Faire l’amour en toute simplicité, difficile

Bilan d’un appel à témoignages lancé par le collectif féministe #NousToutes : 89,3 % des répondantes disent avoir déjà subi une pression de la part d’un partenaire pour avoir un rapport sexuel. Ce collectif « demande à ce que la question du consentement devienne un sujet politique »*. La validité de cette « enquête » se fait étriller par les commentateurs sur le monde.fr, quasiment unanimes :

P.Gaujard : Ce n’est pas une enquête c’est un appel à témoignages. ce n’est pas représentatif de quoi que ce soit. Que font les décodeurs? Ils ont été virés?

Michel Marie : Sur tous les sujets en rapport avec le féminisme, Le Monde se transforme en journal militant, et perd de vue tout ce qui fait la base du métier de journaliste. Ce quotidien ne fait que reprendre les positions de groupuscules sectaires et intolérants, sans même faire un effort d’analyse. La moindre enquête sérieuse commence par définir les termes employés. « Neuf femmes sur 10 disent avoir subi une pression pour avoir un rapport sexuel » selon le titre de cet article complaisant. Mais à aucun moment, la notion de « pression » n’est définie. Il ne s’agit donc pas d’une enquête mais d’un ramassis de propos de comptoirs.

Berjac : On commence par un appel à témoin qu’on assimile à une enquête sur échantillon représentatif. Puis on assimile une insistance légère ou lourde à un viol. Il y a quelques jours sur un autre article, on annonçait la fin de l’hétérosexualité. On finira par ne plus rien prendre au sérieux.

Jean Kazadi : Quelle différence fait-on entre courtiser et faire pression sur une femme ?

Philou : Moi aussi j’ai à accepté pour faire plaisir à ma copine. Moi aussi j’ai été réveillé. Ce qui est dramatique c’est le côté binaire qui est en train de gagner notre société. Moi, moi, moi et à la fin, aucun compromis. Avec aussi l’absence totale de la compréhension de la notion de nuance, de contexte etc etc. On met dans le même sac la violence physique qui est inacceptable et le concessions du vivre ensemble.

PV : Ma femme m’a invité à l’hippopotamus pour la St Valentin, j’étais fatigué et aurais préféré regarder la télé, s’agit il d’une pression à passer à la casserole une fois à la maison ?

Pierre HUBU : La plus à plaindre, c’est la dixième, celle qui n’a jamais subi aucune pression pour avoir un rapport sexuel…

Jean-Pierre Bernajuzan : Les commentaires vont de pire en pires. Si on leur dit qu’ils défendent le machisme, ils nient et trouvent une bonne raison, à côté, pour contester tous les efforts, toutes les études qui essaient de mettre à jour les pratiques réelles des Français, hommes et femmes, chacun avec leur ressenti.
Furusato : Non, JPB, c’est la malhonnêteté d’un certain féminisme, son travail au marteau sur des termes confus comme celui de pression. Exemple un des partenaires sexuels n’est pas vraiment excité,ne veut pas vraiment mais se dit bon je vais faire plaisir et s’y met ( parfois avec un excellent résultat), c’est arrivé maintes fois dans mon couple ….d’un côté ou de l’autre. Pression, auto-contrainte ? Et alors ? l’excitation sexuelle des débuts d’une relation , dans son alignement parfait des désirs, dure seulement deux mois en moyenne. Et après ?

Leonidas @ Bernajuzan : Selon une étude faites par moi même (niveau méthodologique équivalent à celui de ce collectif) : 99% des femmes sont opposées au féminisme hystérique et ne partage pas leur haine obsessionnel des hommes. C’est la preuve que ça n’a rien avoir avec du machisme ! Sauf si par « machisme » vous entendez ne pas se laisser insulter et marcher dessus par des hystériques totalitaires.

Catherine R. : Je suis une femme et ces nanas m’horripilent.

C.Carlin : On sait que les femmes passent des heures à trouver le meilleur maquillage, la meilleure tenue, le meilleur soutien gorges, etc pour s’attirer les regards sexuels et les faveurs des hommes. L’égalité est dans les deux sens : si elles veulent être « respectées » (càd pas remarquées, dans leur vocabulaire), alors elle ne doivent plus se mettre en scène non plus. Il faut être un peu logique.

28 février 2020 Sexualité, seins nus et Cour de cassation

10 février 2019 Nature de la sexualité et droit à la sexualité

30 décembre 2018 La bipédie, origine de notre sexualité très encadrée

13 janvier 2018 Sexualité et harcèlement, l’homme, un animal dénaturé

1er septembre 2011 nature et sexualités : le débat sur le genre humain

9 septembre 2009 démographie, sexualité éclairée

* LE MONDE du 4 mars 2020, Neuf femmes sur 10 disent avoir subi une pression pour avoir un rapport sexuel, selon une enquête

L’urgence climatique interdite de publicité

Greenpeace souhaitait diffuser dans les couloirs du métro une campagne de communication sur l’urgence climatique et l’inaction des décideurs politiques. Mais la régie publicitaire des transports parisiens Mediatransports s’est opposée à sa diffusion. Pourtant les visuels avaient été jugés conformes par l’ARPP, l’autorité de régulation professionnelle de la publicité.

directrice de la communication à Mediatransports : « Dans les contrats avec la RATP et la SNCF, nous n’avons pas le droit de diffuser des campagnes qui ont un caractère politique ou religieux en raison d’un devoir de neutralité…  Cette campagne ne respecte pas ce devoir de neutralité puisqu’elle mentionne l’inaction des décideurs politiques. »*

directeur général de Greenpeace France : « Dans un contexte où les alertes des scientifiques se succèdent pour expliquer que nous sommes la dernière génération à pouvoir agir, il est surprenant de constater que Mediatransports considère des affiches rappelant l’urgence climatique comme indignes du métro parisien, alors que les compagnies aériennes par exemple y développent des campagnes d’ampleur, incitant les voyageurs à prendre l’avion comme d’autres prennent le métro. »* Tout est dit, on a le droit d’empoisonner le climat avec des pubs pour les avions, les bagnoles, la mode, le tourisme, etc. On n’a pas le droit de dire qu’il est urgent d’agir. Quelques commentaires sur lemonde.fr nous font plaisir :

Jean Claude Grange : Faire des publicités avec des gros SUV – toujours montrés dans des paysages splendides et déserts, c’est OK. Faire des publicités pour des sites de rencontres extra conjugales, c’est OK. Faire des publicités avec des femmes en tenues légères pour vendre n’importe quoi, c’est OK. Allumer des écrans toute la journée en consommant une énergie folle pour affiche des publicités, c’est OK. Mais alerter les gens sur l’inaction des gouvernements, c’est pas OK. Et le pire est qu’il s’agit de la décision d’un « service public ».

Lecrapaud : On retiendra que la consommation n’est pas un message politique. Tartufferie vous dîtes?

Françoise B. : Montrer dans le métro des pubs pour des voitures, des croisières, des magasins, des produits de luxe, des banques etc : ça, c’est bien ! Montrer l’urgence climatique : ça, c’est pas bon pour les affaires, coco ! Au panier !! Le consommateur doit consommer, et surtout pas réfléchir.

Zhkarojr : Cela fait longtemps que je ne prend plus le métro à cause de la publicité omniprésente, agressive et qui me donne envie de vomir.

G. Delaurens : Dès lors que le message de Greenpace était justifié, le fait que la régie publicitaire de la Ratp l’ait invalidé montre que l’appel récent des scientifiques à une désobéissance civile ou citoyenne n’est pas prêt d’être relayé.

Articles antérieurs sur notre blog biosphere :

2 février 2016, Faire disparaître les riches, l’innovation… et la publicité

30 décembre 2015, Ascèse ou désir, l’emprise de la publicité sur nos vies

26 novembre 2014, Action municipale contre la publicité, autres actions…

6 septembre 2014, Halte à la publicité sur les chaînes publiques et privées

3 décembre 2013, « déboulonneurs » de publicité, des publiphobes ?

4 septembre 2013, Publicité, désinformation et dévastation du monde

3 septembre 2013, Publicité, règne des marchands et de la propagande

2 septembre 2013, La publicité ne relève pas de la liberté d’expression

* LE MONDE du 4 mars 2019, Une campagne de Greenpeace sur l’urgence climatique refusée dans le métro parisien

Les arguments des ennemis de l’écologie

L’écologie est un totalitarisme. Luc Ferry dans son livre « le Nouvel Ordre écologique » atteint le point Godwin en 1992. Sa comparaison de l’écologisme avec le nazisme est significative d’un refus de l’analyse argumentée ; « Hitler n’était-il pas végétarien ! » En juillet 2019 dans Le Figaro il se déchaîne toujours : « Après la chute du communisme, la haine du libéralisme devait absolument trouver un nouveau cheval. Miracle : l’Écologisme fit rapidement figure de candidat idéal. » Puis en août : « C’est désormais écologisme radical qui, sous les couleurs de l’effondrisme prend le relais de leur anticapitalisme, c’est lui qui poursuit l’idéal antilibéral du gauchisme et du tiers-mondisme défunts ». En fait il s’agit là de défendre un système croissanciste en présupposant une face caché de l’écologisme. Luc Ferry est le chien de garde d’un capitalisme libéral qui met en péril l’avenir des générations futures. Son accusation repose sur l’idée que l’écologie porterait en germe un projet de société totalitaire alors que c’est notre inaction présente provoquée par les défenseurs du business as usual qui accroît les problèmes et facilite un passage au fascisme.

L’écologie est un anti-humanisme. Claude Allègre reprend à son compte en 2007 l’argument de Luc Ferry : « Luc Ferry distingue deux tendances. L’une, environnementaliste, pour laquelle l’homme est premier. Il faut aimer la nature d’abord par raison. Dans la seconde qu’on appelle deep ecology, c’est la nature qui est première. Les environnementalistes sont des humanistes qui critiques le progrès de l’intérieur. Les éco-fondamentalistes sont  hostiles à l’humanisme, leurs critique sont externes. » Il relaye une citation qui tourne en boucle parmi ces intellectuels : « Comme dit Marcel Gauchet (en 1990), « l’amour de la nature dissimule mal la haine des hommes » L’animal ou l’arbre doivent être protégés, respectés, pourquoi pas vénérés  ! C’est la stratégie de la deep ecology qui poursuit en justice ceux qui coupent les arbres ou qui tuent les insectes avec le DDT. Tout ce qui est naturel est bon. Donc tout ce qui modifie la nature est à poursuivre, à condamner. L’homme et la société passent au second rang. » En bref, « ils aiment la nature parce qu’ils détestent les hommes » ! Ça sonne bien mais c’est là faire un procès d’intention, faire dire à autrui ce qu’il n’a jamais pensé. Le discours anti-écolo se nourrit d’un inépuisable carburant, la mauvaise foi.

L’écologie est un néo-malthusianisme. Jean Baptiste Fressoz* ne peut s’empêcher d’enfourcher sans preuve un anti-malthusianisme primaire répandue dans une frange de la gauche décroissante : « Certains discours tenus au nom de l’écologie sont porteurs d’un discours néo-malthusien à la limite du racisme sur le péril démographique que représenteraient les pays africains. On voir les passerelles possibles entre néo-malthusiens, discours de l’effondrement et politique anti-migratoire d’extrême droite. » L’amalgame est un procédé vraiment pas très argumenté. Nier que la question démographique se pose, c’est nier la réalité. Pourtant cet historien sait aussi combattre les anti-écolos : «  J’emploie l’expression carbo-fasciste comme un pied de nez à l’expression « éco-fasciste » popularisée par Luc Ferry et consorts, qui désignerait de soi-disant écologistes extrémistes et anti-humanistes. Je n’ai pas du tout l’impression que le danger autoritaire vienne des militants écologistes. Le risque vient plutôt de gouvernements d’extrême droite farouchement anti-écolo. »

Conclusion : « Faut-il vraiment que nous renoncions à nos voitures et à nos avions, nos smartphones, nos usines ou nos hôpitaux high-tech pour sauver la planète » s’exclame Luc Ferry en parlant d’écologisme mortifère, punitif, à vocation totalitaire. Oui, Luc, il faudra se passer de tout ce qui est superflu. Dire l’inverse, c’est cela qui est réactionnaire, c’est promouvoir un bouleversement climatique et une déplétion pétrolière qui nous punira de tout ce que nous n’avons pas voulu faire.

* Socialterre (n ° 38, décembre 2019 – janvier 2020)

Les anti-éoliens sont-ils des écologistes ?

Des listes « citoyenne » anti-éolien pour les municipales, il y en a : « Construire des éoliennes devant le Canigou, c’est comme construire des éoliennes devant Notre-Dame de Paris ! »… « Nous partons d’une émotion, la colère, contre ces ventilateurs pourris devant le point culminant emblématique de notre département] ! »… « Notre engagement premier, c’est l’opposition à l’installation des éoliennes »… « concertation, communication, implication ». Les anti-anti-éoliens s’exclament : « Il y a ceux qui ont la lumière et il y a ceux qui ne l’auront pas ! »*. Emmanuel Macron constatait le 14 janvier que le consensus autour de l’éolien est en train de nettement s’affaiblir dans notre pays. La ministre de l’écologie, Elisabeth Borne, déplore récemment « le développement anarchique » de l’éolien. Pas beaucoup de vision d’envergure chez nos dirigeants, heureusement les commentateurs sur lemonde.fr mettent les pieds dans le vent :

Bernard l. : Je sais que ma proposition est caricaturale mais c’est quand même un peu le fond du problème. Au lieu de se prononcer pour ou contre les éoliennes, ces personnes devraient se prononcer pour les éoliennes OU pour une centrale nucléaire OU pour les Pyrénées Orientales premier département à délester quand il y a déficit de production.

VincentB : Des éoliennes ? Oui, mais pas chez moi. L’intérêt individuel prime sur le collectif. Qui imagine que l’arrêt du massacre climatique actuel se fera sans mal ? Accepter la vue de quelques moulins à vent, auxquels on ne fera plus attention dans dix ans, n’est pas le plus gros sacrifice.

D accord : Au final, même l’homme de Cromagnon n’aurait pas grâce à leurs yeux, donc bon au bout d’un moment il faut se faire à l’idée que même quand une marmotte creuse son trou, elle rejette les pierres et la terre à l’extérieur de son terrier. Quant aux néo-ruraux à la recherche d’une carte postale passéiste, faut se faire à l’idée que la campagne n’est plus forcément celle de Pagnol.

Timshel : Avez vous vu, sur la photo du MONDE, le paysage complètement défiguré par les piquets de vignes au premier plan ?

Lorgnette : Habitant de l’Occitanie, moi le spectacle des éoliennes me ravit, et quand au bruit, soyons sérieux : il faut être juste dessous pour les entendre tourner. L’intérêt général contre l’intérêt particulier est plus que jamais au centre de l’actualité dans ce pays. Pendant ce temps, l’Espagne a couvert ses montagnes d’éoliennes et elles produisent une part significative de leur électricité. Erreur en deçà des Pyrénées, vérité au delà ?

Airain : Vivant dans la région où il y a le plus d’éoliennes, je ne trouve pas ça moche, pas plus que les milliers de pylônes HT qui transportent l’électricité issue des centrales nucléaires…

Anti-septique : Bon, c’est pas compliqué, si on construit une éolienne gigantesque près de votre maison, elle ne vaut plus rien. Il vous sera impossible de la revendre. Donc vous êtes contre, sans autre possibilité. Si vous n’êtes pas propriétaire d’une maison à proximité, vous pouvez pensez autrement…

Blaise : Ces crispations autour des éoliennes, c’est un peu comme les gilets jaunes qui se disent écolos. D’un coup les gens se sentent investis d’une mission pour combattre des moulins a vent (ou une hausse du prix de l’essence) mais, si on leur demande, je suis sûr que la majorité veut lutter contre le changement climatique. Juste ils ne veulent pas en payer le prix.

Pm42 : Je croyais que c’était les méchants politiques qui ne font rien pour l’écologie alors que la population elle, est prête à suivre Greta Thunberg dans sa sainte croisade. Mais donc, pas d’énergies fossiles parce que ce n’est pas bon pour le climat, pas de nucléaire parce que Greenpeace n’aime pas, pas d’éoliennes à cause des listes citoyennes, quel futur pour la démocratie ?

Pierre le Petit : Il y a évidemment des arbitrages à faire. Cependant, le principe d’un arbitrage c’est parfois de devoir aller contre certaines opinions. On ne pourra jamais satisfaire tout le monde. Je propose la solution suivante : les territoires qui refuseront obstinément l’installation d’éoliennes pourraient être coupées des centrales nucléaires situées dans les autres régions. A leur charge de construire une centrale sur leur sol :-).

30 mai 2018,Tout savoir sur les anti-éoliens… et même plus

4 avril 2009, éoliennes et paysage

* LE MONDE du 25 janvier 2020, Municipales : l’opposition aux éoliennes, ces « ventilateurs pourris », pousse à faire de la politique dans les Pyrénées-Orientales

Biosphere-Info, écologisme et religions

Pour recevoir gratuitement le mensuel BIOSPHERE-INFO,

envoyer un mail à biosphere@ouvaton.com

introduction-synthèse : Toute organisation humaine renvoie un ensemble de présupposés sur le sens de notre existence, donc à une ontologie, une métaphysique considérée comme référence à notre comportement. La religion joue ce rôle, elle relie (religare) et elle rassemble. Elle permet une pratique institutionnalisée qui apporte une cohérence au monde et le maintien de cet ordre. Aucune société ne peut vivre sans une certaine forme de religion. Le problème de fond c’est de déterminer à quoi se relier : une divinité ? Le collectif humain ? La Nature ?

Dans les sociétés premières, on était en phase avec les rythmes naturels. Les religions du livre (la bible et le coran) ont coupé le cordon ombilical. La perte du jardin d’Eden est symbolique de la rupture avec l’époque de chasse et de cueillette ; place au néolithique, une société agricole  qui s’instaure progressivement il y a plus de 10 000 ans. Dieu le père défini de façon abstraite va remplacer l’idée de Terre-mère.

Ce n’est qu’en 1979 que l’Église catholique va rechercher dans ses lointaines archives le nom de François d’Assise pour en faire le saint de l’écologie. Jusque là domine la conception d’une création de l’homme à l’image de dieu considéré comme propriétaire de la Terre : « Remplissez la terre et soumettez-là, dominez sur toutes les créatures » (Genèse 1,28). Mais la dégradation des conditions de vie sur Terre et la concurrence de l’écologie va pousser à une évolution de la doctrine catholique. L’interprétation despotique de la Genèse laisse place à l’idée que nous sommes les « intendants » de Dieu sur la création ; nous sommes chargés d’en prendre soin et non ses propriétaires. Dans sa lettre encyclique de 2015, « Laudate Si » (loué sois-tu, sur la sauvegarde de la maison commune), le pape François en appelle à « toute la famille humaine, croyants ou non, catholiques ou autres », à joindre leurs efforts pour surmonter la crise et engager un changement radical « de style de vie, de production et de consommation ». Mais L’Église catholique refuse d’aller plus loin : « Un anthropocentrisme dévié ne doit pas nécessairement faire place à un « biocentrisme », parce que cela impliquerait d’introduire un nouveau déséquilibre qui ne résoudrait pas les problèmes mais en rajouterait d’autres. » (§ 118. Laudate Si). C’est le philosophe et écologiste Arne Naess qui propose une autre conception de notre rapport avec la nature : « Le bien-être et l’épanouissement de la vie humaine et non-humaine sur Terre ont une valeur intrinsèque (en eux-mêmes). Ces valeurs sont indépendantes de l’utilité que peut représenter le monde non-humain pour nos intérêts humains. » L’espèce humaine n’est qu’une maille dans le tissu du vivant.

Il apparaît alors une différence de fond entre les religions « révélées » des monothéismes et la sacralisation possible de la Terre-mère. Alors qu’on peut faire dire à Dieu ce qu’on veut, l’état de la planète est concret, on peut à la fois l’étudier scientifiquement et respecter la biodiversité, c’est-à-dire élaborer une certaine spiritualité. L’écologisme cherche dorénavant à se concrétiser dans des textes législatifs. Tout un chapitre de la Constitution Équatorienne de 2008 est dédié aux droits de la Nature ; son article 71 dispose que « laNature ou Pacha Mama, où se reproduit et réalise la vie, a le droit à ce que soient intégralement respectés son existence, le maintien et la régénération de ses cycles vitaux, sa structure, ses  fonctions et ses processus évolutifs.» En 2017, un fleuve considéré comme sacré par les Maoris s’est vu doter par le Parlement néo-zélandais du statut de personnalité juridique, avec tous les droits et les devoirs attenants. L’écologisme porte donc en lui une rupture avec religions du livre (bible, nouveau testament, coran), un retour à une vision plus en phase avec les possibilités d’une vie viable, vivable et conviviale sur cette planète.

Voici maintenant des références documentaires pour mieux appréhender cette évolution historique.

1) Rupture biblique avec le monde naturel

11) Le néolithique. Avec la fin de la glaciation, autour de dix mille ans avant J.-C., le monde change totalement de physionomie avec l’invention de l’agriculture. Une véritable révolution des symboles s’opère alors. L’expulsion du jardin d’Eden représente l’abandon par Homo sapiens de la place écologique qui avait été prévue pour lui dans la nature, le statut de chasseur-cueilleur. Dans le Croissant fertile du Moyen Orient propice au développement de l’agriculture, on a choisi de déchirer le ventre de la terre en la désacralisant ; pour se déculpabiliser, on a projeté  dans le ciel les divinités et on leur a demandé l’autorisation de poursuivre le labeur. A partir de là, fin progressive de l’idée de Terre-mère et ses différentes variantes dans les sociétés premières et début d’une figure tutélaire abstraite, Dieu le père.

12) Récupération des fêtes païennes. « Noël est en réalité deux fêtes confondues et superposées. La fête païenne était celle du solstice d’hiver : la fin de la progression de la nuit, et le début de la reprise de l’allongement des jours. D’où les lumières allumées partout. Fête païenne, celle de l’arbre toujours vert, du sapin, qui a traversé le froid, la neige, attestant la permanence de la vie contre cet hiver qui symbolise la mort. Mais Noël se fonde aussi dans la plus ancienne tradition religieuse : la naissance de Jésus. Bien entendu, le 25 décembre n’est nullement la date réelle de la naissance de Jésus. On a choisi le moment de la fête païenne. Ainsi chaque détail de ce Noël se rattachait à une croyance qui donnait à chacun une signification de ce qu’il faisait. Tout ce qui constituait Noël était « symbolique », destiné à nous rappeler quelque chose de plus important, à nous faire revivre un événement qui avait une valeur essentielle. » (Jacques Ellul in Sud-Ouest du 23 décembre 1984)

13) Le catholicisme, une religion anthropocentrique. Lynn White imputait en 1967 les racines historiques de notre crise écologique à la vision du monde judéo-chrétienne. Selon la Genèse les êtres humains, seuls de toutes les créatures, furent créés à l’image de Dieu. Il leur fut donc donné d’exercer leur supériorité sur la nature et de l’assujettir. « Remplissez la terre et soumettez-là, dominez sur toutes les créatures » (Genèse 1,28). Il y a dorénavant dualisme institutionnalisé entre nature et humanité. Deux mille ans de mise en œuvre toujours plus efficace de cette vision de la relation homme/nature ont abouti à la fois aux merveilles technologiques et à la crise environnementale. (The Historical Roots of Our Ecologic Crisis)

2) Reconsidération de la nature par l’Église catholique

21) Quelques références historiques ponctuelles

François d’Assise (1182-1226). L’ordre religieux des franciscains, fondé en 1210, s’appuient sur sa pensée, à savoir grande pauvreté et simplicité évangélique. Le jésuite Jorge Mario Bergoglio, devenu pape François, reprendra la référence franciscaine en 2015 : « Chaque fois qu’il (St François d’Assise) regardait le soleil, la lune ou les animaux même les plus petits, sa réaction était de chanter, en incorporant dans sa louange les autres créatures. Il entrait en communication avec toute la création, et il prêchait même aux fleurs « en les invitant à louer le Seigneur, comme si elles étaient dotées de raison »… Si nous nous approchons de la nature et de l’environnement sans cette ouverture à l’étonnement et à l’émerveillement, si nous ne parlons plus le langage de la fraternité et de la beauté dans notre relation avec le monde, nos attitudes seront celles du dominateur, du consommateur ou du pur exploiteur de ressources, incapable de fixer des limites à ses intérêts immédiats. En revanche, si nous nous sentons intimement unis à tout ce qui existe, la sobriété et le souci de protection jailliront spontanément. » (§ 11. Laudate Si, 2015)

Baruch Spinoza (1632-1677) : L’hypothèse que Dieu et la nature sont un seul et même être n’a jamais été explorée par les trois religions du livre. Spinoza a été banni de la synagogue d’Amsterdam et qu’il est également considéré comme hérétique par les chrétiens et les musulmans ! Il a dit en effet que la racine la plus profonde de la servitude humaine se trouve dans ce préjugé que la Création est une séparation, parce qu’alors toute réunification ne peut être que le fruit d’une médiation. Et l’intermédiaire, c’est toujours un clergé. Mais si Dieu est la Nature et si donc la Nature est Dieu, il n’y a pas de séparation et aucune raison d’instaurer une médiation. Par conséquent, toutes les hiérarchies ecclésiastiques sont des usurpations de pouvoir. Son message a été complètement marginalisé.

22) La concurrence émergente de l’écologisme au XXIe siècle

« Les grandes matrices structurantes comme le catholicisme, le bloc républicain et le communisme se sont effondrées. N’assiste-t-on pas aujourd’hui à la consécration d’une nouvelle matrice, où l’écologie ferait office d’une nouvelle religion, à savoir qui crée du lien ? (Jérôme Fourquet de l’IFOP (LE MONDE du 21 janvier 2020)). La matrice écologique se substitue à la matrice catholique. Il a ses figures prophétiques annonçant l’apocalypse (Yves Cochet, la collapsologie…), ses sanctuaires (les réserves naturelles…), ses convertis (les agriculteurs qui passent au bio…), et ses préceptes de vie (simplicité volontaire, sobriété énergétique, interdits alimentaires…) qui touchent à la vie de tous les jours. Le Vert Yannick Jadot répète que « le temps de l’écologie est venu ». La pensée de l’Église catholique se retrouve dans une situation où elle est obligée d’évoluer (ou pas).

23) Le catholicisme devient écologiste

1979, Jean-Paul II proclame François d’Assise saint patron de l’écologie

Un organisme international civil consacré à la réflexion écologique avait demandé à la Sacrée Congrégation pour le clergé que soit consacrée une figure emblématique. Ce qui fut mis en œuvre par Jean Paul II  un an après son accession au pontificat : « Nous déclarons saint François d’Assise patron céleste des écologistes, en y joignant tous les honneurs et privilèges liturgiques qui conviennent. Donné à Rome le 29 novembre de l’an du Seigneur 1979. » Le texte officiel de canonisation souligne que la nature est un don de Dieu fait aux humains, ce qui montre que l’Église n’avait pas compris le message d’humilité vis-vis de la Nature que propageait François d’Assise.

13 mars 2013, élection du pape François et références à François d’Assise

On passe d’une interprétation despotique de la Genèse à l’idée que nous sommes les « intendants » de Dieu sur la création ; nous sommes chargés d’en prendre soin et non ses propriétaires.

Lors de la messe inaugurale du 19 mars 2013, le pape François a confirmé sa volonté de mettre la défense de la création dans ses priorités. Partant de l’image de Joseph qui a élevé Jésus, il précise la notion de « gardien » qui « concerne tout le monde. C’est le fait de garder la création tout entière, la beauté de la création, comme il nous est dit dans le Livre de la Genèse et comme nous l’a montré saint François d’Assise : c’est le fait d’avoir du respect pour toute créature de Dieu et pour l’environnement dans lequel nous vivons… ».

Discours urbi et orbi du nouveau pape François en décembre 2013 : «  La famille humaine a reçu en commun un don du Créateur : la nature. La vision chrétienne de la création comporte un jugement positif sur la licéité des interventions sur la nature pour en tirer bénéfice, à condition d’agir de manière responsable, c’est-à-dire en en reconnaissant la “grammaire”qui est inscrite en elle, et en utilisant sagement les ressources au bénéfice de tous, respectant la beauté, la finalité et l’utilité de chaque être vivant et de sa fonction dans l’écosystème. Bref, la nature est à notre disposition, et nous sommes appelés à l’administrer de manière responsable. Par contre, nous sommes souvent guidés par l’avidité, par l’orgueil de dominer, de posséder, de manipuler, de tirer profit ; nous ne gardons pas la nature, nous ne la respectons pas, nous ne la considérons pas comme un don gratuit dont nous devons prendre soin et mettre au service des frères, y compris les générations futures (…) »

février 2014, Nicolas Hulot, envoyé spécial du président François Hollande pour la protection de la planète : « Tous les ingrédients sont aujourd’hui réunis pour que la conférence de Paris de 2015, où doit être signé le premier accord mondial engageant tous les pays contre le réchauffement, soit un échec… Peut-être les autorités religieuses pourront rappeler les politiques à la raison… L’homme est-il là pour dominer la nature, comme l’affirment certains textes ?Il est fondamental que les Eglises, et l’Eglise catholique en particulier, clarifient la responsabilité de l’homme vis-à-vis de la «Création», pour reprendre le langage des croyants… Les Eglises peuvent-elles rester inaudibles alors que l’œuvre de la Création est en train de se déliter sous leurs yeux ?… Après avoir étudié les textes religieux pour préparer ma visite au Vatican, j’ai réalisé que l’Eglise catholique n’évoquait pas le changement climatique. Or, comme vous le savez, les choses mal nommées n’existent pas. Il est donc important que l’Eglise précise clairement les choses… » (LE MONDE du 5 février 2014, « Les Eglises peuvent provoquer un sursaut de conscience face à la crise climatique »)

2015, Laudate Si, (loué sois-tu, sur la sauvegarde de la maison commune) : Dans sa lettre encyclique, le pape François en appelle à « toute la famille humaine, croyants ou non, catholiques ou autres », à joindre leurs efforts pour surmonter la crise et engager un changement radical « de style de vie, de production et de consommation ».

§ 67. Nous ne sommes pas Dieu. La terre nous précède et nous a été donnée. Cela permet de répondre à une accusation lancée contre la pensée judéo-chrétienne : il a été dit que, à partir du récit de la Genèse qui invite à «dominer» la terre (cf. Gn 1, 28), on favoriserait l’exploitation sauvage de la nature en présentant une image de l’être humain comme dominateur et destructeur. Ce n’est pas une interprétation correcte de la Bible, comme la comprend l’Église. S’il est vrai que, parfois, nous les chrétiens avons mal interprété les Écritures, nous devons rejeter aujourd’hui avec force que, du fait d’avoir été créés à l’image de Dieu et de la mission de dominer la terre, découle pour nous une domination absolue sur les autres créatures.

§ 116. La façon correcte d’interpréter le concept d’être humain comme « seigneur » de l’univers est plutôt celle de le considérer comme administrateur responsable.

§ 117. Si l’être humain se déclare autonome par rapport à la réalité et qu’il se pose en dominateur absolu, l’homme se substitue à Dieu et ainsi finit par provoquer la révolte de la nature.

3) naissance de nouvelles spiritualités

31) Refus du biocentrisme par l’Eglise

L’Église catholique est donc passée récemment d’une vision despotique de l’humanité par rapport à la nature à une vision gestionnaire. Elle refuse d’aller plus loin. Jusqu’à aujourd’hui, les papes veulent se différencier de l’option biocentrique (ou écocentrique).

Jean-Paul II, discours au Congrès Environnement et Santé( 24 mars 1997) » : « Au nom d’une conception inspirée par l’écocentrisme et le biocentrisme, on propose d’éliminer la différence ontologique et axiologique entre l’homme et les autres êtres vivants, considérant la biosphère comme une unité biotique de valeur indifférenciée. On en arrive ainsi à éliminer la responsabilité supérieure de l’homme au profit d’une considération égalitariste de la dignité de tous les êtres vivants. Mais l’équilibre de l’écosystème et la défense d’un environnement salubre ont justement besoin de la responsabilité de l’homme. La technologie qui infecte peut aussi désinfecter, la production qui accumule peut distribuer équitablement.

Pape François : Un anthropocentrisme dévié ne doit pas nécessairement faire place à un « biocentrisme », parce que cela impliquerait d’introduire un nouveau déséquilibre qui ne résoudrait pas les problèmes mais en rajouterait d’autres. (§ 118. Laudate Si)

32) émergence d’une « valeur intrinsèque » donnée aux composantes de la nature

– Aldo Leopold (1949) et l’« Ethique de la terre ».

« Les premières éthiques, tel le décalogue de Moïse (les dix commandements), portaient sur les relations interindividuelles. Les ajouts ultérieurs touchent les relations entre les individus et la société. La règle d’or (ne fais pas aux autres ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse) tente d’intégrer l’individu dans la société ; et la démocratie tâche d’intégrer l’organisation sociale dans l’individu. Il n’existe pas encore d’éthique de la relation de l’homme à la terre, aux plantes et au animaux. La terre, comme les esclaves, reste considérée comme une propriété. La relation est toujours strictement économique, comporte des privilèges, mais n’impose pas de devoirs. L’extension de l’éthique à ce troisième élément est une nécessité écologique. Elle élargit les frontières de la communauté au sol, à l’eau, aux plantes et aux animaux – en un mot : à la terre. » (L’éthique de la Terre – petite bibliothèque Payot, 2019)

L’éthique devient pour Aldo Leopold une limitation de la liberté d’action dans la lutte pour la vie. « Une chose est bonne quand elle tend à préserver l’intégrité, la stabilité et la beauté de la communauté biotique, et mauvaise dans le cas contraire. Le mouvement actuel de protection de la nature est l’embryon de cette nouvelle éthique. » (Almanach d’un comté des sables, Flammarion 2000)

– Arne Naess (1912-2009) et l’écologie profonde.

« Arne Naess propose une éthique écologique qui dépasse à la fois une vision romantique de la nature, et une vision technicienne d’une écologie cherchant à réparer les dégâts des interventions humaines. Il réintègre l’homme dans la totalité de la biosphère. Il propose une plate-forme de l’écologie profonde en huit propositions concernant une ontologie de la vie, une éthique. Il n’y a dans cette démarche aucune haine de l’homme, ni totalitarisme écologique (contrairement à une vision réductrice et manichéenne de certains). Il propose une humanisation écologique par la pleine réalisation de soi, qui devient « Soi » en s’ouvrant à l’ensemble de l’écosphère, à tous les êtres humains et aux espèces animales. C’est un véritable changement anthropologique dont il propose la mise en pratique, conduisant à apprécier la qualité de la vie plutôt qu’un haut niveau de vie. Cela jusqu’à dire que seul l’homme est capable de s’identifier par l’imagination à l’autre et même à l’animal. » (Pour un engagement écologique : simplicité et justice (Diocèse de Nantes – édition Parole et silence 2014, p.182).

Première proposition de la plate-forme d’Arne Naess: « Le bien-être et l’épanouissement de la vie humaine et non-humaine sur Terre ont une valeur intrinsèque (en eux-mêmes). Ces valeurs sont indépendantes de l’utilité que peut représenter le monde non-humain pour nos intérêts humains. » (Écologie, communauté et style de vie, différentes éditions dans les années 1970, édition MF 2008)

Cette notion de valeur intrinsèque se retrouve même dans Laudate Si : « Les différentes créatures sont liées et constituent ces unités plus grandes que nous nommons écosystèmes. Nous ne les prenons pas en compte seulement pour déterminer quelle est leur utilisation rationnelle, mais en raison de leur valeur intrinsèque indépendante de cette utilisation. Tout comme chaque organisme est bon et admirable, en soi, parce qu’il est une créature de Dieu, il en est de même de l’ensemble harmonieux d’organismes dans un espace déterminé, fonctionnant comme un système. Bien que nous n’en ayons pas conscience, nous dépendons de cet ensemble pour notre propre existence. » (§ 140.)

33) Concrétisation de spiritualités alternatives

Arne Naess : « Le bien-être et l’épanouissement des formes de vie humaines et non-humaines sur Terre ont une valeur en elle-même (intrinsèque). Nous n’utilisons pas le terme de « vie » au sens technique, et nous l’employons aussi pour désigner des éléments que les biologistes considèrent comme non vivants : les rivières, les paysages, les champs, les écosystèmes, la terre vivante. Des slogans tels que « laissez vivre la rivière » illustrent bien cet usage du mot « vie », si répandu dans différentes cultures. Il n’y a que dans nos écoles occidentales que le terme « vivant « est exclusivement associé à la science de la biologie. Les espèces de plantes et d’animaux prétendument simples, inférieures ou primitives contribuent de façon décisive à la richesse et à la diversité de la vie. Elles ont une valeur en elles-mêmes et ne sont pas simplement des étapes dans l’avènement de formes de vie prétendument supérieures et rationnelles. »(Arne Naess, la réalisation de soi – éditions wildproject 2017). Applications :

– Terre-mère, constitutionnalisée ?

Il y a une différence de fond entre la sacralisation de la terre-mère et les religions « révélées » des monothéismes. Les dieux là-haut dans les cieux sont une invention abstraite et arbitraire de la pensée humaine : on peut faire dire à Dieu ce qu’on veut puisqu’il n’existe nulle part d’endroit où on peut dialoguer directement avec lui. Il faut toujours l’intermédiaire de livres et de paroles d’humains pour accéder à la foi. La Terre par contre est concrète, on peut la toucher et la ressentir physiquement. L’idée de Terre-mère, d’un autre rapport à la nature, cherche à se concrétiser dans des textes législatifs.

2008. Tout un chapitre de la Constitution Équatorienne de 2008 est dédié aux droits de la Nature ; son article 71 dispose que « la Nature ou Pacha Mama, où se reproduit et réalise la vie, a le droit à ce que soient intégralement respectés son existence, le maintien et la régénération de ses cycles vitaux, sa structure, ses  fonctions et ses processus évolutifs.  »

2009. Evo Moralès, président de la Bolivie, milite pour la reconnaissance de Pachamama, nom de la Terre mère dans les cultures indigènes. La Terre, dit-il, ne peut pas être considérée comme une simple ressource naturelle, elle est la maison de tous les êtres vivants. (Hervé Kempf « Pachamama » dans LE MONDE du 27-28 décembre 2009)

2019. Quatorze représentants de peuples indigènes de différents continents lancent un appel à protéger le caractère « sacré » de la nature et à s’opposer aux projets du président du Brésil Bolsonaro: « Nous, gardiens et enfants de la Terre Mère, peuples indigènes et alliés, notre sagesse et nos savoirs nous ont permis de constater que la vie sur la Terre Mère est en danger et que l’heure d’une grande transformation est arrivée. Nous appelons l’humanité à prendre des mesures pour protéger le caractère sacré de l’eau, de l’air, de la terre, du feu, du cycle de la vie et de tous les êtres humains, végétaux et animaliers. Il est vital de transformer notre approche de la nature en l’envisageant non comme une propriété, mais un sujet de droit, garante de la vie… Nous devons évoluer vers un paradigme basé sur la pensée et la philosophie indigènes, qui accorde des droits égaux à la Nature et qui honore l’interrelation entre toute forme de vie. Il n’y a pas de séparation entre les droits des peuples indigènes et les droits de la Terre Mère… Il est plus que jamais urgent que le monde adopte une Déclaration universelle des droits de la Terre Mère… (LE MONDE du 11 avril 2019, Appel des peuples indigènes : « Depuis l’élection de Jair Bolsonaro, nous vivons les prémices d’une apocalypse »)

– Droit des fleuves… à ester en justice.

1972. Christopher D.Stone : « Désormais il n’est plus nécessaire d’être vivant pour se voir reconnaître des droits. Le monde des avocats est peuplé de ces titulaires de droits inanimés : trusts, joint ventures, municipalités. Je propose que l’on attribue des droits juridiques aux forêts, rivières et autres objets dits « naturels » de l’environnement, c’est-à-dire, en réalité, à l’environnement tout entier. Partout ou presque, on trouve des qualifications doctrinales à propos des « droits » des riverains à un cours d’eau non pollué. Ce qui ne pèse pas dans la balance, c’est le dommage subi par le cours d’eau, ses poissons et ses formes de vie « inférieures ». Tant que l’environnement lui-même est dépourvu de droits, ces questions ne relèvent pas de la compétence d’un tribunal. S’il revient moins cher au pollueur de verser une amende plutôt que d’opérer les changements techniques nécessaires, il pourra préférer payer les dommages-intérêts et continuer à polluer. Il n’est ni inévitable ni bon que les objets naturels n’aient aucun droit qui leur permette de demander réparation pour leur propre compte. Il ne suffit pas de dire que les cours d’eau devraient en être privés faute de pouvoir parler. Les entreprises n’ont plus ne peuvent pas parler, pas plus que les Etats, les nourrissons et les personnes frappées d’incapacité. Le tuteur légal représente la personne incapable. Bien sûr, pour convaincre un tribunal de considérer une rivière menacée comme une « personne », il aura besoin d’avocats aussi imaginatifs que ceux qui ont convaincu la Cour suprême qu’une société ferroviaire était une « personne » au sens du quatorzième amendement (qui garantit la citoyenneté à toute personne née aux Etats-Unis). » (in les Grands Textes fondateurs de l’écologie, présentés par Ariane Debourdeau)

2017. Un fleuve considéré comme sacré par les Maoris a été reconnu par le Parlement néo-zélandais comme une entité vivante. Le Whanganui, troisième plus long cours d’eau du pays, s’est vu doter du statut de personnalité juridique, avec tous les droits et les devoirs attenants. Une décision qui pourrait être une première mondiale. La tribu locale luttait pour la reconnaissance de ses droits sur ce cours d’eau depuis les années 1870. « La nouvelle législation est une reconnaissance de la connexion profondément spirituelle entre l’iwi [tribu] Whanganui et son fleuve ancestral », a relevé le ministre de la justice,M. Finlayson. Ce statut aura pour traduction concrète que les intérêts du Whanganui (Te Awa Tupua pour les Maoris) seront défendus dans les procédures judiciaires par un avocat représentant la tribu et un autre le gouvernement. (Le Monde.fr avec AFP | 16.03.2017, En Nouvelle-Zélande, un fleuve reconnu comme une entité vivante)

Conclusion

Nicolas Hulot et le rapport au vivant : « Je pense que la spiritualité est le chemin que l’on cherche pour nous relier, parce que l’homme n’est pas le Tout, il est la fraction d’un Tout. Je me sens lié avec le vivant. Je ne me sens pas étranger ou dissocié. Je sens intimement que je fais partie d’un tout ; je n’arrive pas à le démontrer, mais je le ressens. Quand je fais eau commune avec des baleines, je n’ai pas une étrangère en face de moi. Nous sommes issus d’une même histoire, d’une même matrice. Et d’ailleurs la science nous l’a confirmé : il y a beaucoup de nous dans la baleine et il y a beaucoup de la baleine en nous. La fragmentation, les divisions qui sont les produits de la pensée, pour nous cataloguer dans des espèces, des races, dans des nationalités, pour moi tout ceci est abstrait. Notre civilisation s’emploie à nous désolidariser et à couper tous les liens avec le reste du vivant et à le  détruire. » (Extraits tirés du livre récapitulatif Crise écologique, crise des valeurs – Labor et Fides, 2010)

– L’avantage de l’écologisme sur les religions : L’écologie politique s’appuie sur la science écologique, elle repose sur des bases bio-physiques. Les recherches scientifiques sur l’état de la planète ne sont pas des constructions dogmatiques, reposant sur des arguments d’autorité, ellesont la particularité d’être réfutables si on en fait la démonstration. Leur registre n’est pas moral, il ne renvoie pas à des valeurs mais à des faits. La connaissance scientifique accumulée par les GIEC et bien d’autres instances d’analyse de l’air, de l’eau et du sol a l’immense mérite de nous représenter un bien commun en péril sans lequel on ne pourrait pas fonder des droits et des devoirs faute de moyens.

La place future de l’écologisme : Il s’agit de mettre en place une nouvelle éthique de la Terre. L’écologisme porte en lui un changement profond par rapport aux religions du livre (bible, nouveau testament, coran), un retour à une vision plus en phase avec les possibilités d’une vie viable, vivable et conviviale sur cette planète. Pour mieux se faire entendre du public, il est nécessaire de formaliser ce message par un terme générique. On peut parler de façon édulcorée de développement durable, de tournant culturel, de transition écologique ou de convivialisme. D’autres, plus incisifs disent simplicité volontaire, sobriété heureuse ou décroissance. Il semble pourtant que le drapeau « écologisme » se suffit à lui-même, il signifie que nous voulons nous relier à notre maisons commune, qui est à la fois notre maisonnée, la société et de façon globale la Terre. Mais l’écologie politique aura de dures controverses à affronter au cours du XXIe siècle, mélangeant connaissances scientifiques, contraintes socio-économiques et interprétations philosophiques. L’écologie politique connaîtra ses conciles, synodes et d’autres encycliques dans les siècles des siècles à venir ! Le risque de toute spiritualité, ce sont les extrémismes qui ne veulent pas s’exprimer dans le cadre démocratique…

Bibliographie complémentaire

1991 Genèse (la Bible et l’écologie) de John Baird CALLICOTT

2006 Les gémissements de la création (20 textes écolo) de Jean Paul II

2014 Dans les pas de Saint François d’Assise (l’appel de Jean-Paul II en faveur de l’écologie) de Marybeth Lorbiecki

Écoblanchiment, verdissage, le prix Pinocchio

Un prix pour récompenser « le meilleur du pire »*. Le prix Pinocchio 2020 vient d’être remis par Les Amis de la Terre et la Confédération paysanne à la multinationale Yara, fabricant norvégien d’engrais de synthèse. Cette récompense mal acquise distingue chaque année une entreprise pour son greenwashing, soit le décalage entre l’image vertueuse pour l’environnement qu’elle se donne et la réalité de ses actions.Yara vante ses services pour « une agriculture intelligente pour le climat ». Yara a dépensé plus de 11 millions d’euros depuis 2010 pour des activités de lobbying à l’échelle européenne. Les organisateurs des prix Pinocchio dénoncent « une agriculture basée sur l’utilisation intensive d’intrants chimiques, au détriment de la santé, des écosystèmes et du climat ». La multinationale a vu ses émissions de gaz à effet de serre augmenter de 20 % entre 2009 et 2017, la fabrication d’engrais chimiques nécessitant de l’hydrogène produit à partir d’énergies fossiles. Cette production est également responsables d’émissions de protoxyde d’azote, d’ammoniac et de pollutions de l’eau par les nitrates. Yara, qui a recueilli 40 % des 12 800 votes sur le site prix-pinocchio.org, était en lice face à deux autres mastodontes de l’agroalimentaire : Lactalis, marqué par le scandale en 2017 du lait infantile contaminé à la salmonellose, et Bigard, propriétaire de nombreux abattoirs en France. Voici notre article antérieur sur ce blog biosphere :

22 novembre 2013, pratiques néfastes des multinationales et prix Pinocchio

Et maintenant laissons la parole aux anti-écolos de service sur lemonde.fr, leurs propos se suffisent à eux-mêmes :

-Alazon- : Notez que pour le prix Pinocchio de l’écologisme on a l’embarras du choix : Thunberg et ses croisières sur un voilier en carbone à 4 millions, Hulot et ses six voitures à essence, de Rugy et ses homards, Duflot et ses vacances au bout du monde… On peut même décerner des tartuffes d’honneur.

MarxDarwin : Il faudrait rajouter des prix d’honneur pour l’ensemble de leur œuvre à la Conf pour pulvériser des tonnes de pesticides bio comme le cuivre qui pousse sur les arbres sans doute, pour les Vegans qui mange des céréales importés mélangés avec plein d’adjuvants au lieu de manger de la bonne viande locale, pour les éoliennes et parc photovoltaïques qui polluent les campagnes (mais pour le bien des villes…)…

Untel : Tous les ans je décerne aussi le ***Prix Untel***. Cette année il a été attribué à l’association « Que Choisir » pour avoir réclamé une augmentation des prix des aliments vendus dans la grande distribution. Il s’agit selon elle de mieux rétribuer les agriculteurs, juste revendication mais pas trop de la compétence d’une association de consommateurs dont le rôle est de défendre les prix bas.

le sceptique : J’ai été sur le site de Yara, ils ont un beau logo. L’entreprise a l’air sympathique. Merci aux Amis de la Terre et à la CP de m’avoir fait connaître cet acteur.

* LE MONDE du 25 février 2020, Le prix Pinocchio du « greenwashing » décerné au fabricant d’engrais chimiques Yara

Sexualité, seins nus et Cour de cassation

Pour la chambre criminelle de la Cour de cassation, montrer sa poitrine pour une femme est constitutif d’une exhibition sexuelle, délit puni d’un an d’emprisonnement et de 15 000 euros d’amende. Oui, vous avez bien lu, en France il y a une «  haute juridiction » qui a des pudeurs de biche effarouchée. Cette Cour a toutefois relaxé la militante qui avait exhibé sa poitrine au musée Grévin de Paris, en juin 2014, reconnaissant une « démarche de protestation politique »*. Les mœurs ont évolué, les poitrines nues peuvent se montrer dans des publicités, des magazines ou à la télévision, mais pas devant la Cour de cassation. Du point de vue des écologistes, cette atteinte judiciaire au nudisme, au naturisme et à la libre disposition de son corps semble anachronique et rétrograde. Les commentateurs sur lemonde.fr écrivent tout le mal qu’ils pensent de cet arrêt :

Fratern : Il faudra que nos éminents juristes prennent des cours d’anatomie. Les organes sexuels se trouvent un peu plus bas. « Un organe sexuel se définit comme un organe impliqué dans la reproduction des Hommes, des animaux mais aussi des plantes (le pistil ou les étamines). Chez la femme, l’organe sexuel est l’ovaire. Plus largement, le terme d’organes sexuels englobe la vulve, les petites et grandes lèvres, le clitoris, le vagin… En anatomie, le sein n’a pas de caractère sexuel.

Hein : les seins, c’est seulement un caractère sexuel secondaire ! Pour certaines cultures, on sait que les cheveux féminins ont un caractère sexuel. Pour d’autres, les pieds. Enfin, les cultures multiplient les « caractères sexuels secondaires » artificiels : les bijoux, le maquillage… En revanche, les seins servent à allaiter.

GGR : « Une exhibition sexuelle est punie d’un an d’emprisonnement et de 15 000 euros d’amende »… Quand j’étais jeune, la plupart des femmes étaient topless à la page. Ça en aurait fait du monde en prison chaque été !

JFG : Argumentation étonnante de la part de la Cassation, qui ouvre une boîte de Pandore. L’article 222-32 (NCP) vise « l’exhibition sexuelle » mais sans définir, d’aucune manière, ce qu’elle recouvre. Face à ce flou, le gouvernement de l’époque avait été conduit à clarifier la notion sous-jacente par une simple circulaire. Circulaire tellement floue qu’elle a été attaquée en justice, avec raison et succès (cas réel : un homme se masturbe devant un groupe d’adolescentes dans un camping naturiste ; la circulaire lui fait droit parce que l’espace considéré est exempt de qualifications d’exhibition ; la logique prévaut, heureusement, à l’encontre de cette circulaire, et il est condamné). Boîte de Pandore parce que, demain, on peut manifester entièrement nu/e/s. La jurisprudence Cass retient la qualification d’exhibition sexuelle, mais aussi la « démarche de protestation politique » pour fonder la relaxe…

Franck : La cour de cassation vient de décrédibiliser l’intégralité de ces jugements. Un mec torse nu, est-ce de l’exhibition de sexuelle ? Il y a fort à parier que cette vieille institution ne le jugerait pas de la même manière.

Claude GISSELBRECHT : « Cachez ce sein que je ne saurais voir » … Nouvelle tartufferie ?

Lesgalapagos : Quand est ce qu’un corps humain ne sera plus un tabou pour les humains ? Toutes ces lois sur l’exhibition sexuelle ne sont que des ersatz religieux qui entendent continuer de dominer les humains avec leurs a priori.

Sur ce blog biosphere, nous considérons la nudité comme conforme à notre nature. Car nu nous naissons, et par la suite nous nous nous habillons ou déshabillons comme le veut notre bon plaisir… sans succomber aux effets de mode vestimentaires ni aux diktats religieux.

7 août 2018, Nudité ou burka sur les plages, à chacun son propre choix

5 janvier 2015, Christiane Lecocq, la liberté d’être complètement à poil

* LE MONDE du 28 février 2020, Les seins nus des Femen sont bien de l’exhibition sexuelle, juge la Cour de cassation

Textile, la planète victime de la mode

Déshabiller la Planète pour habiller nos jolies filles et leurs mecs… c’est l’objectif des défilés de mode pour une industrie textile qui pollue autant que les transports maritimes et aériens réunis. LE MONDE fait une double page (14 et 15) sur les nuisances de l’industrie textile, rubrique économie*. Mais dans le même numéro, elle balance une double page (24 et 25) sur la fashion week milanaise, rubrique styles**. Schizophrénie assurée. Ajoutons d’un côté un article de fond sur les excès textile de la société de consommation***. ET de l’autre notre écolo en chef, le schizophrène Macron du « en même temps », organise son soutien au secteur textile à l’Elysée*** : 200 convives au palais de l’Elysée invités par le président de la République, membres du comité exécutif de la Fédération de la haute couture et de la mode, personnalités haut placées dans l’organigramme des grands groupes français (Hermès, LVMH, Kering, Chanel..). Le message délivré par Emmanuel Macron était très clair : honorer la création à l’occasion de la semaine de la mode. Toujours l’économie qui supplante l’écologie, mais ce n’est plus pour longtemps : il y a le coronavirus, ET le changement climatique, ET le pic pétrolier, ET le stress hydrique… On s’habillera comme on pourra dans les temps à venir. Quelques références à retenir :

« Pas de mode sur une planète morte. » Samedi 15 février 2020 à Londres, les défilés de la Fashion Week ont rencontré les pancartes hostiles d’Extinction Rebellion. Au nom de la protection de l’environnement, le Conseil suédois de la mode avait déjà annulé la fashion week de Stockholm en juillet 2019. Le secteur de l’industrie textile est emblématique de tous les excès de la société de consommation – en particulier, l’obsolescence programmée des produits, le cycle infernal des promotions, la surconsommation de produits non nécessaires et la mondialisation de l’économie. Les enseignes de la fast fashion, en renouvelant constamment leurs collections, nous poussent à acheter à l’excès, avec un modèle de prix bas qui implique de produire dans des pays à faibles coûts de main-d’œuvre. On achète deux fois plus de vêtements qu’il y a vingt ans et on les porte deux fois moins longtemps ! Cette industrie émet 2 % des émissions globales de gaz à effet de serre et consomme 4 % de l’eau potable disponible sur Terre.Toutes sortes de produits chimiques, métaux lourds, solvants chlorés, acides, entrant dans le traitement des tissus, finissent dans la nature. Il faut inclure encore les impacts du transport d’un pays à l’autre, des emballages… Notre responsabilité de consommateurs est immense, il nous faut résister au processus imitation/ostentation mis en évidence par Thorstein Veblen dès 1899.

Patagonia avait montré la voie il y a dix ans déjà, lors d’une campagne qui a marqué : « Notre veste a un impact écologique, donc l’acte le plus responsable que vous puissiez faire est encore de ne pas l’acheter si vous n’en avez pas besoin. » Quelques articles antérieurs sur notre blog biosphere :

29 octobre 2008, La mode se cherche un modèle écologique, en vain

2 mai 2018, Tendance écolo à la mode, ne rien acheter de neuf

10 juillet 2016, À lire, Théorie de la classe de loisir de T.Veblen (1899)

4 mars 2013, pour des vêtements androgynes, non au luxe et à la mode

3 octobre 2009, la mode, la mode, la mode…

14 novembre 2008, l’indécence du luxe

* LE MONDE du 26 février 2020, La planète victime de la mode

** LE MONDE du 26 février 2020, La parenthèse milanaise, la procession Gucci, Le barnum Moncler…

*** LE MONDE du 26 février 2020, « L’industrie textile est emblématique de tous les excès de la société de consommation »

**** LE MONDE du 27 février 2020, Quand la mode défile à l’Élysée

Histoire de la sélection naturelle

1) La famille des homininés date d’au moins sept millions d’année. Il y a sans doute eu une dizaine d’espèces d’homininés, parmi lesquelles nous constituons la seule survivante. Selon les témoignages fossiles, le plus ancien membre de notre espèce vivait il y a 195 000 ans dans une région correspondant à l’Éthiopie actuelle.

2) Aujourd’hui la colonisation de nouveaux milieux par de petites populations isolées semble terminée ; et avec elle, l’évolution ? Les recherches récentes montrent que ce n’est pas le cas. 300 régions génomiques présentant des signes de changements récents, qui ont amélioré les chances de survie et de reproduction des individus. Citons par exemple, chez certaines populations africaines, la résistance au virus responsable de la fièvre de Lassa, l’un des plus grands fléaux du continent, et la résistance partielle à des maladies comme le paludisme.

3) La mobilité de l’humanité pourrait entraîner l’homogénéisation de notre espèce. En parallèle, notre technologie et notre médecine contrecarrent la sélection naturelle. Dans la plupart des régions du globe, les nouveau-nés ne meurent plus en masse. Les individus souffrant d’affections génétiques autrefois mortelles peuvent vivre et avoir des enfants. Nous n’avons plus de prédateurs naturels qui affectent notre espérance de vie.

4) Pour l’essentiel c’est aujourd’hui la culture, et non plus l’hérédité génétique, qui détermine la survie ou la mort des individus. L’évolution est alors non plus génétique, mais mémétique* – c’est-à-dire impliquant les idées, la culture. Pour d’autres chercheurs, l’évolution génétique se poursuit, mais « à l’envers ». Certaines caractéristiques de la vie moderne conduisent à un changement évolutif qui nous rend moins aptes à la survie.

5) Une des particularités de notre espèce est que nous avons le pouvoir d’agir sur les moteurs de l’évolution. Nous avons dirigé l’évolution de nombreuses espèces animales et végétales, et nous pouvons sans doute diriger la nôtre. Ce pouvoir a fait naître maintes tentations eugénistes – l’idée que la société devait suppléer à la sélection naturelle pour éviter la dégénérescence de l’espèce.

6) À la question « à quoi ressembleront les hommes du futur ? », vous obtiendrez deux sortes de réponses. La première, tout droit sortie des films de science-fiction, évoque des êtres dotés d’un énorme cerveau, d’un front très haut et d’une intelligence supérieure. La seconde affirme que l’homme n’évolue plus physiquement, sa puissance technologique l’ayant soustrait à la sélection naturelle, et que son évolution n’est plus que culturelle.

7) Un jour, peut-être, nous aurons le pouvoir d’introduire une nouvelle espèce humaine dans notre monde. Allons-nous suivre cette voie ? Ce sera à nos descendants d’en décider.

8) Comme Steven Jay Gould le soulignait, les fossiles, y compris ceux de nos propres ancêtres, nous indiquent que le changement évolutif n’est pas un processus continu : il apparaît par à-coups, sans orientation ni direction précises. Les organismes peuvent devenir plus petits aussi bien que plus grands. Toutefois, l’évolution a effectivement montré au moins une constante : un accroissement de la complexité, qu’elle soit anatomique, physiologique ou comportementale.

* La mémétique utilise le concept, dû à Richard Dawkins, de « mème » (élément de comportement transmis par imitation) pour étudier les évolutions de la culture dans une approche darwinienne étendue. Si la génétique se base sur le concept de gène pour étudier le vivant, la mémétique se base sur le concept de mème pour étudier la culture.

Source : https://www.pourlascience.fr/sd/evolution/homo-sapiens-evolue-t-il-encore-3084.php

Coronavirus : pandémie et sélection naturelle

Le coronavirus pourrait-il servir de sélection naturelle pour l’espèce humain ? Le SARS-CoV-2 est sortie des frontières de la Chine. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) ne cache plus son inquiétude. « Ce virus est très dangereux. C’est l’ennemi public numéro un et il n’est pas traité comme tel », s’est alarmé son directeur général*. L’OMS ne parle pas encore de pandémie, mais tout devient possible. Voici quelques pensées sur la sélection naturelle :

sociétés premières : « Les Indiens Pirahãs réagissent à l’hostilité de l’environnement par un stoïcisme implacable est souvent difficile à supporter pour l’hôte. Comme la mort sans soin de la jeune Xaogíoso, au bord de l’eau, tandis qu’elle est en train d’accoucher dans l’indifférence de son entourage. » Cette société première estime que chacun doit affronter par lui-même les épreuves de la vie : c’est une forme de sélection. (LE MONDE du 10 juin 2010, « Le Monde ignoré des Indiens Pirahãs », de Daniel Everett : la langue la plus étrange)

1798, Malthus Thomas Robert : « Tournons maintenant nos regards sur les diverses contrées de l’Amérique. On expose généralement les enfants difformes ; et quelques peuplades du Sud font éprouver le même sort aux enfants dont les mères ne supportent pas bien les peines de la grossesse et le travail de l’enfantement, de peur qu’ils héritent de la faiblesse de leurs mères. C’est à de telles causes qu’il faut attribuer l’exemption remarquable de difformité qu’on observe chez ces sauvages. Et lors même qu’une mère veut élever tous ses enfants sans distinction, la mort en enlève un si grand nombre, par la manière dure dont on les traite, qu’il est à peu près impossible que ceux d’une constitution délicate puissent atteindre l’âge d’homme (…) Ainsi la faible population de l’Amérique répandue sur son vaste territoire n’est qu’un exemple de cette vérité évidente, que les hommes ne peuvent multiplier qu’en proportion de leurs moyens de subsistance. » (Des obstacles à la population dans les nations indigènes de l’Amérique / Malthus, Essai sur le principe de population (Flammarion 1992, tome 1, page 91 à 113))

1871, Charles Darwin : « Chez les sauvages, les individus faibles de corps ou d’esprit sont promptement éliminés, et les survivants se font ordinairement remarquer par leur vigoureux état de santé. Quant à nous, hommes civilisés, nous faisons, au contraire, tous nos efforts pour arrêter la marche de l’élimination ; nous construisons des hôpitaux pour les idiots, les informes et les malades ; nous faisons des lois pour venir en aide aux indigents ; nos médecins déplient toute leur science pour prolonger autant que possible la vie de chacun (p.179)… Comme l’a remarqué M.Galton, si les gens prudents évitent le mariage, pendant que les insouciants se marient, les individus inférieurs de la société tendant à supplanter les individus supérieurs (p.750).  » (La descendance de l’homme – 1871) extraits tirés du livre de Ivo Rens, Entretiens sur l’écologie (de la science au politique)

1926, Jean Rostand : « Nos sociétés donnent la possibilité de survivre et de se reproduire à des milliers d’êtres qui eussent été autrefois implacablement éliminés dès le jeune âge. La diminution de la mortalité infantile, les vaccinations généralisées entraînent un affaiblissement de la résistance moyenne de l’espèce. Il s’ensuit un avilissement progressif de l’espèce. Donc par l’effet de la civilisation, nul progrès à espérer pour l’animal humain, mais une décadence à craindre. » (L’homme, éditions Babelio)

1965, Jean Dorst  : « L’humanité, envisagée comme une population animale, a réussi à se débarrasser de la plupart des freins à sa prolifération au risque non négligeable de multiplier les maladies héréditaires, autrefois éliminées en plus grande proportion par la sélection naturelle. On a parfois tenté de se poser la question : faut-il condamner Pasteur en raison de ses découvertes ? Certes non. Mais l’homme se doit de trouver dans les plus brefs délais, un moyen de contrôler une prolificité exagérée, véritable génocide à l’échelle de la planète. Un premier moyen de régulation est l’émigration. Or cela n’est plus guère possible à l’heure actuelle car toute la planète est strictement compartimentée et coupée de barrières. Un deuxième procédé est l’augmentation du taux de mortalité. Certaines sociétés primitives éliminent les vieillards, tandis que d’autres préconisent l’infanticide. C’est impossible à envisager dans le cas de l’humanité évoluée. Le troisième procédé consiste à une diminution du taux de natalité. Aucune religion, aucune morale et aucun préjugé ne doivent nous en empêcher. Le jour où les peuples se jetteront les uns contre les autres, poussés par des motifs en définitive écologiques, cela serait-il plus hautement moral que d’avoir maintenu les populations humaines en harmonie avec leur milieu ? » « Avant que nature meure de Jean Dorst, éditons Delachaux et Niestlé)

2003, William Stanton : « L’avortement ou l’infanticide sont obligatoires si le fœtus ou le bébé s’avèrent très handicapés (la sélection darwinienne élimine les inaptes). Quand, par l’âge avancé, par un accident ou une maladie, un individu devient plus un poids qu’un bénéfice pour la société, sa vie est humainement arrêtée…  Le plus grand obstacle dans le scénario ayant le plus de chance de succès est probablement (à mon avis) la dévotion inintelligente du monde occidental pour le politiquement correct, les droits humains et le caractère sacré de la vie humaine… Aux sentimentalistes qui ne peuvent pas comprendre le besoin de réduire la population de la Grande-Bretagne de 60 millions à environ 2 millions sur cent cinquante ans, et qui sont outrés par la proposition de remplacement des droits humains par une froide logique, je pourrais répondre : ’Vous avez eu votre temps. » (William Stanton , The Rapid Growth of Human Population 1750-2000 : Histories, Consequences, Issues, Nation by Nation, Multi-Science Publishing, 2003) in Serge Latouche Le pari de la décroissance, Arthème Fayard/Pluriel, 2006, pp. 142-143)

2011, Alain Hervé : « Nous échappons aux régulations naturelles comme les épidémies. Pasteur a conjuré la mortalité infantile naturelle. Il ne savait pas qu’il contribuait ainsi à rompre l’équilibre démographique. Maintenant le milliard d’hommes qui naissent et meurent affamés n’accède plus vraiment à l’état humain, il en reste à un état infra-animal. On peut me traiter d’antihumaniste ; le politiquement correct est devenu une peste intellectuelle… » (Propos recueillis par Michel Sourrouille, chronique de mars 2011 parue sur lemonde.fr)

2015, Didier Barthès : « Aujourd’hui les individus mêmes porteurs de faiblesses physiques notables (n’y voyez pas un jugement moral ou dévalorisant) ne sont plus soumis à la sélection naturelle et donc, du point de vue génétique, peuvent transmettre ces faiblesses à leurs descendants. Ainsi aujourd’hui, l’augmentation du nombre de myopes est liée, certes au mode de vie – on regarde de près plus souvent que de loin désormais dans la vie quotidienne – , mais aussi au fait qu’une forte myopie n’est plus un handicap rédhibitoire comme elle le fut auparavant. Ce qui est vrai pour la myopie l’est pour beaucoup d’autres choses. Beaucoup de mécanismes de défense de l’organisme (ne serait ce que la force physique ou la résistance à certaines maladies) ne constituent plus des avantages et ne sont donc plus sélectionnés. Nous dépendrons de plus en plus de la médecine et de moins en moins de nos propres forces. Le jour où la société ne pourra plus assumer de lourdes charges en matière de soins, il est possible que la vie de beaucoup d’entre nous soit menacée. Je suis bien conscient du caractère dérangeant du point de vue que je défends et je ne suis pas un adversaire de la médecine dont je suis heureux à titre personnel de bénéficier comme chacun d’entre nous. Toutefois cela ne saurait me faire oublier que le problème se pose et que peut-être un jour l’humanité le paiera cher. »( Commentaire posté sur cet article, Mainmise de l’industrie sur nos repas : trop de sucre)

2016, Pierre Jouventin : « Darwin réalisa que les capacités de reproduction des espèces dépassaient très largement le nombre des descendants observés et donc qu’il existait une sélection naturelle qui triait en permanence les êtres vivants, ne laissant se perpétuer que ceux capables de s’adapter à leur milieu physique. Au fil des générations, seuls ceux qui sont parvenus à survivre et à se reproduire ont transmis leur patrimoine héréditaire. Cette sélection fut sans doute particulièrement rapide chez nos ancêtres parce que c’était urgent et vital pendant la délicate période d’adoption à un mode de vie radicalement différent de leurs ancêtres arboricoles. Le cerveau, qui était déjà remarquable par sa taille chez les primates, a été fortement sélectionné pour tripler en moins de deux millions d’années. Avoir une gros cerveau n’est pas nécessairement un avantage pour durer, tout au contraire puisque des plantes, des microbes et des animalcules sans système nerveux sont parvenus à se perpétuer pendant des millions d’années, et qu’ils risquent fort de nous survivre. La solution de l’accroissement du cerveau semble un échec inévitable et prévisible de l’Évolution. Sommes-nous une espèce ratée, pathologique, alors que les autres animaux sont fonctionnels, construits pour durer, avec sans doute moins de cervelle, mais moins d’excès et de démesure, avec peu de culture et beaucoup d’instinct pour éviter de se perdre comme nous dans des idéologies fumeuses ? La sélection s’est-elle un peu relâchée chez Homo sapiens et avons-nous régressé intellectuellement à cause de notre douce vie de civilisé ? C’est en tout cas ce qui est arrivé aux chiens qui ont perdu lors de la domestication un tiers du volume cérébral de leur ancêtre sauvage. Le loup il est vrai doit exploiter toutes ses aptitudes motrices et sensorielles pour survivre. » (L’homme, cet animal raté, aux éditions Libre et solidaire)

* LE MONDE du 23-24 février 2020, La propagation du coronavirus inquiète l’OMS

Covid-19, bientôt 5 millions de morts ?

1) Le nouveau coronavirus apparu en Chine, le « SRAS-CoV-2 » ou « Covid-19 », a officiellement causé plus de décès que le coronavirus du SRAS (syndrome respiratoire aigu sévère) qui avait frappé entre novembre 2002 et l’été 2003. Il atteint désormais 2 000 morts. Pour le SRAS, 774 morts, au moment du bilan définitif.*

2) L’épidémie de pneumonie s’accélère à travers le globe. Au total, quelque 78 000 personnes ont été contaminées à travers le monde, dans une trentaine de pays et territoires. Face au rythme de contagion, le président sud-coréen Moon Jae-in a proclamé dimanche l’état d’alerte maximale.L’irruption du coronavirus en Iran a été rapide et meurtrière. En moins de quarante-huit heures, l’Italie est devenue le pays le plus touché en Europe ; ce pays compte désormais 219 personnes contaminées. La France se prépare de son côté à une possible épidémie.

3) La plupart des experts s’accordent à dire que chaque personne infectée transmettrait le virus à environ 2,5 autres individus, ce qui équivaut à un « taux d’attaque » de 60 à 80 %. Une inquiétude partagée par le professeur Gabriel Leung, épidémiologiste hongkongais spécialiste du 2019-nCoV. Selon lui, le virus pourrait toucher près de 60 % de la population mondiale. Même si le taux de mortalité du coronavirus stagne autour de 1 % – il s’établissait ce lundi à 2,4 % –, le nombre de décès serait massif. Cinq millions de morts ? Quelques réactions sur lemonde.fr :

FT2 : Les infections virales deviennent en général pandémiques quand elles ne sont pas très mortelles. Si le taux de moralité est trop élevé, comme pour Ebola, il n’y a pas extension du virus car il tue trop vite son hôte. Le Corona est intermédiaire, il tue plus que la grippe saisonnière (très pandémique) et moins que le SRAS dont l’épidémie est restée très circonscrite. Rappelons que les virus ne survivent PAS en dehors de leur hôte. Rappelons aussi que ces virus proviennent d’animaux qu’ils infectent sans les tuer, ni même les rendre malades, et qui représentent donc des réservoirs extrêmement efficaces pour leur propagation.

Thomas : Si on regarde les courbes* du SRAS, la moitié des infectés (4288) a lieu à J+71 et la moitié des décès (417) à J+80. Ce qui donne bien le taux de mortalité de 10%, il y a un délai moyen de 9 jours entre la prise en charge et le décès. Aujourd’hui à J+36 du 2019-nCov on déplore 493 morts alors qu’on dénombrait 4473 infectés il y a 9 jours (J+27), cela voudrait dire un taux de mortalité de 11%… Cette épidémie pourrait faire des millions de morts.

Doc Doc : Exactement! Après rien ne vaut une vrai étude prospective pour estimer le vrai taux de mortalité mais le chiffre de 2% donné par l’OMS ne peut que être sous-estimé.

yeux ouverts : Il est temps que la courbe s’infléchisse rapidement comme pour le SRAS… Actuellement une courbe exponentielle corrèle très bien l’évolution des décès (R² = 0,94 pour les statisticiens) et aboutit à 416 000 décès dans 30 jours… 32 millions dans 50 jours. On est effectivement face à quelque chose de très sérieux

Pascalou : … et 8 milliards dans 3 mois?

ISADOL : Il faut garder en tête que les chiffres communiqués des cas confirmés ne sont que des indicateurs car de nombreuses personnes se baladent dans toute l’Asie en étant porteuse du virus mais de façon asymptomatique ou alors malades mais de façon discrète. Par exemple un pays comme la Malaisie qui concentre une importante population chinoise qui a beaucoup circulé pendant les fêtes du nouvel an ne répertorie que 12 cas, ce n’est pas vraisemblable. Un seul cas au Népal et pas un seul en Afrique, cela pose vraiment question sur les infos communiquées.

Frogeater : La planète aurait bien besoin de revenir à 3-4 milliard d’êtres humains au lieu des 8 milliards actuels pour ne pas se faire piller et détruire… Malheureusement ni le SRAS ni ce coronavirus ne feront plus de quelques dizaines de milliers de victimes en grande majorité parmi les populations de 70 ans et plus (comme notre bonne vieille grippe saisonnière quoi).

Chou-fleur @ Frogeater : Pour y remédier, vous pourriez peut-être donner l’exemple, non ?

* EN UN GRAPHIQUE. L’épidémie a fait plus de 2 000 morts, et a infecté plus de 75 000 personnes, selon les derniers chiffres disponibles. Décodeurs, article du MONDE mis à jour le 24 février 2020.

** LE MONDE du 25 février 2020, Coronavirus : en Italie, en Corée du Sud, en Iran… la propagation s’accélère

*** https://www.lepoint.fr/sante/coronavirus-l-epidemie-pourrait-toucher-60-de-la-population-mondiale-11-02-2020-2362070_40.php

Fessenheim ferme, démantèlement incertain

Le réacteur n°1 de la centrale nucléaire de Fessenheim a été débranché du réseau électrique national le 22 février. Cet arrêt de mort de la centrale alsacienne, bâtie dans les années 1970, débute le cycle de sortie progressive du nucléaire, c’est pas trop tôt. Le réacteur n° 2 sera arrêté le 30 juin. L’évacuation du combustible de la centrale devrait être achevée en 2023. Ensuite doit se poursuivre la phase de « préparation » au démantèlement, processus inédit en France à l’échelle d’une centrale entière qui devrait commencer à l’horizon 2025 et se poursuivre au moins jusqu’en 2040. Les gesticulations des pro-nucléaires se poursuivent, y compris sur lemonde.fr :

Claude Brender, le maire de la commune de Fessenehim : On tue une machine qui aurait pu tourner encore 20 ans et on ne sait toujours pas pourquoi !

Sybarite : Dans les 5000 prochaines années, il y aura des tempêtes qui effondreront des éoliennes, des séismes qui détruiront des barrages, des tsunamis qui noieront des villes entières, des épidémies etc… Et surtout nous seront morts.

Grabotte : Honte sur nous, Français, de ne pas savoir faire la différence entre risques maîtrisés et peur irrationnelles, d’avoir une si mauvaise culture scientifique. Honte sur nos gouvernements de céder au chantage électoral des moutons guidés par Greenpeace. Une très mauvaise décision. Espérons qu’ils ne recommencent plus jamais, et que nos gouvernements successifs d’aujourd’hui et demain se remettent à construire des EPR.

Valentini : Estimation du démentiellement : 1 milliards d’euros…. multiplié par la nombre de centrale en France (car leurs durée de vie est limitée dans le temps), l’addition va être très salée. Alors prétendre que le nucléaire est une énergie propre (déchets) et bon marché, c’est un mensonge. Ce sont avec nos impôts que la facture sera réglée.

Airain : EDF a freiné au maximum pour repousser la fermeture de cette centrale pour une seule raison: cette entreprise ne sait pas démanteler une centrale nucléaire à un coût acceptable. Autrement dit, dans dix ans, quand les premiers chiffres réalistes vont sortir, quand les français vont se rendre compte du vrai coût d’une centrale nucléaire, je crois que l’on va assister à un scandale d’état, un gros.

Un Montreuillois : Il me semble que les fonds nécessaires au démantèlement sont provisionnés et placés depuis longtemps et rapportent des intérêts élevés à EDF. Autrement dit, plus on attend, plus les fonds disponibles pour démanteler sont importants et plus le coûts total de l’énergie produite baisse.

Axel : Trouvé dans un rapport parlementaire : coût de démantèlement estimé du parc français 75 milliard €, provisions déjà réalisée par EDF 36 Md€. Certains jugent l’évaluation sous estimé par rapport aux règles d’autres pays. EDF s’en défend en argumentant sur les économies d’échelle avec l’homogénéité de ses centrales.

The GonZo Man : Comme l’électricité de cette centrale était vendue à l’Allemagne et comme l’Allemagne va démarrer une nouvelle centrale au charbon tout va bien…

Jean Sérien : J’attends de voir dans le programme de Jadot pour la présidentielle, la fermeture progressive mais rapide d’Airbus, d’Air France, des chantiers navals de Saint Nazaire, etc, etc… Et le tonnerre d’applaudissements que vont susciter ces annonces…

synthèse, Le nucléaire a-t-il un avenir ? Certainement pas ! Nos articles antérieurs sur ce blog biosphere :

6 octobre 2019, Fessenheim, démantèlement d’un plan de reconversion

25 mars 2016, Un impossible démantèlement des centrales nucléaires

29 mai 2014, Le coût incommensurable du démantèlement des centrales

* LE MONDE du 22 février 2020 ; Malgré la pression des salariés, le réacteur n°1 de Fessenheim débranché du réseau EDF

Des municipales à l’heure du verdissement

L’évolution des discours pour ces municipales 2020 pose sans doute un problème à EELV, parti spécifiquement écolo. Les élus des années 1990 avaient transformé leur ville en entreprise pour devenir une zone « attractive ». C’était la mode de la politique du  développement local, zones industrielles par-ci, grands travaux inutiles par-là. Les politiques d’image visaient à améliorer le positionnement extérieur de la ville, festival de musique par-ci, festival de la bande dessinée par-là… Aujourd’hui c’est le verdissement général. Que dire de spécifique quand tous les candidats se veulent écolos ? Voici l’exemple d’Angoulême, avec un maire sortant de droite. Son programme :

« Pour un espace public de qualité, nous nous engageons à mettre en œuvre un plan pistes cyclables. Nous réaliserons la refonte totale de l’éclairage public pour multiplier nos économies d’énergie, Pour une ville conviviale, nous procéderons à la création de 20 poumons verts. Pour plus de propreté, nos proposons un plan zéro mégot et la tolérance zéro pour l’incivilité sur les déchets ménagers. Pour plus de sécurité… favoriser les patrouilles de policiers municipaux à vélo. Pour une ville qui respire… favoriser l’accès aux transports collectifs en expérimentant la gratuité et en développant des zones à vitesse limitée à 30 km/h. Pour une ville sportive, réalisation d’équipements sportifs de proximité. Nous réaliserons un plan sur 10 ans pour la rénovation énergétique des établissements scolaires avec deux école à énergie positive à la Grand Font. Parce que l’avenir passe par la reconnexion des plus jeunes avec la nature, nous proposons le jardinage à l’école avec aménagement d’espaces nature dans chaque cour d’école ainsi que l’implantation de vergers à proximité de nos écoles. Pour une ville citoyenne, nous proposons la réalisation des Assises de la jeunesse et de la transition écologique. Climat, on s’engage. Écoles, éclairage public, poumons verts et fruitiers, rénovation des bâtiments publics, déploiement des bornes électriques… » (prospectus de 16 pages couleur distribué dans les boîtes aux lettres)

Notons que ce projet municipal émane d’un maire sortant qui se représente aujourd’hui sans étiquette. Pourtant en 2014 le jeune UMP de 34 ans Xavier Bonnefont avait repris en la mairie d’Angoulême conquise par le PS en 2008. Son discours n’est plus partisan : «Appartenir à une écurie politique c’est quelque chose que je comprends ayant été inscrit dans un parti politique pendant quelque temps. Pour autant c’est quelque chose qui ne m’intéresse pas plus que ça… Je rappelle que je suis en dehors de tout parti politique. J’ai ma propre association locale qui s’appelle « Générations Grand Angoulême. » Mais Xavier Bonnefont bénéficiera du soutien d’En Marche qui ne présente pas de candidat en son nom direct… Voici nos articles précédents sur ce blog biosphere :

11 février 2020, Municipalisme, tout le pouvoir au local ?

17 novembre 2019, Municipales, tous écolos ou presque !

27 mars 2014, Bilan des municipales en France, l’introuvable tripartisme

12 mars 2008, municipalisation libérale

Urgence écologique, rébellion nécessaire

Faisant le constat de l’inaction des gouvernements face à l’urgence écologique et climatique, près de 1 000 scientifiques appellent les citoyens à la désobéissance civile. Leurs propos formulent l’évidence : «  Hypocrisie de politiques qui voudraient d’un côté imposer la sobriété aux citoyens tout en promouvant de l’autre un consumérisme débridé et un libéralisme économique inégalitaire et prédateur…Une croissance infinie sur une planète aux ressources finies est une impasse… L’habitabilité de la France sera remise en question… Le futur de notre espèce est sombre… En conséquence, nous appelons à participer aux actions de désobéissance civile menées par les mouvements écologistes historiques (Amis de la Terre, Greenpeace…) ou formés plus récemment (Extinction Rebellion, Youth for Climate…)… »* Mais le message a du mal à passer, comme tous les autres messages anxiogènes qui sont médiatisés depuis les années 1970. La preuve, les commentateurs s’écharpent sur lemonde.fr :

Philippe C : Pas très intelligent ni responsable d’appeler à la désobéissance civique alors que l’on croule (voire crève) sous les incivilités qui pourrissent la vie de tous le monde. On a presque une élection par an pour s’exprimer efficacement, n’est ce pas suffisant ? La désobéissance civique est un refus de la loi…..

CH Kenny @ Philippe : Quand les lois – de l’argent en l’occurrence – sont stupides, que faire ?

Andreas : Au lieu de crier à la désobéissance, ces 1000 cerveaux feraient mieux d’atteler leurs efforts pour trouver une solution au CO2 par exemple. Il doit bien y avoir des moyens pour capturer à grande échelle les gaz à effet de serre. J’ai vu un reportage il y 6 mois environ d’une entreprises dans les Grisons qui avec d’énormes ventilateurs qui aspiraient l’air, captait le CO2 et en faisait des galettes. Pourquoi on en parle pas plus?

C3po @ Andreas : Et après la marmotte, elle prend la galette, elle l’emballe dans de l’aluminium, et hop ! il n’y a plus de CO2. Elle est pas belle, la vie ?

Pat Cartier : Étonnant tous ces commentateurs qui se comportent comme si cette tribune était faite pour convaincre. Alors que sa véritable fonction est de faire connaître la liste des signataires. Notez bien les noms, lecteurs du Monde : ce sont ceux de vos futurs commissaires politiques si les décroissants arrivent au pouvoir.

Eric L. : La tendance générale des réactions est plus inquiétante que la tribune elle-même. L’inconscience de la situation et des risques d’emballement climatique est largement partagée, et toute idée de remise en cause de notre système économique directement à l’origine du réchauffement, de la pollution et de la chute de la biodiversité, rejetée. On attend des scientifiques… des solutions ! Des solutions qui ne remettraient pas en cause le moins du monde notre mode de vie, bien entendu. Quand le vent forcit, on réduit la voilure. Nous, on s’accroche à elle! L’issue ne fait guère de doute dans ces conditions : nous serons emporté avec elle…

Gladys Destin : Le catastrophisme me fatigue. Je trouve cette tribune puérile et scooperesque. L’écologie attend le plus grand sérieux, une transition réfléchie et concertée. De grâce, n’en soyons pas victimes, mais grands gagnants, alimentation, confort, santé, mobilité… il suffit d’intelligence et de pragmatisme, pour arrêter une grande partie du carnage, pas de contrition ou de punition

Gilles SPAIER : Je suis atterré de voir la résistance de nombreux lecteurs du Monde. Il est exact que l’action du gouvernement est totalement entravée par les pressions des lobbys industriels et agro-industriels. Exemple concret, Macron fait sa Com à Chamonix et en même temps ladite vallée a été phagocytée par le tourisme et l’autoroute du Mont Blanc. Cherchez l’erreur.

Piérick @ GillesSpaier : Tout est dit dans votre propos : l’absurdité (ubuesque) des décisions politiques pour lutter contre ce réchauffement climatique (200 € par an si un fonctionnaire prend son vélo pour aller travailler… (sic)), etc. Nous sommes cuits, bien évidemment, à tous points de vue : +7°C en 2100, l’eau et les sols contaminés, la majorité des espèces vivantes sous terre… Le bon côté des choses, c’est que la Terre et le reste des espèces vivantes iront infiniment mieux lorsqu’elles seront débarrassées de la plus nuisible des espèces, à savoir « sapiens sapiens »…

Notre soutien aux mouvements de rébellion sur ce blog biosphere :

9 octobre 2019, Tout savoir sur Extinction Rebellion

9 octobre 2019, Pour ou contre Extinction Rebellion ?

1er octobre 2019, Biosphere-Info, la désobéissance civique

3 juillet 2019, Extinction Rebellion avec Ingrid Verleye

20 mai 2019, Greta Thunberg, l’icône dont nous avons besoin

20 avril 2019, CLIMAT : la semaine internationale de rébellion

20 février 2019, Nous, adultes, ferons la grève scolaire du 15 mars

* LE MONDE du 21 février 2020, L’appel de 1 000 scientifiques : « Face à la crise écologique, la rébellion est nécessaire »

La croissance étouffée par ses déchets

Nos déchets forment désormais de véritables couches géologiques. Il est certain qu’aucune créature autre que l’homme n’a jamais réussi à souiller son nid en un temps aussi court.

Dans son livre, Homo detritus, critique de la société du déchet, Baptiste Monsaingeon constate que jusqu’à la fin du XIXe siècle, le déchet n’existe pas. Les excreta urbains servent de matières premières, les chiffons sont récupérés, les boues organiques (épluchures et boues noires) servent de compost pour les paysans. L’apparition des poubelles marque l’abandon de ces vertueuses pratiques de synergie entre villes et campagnes. Le 24 novembre 1883, Eugène-René Poubelle, préfet du département de la Seine, impose aux Parisiens l’usage de réceptacles pour l’enlèvement des ordures ménagères. Sous l’impulsion de l’hygiénisme, on banalise l’idée d’abandonner de la matière sans usage ultérieur. Cette idée est aussi un héritage du « progrès » techno-industriel. On délaisse la vidange des boues urbaines quand Justus von Liebig met au point les engrais chimiques dans les années 1860. Avec la découverte d’un procédé d’extraction de la cellulose, on n’a plus besoin des chiffonniers pour fabriquer du papier. Avant leur interdiction, en 1946, la France en comptait 500 000. On invente donc le déchet, qui désigne toute quantité de matière ou produit destiné à l’abandon, ce qui est toujours sa définition juridique actuelle, sanctionnée seulement en 1975 par la loi française (article L. 541-1-1 du code de l’environnement)*.

Plutôt que de réduire les déchets à la source, compostage privé, abandon total des emballages, chacun son cabas et ses pots en verre, nous faisons la chasse aux rejets intempestifs et aux dépôt sauvages. La civilisation du contrôle tout azimut étend son emprise sur nos comportements quotidiens, sur nos déchets. Il faut ramasser les crottes de son chien, ne pas cracher son chewing-gum, bien trier, ne pas se tromper de sac de poubelle, sinon gare. La brigade verte de la ville veille, des agents assermentés sévissent, procès-verbal et amende, on ne plaisante pas avec les ordures, la propreté administrative doit régner. Demeure un problème majeur, neuf fois sur dix les contrevenants ne sont pas identifiés**. Ce n’est pas à l’âge de pierre qu’on doit revenir, c’est à l’époque pré-urbaine du recyclage intégral sur place. Contraints par le manque d’énergie fossile il faudra bien s’y mettre. Prenez l’exemple des déchets organiques. Sur le plan technique, le lombricompostage domestique est très efficace. Et l’épicerie en vrac*** s’installe. Le changement d’imaginaire s’opère. Ecolo des années 1970 : le déchet est ingérable, la pollution et l’entropie nous submergeront. Ecolo des années 2000 : le déchet est immoral, la planète se vengera. Ecolo des années 2050, victoire, une société sans déchets. Le vert brigadier du futur qui trouvera un déchet pourra dire : « Bizarre, ce déchet-là, je croyais qu’il ne fallait plus le produire ». Nos articles antérieurs sur la question des ordures :

13 janvier 2020, La chasse aux cotons-tiges est ouverte

30 septembre 2018, Un univers sans déchets, possible pour zero waste

21 septembre 2018, Stocamine, le problème insoluble des déchets ultimes

7 octobre 2011, une civilisation étouffée par ses déchets

7 mars 2010, des déchets en héritage

* LE MONDE, 22 décembre 2019, L’abandon des déchets « est un héritage de la modernité industrielle (entretien avec Anne Guillard)

** LE MONDE du 20 février 2020, Déchets : les « brigades vertes », nouvel outil anti-incivilités des communes (Enora Ollivier)

*** Créée au printemps 2013 par Didier Onraita et David Sutrat, day by day, mon épicerie en vrac est née de l’envie de ces deux entrepreneurs de proposer un nouveau concept de magasin de proximité dans lequel le consommateur pourrait trouver les produits du quotidien vendus en vrac. En moins de 4 ans, day by day a déjà ouvert 40 magasins et ambitionne d’avoir plus de 100 magasins en France et à l’Etranger d’ici deux ans.

Liste des magasins day by day en France disponible ici : http://daybyday-shop.com/magasin

L’euthanasie en Belgique, facile ?

En Belgique, 2 357 demandes officielles d’euthanasie – dont 2,4 % pour troubles mentaux ou du comportement – ont été introduites en 2018. La loi sur la fin de vie adoptée par la Belgique en 2002 prévoit qu’une souffrance psychologique jugée incurable et irréversible peut être admise comme une raison valable pour une euthanasie, si une série de conditions et de procédures sont respectées. L’ordre des médecins prône, quant à lui, le maintien du droit des personnes à « l’autodétermination ». Une cour d’assises a acquitté, le 31 janvier 2020, deux médecins et une psychiatre qui étaient poursuivis pour l’euthanasie, en 2010, d’une femme de 38 ans ; elle souffrait de graves troubles psychiatriques.* L’euthanasie pourrait-elle devenir « une industrie » en Belgique ? Les sollicitations venues de France ont fortement augmenté. On exige une première consultation en Belgique, l’avis du médecin traitant en France et, même si la loi belge ne le prévoit pas, l’information des proches. Pour être pris en charge, un patient français doit obligatoirement faire état de souffrances physiques ou psychiques inapaisables causées par une affection grave et incurable. Obtenir une euthanasie en Belgique relève souvent du « parcours du combattant », prévient-on à l’ADMD. Les médecins belges acceptant de répondre à des demandes d’euthanasie de patients étrangers ne sont pas nombreux. N’est-ce pas déresponsabiliser la France que de prendre en charge ce problème ?**

La France est un pays très arriéré en matière de fin de vie. La maladie ignore les frontières et les inégalités, tout le monde n’a pas forcément les moyens d’aller ailleurs chercher ailleurs ce dont le prive en France une coalition des médecins, des religieux et des politiciens. Le suicide assisté est aussi accordé en Suisse. Mais cela coûte encore plus cher qu’en Belgique. La mort est déjà une industrie via les pompes funèbres, il y a « industrie » partout où l’investissement est rentable, y compris dans les maisons de retraite, la production de médicaments, etc. Rien de choquant donc à bénéficier d’un service médicamenteux pour sa fin de vie. L’euthanasie est une décision personnelle qui ne concerne que celles et ceux qui désirent mettre un terme apaisé à leur vie, afin que leurs proches gardent d’eux une image sereine et non pas douloureuse, rongée par la dépendance. Chacun devrait pouvoir, dans un cadre de son choix, se donner personnellement la mort afin de pas donner à ses proches l’image de sa propre déchéance. Il s’agit d’actes volontaires, une personne est censée être libre de disposer de son corps. Pourtant, en France, même la loi sur la sédation profonde n’est pas appliquée par les services de soins palliatifs. Un chien peut être euthanasié mais pas un être humain ! Nos articles antérieurs sur ce blog biosphere :

18 janvier 2020, Fin de vie à domicile, la galère

8 janvier 2020, Fin de vie, prendre du midazolam ?

12 juillet 2019, le cas Vincent Lambert, suite et fin

1er juillet 2019, Droit à la vie ou droit à une mort digne ?

26 avril 2019, L’affaire Vincent Lambert, l’euthanasie en suspens

6 juillet 2018, ADMD, pour le droit de mourir dans la dignité

13 mars 2018, Le suicide assisté, atteinte à la liberté individuelle ?

3 mars 2018, Quelle liberté pour une mort dans la dignité ?

8 septembre 2017, Anne Bert décide dignement de son dernier voyage

9 avril 2017, Les présidentiables et le droit de mourir dans la dignité

7 mars 2017, Sédation profonde ou droit de mourir dans la dignité ?

25 septembre 2016, Euthanasie, un mot en vogue pour la mort douce

29 janvier 2016, Ni euthanasie, ni suicide assisté, une molle décision !

13 mars 2015, Mourir dans la dignité, un débat qui n’en finit pas

9 mars 2015, Une mort digne d’être vécue n’est pas chose impossible

14 décembre 2014, Fin de vie, encore une mesurette de François Hollande

25 juin 2014, Acceptons la fin de vie, par nature notre lot commun

10 mars 2009, euthanasie, le droit ultime

6 juin 2007, croisade obscurantiste des religions sur l’euthanasie

* LE MONDE du 19 février 2020, En Belgique, un procès a ravivé les fractures entre défenseurs et opposants de la loi sur l’euthanasie

** LE MONDE du 19 février 2020, De plus en plus de Français demandent l’euthanasie en Belgique

De la neige hélitreuillée pour skier

Même la ministre de l’écologie réagit : « Enneiger des stations de ski par hélicoptère n’est pas une voie possible. »* Le directeur du syndicat mixte à Luchon-Superbagnères, conscient que ce n’est pas hyper écologique, se défend : « C’est vraiment exceptionnel, on n’a pas eu le choix cette fois-ci. » C’est en fait la faute du conseil départemental de Haute-Garonne qui sait calculer le bon rapport coût/bénéfice : « En termes de retour sur investissement, il faut multiplier au moins par 10 ». Les skieurs sont contents et 50 à 80 personnes vont pouvoir travailler grâce à cette opération aérienne. Voici quelques réactions sur lemonde.fr :

Hotdog : Ah, ils n’avaient pas le choix. Alors si tous ceux qui n’ont pas le choix continuent de déverser des gaz à effet de serre pour des activités de loisir, on n’est pas près de s’en sortir.

mille sabords : Rappelons qu’il y a peu, des ourses aussi sont arrivées en hélico dans les mêmes coins, pour contourner des « amis de la nature-sans-les ours » très agressifs. Gageons que si on lâche de la neige par hélico pour garder ses touristes, c’est qu’on peut également chasser l’ours par la voie des airs pour garder ses brebis. Quelle époque !

Raphou : Le problème ce n’est pas que les responsables d’une station de ski aient utilisé l’hélico. Le vrai problème, c’est qu’ils aient pu le faire pour une somme d’argent si faible. La seule manière de réguler efficacement la pollution, c’est par l’argent. Il n’y a pas d’utilisation plus ou moins justifiée de l’énergie : que ce soit pour transporter de la neige, chauffer des terrasses, faire rouler une voiture pour aller au boulot, faire tourner un serveur informatique, engraisser du bétail, faire voler un avion ou chauffer une maison mal isolée, chacune utilise l’énergie en fonction du budget dont il dispose et du retour sur investissement qu’il espère. Si on décide que c’est anormal de transporter de la neige par hélico, alors on surtaxe le kérosène (donc le pétrole) d’un facteur 10, mais alors l’impact sera le même pour l’avion, la voiture, les tracteurs ….

Jean Puplu : Une belle illustration de comment le vieux monde n’en fini plus de finir. Ça fait 20 ans que les stations de moyenne montagne voient leur enneigement baisser inexorablement. C’est une constatation, et même les climato-sceptiques ne peuvent nier ce fait. Personne n’a jamais voulu changer d’approche. Personne. La on est au paroxysme de cette inadaptation. « C’est pour sauver des emplois », oui mais pour combien de temps ? Vous croyez que la neige va revenir et tout sera pour le mieux dans le meilleur des mondes ? Des millions de petits Titanic prennent l’eau tout autour de nous et on s’inquiète de payer les membres de l’orchestre ? Si on s’était réveillé avant, ils auraient appris à faire autre chose et on en serait pas là. Je ne sais pas si on a encore le temps maintenant…

Mister Z : Il est étonnant de voir comment on se préoccupe de l’emploi dans les stations alors que la destruction des charbonnages, du textile, de la sidérurgie, des chantiers navals, d’une bonne partie de l’automobile et de la chimie était passée sans autre chose que le sursaut de ces dizaines de millions de victimes en partance pour la casse sociale…

Doute : Bien sûr cela nous scandalise. Mais pour changer ces pratiques il faut changer de paradigme. Les acteurs économiques prennent des décisions en fonction des paramètres de coûts qu’ils ont : en l’occurrence c’était rentable. Équiper les stations de canons à neige c’est scandaleux mais c’est rentable. Tant que cette équation ne changera pas, rien ne changera. Il faut rendre ces pratiques non rentables et pour cela augmenter de façon considérable le coût de l’énergie, voire moduler les taxes sur l’énergie en fonction de leur utilisation finale. C’est incontournable.

Sur ce blog biosphere, nous voulons que la ministre de l’écologie Elisabeth Borne interdise totalement le tourisme à ski et que Macron impose la taxe carbone. On peut toujours rêver…

24 juin 2019, Stations de ski et réchauffement climatique

7 février 2018, Ne skiez pas, ni au Pla d’Adet ni ailleurs

27 décembre 2016, Des vacances de Noël sans chausser les skis

13 mars 2008, Non aux skieurs chinois

* LE MONDE du 18.02.2020 Livraison de neige par hélicoptère dans les Pyrénées : « Ce n’est pas une voie possible », critique Elisabeth Borne

L’écologisme concurrence les religions

« Il y a environ trois cents ans, une Société de la terre plate a été fondée par ceux qui ne croyaient pas à la rotondité de la planète. Cette société existe toujours, elle doit compter une dizaine de membres »*. Mais il y a encore mieux dans l’invention humaine de croyances folkloriques, le culte du Monstre en spaghettis volant ou« pastafarisme » : le créateur de l’Univers est un amas de pâtes truffé de deux boulettes de viande. Canular inventé en 2005 aux Etats-Unis, la religion du dieu-spaghettis est officiellement reconnue, aujourd’hui, par plusieurs pays du monde, notamment les Pays-Bas et Taïwan**.

Dans Deus Casino, François De Smet prend cette aventure loufoque comme point de départ de ses réflexions sur les religions. Au nom de quoi refuser à cette croyance, même si elle constitue une extravagance revendiquée, le nom de religion ? Le débat ne peut porter sur l’invraisemblance du dogme, puisque les religions établies sont dans la même situation. Difficile d’opposer au pastafarisme des arguments scientifiques, dans la mesure où les religions en place soulignent toutes, pour justifier leur légitimité, qu’elles échappent à la réfutation par les faits. Quand la croyance se prend au sérieux, elle transforme ses rêveries en réalités supposées. C’est en jouant à se raconter des histoires extraordinaires sur le monde, sur eux-mêmes et sur le destin que les humains forgent des moyens de survivre à leurs angoisses. Puis ils oublient qu’il s’agit d’un jeu. Au bout du compte, ils croient savoir, au lieu de savoir qu’ils croient. Mais concevoir une société sans croyance, un groupe humain sans foi commune, ne semble pas possible.

La religion a une double signification, elle relie (religare) et elle rassemble. Elle permet une pratique institutionnalisée qui apporte une cohérence au monde et le maintien de cet ordre. Aucune société ne peut vivre sans une certaine forme de religion.Toute organisation humaine renvoie en effet à un ensemble de prémisses fondamentales sur ce que sont le monde, le réel, la vie, donc à une ontologie, une métaphysique considérée comme référence à notre éthique. Le problème de fond c’est de déterminer à quoi se relier : une divinité ? le collectif humain ? la Nature ? L’écologisme porte en lui un changement profond par rapport aux religions du livre (bible, nouveau testament, coran), un retour à une vision plus en phase avec les possibilités d’une vie viable, vivable et conviviale sur cette planète. L’écologisme signifie que nous voulons nous relier à notre maisons commune, qui est à la fois notre maisonnée, la société et de façon globale la Terre. Cela n’éliminera pas les controverses ; le mélange des connaissances scientifiques, des contraintes socio-économiques et des interprétations philosophiques laisse un large manœuvre de débat sans fin. Mais l’important c’est de reconnaître que nous sommes dépendants de réalités biophysiques, c’est la Terre-mère qui importe, pas Dieu-le-père caché dans la stratosphère. Sur ce blog biosphere, voici nos articles antérieurs sur la question religieuse :

22 août 2019, Spiritualité, religion et écologie

16 juillet 2019, Alain Hervé, la religion, le terrorisme…

3 août 2018, Religion et écologie commencent à faire bon ménage

4 juillet 2018, La religion écologique n’est pas une religion

15 août 2016, En finir avec la religion du progrès

28 février 2015, Une religion pour la terre-mère est-elle dangereuse ?

21 septembre 2014, Religion catholique et écologie : comparaison papale

16 septembre 2009, bien-être et religion

22 décembre 2008, quelle religion pour le XXIe siècle ?

* réponse de l’ancien président du GIEC (Groupe intergouvernemental sur l’évolution du climat), l’Indien Rajendra Pachauri, à ceux qui lui demandaient ce qu’il pensait des détracteurs du réchauffement climatique.

** LE MONDE des livres du 14 février 2020, « Deus Casino », de François De Smet : la chronique « philosophie » de Roger-Pol Droit

Grève des retraites ou grève du climat ?

Tout le monde se veut écolo, simple mode ou évolution de fond ? Le secrétaire général de la CGT se rapproche d’organisation comme Greenpeace, pourquoi ne pas créer un syndicat « vert » ?* Le nouveau patron de British Petroleum a promis la « neutralité carbone » d’ici 2050, ce sera « Beyond Petroleum » ! Avec Greta Thunberg, des étudiants font grève pour le climat. Maintenant un collectif d’étudiants et de lycéens presse « désespérément » les enseignants, mobilisés contre la réforme des retraites, de s’engager avec la même force contre la crise climatique. Tous ensemble, tous ensemble. Bientôt nous serons tous écolos, de gré ou de force, quand on arrivera aux dernières gouttes de pétole et que la température du globe dépassera en moyenne de 5 °C la période pré-industrielle. Autant agir avant. C’est ce qu’explique quelques étudiants à leurs enseignants :

« Chers professeurs, votre mobilisation contre la réforme des retraites contraste avec l’absence presque indécente de mobilisation pour le problème infiniment plus grave qu’est pour notre génération la crise climatique. Tout semble se passer comme si celle-ci n’existait pas vraiment pour vous, comme si nous allions vivre une vie similaire à la vôtre, comme si vous croyiez qu’en vous battant pour les retraites, c’est aussi notre avenir que vous garantissez. Qui d’entre nous est assez naïf pour s’attendre à prendre sa retraite vers 2070 dans un monde à + 5 degrés ? Vers 2045, dans une Terre « étuve », il sera de plus en plus difficile de vivre.Nous avons désespérément besoin de votre aide. Désespérément besoin que vous pesiez de tout votre poids pour forcer une action politique comme vous le faites pour les retraites. Désespérément besoin que vous vous engagiez massivement contre la crise climatique, comme si nos vies étaient en jeu, parce qu’elles le sont. Vous qui nous côtoyez tous les jours, pourquoi n’agissez-vous pas tant qu’il est encore temps ? Pourquoi ne faites-vous pas massivement grève pour le climat ? Pourquoi nous laissez-vous pratiquement seuls quand nous nous mobilisons ? Vous ne pouvez pas faire comme si la crise climatique était un problème qu’il nous appartiendra de régler, parce que ce « problème » doit être réglé bien avant d’advenir. Si nous dépassons un point de bascule climatique, aucune politique de réduction des émissions ne permettra d’inverser la tendance… Vos élèves, qui auront à peine plus de 40 ans au milieu du siècle. » Voici quelques commentaires sur lemonde.fr :

Zhkarojr : Bravo à ce collectif pour cette belle et urgente tribune. Les jeunes sont malheureusement en train de prendre la mesure de l’égoïsme absolument monstrueux de l’espèce humaine. Les générations actuellement en charge de responsabilités (et ne parlons pas des retraités!) ont délibérément choisi de s’aveugler sur la catastrophe climatique et de sacrifier leurs propres enfants.

Mille : Un prof, à la base, est un animal sûr de ses savoirs, donc sûrement la bestiole la moins apte à se remettre en question … Pensez-vous qu’il y en ait beaucoup qui puissent se dire « voilà 30 ans que je vis comme un débile, il faut que je change de mode de vie » … imaginez-vous un prof se dire  » il faut que j’arrête d’aller de mon pavillon-piscine-pelouse à tondeuse au lycée avec mon SUV et que je prenne le même bus que mes élèves » … « il faut que j’arrête de partir en avion où-que-ce-soit » Déjà, cherchez les prof HG qui aient enseigné le développement durable … et demandez-vous pourquoi l’idée de DD a totalement disparu des nouveaux programmes Blanquer du lycée …
ma@ : Les luttes pour les retraites et celle du climat sont liés. Les fonds de pension, qui seront favorisé par le changement de système , n’investissent pas vers des solutions éthiques et responsables mais favorisent les investissements rentables pour garantir des retraites confortables aux plus aisés.

Sarah Py : Remarquable de rigueur et d’intelligence cette tribune. Le phénomène d’emballement climatique, de réactions en chaînes comme multiplication des conséquences, et qui donnent son seul sens à celui d’urgence climatique est au centre de la réflexion de ces adolescents alors qu’il est si absent des discours de leurs aînés. C’est la totalité de nos élites qui devrait être en cause : depuis trente ans, ils n’ont rien prévu, rien analysé et ils osent même critiquer à travers Greta Thunberg cette jeunesse qui manifeste. Ce rejet collectif quasi unanime de nos intellectuels de plus de 50 ans des grèves du climat par les étudiants pose problème. Il faut remettre en cause leur intégrité intellectuelle et leur capacité de réflexion digne des enjeux à venir.

* LE MONDE du 13 février 2020, Faut-il créer des syndicats « verts » ?

** LE MONDE du 14 février 2020, « L’ambition écologique de BP est considérable, démesurée »

*** LE MONDE du 13 février 2020, « Chers professeurs, pourquoi ne faites-vous pas massivement grève pour le climat ? »

Le pire et le meilleur de « La Décroissance »

Un mensuel comme La Décroissance (né en 2004) consacre une partie de ses colonnes à faire le tri entre les « vrais » et les « faux » écologistes,ces derniers étant jugés « écotartuffes ». On bascule d’une posture politique à une posture moralisatrice. La récupération des questions écologiques est un problème crucial car cet opportunisme qui prétend agir « au nom de l’écologie » (écoblanchiment, greenwashing) va à l’encontre de ce qu’il faut faire vraiment. Une des difficultés pour les écologistes décroissants est de ne pas tomber pour autant dans une chasse aux sorcières, comme les rédacteurs en donnent parfois l’impression en prenant le risque d’avoir raison tout seuls. Ceci dit, il y a bien d’autres choses qui importent dans cette revue ; nous lisons leurs publications depuis leur origine et nous leur faisons de la publicité depuis des années, ainsi nos articles en 2005 :

– La décroissance, le journal de la joie de vivre. Ce bimestriel est aussi le journal de Casseurs de pub, il résume tout ce que la Biosphère voudrait que les humains pensent. Dans son numéro de juin-juillet 2005, le grand titre nous engage à « Vivre après le pétrole », avec dessin de la bagnole transformée en poulailler. Il nous indique tout ce qu’il faut savoir sur la marche des décroissants pour supprimer le Grand prix de France de F1. Il fait une biographie du père de la décroissance, le mahatma Gandhi et indique qu’il faut aussi décroître l’armée. Une page entière sur le pic du pétrole (nous y sommes presque), c’est-à-dire le commencement de la fin, et un encadré sur la saloperie que nous n’achèterons pas, ce mois-ci la tondeuse à gazon. A chaque fois un petit reportage sur les éco-citoyens qui pratiquent la simplicité volontaire : on y voit Elke et Pascal vivre sans voiture et sans télé, ce qui donne le temps de s’occuper d’un jardin, mais qui vivent aussi dans le péché parce qu’ils ont un ordinateur et pratiquent la sexualité libre. Ils pensent que faire l’amour avec sa voisine ou son voisin ou les deux à la fois n’a pas de sens moral (ndlr, sauf si on fait trop d’enfants !), mais que prendre la voiture pour aller au boulot, ça, oui ! (14 juillet 2005)

– Casseurs de pub. A la fin de chaque année, on a droit à un numéro spécial du journal « La décroissance » (11 place Croix-Pâquet, 69001 Lyon)* pour galvaniser la résistance contre tous ceux qui tendent à détruire la nature, à conditionner nos idées et à réduire nos vies à celles de simples consommateurs. On trouve en particulier un article « Comment Libération (le journal) se convertit à la publicité » (en février 1982). Fondé en 1973 par le philosophe JP .Sartre pour lutter contre le journalisme couché, ce quotidien se voulait pourtant libre de tous pouvoirs économiques afin de porter un regard critique sur la société. Son manifeste initial avait promis : « Il n’y aura pas de publicité car les annonceurs, en finançant la presse, la dirigent et la censurent. » Moi vivant, disait S.July en 1973, il n’y aura jamais de pub dans Libé. Le même assénait en 1982 que sans publicité Libération eût été incomplet, en retard car de nouvelles valeurs sociales se sont imposées qui croisent celles pour lesquelles la publicité est un moyen prédisposé !!! Ce qui devait arriver arriva, en 2005 ce journal aux idées révolutionnaires est détenu à hauteur de presque 40 % par Edouard de Rothschild, « Libération » est restructuré et des licenciement effectués car la publicité ne couvre pas suffisamment les frais ! (4 janvier 2006)

*NB : la rédaction est aujourd’hui à l’adresse 32 rue Crillon(BP36003) – 694111 Lyon cedex 06