILE NON-VIOLENTE

La remilitarisation en cours ne peut qu’interpeller Les Écologistes. Ne sommes-nous pas brutalement happés par un engrenage mortifère ?… Cette remilitarisation ne porte-t-elle pas en elle plus de risques que de garanties ?… Et par ailleurs, cette relance de la course aux armements n’entre-t-elle pas en concurrence directe avec la bataille pour le climat ?… Car toutes deux nécessitent des financements colossaux, toutes deux sont grandes consommatrices de minerais… Sans parler de la menace nucléaire qui pèse en permanence sur nos têtes : risques d’accidents, de terrorisme, mais aussi risques liés au déséquilibre mental de certains de nos dirigeants…

De ce fait, ne sommes-nous pas dans une impasse qui nous contraint à nous poser une question fondamentale : « Et si notre défense et notre sécurité collective pouvaient passer par d’autres moyens que cette inquiétante relance de la course aux armements ?… » Autrement dit, est-il possible de concevoir la défense d’une population et de ses valeurs, autrement que par la puissance militaire ?… Une question que Les Écologistes ne peuvent occulter, une question que nous avons l’obligation d’explorer.

A ce titre, le concept de DCNV : Défense Civile Non-Violente, mérite toute notre attention. Forgé dans les années 70, ne constitue-t-il pas aujourd’hui une piste porteuse d’espoir ?…

Une seule manière de le savoir : accorder les moyens nécessaires à l’étude et l’approfondissement de ce concept de DCNV, tout comme nous consacrons des moyens colossaux à la recherche d’armements toujours plus sophistiqués. Et toujours plus menaçants pour le vivant.

EXPOSE DES MOTIFS :

– Dépasser le mythe d’une Non-Violence passive : On ne le sait pas assez, mais parmi les théoriciens et promoteurs du concept de DCNV figurent de fins connaisseurs du fait militaire, car militaires de carrière eux-mêmes. Parmi eux, le Général de Bollardière… Bien loin donc, d’un monde de «doux rêveurs»…

– Un concept objet d’études depuis des décennies : Cela fait des décennies que chercheurs, militants mais aussi parfois militaires travaillent sur ce que pourrait être une DCNV organisée à l’échelle d’un État ou d’un continent. Mais une recherche trop souvent ignorée ou marginalisée car porteuse d’une société beaucoup moins docile…

– Une défense contre un ennemi extérieur mais aussi intérieur : la DCNV c’est avant tout la défense d’une population et de ses valeurs démocratiques bien plus que celle d’un territoire. Or la démocratie est tout autant menacée de l’intérieur que de l’extérieur…

– Une conception nouvelle de la défense : Bien plus qu’une défense aux frontières, il s’agit d’une défense des valeurs démocratiques auxquelles nous sommes viscéralement attachés. Sa clé de voûte : la non-coopération.

– Le concept le plus en phase avec les valeurs de l’Écologie : Contrairement au concept de dissuasion nucléaire, le concept de DCNV ne porte pas en lui la menace de la disparition de toute vie sur terre… Il s’agit d’un nouveau concept de dissuasion : la « dissuasion civile ».

– Et de la même manière que Les Écologistes mettent constamment en garde contre le techno-solutionnisme en terme de climat, Les Écologistes doivent mettre en garde contre une certaine forme de techno-solutionnisme incarnée par le puissant lobby militaro-industriel en terme de défense et de sécurité collective.

– Cette dissuasion civile et cette défense se font sur deux fronts :

un front « institutionnel » : État, Constitution, pouvoir exécutif, législatif, justice, administrations (police, gendarmerie, douanes, postes, télécommunications, écoles, université, énergie, transports), collectivités locales : régions, départements, communes, etc.

un front des « forces vives » de la société, les acteurs sociaux : partis et mouvements politiques, entreprises, syndicats de salariés et organisations professionnelles, mouvement associatif (associations, clubs, mutuelles…), etc.

– Un Institut à renforcer : l’IRNC ; Institut sur la Résolution Non-violente des Conflits : L’Institut de recherche sur la Résolution Non-violente des Conflits (IRNC) a été officiellement créé en 1984. L’objectif principal de l’IRNC est de mener des recherches scientifiques sur l’apport de la non-violence dans la résolution des conflits et de donner un statut à cette approche encore trop ignorée en France. L’IRNC entretient des relations en France avec l’Université et avec quelques instituts similaires dans le monde. L’IRNC a pour vocation de travailler avec les pouvoirs publics :

Ministère des Armées et des Anciens combattants

Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères

Déjà un fort engagement des Écologistes en la matière :

Le programme « Bien Vivre » de 2017 des Écologistes, indique déjà très clairement : « Un forum citoyen sur la prévention et la résolution Non-Violente des conflits pourrait être organisé. 1% du budget de la défense sera consacré à la formation à la Non-Violence. (…) »

Ces revendications sont en plein accord avec la Charte des Verts Mondiaux qui stipule entre autres :

1. Nous déclarons notre engagement envers la non-violence (…)

2. Nous pensons que la sécurité ne doit pas reposer principalement sur la force militaire (…)

Oser l’Écologie… Oser une autre approche de la Défense : A la menace climatique vient donc de s’ajouter la menace d’un monde à nouveau happé par la

spirale du surarmement. C’est pourquoi Les Écologistes doivent avoir le courage de chercher de nouvelles réponses à cette deuxième menace. Et de la même manière que :

nous Écologistes, osons proposer un mode de société en rupture avec la logique productiviste,

nous Écologistes, osons proposer un mode de défense et de sécurité collective, en rupture avec la logique d’une militarisation toujours croissante.

Car si même Les Écologistes ne l’osent pas, qui d’autre pour le faire ?… Et dès 1973, René DUMONT ne nous exhortait-il pas déjà à choisir entre « L’Utopie ou la

Mort ? »…

MOTION

Les Écologistes, bien conscients des lourdes menaces qu’engendre le réarmement en cours, décident de donner toutes ses chances à un concept de défense et de sécurité collective basé sur les principes de la DCNV : Défense Civile Non-Violente. Considérant que ce concept peut être porteur d’un changement de paradigme en matière de prévention et de résolution des conflits, et comme ils ont déjà su le faire lors de la Présidentielle de 2017, Les Écologistes soutiennent :

1. l’objectif visant à consacrer 1% du budget de la défense à la recherche et à la mise en œuvre du concept de Défense Civile Non-Violente (DCNV)

2. l’objectif de renforcement de l’Institut de Recherche sur la Résolution Non-violente des Conflits (IRNC)

Éléments bibliographiques :

10 mythes sur la lutte non-violente, Creative Commons, George LAKEY, 2017

Pouvoir de la non-violence : Pourquoi la résistance civile est efficace, Peter ACKERMAN, Calmann-Lévy, 2021

Stratégie de l’action non-violente, Jean-Marie MULLER, Fayard, 1972

Quand les dictatures se fissurent… : résistances civiles à l’Est et au Sud, Jacques SEMELIN, Desclée de Brouwer, 1989

Face au totalitarisme, la résistance civile, Jacques SEMELIN, Ed. A. Versaille, 2011

La lutte non violente : Pratiques pour le XXIème siècle, Gene SHARP, Ecosociété 2015

La résistance civile : une force non-violente plus puissante, Culture de non-violence N° 8, 2024

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Manuel de défense civile non-violente

Texte élaboré par le groupe de travail DCNV (défense civile non-violente) du MAN (Mouvement pour une alternative non-violente)

La militarisation croissante de l’Europe, principalement par suite de l’agression russe de l’Ukraine en février 2022, est selon nous une réponse inadéquate aux impératifs bien réels de sécurité de nos nations. La France, qui a considérablement augmenté ses dépenses militaires, contribue à sa mesure à la course mondiale aux armements, facteur d’instabilité, de tensions et de menaces pour l’avenir de la planète. Elle illustre un engrenage et une logique de rapport de force militaire au détriment de l’État de droit avec des risques de plus en plus importants pour les populations civiles, également pour leurs droits et leurs libertés.

Par ailleurs, les forces de défense conventionnelle des pays de l’Europe sont très supérieures à celles de la Russie1, et largement en mesure de dissuader Poutine de toute velléité d’agression des Pays baltes ou de la Pologne. Leur coût pourrait baisser considérablement et leur efficacité augmenter si elles étaient harmonisées. Même si nous ne cautionnons pas ces systèmes de défense, ils existent et sont en l’état un moindre mal par rapport à la dissuasion nucléaire2.

Cette dernière, particulièrement dangereuse et risquée, est également illégale, antidémocratique, démobilisatrice, immorale, ruineuse, et surtout inefficace. La dissuasion nucléaire fait prendre aux États qui en jouent le risque d’une destruction mutuelle assurée (mutual assured destruction ou MAD, c’est-à-dire « fou »). Nous rappelons que le Mouvement pour une Alternative Non-violente soutient toutes les luttes pour le désarmement, notamment le désarmement nucléaire et est favorable à l’adhésion de la France au Traité sur l’Interdiction des Armes Nucléaires (TIAN).

Toutefois, la paix ne peut reposer uniquement sur les initiatives de désarmement. Il n’y a pas de paix sans justice. La paix doit se construire sur des bases solides et durables. Il faut donc assurer une régulation des tensions et conflits entre les intérêts des pays, et assurer par des moyens appropriés la sécurité des peuples contre les diverses menaces qui les guettent. Outre les initiatives nécessaires de désescalade militaire, il convient donc de repenser fondamentalement les questions de défense et de sécurité. À commencer par notre pays.

Démilitariser la défense

La défense nationale française repose essentiellement sur les militaires de carrière (armée de Terre, de l’Air et Marine) et sur la technologie militaire. Nous récusons cette conception techniciste et militariste de la défense. Depuis des décennies, la priorité donnée à la dissuasion nucléaire et aux systèmes d’armes toujours plus sophistiqués a contribué à déresponsabiliser les citoyens au sujet de leur défense. Les civils n’ont d’ailleurs qu’une place tout à fait marginale dans la défense globale de la nation. Il s’agit de la protection civile, c’est-à-dire du soutien aux populations victimes de catastrophes ; quelques milliers de civils sont présents pour cela au sein des effectifs de la défense militaire.

Les civils – l’immense majorité de la population – ont pourtant un rôle essentiel à jouer dans la défense de la démocratie. Celle-ci ne se résume pas à la défense du territoire. Tout organisme vivant, végétal, animal ou humain développe naturellement ses propres moyens de défense ; c’est pourquoi les moyens que le corps social utilise en temps de paix doivent être développés et mis en œuvre à plus forte raison en temps de crise. La défense de la démocratie doit reposer sur les acteurs et les institutions de la démocratie. Au lieu de militariser les civils, il convient donc de civiliser la défense.

Que défendre ?

Ce que nous devons défendre ne se limite pas au territoire national. En outre, en cas d’échec de la dissuasion, que celle-ci soit nucléaire, militaire conventionnelle ou civile, l’invasion éventuelle du pays par les troupes d’un État agresseur ne signifie pas la défaite, mais doit marquer la continuité des résistances non-violentes de la société civile contre l’agresseur afin de l’empêcher d’atteindre ses objectifs idéologiques, politiques et économiques. Il s’agit donc de rendre la société « insaisissable » par un agresseur ou un dictateur : inexploitable économiquement, ingouvernable politiquement, « insoumettable » psychologiquement. Et la priorité est d’anticiper les tentatives d’agressions par une politique de prévention des conflits efficiente et collective.

Engagé dans les luttes politiques, sociales et écologiques, notre mouvement s’investit pour transformer durablement la société par l’esprit et par les méthodes d’action de la non-violence politique. Le projet de société qui inspire cette approche conjugue démocratie participative, justice sociale, écologie, citoyenneté, solidarité et résolution non-violente des conflits.

Ainsi, ce que nous avons aussi à défendre, ce sont des valeurs éthiques et civiques, c’est un projet de société démocratique, solidaire et écologique. La liberté, l’égalité et la fraternité, ainsi que les institutions civiles et politiques qui les incarnent, sont aujourd’hui déjà menacées, remises en cause, dévoyées, parfois trahies. Cette société reste toujours à construire et à défendre en permanence, par les luttes et les résistances non-violentes. Les questions de défense et de sécurité méritent d’être prises en compte par l’ensemble de la population, tout en étant pensées dans le temps long – d’où le rôle important de l’éducation et de la culture.

Quelles menaces ?

La réflexion sur l’identification des menaces et les réponses à leur apporter est essentielle pour définir un modèle de défense globale non-violente. Les menaces qui pèsent sur notre pays et notre société sont multiples, diversifiées, internes et externes :

– menaces idéologiques et culturelles : idéologies xénophobes, racistes, nationalistes, anti-démocratiques, religieuses intégristes qui alimentent des discours de haine, d’exclusion et de rejet de certaines catégories de la population ; instrumentalisation des médias et des réseaux sociaux qui défient la démocratie par le complotisme et l’obscurantisme.

– menaces économiques, sociales et politiques : inégalités criantes en France et surtout dans le monde, susceptibles de provoquer des révoltes et des soulèvements ; montée électorale de l’extrême droite qui pourrait aboutir un jour à l’instauration d’un régime ultra-autoritaire, voire fasciste ; tensions sociales non régulées – violences urbaines dans les « quartiers sensibles » ou hors de ces quartiers, grande criminalité, trafic et consommation de stupéfiants, etc. – accentuant le désir d’un régime « d’ordre » ; menaces de crise économique ou monétaire internationale, comme en 1929 ou en 2008.

– menaces environnementales, déjà présentes par le dérèglement climatique et l’effondrement de la biodiversité, la pollution des sols, de l’air, de l’eau douce et de la mer, mais potentiellement les risques d’accidents nucléaires civils et militaires, d’explosions et de pollutions chimiques, avec des impacts environnementaux, économiques et sociaux importants.

– menaces contre la sécurité nationale : agressions militaires et terrorisme, mais aussi cyberattaques, désinformation, narcotrafic international, menaces sanitaires, risques de ruptures d’appro-visionnement alimentaire ou énergétique, etc. Ces menaces existantes ou potentielles présentent un danger pour le fonctionnement pacifié de la société, la cohésion sociale, le vivre ensemble, les valeurs républicaines et les institutions démocratiques. Les menaces contre la sécurité nationale doivent, bien sûr, être prises en compte, mais à leur juste mesure, et non plus de façon exclusive ou prioritaire par rapport aux autres, comme c’est le cas actuellement par la classe politique et l’institution militaire.

Quelles réponses aux menaces ?

Chacune des menaces énoncées ci-dessus appelle des réponses spécifiques.

– Menaces idéologiques : lutte contre les idéologies de haine et d’exclusion à l’école, dans les médias, les fédérations sportives ; éducation à la citoyenneté, à la laïcité, à l’interculturalité, à l’interconvictionnalité, formation à l’esprit critique et à la résolution non violente des conflits, etc.

– Inégalités : en France, lutte contre les inégalités à l’école, par l’éducation populaire, le syndicalisme, la fiscalité, l’insertion par l’activité économique, etc. ; travail sur les racines de la grande pauvreté, par exemple la maltraitance institutionnelle, les difficultés d’accès aux droits, etc. Dans le monde, régulation du libéralisme, lutte contre les paradis fiscaux et la corruption, l’accaparement des sols, de l’eau, le brevetage du vivant, mise en œuvre déterminée des Objectifs du Développement Durable.

– Justice dans le commerce international ; aide au développement durable, à l’altercroissance ; soutien aux organisations démocratiques dans les dictatures et dans les « démocratures » ; soutien aux régimes et aux avancées démocratiques partout dans le monde ; intervention civile de paix entre belligérants dans ou entre les pays en guerre à la demande d’organisations internationales ou intergouvernementales ; etc.

– Menaces environnementales : développement de l’agriculture biologique, des transports en commun, des pistes cyclables et du covoiturage, de l’isolation thermique des bâtiments, taxes sur le kérosène, perma-économie, priorité aux matériaux biosourcés, recyclage des déchets ; développe-ment de la prévention et des alternatives écologiques dans l’industrie, les transports, la distribution, etc.

– Accidents nucléaires et chimiques : énergies alternatives pour sortir peu à peu de l’énergie nucléaire, renonciation aux armes nucléaires, développement des alternatives à la pétrochimie, etc. 

– Ruptures d’approvisionnement alimentaire ou énergétique : décentralisation et souveraineté alimentaires ; sortie de l’énergie nucléaire, dont la production est très centralisée et dont les sites sont particulièrement vulnérables en cas de conflit3 ; développement des énergies renouvelables, propres et décentralisées : solaire, éolienne, marémotrice, géothermique, etc.

– Cyberattaques, désinformation, infox : renforcement de la politique nationale et européenne de protection contre les cyberattaques ; éducation à la citoyenneté dans le monde numérique ; législation française et européenne encadrant mieux les médias ; développement des réseaux citoyens d’information et de formation indépendants.

– Tensions sociales non régulées, violences urbaines : prévention dans les quartiers sensibles ; « thérapie sociale » impliquant les communes, la police de proximité, la Justice, les services sociaux, les associations de quartier, les commerçants, aide à la parentalité, etc.

– Terrorisme : mobilisation de la société civile en complément à l’action des pouvoirs publics, renforcement de la coopération européenne et internationale ; etc.

On le voit, la lutte contre toutes ces menaces diversifiées est à la fois l’affaire de la société civile et des autorités publiques ; mais quand les pouvoirs publics sont défaillants, les citoyens peuvent et doivent mener les luttes non-violentes contre l’inaction des gouvernants ou contre des projets contraires aux valeurs de la démocratie et de l’État de droit, en vue de les contraindre à viser le bien commun.

La défense civile non-violente

Face à ces menaces diversifiées, il apparaît que la défense militaire classique n’est plus appropriée, si tant est qu’elle l’ait été dans le passé. C’est pourquoi nous plaidons pour  un modèle de défense qui articule les luttes non-violentes pour résister à toutes les idéologies anti-démocratiques, les structures de domination existantes, les violations des droits et de la dignité de la personne humaine, les atteintes à l’environnement et au vivant, et la résistance civile face à un pouvoir ultra-autoritaire, un coup d’État ou une agression militaire extérieure. Au lieu qu’elle soit assurée par un seul individu, le chef de l’État presse-bouton-nucléaire, ou par les militaires, corps de spécialistes d’une tranche d’âge limitée et en bonne santé physique, la défense devient alors l’affaire de toute la population, femmes et hommes, quels que soient leur âge et leur aptitude physique. L’articulation des deux notions, luttes non-violentes sociétales et résistance civile, assumée par la société civile pour les premières, et si possible préparée et coordonnée par les institutions publiques légitimes pour la seconde, constitue la matrice d’un système global de défense apte à assurer la sécurité des habitants.

La défense civile non-violente a ainsi pour objectif de faire face à toutes les menaces existantes ou à venir, idéologiques, politiques, environnementales ou liées à la sécurité nationale, tant sur le plan intérieur qu’extérieur. C’est pourquoi elle comprend deux volets : un volet luttes non-violentes et un volet résistance civile, les deux étant complémentaires et s’inscrivant dans une continuité. La défense civile non-violente supprime ainsi la frontière entre temps de « paix » et temps de « guerre » puisqu’elle est active dès aujourd’hui pour faire face aux menaces existantes et sera encore active demain si d’autres dangers survenaient, notamment militaires ou politiques.

Sur le plan des moyens, la défense civile non-violente est une stratégie de résistance collective qui repose sur la mobilisation populaire par les moyens de la non-coopération (manifestation, grève, boycott…), la désobéissance civile (refus d’obéissance aux ordres injustes ou illégitimes, blocage, sabotage non meurtrier…), la solidarité civique et sociale et le pouvoir des citoyens organisés.

Préparer et organiser une défense civile non-violente

Les luttes non-violentes pour construire une société plus juste, plus solidaire et plus écologique sont aussi dans les faits une préparation à la résistance civile qui devra se mettre en place si survenait une menace existentielle sur cette société. Autrement dit, l’esprit et les méthodes de la défense civile non-violente s’inscrivent déjà dans le cadre et dans la suite des luttes sociétales et écologiques d’aujourd’hui. Toutes ces résistances actuelles sont déjà la mise en œuvre, de façon localisée, sectorielle et limitée, d’une défense civile non-violente plus générale de la société.

Le concept de défense civile non-violente offre la possibilité de rendre plus concrète la problématique de la défense qui ne se limite plus à une mise en œuvre de moyens armés ou/et non-violents face à une agression militaire extérieure ou un coup d’État. Elle permet de visualiser dès aujourd’hui que les méthodes de l’action non-violente susceptibles d’être mises en œuvre en cas de régime fasciste, de coup d’État, ou de menace sur la démocratie, l’information, la souveraineté alimentaire et énergétique, etc., sont déjà en place, fonctionnent et sont efficaces.

Chaque citoyenne, chaque citoyen est un acteur réel ou potentiel de la défense non-violente quels que soient son âge, son champ d’activité, son aptitude physique. Sa responsabilité est d’agir, ici et maintenant, pour transformer la société et la défendre face à toutes les menaces existantes ou à venir. De fait, et dans la perspective que les pouvoirs  publics préparent et organisent un jour la défense globale de la société démocratique par les moyens de la non-violence, ce qui n’est sans doute ni pour demain ni pour après-demain, la population peut dès maintenant s’organiser en réseaux de résistance civique et sociale. C’est la population qui prend en main sa défense et la défense de la société, déjà en proie à des menaces bien réelles. C’est ainsi que la défense civile non-violente est réellement une « défense démocratique de la démocratie ».

Un tel dispositif de défense doit être suffisamment robuste pour avoir un effet dissuasif envers tout agresseur ou dictateur potentiel, c’est-à-dire lui faire comprendre que les coûts de son agression seraient supérieurs aux gains qu’il peut en espérer : nous pourrons alors parler de « dissuasion civile »4.

Pour une sécurité européenne commune

La réflexion sur la défense nationale ne doit pas occulter le fait que les mêmes analyses et les mêmes préoccupations prévalent pour les autres pays d’Europe (et du monde) confrontés aux mêmes menaces idéologiques et climatiques, à des régimes autoritaires et des menaces militaires, notamment depuis l’invasion de l’Ukraine en février 2022.

Nous invitons les militants de la non-violence et de la résolution non-violente des conflits en Europe à réfléchir ensemble aux meilleures stratégies possibles pour lutter pour la dénucléarisation du continent européen, et pour promouvoir des formes de défense non agressives. Certes, à l’échelle de l’Europe, la menace politique et militaire russe doit être prise en compte, mais elle n’est pas exclusive des autres menaces déjà présentes qui hypothèquent l’avenir d’une Europe démocratique, sociale et pacifique. Dans cette perspective, l’ouverture du chantier de construction d’une défense non-violente telle que nous la définissons s’avère une priorité de premier rang : elle constitue une contribution aussi urgente que nécessaire à la mise en place d’une sécurité européenne commune.

Au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, nos ancêtres ont construit des institutions pour bâtir la paix : l’ONU et ses agences, le Conseil de l’Europe, et plus tard  l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE). Ces institutions qui ont souvent échoué à prévenir et réguler pacifiquement les conflits ont besoin d’être réformées et consolidées.

L’Europe a été construite pour la paix. C’est pourquoi elle ne doit pas devenir un bloc militaire comme les autres. Elle a vocation à mettre en place d’autres modes de résolution des conflits et à être motrice de la construction d’un monde plus juste et plus pacifique.

notes

1 https://fr.wikipedia.org/wiki/Forces_armées_des_Etats_de l’UE

2 Onze exemples d’échec de la dissuasion nucléaire sur le diaporama « Les sept vices de la dissuasion nucléaire » :

https://www.irnc.org/IRNC/Diaporamas/358

3 l’exemple de la centrale nucléaire ukrainienne de Zaporijjia, bombardée et sous contrôle russe depuis 2022

4 La dissuasion civile était le titre de l’ouvrage rédigé en 1985 par C. Mellon, J.-M. Muller et J. Sémelin sur une commande de Charles Hernu, ministre de la Défense (éd. FEDN, épuisé, https://www.irnc.org/IRNC/Textes/3103 )

Manuel de défense civile non-violente Lire la suite »

Jürgen Habermas est mort le 14 mars 2026

Jürgen Habermas (1929-2026) est mort. Le philosophe allemand, héritier de l’École de Francfort, était déterminant dans la réflexion écologique car il réfléchissait à son articulation avec la démocratie. De nombreux penseurs « verts » échafaudent des scénarios inspirés par une pensée libertaire, sans État ni politique, difficiles à mettre en œuvre dans un cadre démocratique. C’est pourquoi Habermas se propose de refonder la démocratie à l’âge écologique. Autour de ses travaux sur la « démocratie participative » (ou délibérative) et le principe de publicité des débats (éthique de la discussion), ce marxiste sincère fut abasourdi par le totalitarisme soviétique. Il combat les risques autoritaires des pensées écologiques et refonde l’ « écologie politique » sur des bases pluralistes en dépit de sa fragmentation idéologique. Loin du courant de l’ « écologie autoritaire », ou même de l’ « écologie profonde », sa pensée contribue à bâtir une « écologie démocratique ».

Contrairement à la philosophie néolibérale, qui faisait reposer la liberté sur le seul équilibre des intérêts, une démocratie véritable, déconnectée du capitalisme, ne pouvait selon Habermas s’appuyer sur le marché. Pour lui, la démocratie ne pouvait émerger que d’un débat continué entre citoyens, en vue de produire de la légitimité en se soumettant au « meilleur argument ». Parmi les notions typiquement habermassiennes les plus célèbres, on trouve l’« éthique discursive », soit l’élaboration en commun des normes politiques et sociales dans l’espace démocratique. Il proposait un aggiornamento fondé sur la « communication », des échanges non hiérarchiques entre citoyens comme condition de la démocratie. C’est ce qu’essaye de faire blog biosphere, vainement. Il n’y a plus de référence commune, mais le bal des egos.

Ce rationaliste sans illusions, mais jamais désespéré, décrivait comme suit l’idéal qui anima son parcours : « S’il me reste une trace d’utopie, elle réside seulement dans la conception que la démocratie – et le débat public dans ses formes optimales – a la capacité de trancher le nœud gordien de problèmes sinon pratiquement insolubles. »

Une belle citation de J. Habermas : « Nous sommes ce que nous partageons. »

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Vaclav Smil, sobriété énergétique exigée

Entre 1820 et 2000, la consommation mondiale d’énergie aurait été multipliée au moins par 25 (World Energy Consumption. A Database, Paolo Malanima, 2022). Et encore est-ce une moyenne qui cache d’énormes disparités : en 2015, un Nord-Américain consommait 282 gigajoules par an contre 4,5 pour un habitant du Malawi. Sur la base de l’indice de développement humain, le chercheur canadien Vaclav Smil estime qu’une consommation énergétique annuelle supérieure à 110 gigajoules n’apporte aucun bienfait réel.

Vaclav Smil : « Tout ce que nous faisons d’important dans le monde moderne dépend des combustibles fossiles »

Vaclav Smil vient de publier en 2026 « Comment nourrir le monde ». Depuis vingt-cinq ans que nous parlons de décarbonation, mais nous brûlons chaque année davantage de combustibles fossiles [charbon, pétrole et gaz]. On extrait aujourd’hui 10 milliards de tonnes de carbone par an ! Nous ne pourrons pas passer à zéro aussi rapidement. Tout ce que nous faisons d’important dans le monde moderne – le transport aérien, le transport maritime à grande échelle, la production de biens essentiels – dépend des combustibles fossiles. Il y a des processus qu’on ne peut pas électrifier facilement, qui sont les fondements de notre civilisation : ce monde repose sur le béton, l’acier, le plastique et surtout l’ammoniac, qui permet de produire des engrais azotés et de nourrir 8 milliards de personnes. Le système alimentaire dans son ensemble est si immense qu’il représente près de 30 % de la consommation mondiale d’énergie. Plus le système est complexe, plus il faut du temps pour le changer. Or les systèmes énergétiques et alimentaires, mondialisés et interdépendants, comptent parmi les plus complexes qui soient.

Vaclav Smil : « 2050. Pourquoi un monde sans carbone est presque impossible »

Pour limiter le réchauffement catastrophique de la planète, plus d’une centaine de pays se sont engagés à débarrasser leurs systèmes énergétiques du charbon, du pétrole et du gaz et à atteindre la « neutralité carbone » d’ici au milieu du XXIe siècle. Pourtant, il n’y a quasiment aucune chance qu’elle se réalise : c’est ce que démontre en 2025 Vaclav Smil, un expert mondialement reconnu de l’énergie. Si la décarbonation complète du système énergétique n’est pas possible d’ici à 2050, Vaclav Smil ouvre la voie à d’autres pistes pour lutter contre le réchauffement : limiter les gaz à effet de serre issus de l’agriculture, de l’élevage ou encore de la déforestation…

Le point de vue des écologistes de la sobriété énergétique

L’agriculture paysanne, basée sur l’énergie solaire par assimilation chlorophyllienne, donnait en énergie plus qu’elle ne coûtait. Il n’en est pas de même pour l’agro-industrie. Alors que les rendements à l’hectare ont constamment augmenté, on constate que l’agriculture affiche un bilan énergétique négatif : elle consomme désormais beaucoup plus d’énergie fossile non renouvelable qu’elle ne crée de calories. Si on intègre la transformation agro-alimentaire et le transport des produits agricoles, le bilan est encore plus négatif. En fait, si on supprimait les subventions au gazole non routier pour les tracteurs, la presque totalité des techno-agriculteurs feraient faillite.

L’industrie sans énergie fossilise, c’est un monde sans avions, sans voitures, sans béton, sans goudron, sans industrie chimique… le  pied !

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L’alimentation très dépendante des énergies fossiles

extraits : Selon Vaclav Smil, chercheur dans le domaine de l’énergie, 20 % de tous les êtres humains, soit plus de trois milliards de personnes, survivent grâce aux engrais azotés, le principal ingrédient de la Révolution verte qui a boosté le secteur agricole dans les années 1960.

L’agrocarburant peut émettre plus de CO₂ que le pétrole si on remplace la forêt pour y pourvoir .

Une exploitation céréalière des plaines d Argentine, pour être autonome en énergie, doit consacrer entre 20 à 30 % de sa surface à la production d agrocarburant type huile de colza.

Si on doit revenir à la traction animale pour les travaux des champs, il faut savoir qu’il y a un siècle la nourriture des animaux consommait 25% des céréales produites.

Quand on regarde les surfaces consacrées à la production pour la consommation de viande, on est déjà à ce chiffre de 25 %.

Produire avec la traction animale nourrie sur place ne produit que très peu de CO2 contrairement à l’importation d’urée, d’engrais, de pesticides.

Seule l’agriculture bio émet beaucoup moins de carbone car les engrais, l’urée etc.. peuvent être produits sur place en mêlant élevage et culture.

Cultiver des plantes pour les réservoirs plutôt que pour les assiettes aggrave la crise alimentaire mondiale.

ne pas mourir de faim dépend de l’équilibre (ou non) entre la production agricole et le nombre de bouches à nourrir.

COP28 et AIE, sobriété énergétique tabou ! (2023)

extraits : La demande d’énergies fossiles devrait rester « trop élevée » pour respecter les objectifs les plus ambitieux de limitation du réchauffement planétaire, insiste l’Agence internationale de l’énergie (AIE) à un mois de la COP28 à Dubaï, du 30 novembre au 12 décembre. Mais rien dans son rapport sur la nécessaire, indispensable, obligatoire et incontournable économie d’énergie dans le sens « sobriété partagée ». Nous ne nous faisons pas d’illusions : à la COP28 de Dubaï, les ambitions et les objectifs seront poliment rappelés, mais les moyens concrets de mise en œuvre – en particulier la réduction massive de la consommation d’énergies fossiles – seront muselés et renvoyés aux calendes grecques…

Sobriété énergétique, l’affolement gagne (2022)

extraits : Catherine MacGregor, directrice générale d’Engie, Jean-Bernard Lévy, président-directeur général d’EDF, Patrick Pouyanné, président-directeur général de TotalEnergies appellent à une sobriété d’urgence face à la flambée des prix de l’énergie.Il est assez rare que des entreprises incitent leurs clients à moins acheter les produits qu’elles commercialisent. « Le prix de l’énergie menace notre cohésion », clament les dirigeants dans la tribune. Une phrase qui aurait sans doute encore beaucoup plus de retentissement si elle était prononcée et assumée au sommet de l’Etat. Lorsque les efforts sont massifs et coordonnés, les économies d’énergie sont substantielles. Mais la ruée sur les climatiseurs lors de la dernière vague de chaleur montre qu’il y a encore beaucoup à faire en matière de civisme énergétique. Le gouvernement doit expliquer clairement que la sobriété est une moindre contrainte que le rationnement. Or, si la première n’est pas acceptée, c’est le second qui finira par s’imposer….

Efficacité énergétique et économies d’énergie (2020)

extraits : Une confusion est trop souvent entretenue entre « efficacité énergétique » et « économies d’énergie ». L’efficacité renvoie à la performance de l’équipement, la sobriété renvoie à l’intelligence de l’usage. Si on isole parfaitement une maison pour économiser l’énergie mais qu’on en profite pour vivre avec quelques degrés de plus, il n’y aura pas de transition énergétique ; c’est l’effet rebond. La sobriété, c’est au contraire rompre avec la facilité, c’est le contraire de l’ébriété énergétique. En clair, cela veut dire limiter nos besoins à l’essentiel et ne pas trop compter sur la technique et l’innovation. Cette réflexion, nous l’avions publiquement faite lors d’une rencontre organisée par l’entreprise Schneider Electric en 2013 dans le cadre d’un débat national sur la transition énergétique…

Notre défi, 100 % de sobriété énergétique en 2050 (2017)

extraits : Selon le scénario Négawatt de 100 % d’énergie renouvelable en 2050, le défi le plus difficile à surmonter est la réduction de la consommation, qui suppose des évolutions sociétales drastiques et des réorganisations industrielles extraordinaires… Il faudrait que chacun d’entre nous établisse une hiérarchie qui passe des besoins vitaux aux essentiels, puis indispensables, utiles, convenables, accessoires, futiles, extravagants et inacceptables. Chacun devrait se livrer à l’exercice en famille ou au travail, de façon à prendre conscience de l’impact de tel ou tel achat ou comportement. Il s’agit de faire jouer à plein ce qui est la contre-partie indissociable de notre liberté : notre responsabilité…

efficacité énergétique contre limitation des besoins (2013)

extraits : Notre société n’a pas encore compris que les citoyens devront limiter leurs besoins. A quoi sert en effet une bonne isolation thermique de sa maison (efficacité énergétique) si on en retire l’idée qu’on peut augmenter la température de son foyer (refus de la sobriété). Il est d’ailleurs significatif qu’on confonde généralement dans les débats « économies d’énergie » et « efficacité énergétique », ce qui permet de passer la sobriété à la trappe…

sobriété énergétique ? (2009)

C’est assez rare pour être commenté. L’analyste du Monde Jean-Michel Bezat termine son article du 13 janvier 2009 en supputant la possibilité d’une « forme de sobriété énergétique ». Il est vrai qu’avec un pic de consommation électrique de 92 400 Mw le 7 janvier la France n’est pas à l’abri d’un lock-out. Mais après le premier choc pétrolier de 1973, on raisonnait sainement en termes d’économies d’énergie ; le Premier ministre de l’époque avait même interdit les courses de formule 1. Aujourd’hui le patron d’EDF se plaint du manque d’investissement de son prédécesseur (faut produire toujours plus !) et les consommateurs plus ou moins jeunes font tourner leur Internet à haut débit 24 heures sur 24 tout en s’émerveillant des prouesses de bolides qui vont à Dakar en passant par l’Amérique du Sud. Et le Premier ministre (je crois qu’y en a un en France !) est un fanatique des 24 heures du Mans… 

Le réchauffement climatique et le prochain pic pétrolier auront-ils raison de la connerie humaine ?

Notre article le plus ancien sur la sobriété énergétique

27.11.2005 Moins de pétrole, plus de pauvres

Les pays pauvres importateurs de l’or noir n’ont pas fini de souffrir. L’Etat prenait souvent à sa charge l’écart entre les cours mondiaux et les tarifs intérieurs, c’était le seul moyen de rendre l’essence et le combustible domestique accessible à des populations très démunies. Comme ils connaissent maintenant un nouveau choc pétrolier avec un baril autour de 60 $, l’alourdissement de la facture pétrolière devient insupportable pour les budgets publics et les balances des paiements. Le poids de la facture énergétique peut en effet dépasser dans certains pays 5 % du PIB (1,75 % pour la France en 2004) et leur industrialisation peu efficace reste très énergivorace. Le coût du pétrole risque même d’annuler les effets bénéfiques de l’effacement récent de la dette multilatérale envers les 18 pays les plus pauvres. Même si le président Hugo Chavez d’un Venezuela pétrolier donne des facilités de paiement en Amérique central (pour réduire ainsi l’influence des Etats-Unis dans cette zone), même si les pays de l’OPAEP pourraient faire de même dans leur zone géographique, les pays pauvres importateurs de l’or noir qui ne veulent pas rogner dans les budgets consacrés à l’éducation ou la santé seront obligés de pratiquer la vérité des prix en affrontant le mécontentement populaire qui en résultera. Mais ce sont les voitures de la classe globale qui devraient être mises à la casse, tant que les pays riches ne donneront pas l’exemple de la sobriété énergétique, les inégalités mondiales s’accentueront.

De toute façon la meilleure solution dans l’intérêt bien compris de la Biosphère comme des humains est de laisser le plus rapidement possible des ressources fossiles dans les profondeurs de la Terre dont elles n’auraient jamais du sortir.

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Trump bombarde l’Iran, c’est stupide

Depuis deux semaines, les bombes tombent sur l’Iran. Grâce à l’arme du pétrole et à une tactique de harcèlement, l’Iran et ses proxys ont réussi, en deux semaines d’affrontement, à compenser une partie de leur immense infériorité militaire vis-à-vis d’Israël et des Etats-Unis. On joue à fond la carte de la guerre asymétrique, celle où il suffit au plus faible de survivre le plus longtemps possible pour ne pas perdre.

L’Iran n’a pas besoin de gagner de manière conventionnelle s’il peut rendre le coût régional et mondial de la guerre insupportable. 

Les tirs de missiles et de drones sur les pétromonarchies se poursuivent, en dépit des milliers de frappes ayant visé les installations militaires iraniennes.

La République islamique a adopté une « stratégie de défense en mosaïque » : un système de commandement et de contrôle décentralisé, pensé pour que les unités militaires puissent continuer d’opérer, à l’échelon local et régional, même si le fonctionnement au sommet est très perturbé.

– Trump semble ignorer les défaites que les Américains ont connu au Vietnam, en Irak ou en Afghanistan. On ne peut contrôler durablement de l’extérieur un pays homogène culturellement.

Dans l’adversité, le socle fidèle au régime iranien – il est estimé, par de nombreux analystes, à plusieurs millions, voire à des dizaines de millions, sur une population d’environ 92 millions – semble encore plus soudé. L’Iran se trouve dans une confrontation historique avec des puissances qui classent les pays en deux groupes : leurs esclaves ou leurs ennemis. On peuple prêt à mourir pour ses convictions ne peut être vaincu. Les cris de « Allaho akbar » (« Dieu est le plus grand ») jaillissent. Trump et Netanyahou ignorent ce qui devrait être le sens de l’histoire, une fraternisation des peuples sur notre petite planète complètement isolée dans le vide spatial.

– Il faut être complètement abruti de propagande américano-israélienne pour imaginer que les Iraniens, qu’ils soient opposants au régime islamique ou pas, puissent se réjouir de se faire réduire en cendres !!!

– Une dimension centrale est négligée par Trump : la religion et l’esprit du martyr sont extrêmement puissants en Iran. Mais il ne savait même pas où était l’Iran avant de l’avoir attaqué.

– Étonnant que Netanyahou ne comprenne pas la symétrie. Les massacres commis par le Hamas ont eu pour résultat de faire taire toute opposition en Israël ; les massacres commis par Israël en Iran et au Liban ont pour résultat de mobiliser les peuples contre Israël.

– Netanyahou et Trump, obnubilés par leur ego, envoient des avions à l’assaut sans penser au blocage du détroit d’Ormuz et au choc pétrolier qui s’ensuit. Ce n’est pas de la légèreté, c’est de l’incompétence.

– Les USA définissent le terrorisme comme « l’utilisation illégale délibérée de la violence en vue de causer la peur; dans un but de coercition ou d’intimidation de gouvernements ou de sociétés à des fins généralement politiques, religieuses ou idéologiques. (JP 3-07.2) (US DoD) ». L’attaque israélo-palestinienne est donc une action terroriste selon la définition US…

Face à un régime autoritaire imposant sa loi un grand pays, la solution était de promouvoir les valeurs universelles, pas de bombarder ce pays et y semer le chaos. Or, au lieu de promouvoir les valeurs universelles, l’Occident a promu la tyrannie en soutenant le régime israélien (colonisation, apartheid, ultra-violence. Et le blocus occidental envers l’Iran a durci le régime iranien.

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Thomas Piketty, un idéaliste hors sol

Thomas Piketty est un doux rêveur, il croit que le monde sur-développé va continuer sur la même voix croissanciste en devenant même écologiquement compatible, indemne d’un extractivisme forcené. Il suffirait d’un haut niveau des dépenses publiques. Yaka, FauKon. Il a oublié qu’une croissance dans un monde fini voit obligatoirement sa fin, et ce moment approche de plus en plus vite. Comme l’exprimait Thomas Malthus, on ne peut vivre durablement à crédit, au dessus des ressources utilisables.

Thomas Piketty : « L’Europe est devenue une puissance sociale-démocrate ou même un « éco-socialisme ». Les pays nordiques les plus prospères (Danemark, Suède, Norvège) ont des dépenses publiques avoisinant 45 % à 50 % du PIB, proches à l’échelle historique des niveaux observés en Allemagne et en France, et personne ne reviendra sur cette réalité. Les pays européens ont atteint un niveau de prospérité et de bien-être social inconnu dans l’histoire, en grande partie grâce aux investissements collectifs dans la santé, la formation et les infrastructures publiques. L’Europe affirme ses valeurs et défend haut et fort son modèle de développement, opposé en tous points au modèle nationaliste-extractiviste des trumpistes et des poutiniens. Si l’on prend en compte les externalités négatives liées aux émissions carbone, alors le PIB corrigé de ces effets externes s’effondre aux Etats-Unis comparativement à l’Europe. Ce n’est pas en couvrant la planète de centres de données – nouveau fantasme en vogue à Washington et parfois à Bruxelles – que l’on va résoudre les problèmes du monde. »

Le point de vue des écologistes décroissancistes

Valérie S : Merci Piketty pour votre article. Il contribue utilement à la prise de conscience de l’émergence d’une identité européenne distincte au sein du bloc occidental. Cela étant, un élément vient relativiser le succès présumé du modèle européen, et assombrir ses perspectives d’avenir. Malgré des investissements sociaux considérables, les démocraties européennes échouent à contenir la montée des national-populismes, menace directe pour l’Europe et la démocratie. Sur ce terrain, l’Europe ne fait pas mieux que les États-Unis.

Mendo : L’inflation des normes, l’effondrement du niveau scolaire, la désindustrialisation, la fragmentation communautariste mériteraient aussi d’être intégrée à cette analyse. Quant au « niveau de bien être »….Qu’en sera-t-il si, faute « d’extractivité prédatrice » on ne pourra plus se chauffer en hiver ?

Rempart : Décidément ce Piketty est impayable ! Comment la Suède a réduit ses déficits publics pour préserver son modèle social dès les années 1990 ? La retraite : capitalisation + répartition Age de départ à taux plein porté à 65 ans. Fonctionnaires au même régime que le privé. Le montant des pensions varie tous les 2 ans à la hausse ou à la baisse en fonction de la situation économique. Suppression de 70 000 postes de fonctionnaires (- 4 % en France ça en ferait 220 000 de moins). Réduction des prestations sociales. Mise en concurrence des écoles publiques avec le privé.

Jla 83 : Avec une dette de 3 400 milliards, la France peut se sentir à l’aise et fière de ses acquis sociaux. Je pourrais acheter le château de Versailles avec un prêt que je ne rembourserais jamais…

Alec Touvabienovitch : Des dépenses publiques avoisinant 45 % à 50 % je trouve que ça fait déjà beaucoup d’impôts et qu’il faudrait les réduire, l’auteur, que je surnomme « taxman » en pensant à la chanson des Beatles, n’a de cesse de réclamer encore plus d’impôts…

ricob en réponse à Alec Touvabienovitch : Ce ne sont pas que des impôts. La plupart sont des cotisations sociales, retraites, maladie, chômage, cela n’a rien à voir. C’est plutôt une forme d’assurance.

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Taxer les riches pour refroidir la planète

Thomas Piketty : « Au cours du XXe siècle, l’impôt progressif sur le revenu a été un immense succès historique. Au XXIe siècle, il faudra étendre cet héritage à l’impôt progressif sur la fortune, avec des taux de 80-90 % sur les milliardaires, et mettre à contribution les 10 % des patrimoines les plus élevés. Il faut aussi et surtout qu’une part substantielle des recettes pesant sur les plus riches soient versées directement aux pays les plus pauvres, en proportion de leur population et de leur exposition au changement climatique…. (extraits)

CLIMAT, prendre aux riches, donner au pauvres

Thomas Piketty : « les responsables Verts, enivrés par leur succès, notamment en France, refusent de dire s’ils souhaitent gouverner avec la gauche ou la droite. Pourtant tout indique de plus en plus clairement que la résolution du défi climatique ne pourra se faire sans un puissant mouvement de compression des inégalités sociales. On voit mal comment les classes moyennes accepteraient de changer leur mode de vie si on ne leur apporte pas la preuve que les plus aisés sont mis à contribution. Avec l’ampleur actuelle des inégalités, la marche en avant vers la sobriété énergétique restera un vœu pieux…. (extraits)

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Municipales, primaire « unitaire » avec qui ?

« Le secrétariat exécutif a décidé de vous suspendre du votre statut d’adhérent », missive envoyé à une trentaine de militants écolos. Ils ont signé une tribune dans laquelle ils dénoncent la stratégie d’alliance avec le Parti socialiste aux élections municipales plutôt qu’avec La France insoumise (LFI). Selon les dirigeants écologistes, ce sont les fédérations locales qui ont décidé des alliances avec le PS et non la direction, comme le prévoit d’ailleurs le principe de subsidiarité des statuts du parti.

Le point de vue des écologistes écolos

Aloes30 : Des militants venus de l’extrême gauche ont choisi l’écologie pour donner une nouvelle jeunesse à leurs échecs . C’est ceux là qui veulent tirer le mouvement vers LFI pour le tuer définitivement. Les écologistes n’ont aucune réserve électorale de ce côté, et n’ont plus d’identité propre, ils peuvent disparaître.

Paul Hurley : J’ai pendant un temps voté « écolo » avec enthousiasme, mais la fin de partie semble proche pour ce parti à l’agonie qui n’a d’écologiste que le nom ! René Dumont doit se retourner dans sa tombe, et José Bové doit avoir les oreilles qui qui sifflent sur le plateau du Larzac…

Michel SOURROUILLE : Le problème de l’écologie politique, c’est de vouloir avec des élus à tout prix même s’il s’agit pour cela de s’allier avec le diable. Je conseille à Marine Tondelier de proposer un programme vraiment écolo et, sur ce programme, présenter des candidats au niveau local, national ou européen. Il y aura peu d’élus dans un premier temps, mais on ne pourra pas accuser les militants écolo, seulement les électeurs bernés par des partis croissancistes et populistes sans aucune vision de nos lendemains qui vont déchanter. Quand l’urgence écologique se fera ressentir encore plus violemment qu’aujourd’hui, on saura alors pour qui voter.

dudu la trompette : Jadot ne veut pas entendre parler de cette primaire et il est déjà numéro 2 de Place publique. Ici on ne parle pas d’entrisme ! Le fait est que c’est Tondelier qui mise tout sur cette primaire « unitaire » dont personne ne veut à part elle-même, Ruffin, Autain et (peut-être) Faure.

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Bilan trés écolo des municipales (en 2020)

extraits : Les Verts enregistrent de bons scores lors de ce scrutin ; à Lyon, Bordeaux, Strasbourg, Grenoble, Tours ou encore Besançon, où les candidats estampillés EELV sont en tête. L’écologie politique est passée d’une offre de témoignage à une force politique majeure. Une chose a en effet changé en vingt ans, l’état de l’opinion publique. Personne ne peut plus se dire en désaccord avec l’objectif de préserver la planète ou celui de lutter contre le réchauffement climatique. Il y a eu un basculement particulièrement ressenti il y a deux ans avec les marches internationales des jeunes pour le climat. A ce moment-là, les parents, les grands-parents et les enseignants ont commencé à se sentir concernés…..

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Objections à la dissuasion macroniste

Le président de la République a annoncé le 2 mars 2026 la « mise en place progressive d’une dissuasion avancée », offrant notamment la possibilité pour les alliés européens « de participer aux exercices de la dissuasion » nucléaire française. Au lieu de lutter contre la prolifération, Macron veut mettre des bombes partout. Notre spécialiste répond à cet adepte de la guerre en fauteuil. Quand on est président, il suffit d’appuyer sur un bouton pour déclencher un cataclysme. Envisager à l’avance que c’est possible, c’est vouloir un crime de masse. Emmanuel Macron est un assassin potentiel, il devrait être jugé pour cela.

Emmanuel Macron : Tous ceux qui auraient l’audace de vouloir s’en prendre à la France savent le prix insoutenable qu’il y aurait pour eux, à payer.

Michel Sourrouille : La dissuasion marche si elle marche, mais si l’ennemi passe outre, le système de croyance sur lequel elle repose s’effondre. On ne peut pas gagner une guerre nucléaire. On ne peut que compter le nombre de morts civils. De plus la dissuasion « avancée » accroît les risques de guerre nucléaire, elle ne peut être perçue qu’agressive vis à vis de la Russie; cela ressemble à l’épisode des missiles Pershing dans les années 1980.

50% du budget de la défense devrait être consacré à la résistance non-violente, à la géopolitique citoyenne, à l’élimination des causes de la guerre. On n’élabore pas une société humaine sur des monceaux de cadavres. 

Emmanuel Macron : Nous devons penser notre stratégie de dissuasion dans la profondeur du continent européen, dans le plein respect de notre souveraineté, avec la mise en place progressive de ce que j’appellerais une dissuasion avancée.

Michel Sourrouille : La prévention et la résolution non violente des conflits représente une valeur fondamentale de l’écologie politique. Elle s’avère indispensable pour répondre à la montée des crises internationales : raréfaction des matières premières et des énergies non renouvelables, crises alimentaires, diminution des ressources en eau potable, dérèglement climatique générant des mouvements massifs de populations et des inégalités.

Une communauté socialiste d’hommes et de femmes éduqués aux méthode de la non-violence aussi intensément qu’ils le sont aujourd’hui aux méthodes de la violence pourrait permettre à une armée étrangère d’envahir son territoire et parvenir malgré tout à établir une défense du socialisme qui aurait de bonnes chances de triompher. Telle serait une dissuasion réellement avancée.

Emmanuel Macron : Il ne s’agit pas d’entrer dans une quelconque course aux armements. Cela n’a jamais été notre doctrine.

Michel Sourrouille : Mensonge. Macron a fait augmenter les dépenses militaires alors que la France est surendettée. Macron fait construire un nouveau sous-marin lanceur d’engins de mort. On croit mourir pour la patrie ; on meurt pour des industriels », écrivait déjà Anatole France en 1922. Tous les hommes d’État affirment que l’armement de leur propre nation est préparé uniquement pour des raisons de défense. Tous les hommes d’État affirment que l’existence d’armement dans un pays étranger constitue une raisons pour la création immédiate de nouveaux armements dans leur pays. Chaque nation se sent tenue d’imiter les autres. Les canons sont pointés vers les canons, les avions contre les avions, les bombes chimiques contre les bombes chimiques. Un acte de désarmement unilatéral abaisserait les tensions internationales.

L’existence d’une armée est en soi une raison de faire la guerre. Une nation désarmée ne peut en aucun cas être accusée d’être un agresseur. Il y a toutes les raisons de croire qu’un mouvement de la France vers un désarmement universel aurait un impact considérable.

Emmanuel Macron : Ma responsabilité est d’assurer que notre dissuasion conserve et qu’elle conservera à l’avenir son pouvoir de destruction assuré dans l’environnement dangereux, mouvant et proliférant. C’est pourquoi j’ai ordonné d’augmenter le nombre de têtes nucléaires de notre arsenal.

Michel Sourrouille : Il faut absolument remettre en cause le dogme de la dissuasion nucléaire. L’hiver nucléaire est toujours possible, il suffit d’appuyer sur un bouton. Hiroshima et Nagasaki victimes d’une bombe nucléaire montre que rien n’arrête certains dirigeants. La possession de la bombe par les USA n’a pas empêché l’URSS de se la procurer. La non-possession de la bombe par l’Iran n’a pas empêché Israël de se la procurer. La défense contre une attaque nucléaire surprise est impossible. Cela arrive si vite.

La France n’a adhéré au TNP (traité sur la non prolifération des armes nucléaires) que 22 ans après son entrée en vigueur. Elle n’a jamais « négocié de bonne foi » en faveur du désarmement nucléaire comme l’exigent l’art. VI du TNP et l’avis consultatif de la CIJ de 1996. Il faut d’urgence arrêter le programme de modernisation des armes nucléaires et adhérer au Traité sur l’interdiction des armes nucléaires (TIAN) adopté le 7 juillet 2017 par la Conférence des Nations Unies.

Emmanuel Macron : Pour être libre, il faut être craint et, pour être craint, il faut être puissant. Cette augmentation de notre arsenal en témoigne.

Michel Sourrouille : Se faire craindre, c’est refuser de se faire aimer. Contraindre, c’est le contraire de la liberté. Ce n’est pas le complexe militaro-industriel qui doit faire la loi sur une planète mondialisée ; on doit soutenir les instances internationales dédiées à la paix. La France, troisième exportateur d’armes dans le monde, devra agir pour une réduction et une reconversion substantielle de l’industrie de l’armement. Pour motiver les autres, on doit montrer l’exemple.

Alors que le TNP exige depuis 1992 de la France des « mesures efficaces relatives à la cessation de la course aux armements nucléaires à une date rapprochée », et depuis 2010 de « réduire encore le rôle et l’importance des armes nucléaires dans tous les concepts, doctrines et politiques militaires et de sécurité », la France modernise et accroît son arsenal nucléaire en lançant notamment un sous-marin lanceur d’engins de mort.

Emmanuel Macron : Notre sécurité ne s’est jamais conçue dans les seules limites de notre territoire, au plan conventionnel comme au plan nucléaire.

Michel Sourrouille  : La sécurité obtenue par la préparation de la guerre ne peut jamais arriver à instaurer la paix. La politique étrangère de la France en matière de sécurité collective doit contribuer à la mise en place d’un nouvel ordre mondial organisé dans le cadre des Nations Unies. L’armée française confiée à l’ONU deviendrait une force de paix considérable. Les réformes défendues par les écologistes ne peuvent se faire sur une planète en perpétuel conflit.

Rappelons la Charte de l’ONU  : « Nous, Peuples des Nations Unies, résolus à préserver les générations futures du fléau de la guerre qui deux fois en l’espace d’une vie humaine a infligé à l’humanité d’indicibles souffrances. » Cette Charte stipule que les États doivent résoudre leurs différends de manière pacifique et s’abstenir d’utiliser la force armée.

Emmanuel Macron : La dissuasion nucléaire française a vocation à dissuader tout Etat de s’en prendre à nos intérêts vitaux. Quels sont-ils ? Nous ne les avons jamais énoncés précisément, à dessein.

Michel Sourrouille : L’emploi de bons moyens est d’une plus grande importance que la poursuite de bonnes fins. Il en est ainsi parce que de bonnes fins ne peuvent pas été atteintes par de mauvais moyens. Accepter la possibilité de l’hiver nucléaire, c’est aller à l’encontre de tous les intérêts vitaux d’une nation, pas besoin donc de les définir.

La guerre nucléaire n’est pas la continuation de la politique par d’autres moyens, elle constitue une rupture avec les moyens classiques de la politique, à savoir le dialogue, la négociation, la gestion pacifique des conflits.

Emmanuel Macron : A coup sûr nos intérêts, s’ils couvrent le territoire hexagonal et ultramarin, ne peuvent se confondre avec le seul tracé de nos frontières nationales.

Michel Sourrouille : Chacun sa patrie, terreau de la guerre. Les différents récits nationaux européens ne sont pas compatibles. Il existe un Tout plus vaste dont la patrie n’est qu’un morceau.

Accorder à une partie de l’espace géographique la vénération qui ne peut revenir qu’à notre mère la Terre, c’est de l’idolâtrie.

Emmanuel Macron : Nous avons d’abord resserré en juillet dernier les liens avec le Royaume-Uni, partenaire majeur et puissance nucléaire indépendante avec laquelle nous reconnaissons depuis 1995 qu’il n’y a pas de situation engageant les intérêts vitaux de l’une sans que ceux de l’autre ne soient affectés.

Michel Sourrouille : La seule définition qui convient au mot « nation » est une communauté organisée pour faire la guerre. Resserrer les liens entre deux nations, c’est mathématiquement multiplier les causes de la guerre. On trouvera toujours des prétextes à défendre des « intérêts vitaux ».

Emmanuel Macron : Nous entrons sur le chemin de ce que j’appellerai la dissuasion avancée. Je préfère le dire tout de suite, il n’y aura aucun partage de la décision ultime, ni de sa planification, ni de sa mise en œuvre. En vertu de notre Constitution, elle appartient au seul président de la République comptable devant le peuple français.

Michel Sourrouille : Donner à un seul homme la possibilité de déclencher immédiatement le feu nucléaire, c’est l’inverse d’un système démocratique. Le Parlement devrait être systématiquement consulté, ce qui est incompatible avec le dogme de la dissuasion.

Les opérations militaires de la France devraient à chaque fois être sous mandat international catégorique. Le respect du droit international est la seule boussole politique fiable à même d’identifier un chemin viable vers la paix. Nous fermerons toutes les bases militaires à l’étranger, nous n’accepterons plus de bases américaines en Europe.

Emmanuel Macron : Nos forces aériennes stratégiques pourront ainsi se disséminer dans la profondeur du continent européen. Cette dispersion sur le territoire européen, à la manière d’un archipel de forces, compliquera le calcul de nos adversaires et donnera à cette dissuasion avancée beaucoup de valeur pour nous.

Michel Sourrouille : Prévenir le risque de guerre ne passe pas par la militarisation de la tension partout où cela est possible, mais au contraire par la démilitarisation des possibles partout où on peut. Certes le projet d’Europe fédérale passe par une véritable politique européenne de sécurité et de défense. Mais il s’agira uniquement (de Forces d’interposition dûment formées à la prévention et la résolution non violente des conflit. Créer un service civil européen portera un message de paix. Donner la possibilité aux jeunes de se déclarer objecteurs de conscience, opposés à l’usage collectif des armes, est une nécessité reconnue internationalement au niveau juridique.

Aucun des maux que l’on veut éviter par la guerre n’est un mal plus grand que la guerre elle-même. Il en coûterait cent fois moins pour protéger la planète que pour préparer sa destruction…Le respect du droit international est la seule boussole politique fiable à même identifier un chemin viable vers la paix. Les pacifistes sont des personnes qui tirent les leçons de l’Histoire. Macron est une personne déterminée à ne pas tirer les leçons de l’expérience passée.

Objections à la dissuasion macroniste Lire la suite »

Bifurcation. Hegel, Marx ou Malthus ?

Un article du MONDE qui montre à quel point l’engagement écologique réel est un véritable sacerdoce qui exige une mentalité d’acier… et un bon carnet d’adresses.

Marine Miller : Rien ne prédisposait ce diplômé de Sciences Po Paris à se retrouver sur un bateau de pêche. Arnaud Gilles a arpenté pendant cinq ans les salons des COP en tant que porte-parole de l’organisation non gouvernementale (ONG) WWF : Glasgow, Charm el-Cheikh, Montréal, Dubaï et Cali. Il y faisait ce qu’il nomme aujourd’hui de l’« écologie de salon ». « Les COP, raconte-t-il, c’était lunaire. Petits fours, costards, tu cales des rendez-vous, tu joues un rôle, tu parles aux journalistes. Moi, j’étais une courroie de transmission, j’essayais de porter les sujets qu’on défendait ».

En 2025, Arnaud quitte les cercles politiques parisiens pour se former au lycée maritime de Sète et passer son CAP de matelot. « J’étais arrivé au bout d’un cycle, je comprenais tout le décalage qu’il y avait entre cette écologie des élites et le quotidien des gens, en particulier des classes populaires ». Sur le chalutier Marie-Galante amarré à Port-en-Bessin-Huppain (Calvados), Arnaud, 31 ans, est matelot. Ses journées s’étirent, en fonction des marées, de 12 heures à 22 heures. Il se sent un peu cassé. Il jette un coup d’œil à ses mains. Abîmées, entaillées, rougies. Des mains de travailleurs. Ses genoux sont douloureux. Sans parler du dos, sur lequel il se colle des patchs antidouleur chauffants depuis trois semaines. Comme les autres marins, il carbure aussi au Nurofenflash. Toujours mieux que ceux qui tournent à l’héroïne. Son corps, explique-t-il, n’avait pas vraiment été préparé à ce travail intense et répétitif : « Je n’ai plus de temps ni d’espace pour réfléchir, je suis dans une sorte de grande machine à laver, où je pense surtout à l’économie de mes gestes. Ne pas me faire mal, ne pas perdre de temps. Je n’ai plus le temps d’intellectualiser ce que je fais. »

Cette bifurcation n’est pas sans rappeler celle que d’autres ont commencée avant lui. Des jeunes très diplômés, souvent ingénieurs, qui ont déserté les entreprises ou des « jobs destructeurs » pour inventer une nouvelle façon de vivre et de travailler. Mais en avril, Arnaud partira avec la Fondation Tara Océan dans les eaux du Pacifique, avec une équipe scientifique chargée d’étudier les coraux résistants au réchauffement climatique. La bifurcation « reste un geste inégalitaire »

La mesure phare  d’Arnaud Gilles s’il était président de la République : « Des quotas de pêches prioritaires pour la pêche artisanale française, qui représente 60 % de l’emploi et 80 % des navires. Comment est-il possible qu’on se soit laissé bouffer par la pêche industrielle ? »

Le point de vue des écologistes idéologues

Ainsi va le monde, on en connaît un certain nombre qui ont été encartés à la GP ( Gauche Prolétarienne) et qui sont devenus Inspecteur Général de L’éducation Nationale… C’était l’époque juste après mai 68 de la montée du marxisme dont les plus chauds militants on été intégrés et bien digérés par le système thermo-industriel. L’abondance nourrit le « toujours plus ». Aujourd’hui se sont les jeunes engagés pour le climat qui vont bientôt structurer les instances économico-politiques pour gérer la pénurie et la montée des guerres pour les ressources. La période de confinement où on ne pouvait plus se déplacer librement et où on revenait aux achats de première nécessité nous a donné un avant-goût de ce que va être bientôt le vécu de nos générations futures : la sobriété dans tous les domaines.

Ce n’est pas la volonté des humains qui dictent nos comportement, mais l’état des ressources naturelles dont dépend notre genre de vie. Pour K.Marx, les forces motrices de l’histoire sont à chercher dans l’organisation « matérielle » des sociétés, c’est-à-dire pour lui dans la façon dont elles produisent leurs richesses. C’était une critique de l’idéaliste Hegel pour qui la dialectique (le changement social) est issu du mouvement des idées. Il faut attendre l’année 1971 qui marque un véritable tournant analytique. C’est Howard Odum (Environment, power, and society, 1971) qui fait observer que dans la combinaison « homme, esprit, énergie », c’est la source d’énergie et non l’inspiration humaine que, en dernière analyse, fixe les limites du progrès humain.

Mais c’est Malthus qui a posé clairement le problème de base posé à toute réflexion rationnelle : les ressources de la planète sont limitées, l’humanité ne peut donc croître indéfiniment en nombre. Ce prêtre anglican est donc un précurseur de l’écologie, terme qui n’a été créé qu’en 1866 par Ernst Haeckel.

Lire Thomas Robert MALTHUS, penseur de la finitude

https://librairie.edilivre.com/essai/36649-malthus-penseur-de-la-finitude-demographie-et-responsabilite-9782414821136.html

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Infrastructure matérielle au sens marxiste… et écolo

extraits : K.Marx avait raison d’accorder aux conditions matérielles d’existence un statut explicatif de l’infrastructure idéologique et politique. Mais ce faisant il n’a considéré que le facteur travail et capital, oubliant le fondement strictement matériel qui sous-tend à son tour l’existence des sociétés humaines : l’état des ressources naturelles. C’est Bertrand de Jouvenel qui a le mieux explicité cette nouvelle perception dans son livre publié en 1968 « Arcadie, essai sur le mieux vivre » : « Nous faisons preuve de myopie lorsque  nous négligeons de nous intéresser à l’entretien et à l’amélioration de notre infrastructure fondamentale : la Nature. Une autre manière de penser, c’est de transformer l’économie politique en écologie politique ; je veux dire que les flux retracés et mesurés par l’économiste doivent être reconnus comme dérivations entées sur les circuits de la Nature.

Planification de nos besoins, une nécessité

extraits : « Comment bifurquer » : un manuel de Cédric Durand et Razmig Keucheyan en 2024 pour planifier la transition écologique, une des premières tentatives de théoriser une planification. Contrairement à la planification indicative de la France des années 1960 ou la planification impérative de l’Union soviétique, elle n’aurait pas pour objectif de produire plus, mais plutôt de produire moins, en fonction des besoins, dans le respect des limites planétaires. ...

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Une hausse normale des prix à la pompe

Sur ce blog biosphere, nous ne nous intéressons qu’aux déterminants du long terme et pas à l’écume des jours présents.

L’État se polarise sur ce qui ne le regarde pas vraiment, le prix du carburant. Dans notre système libéral de marché, ce prix est soumis à la loi de l’offre et de la demande. Si l’offre devient insuffisante face à la demande, le prix augmente. Si la pénurie arrive, le prix explose. C’est ce qui est s’est passé lors des premiers choc pétroliers de 1974 et 1979. Mais il s’agit là d’une réalité de court terme, à un instant donné. En fait depuis qu’on sait que les ressources fossiles ne sont pas renouvelables et que leur combustion provoque le réchauffement climatique, les prix à la pompe devraient augmenter constamment pour que les gens s’obligent à la sobriété énergétique. Comme le marché est incapable de prévoir le long terme, l’État doit intervenir. Mais pas pour réduire la facture pour le consommateur, tout au contraire pour l’augmenter…

lemonde.fr avec AFP : La guerre au Moyen-Orient et le blocage du détroit d’Ormuz ont provoqué une envolée historique du prix du baril de pétrole. Dans un marché paniqué, le baril de pétrole a flambé le 9 mars 2026, et a tutoyé brièvement 120 dollars, envolée historique. Le premier ministre, Sébastien Lecornu, avait annoncé le 8 mars 2026« un plan exceptionnel de 500 contrôles » dans les stations-service pour éviter les « hausses abusives des prix à la pompe ». Ils seront réalisés par la répression des fraudes (DGCCRF). Le ministre de l’économie, Roland Lescure, procédera au “name and shame” », en référence à la pratique consistant à montrer du doigt le nom des entreprises non vertueuses.

Le point de vue des écologistes à pied

Guerre contre l’Iran et blocage du détroit d’Ormuz, le Rassemblement national (RN) et la France insoumise (LFI), se sont émus de la conséquence, une hausse des prix. Le parti lepéniste réclame depuis plusieurs années de réduire la TVA de 20 % à 5,5 % sur les carburants, le fioul et le gaz. Il appelle aujourd’hui encore à une baisse des taxes sur les carburants. Eric Coquerel (LFI), a demandé au gouvernement de « réfléchir à un blocage des prix » de l’essence.

Les deux partis politiques populistes (RN et LFI) font l’inverse de ce qu’il faudrait faire. Ils cajolent le consommateur dans le sens du poil en ignorant que les ressources énergétiques deviendront obligatoirement de plus en plus chère à cause de leur rareté croissante. Le marche est myope, il ne voit pas plus loin que l’état de l’offre et de la demande. Les populistes sont aveugles, ils ne voient que l’horizon de la prochaine élection.

Le prix du baril n’est rien, la disponibilité en quantité de la ressource devrait être le seul indicateur fiable. Or la quantité de pétrole est fixé à l’avance, il a été formé autre fois pendant des centaines de millions d’années. Depuis des dizaines d’années la consommation de pétrole est supérieure à la quantité découverte. Pourtant, la production de pétrole a continué d’augmenter, mais un pétrole qu’il faut aller chercher pour beaucoup plus cher. Il faut donc nous préparer au choc pétrolier ultime en nous sevrant progressivement de notre soif d’or noir. Prenons au sérieux la pénurie à venir d’une ressource non renouvelable et l’alerte climatique, transformons nos besoins et nos économies afin de diminuer si fortement la consommation d’énergies fossiles qu’elle tombera en dessous de leurs limites géologiques à venir.

Le vrai prix du carburant

Quel est le véritable prix du baril de pétrole ? (juin 2018)

extraits : Pour les Romains le gage de la croissance était le nombre d’esclaves, pour le monde moderne c’est la merde du diable (le pétrole). Le prix du baril Brent était de 74,75 dollars le 29 mai 2018, le marché du système libéral ne sait pas si demain il sera à 20 dollars ou à 1000 dollars. Tout ce qu’on prévoit quand on raisonne en fonction des réalités géophysiques, c’est que le pic du pétrole conventionnel est déjà dépassé depuis 2006, ce qui aurait dû entraîner une hausse constante de prix car plus c’est rare, plus c’est cher. L’ère utile du pétrole en tant que combustible fossile s’achèvera avant le milieu du XIXe siècle, autant dire demain….

Le quadruplement du prix du baril, une bonne nouvelle (mars 2017)

extraits : Nous vivons actuellement un contre-choc pétrolier, les cours du baril sont tombés de 114 dollars mi-juin 2014 à 55 dollars. La baisse des investissements qui en a résulté pourrait entraîner un début de pénurie et une nouvelle flambée des prix. Les « forces du marché » ne fonctionnent qu’à court terme. Pour les investisseurs, le scénario de la production de pétrole jusqu’à la dernière goutte reste le plus attractif. Pourtant l’Agence internationale de l’énergie (AIE), dans son rapport World Energy Outlook 2011, révélait que la combustion de l’énergie fossile produite actuellement et dans les années à venir par les équipements existants en 2010 provoquerait à l’horizon 2050 un réchauffement du climat de 6° C. L’AIE précisait que « notre économie planétaire ne pourrait absorber sans catastrophe majeure qu’une élévation de température de 2°C. »….

juste prix du baril (mars 2009)

extraits : Les spécialistes n’ont pas vu venir l’envolée des prix du baril (147,5 dollars à la mi-juillet 2008) ni son effondrement (35 dollars mi-décembre). Pourtant le spécialiste du Monde (rubrique matières premières, 29-30 mars) s’interroge doctement sur le juste prix ou optimum économique. A-t-il la réponse ? Oui, il a la réponse : « Le prix équitable se situe autour de 70 dollars ». Pour l’affirmer, il suffit à Jean-Michel Bezat de recopier ce que réclame les pétromonarchies du Golfe. Ni le journaliste, ni les pétromonarchies, ni le CGES (Centre for Global Energy Studie) ne s’interrogent sur la raréfaction croissance du pétrole, le pic pétrolier imminent et le réchauffement climatique provoqué par la combustion de pétrole. Le long terme n’existe pas pour ces « spécialistes », rien ne vaut le bon temps du court et moyen terme. Les générations futures se passeront de pétrole, ils n’avaient qu’à naître au moment des Trente Glorieuses, période qu’on surnommera plus tard les années toxiques….

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Objection de conscience face à l’IA générative

Certains ont fait valoir l’objection par opposition à l’usage collectif des armes. D’autres revendiquent aujourd’hui l’objection de conscience pour s’opposer à la mise en place des technologies d’intelligence artificielle (IA) générative dans les universités et les grandes écoles. En novembre 2025, un collectif a publié un manifeste, signé par environ 2 800 enseignants et enseignants-chercheurs de toutes disciplines partout en France, pour marquer un net refus: « Le déploiement de l’IA générative [qui regroupe notamment les applications comme ChatGPT ou ses concurrents] dans les institutions de l’enseignement supérieur et de la recherche est incompatible avec les valeurs de rationalité et d’humanisme que nous sommes censés représenter et diffuser ».

Soazig Le Nevé : Trois arguments sont avancés, en premier lieu « le gouffre énergétique et matériel » qu’engendre l’installation massive de l’intelligence artificielle, liée à son impact sur l’accès à l’eau, aux métaux rares et à l’électricité. Viennent ensuite « les lourds dégâts sociaux associés à ce système qui se voient renforcés » comme le « travail du clic » des travailleurs précaires. Enfin, les signataires s’opposent à ce que des mégafirmes tels OpenAI et les Gafam (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft) accumulent « un pouvoir démiurgique », et ce, sans faire mystère de « leurs projets mégalomaniaques, eugénistes, et de leur détestation de la démocratie ».

Pour Guillaume Carbou,« il faut couper court à l’idée qu’on pourrait choisir entre les bons et les mauvais usages de l’IA ».

Le point de vue des écologistes qui utilisent leur propre cerveau

– Faut être sacrément idiot pour croire que chatgpt, c’est mieux que chercher par soi-même.

– Les ravages de l’IA sont déjà dans l’enseignement secondaire.

– Si vous envoyez un robot à votre place à la salle de sport, estimez-vous que ça va servir à quelque chose ?

– Les étudiants perdront la capacité de déduction à la lecture d’un texte. Leur esprit sera formé à utiliser l’IA et ils seront devenus des robots

– Gagner du temps et perdre des compétences… c’est tout à fait ça. Et pour quelle raison gagner du temps ? Pour aller scroller sur des vidéos de chats ?

– Il faut rejeter les calculatrices car cela réduit nos compétences en calcul mental.

– Ces universitaires ont raison. Mais ça ne sert à rien d’avoir raison quand on lutte contre une déferlante phénoménale.

– Leurs étudiants utilisent déjà ChatGPT depuis belle lurette !

– Ces objecteurs veulent seulement rappeler que la maison brûle et qu’il y a mieux à faire que se plier servilement à l’agenda délirant de quelques milliardaires de la tech.

Mais comment pouvions nous faire avant l’IA ?

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L’IA altère notre pensée, la lecture aussi 

extraits : Mieux vaudrait privilégier l’accès de tous à un nombre restreint de textes importants. L’usage de l’écriture, de l’imprimerie, des moteurs de recherche et de l’IA implique une délégation de nos capacités intellectuelles. A travers l’écriture, puis le livre, on délègue la mémoire : plus besoin de se remémorer par nous-mêmes les savoirs. Avec les technologies d’enregistrement analogique comme la photographie et la télévision, on délègue la mémoire des sons et des images. Avec le numérique, nous déléguons aux algorithmes de recommandation notre capacité de jugement et de décision. Et aux IA génératives, notre capacité d’expression. Ce n’est plus moi qui m’exprime, les machines le font à ma place….

ChatGPT nous empêche de devenir intelligent

extraits : On demande à quelqu’un de penser à notre place, évidement on n’aura pas la même trace dans notre cerveau que si l’on avait réfléchi sur le sujet. L’IA est déjà utilisée par des millions d élèves pour avoir de bonnes notes sans travailler ; en ressort conformisme et bouillie intellectuelle. Depuis que le smartphone et son annuaire garde les contacts, on n’est plus capable de mémoriser un n° de tel. Si tu mets l’assistance GPS, tu reste incapable de t’orienter même si tu as déjà fait le trajet. L’usage intensif de la voiture induit une diminution des capacités à marcher.L’homme s’autodétruit par les machines et pas seulement écologiquement….

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Raphaël Glucksmann est-il un écologiste ?

La réponse de Perplexity : Non, Raphaël Glucksmann n’est pas un écologiste.

Il est le leader de Place publique, un mouvement social-démocrate et pro-européen, et conduit des listes avec le Parti socialiste (PS), comme aux européennes de 2019 et 2024. Il refuse les alliances avec les écologistes ou La France insoumise, il propose d’ouvrir son projet à des « humanistes et écologistes » mais en second cercle, sans en faire partie. Aucune information récente (jusqu’en 2026) ne l’associe à un parti écologiste ou à une étiquette verte.

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Macron, des Européennes aux Législatives (juin 2024)

extraits : Raphaël Glucksmann sur une union à gauche et écolo… « Voici les conditions : un soutien indéfectible à la construction européenne, un soutien indéfectible à la résistance ukrainienne, l’abrogation de la réforme des retraites, de l’assurance-chômage et de la loi “immigration”, une accélération de la transition écologique et un rejet de la brutalisation de la vie politique. Si ces conditions ne sont pas remplies, on ne fait pas alliance…. Je vais prendre mon bâton de pèlerin et soutenir tous les candidats face au RN qui auront adhéré à ces cinq points qui sont les cinq points basiques de respect de la démocratie et je ne fais pas ça pour être premier ministre. J’ai une idée, ça ne sera clairement pas Jean-Luc Mélenchon. Je pense à Laurent Berger [ancien secrétaire général de la CFDT] qui a incarné la lutte contre la réforme des retraites, qui a été d’une responsabilité aussi grande que l’irresponsabilité de notre président actuel. »…

Européennes 2024, du plus écolo au moins écolo (juin 2024)

extraits : Pour les Européennes 2024, et éclairer le vote du 9 juin, voici notre classement de la liste la plus écolo à la moins écolo . Nous nous appuyons sur les 15 professions de foi envoyées dans les boîtes aux lettres (sur une liste de 38 officielles).

1. Europe Écologie Marie Toussaint. « Pour l’Europe, pour nos vies, l’écologie ».

2. Réveiller l’Europe (Glucksmann). Les élections européennes du 9 juin 2024 sont les plus importantes de l’Histoire.

L’écologie se retrouve dans certains des 11 engagements, par exemple l’Europe du train, la sauvegarde des océans, l’agroécologie…

Claire Nouvian, militantisme et désespoir (janvier 2020)

extraits : Claire Nouvian, dégoûtée par les politicards… Présidente de l’association Bloom, Claire Nouvian a été l’une des fondatrices de Place Publique avec Raphaël Glucksmann. Leur mouvement a fait alliance aux européennes avec le PS. Elle raconte l’arrière-cuisine des partis, dont elle se dit « dégoûtée ». Extraits : Une poignée d’intrigants ont transformé Place publique en organe classique où règnent les luttes intestines et où les courtisans réussissent plus que les combattants. Loin d’être rappelés à l’ordre, ceux qui se sont le plus mal comportés ont au contraire pris du galon dans le premier cercle. Les arrivistes auront toujours, par définition, une longueur d’avance sur les autres puisqu’ils passent leurs journées à calculer leurs coups, puisqu’il n’y a rien d’autre dans leur horizon que leur carrière et la constitution d’une rente politique. Nous savons tous, en théorie, que la politique fonctionne ainsi, selon un système féodal d’allégeances, mais en faire l’expérience pratique change tout. J’ai été dégoûtée par cette forme de prostitution de la démocratie…

annexe : Raphaël Glucksmann est-il un pacifiste ?

La réponse de Perplexity : Raphaël Glucksmann n’est pas un pacifiste au sens strict. Bien qu’il défende une position nuancée sur les conflits internationaux, il s’oppose explicitement à certaines formes de passivité politique. Sur la question israélo-palestinienne, il affirme qu’on peut « soutenir le peuple de Gaza sans être ambigu vis-à-vis du terrorisme ». Son positionnement se caractérise surtout par une affirmation de la puissance européenne. Il déclare œuvrer « à l’affirmation de la puissance européenne, être au cœur de la construction d’une défense européenne autonome », ce qui s’oppose à une logique pacifiste traditionnelle. Son approche privilégie plutôt la stabilité institutionnelle et la construction d’une Europe forte, plutôt que le refus de toute forme de confrontation politique ou militaire.

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Éduquer l’enfant à suivre sa propre voie

L’éducation des enfants a pour finalité d’en faire, non pas des citoyens obéissants, mais des citoyens responsables, capables d’apprécier et de juger les normes et valeurs à laquelle la société leur demandera d’obéir. En clair, les enfants doivent savoir désobéir à un ordre injuste, quel que soit celui qui le leur demande, un parent, un enseignant, l’Etat.

(Re)lisons le petit livre rouge des écoliers et lycéens de 1969. Extraits, le livre fait 190 pages.

Etienne Bolo dans la préface : Les adultes ne sont pas tout-puissants pour la bonne raison que très souvent ils n’ont même pas le pouvoir de modifier leur propre situation ou d’agir comme ils le voudraient. Et ce sont les enfants et les jeunes qui paient l’addition. Nous parlons dans ce petit livre de tous les sujets qui ont de importance quand on va en classe.

L’enseignement

Beaucoup de professeurs (pas tous) pensent que ce serait une perte de temps bien inutile que de permettre aux élèves d’apprendre des choses par eux-mêmes. Beaucoup estiment aussi qu’il est bon qu’une partie du travail qu’ils donnent aux élèves soit ennuyeuses. Comme ça, pensent-ils, les élèves appendront très tôt que la vie est pleine d’obligations bien ennuyeuses. Ces professeurs se trompent. Mais pour apprendre quelque chose, il faut premièrement que tu fasses un effort. Deuxièmement que tu disposes autour de toi les moyens pour faire cet effort. Tout ce que tu sais, c’est toi et toi tout seul qui l’a appris. La seule façon d’apprendre comment distinguer le vrai du faux, c’est de pouvoir le découvrir soi-même par l’expérience. La plupart des professeurs veulent que vous vous sentiez bien en classe, parce qu’alors, eux aussi se sentent bien. Si vous trouvez qu’un de vos professeurs n’est pas très doué pour l’enseignement, il faut que vous l’aidiez à améliorer ses façons de faire.

Si on te donne un devoir, ce n’est pas pour que tes parents t’aident à le faire. Tu peux réunir quelques camarades et faire les devoirs ensemble. S’il y a quelques chose que tu ne sais pas faire, ne le fais pas. Et le lendemain, n’hésite pas à dire à ton professeur pourquoi tu n’as pas pu faire le devoir. Si vous voulez établir un vrai programme de travail, consultez d’autres livres et laissez-vous aussi inspirer par le monde qui vous entoure. Beaucoup de professeurs n’ont fait autre choses pendant toute leur vie que de fréquenter des écoles, d’abord comme élèves, puis comme étudiants, ensuite comme professeurs ; ils ignorent l’essentiel du monde qui les entoure. Ce sont des spécialistes dans une branche déterminée du savoir. Ils ne savent pas grand chose sur l’art d’enseigner.

Les relations entre jeunes et adultes ne sont vraiment positives que lorsque les uns et les autres peuvent s’influencer et s’enseigner réciproquement. Servez-vous du journal de l’école. Les actes influencent plus que les paroles.

Les camarades

Tu rencontres toutes sortes de camarade. Il y en a à qui on peut faire confiance, et d’autres qui trahissent leurs promesses. Il y en a qui ont toujours de bonnes idées et d’autres presque jamais. Sais-tu que tu es influencé par tes camarades. Tu as le droit de développer ta personnalité en suivant ta propre voie. Tu es quelqu’un, tu peux apprendre des autres et les autres peuvent apprendre de toi.

Il faut que tu saches que quelqu’un ne peut rester un leader qu’aussi longtemps que tu le reconnais comme tel. Deviens ton propre leader.

L’intelligence

On croyait que tous les gens naissent avec une certaine dose d’intelligence qu’ils gardaient jusqu’à la fin de leur vie. C’est absurde. Des vrais jumeaux sont parfaitement égaux génétiquement. Mais s’ils sont élevés par des personnes différentes, ils n’auront pas la même intelligence. Personne n’est mauvais en tout. Mais les méthodes employées à l’école favorisent les enfants appartenant à des milieux déjà favorisés. On peut avoir une intelligence scolaire, c’est-à-dire réussir en classe, mais être bête dans les activités extra-scolaires qui sont pourtant le tissu de la vie quotidienne.

Pour changer l’école, il faut changer la société. Pour changer la société, il faut changer l’école. La moindre chose que nous changeons dans l’école peut avoir des répercussions dans la société. La moindre chose que nous changeons dans la société peut avoir des répercussions dans l’école. Pour changer quelque chose, transformer le monde, n’oublie pas qu’il faut commencer par agir là où tu te trouves.

Pour aller encore plus loin

Tous les enfants de France devraient connaître la Déclaration des 121 sur le droit à l’insoumission en 1960 dans la guerre d’Algérie ou le Manifeste des 343 en 1971 pour légaliser l’avortement. La désobéissance civile est la respiration de la démocratie. Le problème de nos sociétés pseudo-démocratiques, en fait soumises aux diktats de l’économie, c’est qu’il faudrait pratiquement désobéir à tout. Non seulement désobéir aux OGM ou à la publicité…, mais désobéir aussi aux petits chefs dans les bureaux, à la consommation de masse, à la société du spectacle, au productivisme, au populationnisme, à la mondialisation, etc. Autant dire que les enfants ont beaucoup à apprendre de ce qu’il faudrait faire…

La désobéissance civile sur notre blog biosphere

7 janvier 2023, L’urgence écologique entraîne la désobéissance civile

19 décembre 2022, Le pourquoi de la désobéissance civile

1er octobre 2022, La désobéissance civile des scientifiques

26 septembre 2021, Formations à la désobéissance civile NV

19 mai 2021, 29 mai, formation à la désobéissance civile

9 février 2021, Tout savoir sur la désobéissance civile

15 octobre 2019, Pour ou contre la désobéissance civique

19 septembre 2019, José Bové, désobéissance civile ou civique ?

1er octobre 2019, Biosphere-Info, la désobéissance civique (SYNTHÈSE)

2 juin 2018, Violer une centrale nucléaire, une très bonne action ?

2 juin 2016, À lire, La désobéissance civile (H.D.Thoreau, 1849)

22 mai 2014, La désobéissance s’apprend, savoir déterminer l’injuste

26 juin 2012, Devenons casseurs de pub, soutenons les déboulonneurs

24 janvier 2012, Devenir activiste avec Greenpeace

4 octobre 2011, fauchage des OGM, obscurantisme ou démocratie ?

14 septembre 2011, appel à la désobéissance généralisée

17 septembre 2010, ne pas confondre désobéisseur et désobéissant !

29 avril 2007, Collectif des déboulonneurs

Éduquer l’enfant à suivre sa propre voie Lire la suite »